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30 avril 2017 7 30 /04 /avril /2017 10:11

La fosse DELLOYE  aujourd'hui Centre Historique Minier de Lewarde

 

Du passé surgissent les derniers vestiges que l’on récupère, soigne et protège, après l’avoir tant fustigé, comme s’il fallait à tout prix se faire pardonner nos mémoires oublieuses. Eh ! Oui, il est toujours joli le temps passé, justement une fois qu’il est passé. En effet, le présent est presque toujours sombre à nos yeux myopes d’humains. Nous nous y déplaçons avec l’angoisse de tomber dans d’invisibles chausse-trapes. Tout nous est piège. Aussi, à force de nous méfier de tout ce qui est nouveau, nous nous accrochons aux images déformées du passé et rejetons ce que le présent porte d’espoirs bredouillants. Comme nous sommes trop paresseux pour nous instruire, nous faisons des raccourcis très hasardeux dans le temps et dans l’espace et nous pataugeons dans des tas de préjugés qui nous semblent des vérités immuables.

Aujourd’hui, nous allons renifler, émus, la larme à l’œil et l’admiration généreuse, les derniers vestiges de cette formidable Révolution industrielle commencée au XIXe avec l’extraction du charbon comme énergie. Après l’avoir fortement critiquée sous la houlette d’écrivains qui l’illustrèrent « à leur façon », plus écrivains qu’historiens et économistes d’ailleurs – les vrais mineurs ne s’y sont pas trompés qui ont écrit leurs propres témoignages. Tous ne se sont pas reconnus dans Germinal, car il y a beaucoup de Zola dans Germinal et le monde des mineurs n'est pas resté figé au XIXème siècle. – après l’avoir fortement critiqué donc, voilà que nous sommes pressés d’idéaliser un travail néanmoins épuisant.

Alors je me demande si nous verserons aussi une larme quand il n’y aura plus aucune centrale nucléaire et plus encore quand il n’y aura plus un homme « naturel » avec ses propres bras et jambes, son propre corps, son véritable âge, son vrai cerveau qui pense et réfléchit et cherche toujours la vérité des choses ?

Vous avez compris, je suis allée visiter le CENTRE HISTORIQUE MINIER de LEWARDE. Département du Nord.

La mine, ses deux chevalements et la belle verrière qui présente d'anciennes et imposantes machines et des expositions

 

Puissantes et terrifiantes elles ont été dans leur activité, puissantes elles demeurent, dans leur immobilité inoffensive. Elles s’étalent sous les yeux des visiteurs qui les photographient, en silence, celui-ci pour se souvenir du grand-père qui est descendu dans cette fosse, celui-là qui a appris à l’école l’histoire du charbon, des coups de grisou et de la dure vie des hommes, des femmes, même des enfants ! Et même des chevaux !

Aujourd’hui, elles ont presque toutes disparu des paysages du nord de la France. Heureusement, les hommes ont réagi à l’oubli annoncé. On a rassemblé les traces, les souvenirs, on a sauvé ce qui pouvait l’être encore, on restaure sans cesse pour ne pas oublier la grande aventure technologique et humaine de l’extraction du charbon. La mise en scène est parfaite. L’illusion est au rendez-vous.

Suivez-moi !

Auparavant, un petit tour sur le site du C.H.M. pour vous donner quelques renseignements pratiques :

L’adresse : Fosse DELLOYE – rue d’ERCHIN- 59287 LEWARDE. (Nord)

Le site : www.chm-lewarde.com

Quelques renseignements :

  • Classé au titre des Monuments historiques depuis 2009.
  • Inscrit sur la Liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO.
  • Le plus important musée de la mine en France et l’un des premiers en Europe.
  • 150 000 visiteurs environ par an.

Des expositions dont actuellement, jusqu’au 28 mai 2017 :

« Germinal est-il une fiction ou un documentaire littéraire ? »

Je regrette de ne pas l’avoir vue, car justement, je me proposais de faire une rencontre croisée entre l’œuvre de ZOLA et la réalité que j’ai photographiée à l’automne dernier. Ce sera l’objet de l’article suivant.

 

Quand nous arrivons sur le site du Musée, une fois pris nos billets d’entrée, nous découvrons une immense cour rouge parsemée de quelques flaques d’eau – c’est l’automne- et de quelques locomotives. La cour est flanquée de part et d’autre de bâtiments en briques rouges, et nous sommes invités à rejoindre celui de gauche qui correspond au musée minier proprement dit.

Ce qui m’a frappé lorsque j’ai commencé la visite du centre, c’est le thème de la première salle : Les écrivains de la Mine, parmi lesquels une large place a été réservée à Emile ZOLA et son fameux roman GERMINAL. Les sentiments des mineurs sont un peu mitigés pour ZOLA. D’un côté, ils lui sont reconnaissants de s’être intéressé à eux, leur dur travail, leur utilité sociale, leur vie… et de l’autre ils n’adhèrent pas à la vision qu’il a donnée d’eux. Trop misérabiliste. Non ! Les mineurs ne vivaient pas comme cela, etc. De ce fait, il a poussé sans le savoir, de vrais mineurs à raconter eux-mêmes leur vie, certains allant plus loin dans la revendication de leur identité, en choisissant précisément d’écrire en patois ! Comme Jules MOUSSERON témoigne en « rouchi », mélange de patois du bassin minier et de Picardie.

Le bureau du Directeur, le garage à vélos et la fameuse salle des Pendus
Le bureau du Directeur, le garage à vélos et la fameuse salle des Pendus
Le bureau du Directeur, le garage à vélos et la fameuse salle des Pendus

Le bureau du Directeur, le garage à vélos et la fameuse salle des Pendus

Les visiteurs sont ensuite invités à se munir de casques et empruntent une passerelle d’où ils peuvent admirer les bâtiments de la fosse DELLOYE de la Compagnie des mines d’ANICHE. A leur gauche, la passerelle de mise à stock, puis l’entrée de la mine.

 

L'entrée de la visite et la passerelle de mise à stock
L'entrée de la visite et la passerelle de mise à stock

L'entrée de la visite et la passerelle de mise à stock

Puis, après un passage dans un faux ascenseur, nous entrons dans une première salle, d’où les berlines pleines devaient être dirigées vers les bâtiments où les blocs seraient triés et concassés.

 

Derrière nous, la guide nous invite à entrer dans la mine reconstituée. Malgré le bruitage, je dois avouer que je suis un peu déçue, moi qui suis descendue en Pologne visiter l’extraordinaire mine de sel de WIELICZKA à 135 mètres sous terre. C'était au lendemain de la chute du communisme. Nous étions tassés dans l'ascenseur aux parois de bois mal jointoyées. Pas difficile d'imaginer les conditions de travail ! En bas, dépaysement total. J'avoue que rétrospectivement j'ai eu peur ! 

Un mineur au travail, au XXème siècle.

Creusement d'un puits & descente des mineurs
Creusement d'un puits & descente des mineurs

Creusement d'un puits & descente des mineurs

" Lentement Etienne revint à la recette. Ce vol géant sur sa tête l'ahurissait. Et grelottant dans les courants d'air, il regarda la manoeuvre des cages, les oreilles cassées par le roulement des berlines. Près du puits, le signal fonctionnait, un lourd marteau à levier, qu'une corde tirée du fond, laissait tomber sur un billot. Un coup pour arrêter, deux pour descendre, trois pour monter : c'était sans relâche comme des coups de massue dominant le tumulte, accompagnés d'une claire sonnerie de timbre; pendant que le moulineur dirigeant la manoeuvre, augmentait encore le tapage, en criant des ordres au machineur, dans un porte-voix. Les cages au milieu de ce branle-bas, apparaissaient et s'enfonçaient, se vidaient et se remplissaient, sans qu'Etienne comprît rien à ces manoeuvres compliquées.

Il ne comprenait bien qu'une chose : le puits avalaient des hommes par bouchées de vingt et de trente, et d'un coup de gosier si facile, qu'il semblait ne pas les sentir passer. Des quatre heures, la descente des ouvriers commençait. Ils arrivaient de la baraque, pieds nus, la lampe à la main, attendant par petits groupes d'être en nombre suffisant. Sans un bruit, d'un jaillissement doux de bête nocturne, la cage de fer montait du noir, se calait sur les verrous, avec ses quatre étages contenant chacun deux berlines pleines de charbon. Des moulineurs, aux différents paliers, sortaient les berlines, les remplaçaient par d'autres, vides ou chargées à l'avance des bois de taille. Et c'étaient dans les berlines vides que s'empilaient les ouvriers, cinq par cinq, jusqu'à quarante d'un coup, lorsqu'ils tenaient toutes les cases. Un ordre partait du porte-voix, un beuglement sourd et indistinct, pendant qu'on tirait quatre fois la corde du signal d'en bas, "sonnant à la viande", pour prévenir de ce chargement de chair humaine. Puis, après un léger sursaut, la cage plongeait silencieuse, tombait comme une pierre, ne laissant derrière elle que la fuite vibrante du câble."

GERMINAL, page 39. Emile Zola, Oeuvres complètes. Editions du Livre Précieux.

Il faut savoir que les mineurs devaient étayer eux-mêmes leurs galeries. Durant ce temps, ils ne produisaient pas de charbon pour lequel ils étaient payés. D’où  la tendance à allonger les distances d'étayage  avec les risques d’éboulements.

Le travail dit "à col tordu". Jean Simonin

Le travail "à col tordu", selon l'expression employée par Jean Simonin.

Mineurs préparant une explosion de la veine de charbon.

 

Techniques du XXème siècle. Marteau-piqueur, emploi de vérins pour l'étayage, petits trains pour le déplacements des hommes.
Techniques du XXème siècle. Marteau-piqueur, emploi de vérins pour l'étayage, petits trains pour le déplacements des hommes.
Techniques du XXème siècle. Marteau-piqueur, emploi de vérins pour l'étayage, petits trains pour le déplacements des hommes.

Techniques du XXème siècle. Marteau-piqueur, emploi de vérins pour l'étayage, petits trains pour le déplacements des hommes.

"Jamais la mine ne chômait, il y avait nuit et jour des insectes humains fouissant la roche, à six cents mètres sous les champs de betteraves. », écrit Zola, page 71.

Le cheval naturalisé de la mine et quelques documents affichés dans l'écurie où l'on peut imaginer la descente des animaux.
Le cheval naturalisé de la mine et quelques documents affichés dans l'écurie où l'on peut imaginer la descente des animaux.
Le cheval naturalisé de la mine et quelques documents affichés dans l'écurie où l'on peut imaginer la descente des animaux.
Le cheval naturalisé de la mine et quelques documents affichés dans l'écurie où l'on peut imaginer la descente des animaux.

Le cheval naturalisé de la mine et quelques documents affichés dans l'écurie où l'on peut imaginer la descente des animaux.

Après la visite de l'écurie  avec ses stalles, les consignes données par les vétérinaires pour l'alimentation des chevaux ainsi qu'un registre des visites médicales, votre attention est attirée par le ventilateur du Puits n°1. Destiné à servir de « retour d’air » vicié par opposition au puits d’entrée d’air. La profondeur maximum d’extraction a atteint 479 mètres dans les années 1960.

On aperçoit sur la photographie un tuyau gris clair qui monte à la verticale le long du mur : c’est un exutoire de grisou.

Ne manquez pas la visite, elle vaut le détour !

A bientôt pour une réflexion sur le roman et  son auteur.

Merci de votre attention.

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28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 21:08

Des champs de bataille de la Somme à ceux de la Marne, avant de découvrir le magnifique Musée de la Grande Guerre de Meaux, j’ai eu envie de revoir, après bien des années, la belle ville de REIMS. Il y a beaucoup à dire sur cette ville, sa cathédrale, son animation, mais aujourd’hui, c’est dans son musée de l’Automobile que je vous invite à rêver.

 

 

Pour moi, l’automobile a toujours été à la fois un moyen de transport, certes, qui rime avec indépendance (moins de contraintes que le train avec ses horaires et ses gares très éloignées en campagne), mais aussi avec le progrès, l’aventure technique due à l’audace des ingénieurs et constructeurs, l’aventure humaine et sportive des courses et grands prix, enfin avec la beauté, l’élégance des formes, des couleurs et la musique des moteurs en marche comme, par exemple, les moteurs des premières Ferrari que l’on peut écouter avec ravissement, au Musée de l’Automobile de Turin.

Une rutilante S.C.A.R. avec carrosserie Torpédo.
Une rutilante S.C.A.R. avec carrosserie Torpédo.

Une rutilante S.C.A.R. avec carrosserie Torpédo.

Cela m’évoque le petit roman que Christiane ROCHEFORT écrivit en 1961 « Les petits enfants du siècle », où son héroïne, ainée d’une famille populaire nombreuse décrit avec un humour sarcastique et désabusé sa famille insupportable qui représente assez bien les préoccupations et l’ambiance « pré-société-de-consommation». Roman drôle et noir. Certes, la société y est caricaturée, mais il y a toujours du vrai dans la caricature.

En voiture, pour le Musée de l’AUTOMOBILE de REIMS !
En voiture, pour le Musée de l’AUTOMOBILE de REIMS !

Dans le passage que je vous propose, la famille part en vacances pour la première fois, à l’hôtel. Josyane décrit alors les activités (promenades) et les discussions interminables où chaque adulte tentait de montrer sa science et d’avoir raison sur tout. Inévitablement, les hommes parlaient des voitures.

« Ils étaient intarissables… traitant tous les sujets avec autorité, chacun tenant à montrer aux autres qu’il en connaissait un bout … surtout sur les bagnoles… dont aucune n’avait de secret pour eux. L’Aston et sa direction fragile, la Jaguar et ses p… d’amortisseurs et l’Alfa avec ses réglages perpétuels, la 220 S L ça c’était de la vraie voiture mais il fallait aller en Allemagne chaque fois qu’elle perdait un boulon, quant aux Américaines n’en parlons pas c’est des veaux et bref en fin de compte le mieux c’était la bonne petite Voiture Française, qui réunit le plus de qualités sous le plus petit volume et économique, 5 litres au cent la 4 CV et tellement pratique avec son moteur derrière… »

Christiane ROCHEFORT : Les Petits enfants du siècle. Livre de Poche, p.65.

Il est vrai que l’automobile a d’abord été l’affaire des hommes, parce qu’ils occupaient une position dominante par rapport aux femmes cantonnées au foyer, ou lorsqu’elles travaillaient sous-payées, et parce qu’ils assuraient principalement les revenus de la famille. Aussi les débuts de la production de masse, en réduisant les coûts de fabrication, a permis sa démocratisation, a permis également aux travailleurs d’aller chercher du travail plus loin, etc…

Mon but n’étant pas ici de développer un historique, il est temps que je vous fasse rêver à mon tour en vous proposant une sélection de modèles tels que le Musée automobile de REIMS les a mis en scène.

 

Voici un authentique « TAXI de la Marne », un RENAULT AG1. Pour rappel :
Voici un authentique « TAXI de la Marne », un RENAULT AG1. Pour rappel :

Voici un authentique « TAXI de la Marne », un RENAULT AG1. Pour rappel :

Nous sommes au début septembre 1914. Les avant-gardes allemandes sont en Seine et Marne et menacent la capitale. Les réseaux ferroviaires sont insuffisants. Le général GALLIENI, gouverneur militaire de Paris, a l’idée de réquisitionner 1100 taxis parisiens pour acheminer la 7 e division d’infanterie au front, chaque taxi pouvant emmener 5 hommes avec leur paquetage, malgré le coût exorbitant. 4000 hommes environ seront acheminés ainsi, une goutte d’eau. Néanmoins l’impact psychologique sera essentiel en montrant la détermination de la France à contenir l’avancée ennemie et à défendre Paris.

C’est un musée qui mérite le détour par l’état impeccable des voitures, le dévouement des personnes grâce auxquelles nous pouvons les admirer magnifiquement conservées. Elles appartiennent soit au musée, soit à des personnes privées qui les prêtent gracieusement pour notre plus grand plaisir. Chaque modèle est assorti d’une notice technique. La difficulté de photographier les modèles, les notices – les voitures sont protégées d’une petite barrière – ont sérieusement entravé mes cadrages et m’ont empêché également de signaler l’appartenance des modèles présentés. Je m’en excuse.

Le nombre m’a obligée à faire un choix chronologique ? Thématique ? J’ai choisi pour ce premier article de vous proposer une quinzaine d’automobiles parmi les débuts jusqu’aux années 1930.

 

Voici, ci-dessus, un magnifique coupé AX RENAULT de 1908.

CITROËN Type A, carrosserie Torpédo, de 1919, qui pouvait rouler à 68 km/h.

CITROËN Type A, carrosserie Torpédo, de 1919, qui pouvait rouler à 68 km/h.

AMILCAR C4 Cabriolet, skiff 2 places, 33 chevaux réels, 1923.

AMILCAR C4 Cabriolet, skiff 2 places, 33 chevaux réels, 1923.

RENAULT MT Torpedo à 3 places & une seule porte. Avec ses 18 chevaux réels, elle pouvait rouler à 60 km/h. 1925

RENAULT MT Torpedo à 3 places & une seule porte. Avec ses 18 chevaux réels, elle pouvait rouler à 60 km/h. 1925

SIMA-VIOLET Type 500. Cycle car biplace, 11 chevaux réels, 80 km/h. 1925.
SIMA-VIOLET Type 500. Cycle car biplace, 11 chevaux réels, 80 km/h. 1925.

SIMA-VIOLET Type 500. Cycle car biplace, 11 chevaux réels, 80 km/h. 1925.

SUERE Type D. Berline Landolet. 80 km/h. 1925.

SUERE Type D. Berline Landolet. 80 km/h. 1925.

CHAIGNEAU-BRASIER TD4, Limousine, 90 km/h. 1927.

CHAIGNEAU-BRASIER TD4, Limousine, 90 km/h. 1927.

En voiture, pour le Musée de l’AUTOMOBILE de REIMS !
En voiture, pour le Musée de l’AUTOMOBILE de REIMS !
RENAULT NN2. 1928. Cette berline remporta un gros succès commercial.

RENAULT NN2. 1928. Cette berline remporta un gros succès commercial.

CITROËN AC 8, Coupé d’usine,2 places. 1929.

CITROËN AC 8, Coupé d’usine,2 places. 1929.

LA LICORNE B V, 1913.
LA LICORNE B V, 1913.

LA LICORNE B V, 1913.

 

En voiture, pour le Musée de l’AUTOMOBILE de REIMS !
En voiture, pour le Musée de l’AUTOMOBILE de REIMS !
CITROËN C 3, 1925. Modèle commercial.
CITROËN C 3, 1925. Modèle commercial.
CITROËN C 3, 1925. Modèle commercial.

CITROËN C 3, 1925. Modèle commercial.

Mes sources :

D’abord, les notices du musée, quand j’ai pu les photographier.

Ensuite, au hasard de mes recherches sur le Net, le site « Antiquités Brocante de la Tour » qui cite lui-même l’Encyclopédie des voitures anciennes Edita, dont voici le lien : <www.antiqbrocdelatour.com> et des allées et venues suivant les modèles, pas toujours couronnées de succès.

Je vous souhaite un bon moment de rêve. Le Musée étant très riche, je lui consacrerai un ou deux autres articles une autre fois.

Ce qui a guidé mon choix pour cette présentation des voitures françaises est à la fois subjectif et technique, au sens où la qualité photographique, l’impossibilité de cadrer correctement m’ont imposé des choix.

Enfin, je voudrais attirer l’attention sur un point d’importance. Les responsables du musée avouent être inquiets pour l’avenir du musée, car d’autres ont déjà fermé leurs portes… C’est sans doute un problème de budget. Alors, ALLEZ-Y chaque fois que vous le pouvez !

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21 avril 2014 1 21 /04 /avril /2014 17:02

Denis Brognard nous a présenté dimanche 13 avril, le magazine consacré à l’automobile, qu’il anime sur TF1 : AUTOMOTO. L’émission était diffusée de MONTBELIARD où se trouve l’entreprise Peugeot.

La ville voisine, SOCHAUX, abrite le

Musée de l’Aventure Peugeot

et notre journaliste en a profité pour faire découvrir quelques modèles anciens.

Comme je l’ai visité l’été dernier et que j'aime les voitures et les belles œuvres humaines, à mon tour de vous faire partager la célèbre aventure industrielle qui se confond avec une aventure sociale.

En effet, au cours des deux siècles passés,  le progrès technique a permis peu à peu une élévation du niveau de vie et de profonds changements dans les modes de vie.

Nous sommes passés des automobiles fabriquées quasiment de façon artisanale donc inaccessible au plus grand nombre – vous en verrez une qui fut construite en un unique exemplaire ! - à une production industrielle de masse, grâce aux chaînes de montage. Avec un travail mieux organisé et plus rapide, on fabriquait plus dans le même temps. De ce fait, la productivité augmentait et les ouvriers purent acheter les voitures qu'ils fabriquaient.

Si l' Aventure Peugeot nous était contée...

Pourquoi « Musée de l’Aventure Peugeot » et non Musée de l’Automobile ?

 

Envahis comme nous le sommes, du fait de la mondialisation, de produits étrangers en particulier chinois, nous oublions qu’autrefois, l’outillage, les ustensiles de cuisine, les bicyclettes, les machines à coudre et même les toutes premières machines à laver, ont arboré le « lion » de la célèbre entreprise française.

Par ailleurs, l’inventivité et la volonté de progrès de la firme franc-comtoise ont poussé le plus loin possible leurs investigations, dans de nombreux domaines de la vie, contribuant à dessiner l’image du bonheur matériel désormais indispensable.

On sait que la 2e partie du XXe siècle contestera (tout en en profitant) cette société de consommation et de gaspillage.

Mais, à la fin du XIXe siècle, on n’imagine pas cela. On pense surtout à améliorer le travail et la vie, qui sont durs.

 

Aujourd’hui, j’ai choisi de limiter mon évocation aux automobiles.

Je dédie cet article à celles et ceux qui aiment les aventures humaines, technologiques et scientifiques, ainsi que les voitures qui ne sont pas seulement des objets utiles, mais des œuvres issues de l’imagination humaine, de l’intelligence, de la foi en l’avenir.

Si l' Aventure Peugeot nous était contée...

Ce Type 3 Vis-à-vis de 1891 n’a pas encore de volant, encore moins de pare-brise. Il n’est pas éloigné, par sa forme et son esprit, des carrosses tirés par des chevaux !

Le Type 4 Vis-à-vis suivant, appelé « Marguerite » a été construit en un seul exemplaire en 1892, à la demande du Bey de Tunis, d’où ce décor inspiré de l’art mauresque.

Si l' Aventure Peugeot nous était contée...

Un peu d’histoire.

La famille Peugeot était implantée en Franche-Comté (région de Montbéliard), depuis le XVe siècle. Carrefour entre l’Allemagne, la France et la Suisse, cette région avait vocation à l’essor économique dû à la Révolution industrielle du XIXe. Elle permettait les échanges et bénéficiait d’une population travailleuse.

En 1810, deux héritiers décident de transformer le moulin familial en fonderie. Ce sera le début de « l’aventure Peugeot ». La fonderie produira de l’acier, de l’outillage et des articles ménagers.

Cela ne suffit pas à Armand Peugeot, jeune ingénieur et véritable "visionnaire". Il profite d'un stage en Angleterre pour s'initier au monde moderne en train de se faire sous ses yeux, et comprendre les immenses bouleversements qui se préparent.

Conquis par la bicyclette, il la fait produire dans une des usines du Doubs.

Cependant, il voit déjà plus loin et songe à produire des véhicules à moteur. Après un premier échec, il crée sa première automobile à moteur à explosion en 1891.

Son entreprise n’en est pas encore à une production de masse, car après quinze ans, quelques centaines de voitures seulement sont sorties sur le marché.

Si l' Aventure Peugeot nous était contée...

1894. Nommé ainsi, parce que la reine Victoria l’appréciait particulièrement, le Type 8 Victoria.

 

La famille avait été en désaccord sur l’évolution de l’usine initiale. Croire en l'avenir de l'automobile au point d'y investir une partie de sa fortune demandait beaucoup d'audace ! On était à l'ère du charbon, alors le pétrole... Heureusement, elle finit par comprendre la nécessité de travailler ensemble, sous la marque « Lion Peugeot ». Pour mémoire, le lion est l’emblème de la Franche-Comté.

Si l' Aventure Peugeot nous était contée...

Produit en 1902, le Type 3 Phaétonnet .

Depuis 1900, Peugeot est devenu le Premier producteur du monde avec 4800 automobiles, contre 4000 aux Etats-Unis, 800 en Allemagne et 175 en Grande Bretagne.

Type 56 Tonneau, 1904.

Type 56 Tonneau, 1904.

Si l' Aventure Peugeot nous était contée...
Si l' Aventure Peugeot nous était contée...

En 1909, le Type 116 C Double Phaéton fut produit en 500 exemplaires. Notez le réservoir en cuivre sur le marchepied et la vraie « malle arrière » en cuir ! D’où le nom malle arrière encore employé pour désigner le coffre des voitures.

 

Ci-dessous, la fameuse 175 R Torpédo Grand Sport fut engagée dans de nombreuses courses. En 1925, elle gagna la Coupe des Alpes (environ 2900 km) et en 1926, le Tour de France Automobile, avec une vitesse maximum de 60 km/h.

Si l' Aventure Peugeot nous était contée...
Si l' Aventure Peugeot nous était contée...
Si l' Aventure Peugeot nous était contée...

Voici la 181 B Conduite Intérieure. En 1926, le chassis et l’ossature sont encore en bois, avant d’être, comme celle-ci, habillés de cuir.

Si l' Aventure Peugeot nous était contée...
Si l' Aventure Peugeot nous était contée...
Si l' Aventure Peugeot nous était contée...

Dix ans plus tard, Peugeot sortait cet élégant cabriolet décapotable  302 .

Si l' Aventure Peugeot nous était contée...

Une place à part est à réserver à deux véhicules pour le moins surprenants.

Le premier, la 402 B Limousine à Gazogène, fut produit de 1940 à 1944.

Une fois de plus, il montre l’extraordinaire capacité d’invention et d’adaptation de la firme, de ses dirigeants et concepteurs.

Nous sommes au début de la 2e Guerre Mondiale. La menace de pénurie de carburant est plus que réelle.

Depuis un an, les ingénieurs planchent sur le sujet : adapter les moteurs essence au gaz, à partir du charbon de bois. Le modèle de tourisme permet de ne pas trop modifier la carrosserie. La voiture aura une autonomie de 80 km. 2500 véhicules seront fabriqués.

Si l' Aventure Peugeot nous était contée...
Si l' Aventure Peugeot nous était contée...

Le 2e véhicule, un mini cabriolet à 2 places, crée la surprise le 1e mai 1941 : la « VLV », Véhicule léger de Ville, à moteur électrique !

Seulement 377 VLV ont été produites de 1941 à 45.

Cette voiture urbaine a trouvé acquéreurs auprès des postiers et des médecins.

Elle avait une autonomie de 75 km/h, grâce à ses 4 batteries de 12 volts.

Si l' Aventure Peugeot nous était contée...
Si l' Aventure Peugeot nous était contée...
Si l' Aventure Peugeot nous était contée...

Souci de qualité, souci d’efficacité, souci d’emprise sur le monde moderne et recherche de la perfection. C’est dans cet esprit que la firme met au point ce curieux véhicule, destiné à tester l’endurance et les performances du moteur diesel de Peugeot.

La 404 Diesel Record d’endurance devait remporter 40 records internationaux à Montlhéry en juin 1965.

Si l' Aventure Peugeot nous était contée...

Peugeot, c’est aussi les courses sportives qui amènent les acteurs à se dépasser et donne au public des moments de plaisir et d’émotion inoubliables.

Armand Peugeot avait bien compris que les courses sportives seraient une vitrine à la fois pour l’automobile et pour son pays, lui qui possédait toujours, et plus tard ses héritiers, le goût de la compétition.

 

En 1925, il y avait eu la Torpédo Grand Sport, citée plus haut.

 

En 1937, Peugeot réalise avec la collaboration de Darl’Mat, concessionnaire parisien, la 302 Spécial Sport qui courut aux 24 Heures du Mans, avec une vitesse de 145 km/h.

Si l' Aventure Peugeot nous était contée...
Si l' Aventure Peugeot nous était contée...

Voici une 404 mythique : la 404 East Africa Safari. De 1961 à 1966, ses victoires donnèrent à la firme un immense prestige, en Afrique. Aujourd’hui encore, on y trouve nombre de ces anciens modèles, dont la longévité nous étonne.

1976 : sortie de la 104 Coupé ZS.

Voiture populaire, elle sera très prisée des amateurs de rallyes.

404 East Africa Safari & 104 Coupé ZS
404 East Africa Safari & 104 Coupé ZS

404 East Africa Safari & 104 Coupé ZS

Si l' Aventure Peugeot nous était contée...

La 405 T16 Pikes’Peak, pilotée par Ari VATANEN, remporta la fameuse course de côte de Pikes’Peak, au Colorado, en 1988. L’année suivante, Robby UNSER fut vainqueur de la course sur la même voiture.

C’est en 1990 que la 405 T6 Grand raid Paris-Dakar put afficher 8 victoires, dont 4 Paris-Dakar d’affilé.

Si l' Aventure Peugeot nous était contée...

Entre 2007 et 2010, Peugeot mit en course aux 24 Heures du mans, la voiture de type « Le Mans prototype », nommée 908 HDi FAP. Elle remporta 20 victoires sur les 31 courses. Malheureusement, Peugeot devait, peu après, se retirer définitivement de la compétition.

Si l' Aventure Peugeot nous était contée...

Pour terminer la visite, voici, une image d'un film chargé d'émotion. Il permet de pastager les sensations et la performance de Sébastien LOEB lors de la course de côte Pikes’Peak, que les Américains appellent « La course vers les nuages ».

Le trajet consiste en une montée de 20 km, de 2857 m d’altitude à 4290 m.

Non seulement il y a, au bout, un ravin de 600 m, mais les conditions climatiques changeantes, la poussière et la route glissante accentuent la difficulté. Sans compter sur la raréfaction de l'oxygène !

Le 30 juin 2013, le pilote français Sébastien LOEB battait l’ancien record de Rhys MILLEN, de plus d’une minute et demie, au volant de la PEUGEOT 208 T16 Pikes’Peak. Une caméra a filmé l’exploit de l’intérieur de la voiture. Cette vidéo est visible sur de nombreux sites.

Le grand espace de vidéo projection du Musée & notre pilote alsacien en pleine action.
Le grand espace de vidéo projection du Musée & notre pilote alsacien en pleine action.

Le grand espace de vidéo projection du Musée & notre pilote alsacien en pleine action.

Mes sources :

- Le Musée de l’Aventure Peugeot et ses explications précieuses pour un ou une non-spécialiste : www.museepeugeot.com

- Peugeot, une histoire de famille. Site de Caradisiac.com, consacré aux voitures. http://www.caradisiac.com/La-saga-Peugeot-50133.htm

- Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Pikes_Peak_International_Hill_Climb#Records_actuel -

Remerciements à « Matttrix » pour son intéressante monographie des modèles de la gamme Peugeot, qui m’a permis de rectifier des erreurs de dates et de noms de modèles. Elle est publiée dans le forum suivant :

http://www.forum-auto.com/automobiles-mythiques-exception/section5/sujet382746.htm

Je suis l'auteur des photographies et des textes et je vous remercie de votre fidélité.

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9 octobre 2013 3 09 /10 /octobre /2013 23:32

 

Etrange personnage que cet homme ordinaire, qui aurait dû, de par ses origines, passer inaperçu, anonyme, comme la plupart d’entre-nous, et qui s’est propulsé de ses propres forces sur le devant de la scène, allant même jusqu’à impressionner les plus célèbres artistes, comme Pablo Picasso, Max Ernst, Jean Tinguely, Niki de Saint Phalle, le poète André Breton et bien d’autres !

F.Cheval 01 

1836 : Naissance dans une petite commune voisine de Hauterives (Drôme), dans une famille de paysans pauvres. Il fréquente peu l’école, car les ressources de la famille sont insuffisantes. Il doit donc travailler avec son père. Sa vie paraît toute tracée.

Il a 19 ans à la mort de son père. Il se marie bientôt et devient artisan-boulanger. Il s’installe en ville pour six ans. A son retour, il perd sa femme, se remarie et devient facteur à 31 ans. Il occupera ce modeste poste de fonctionnaire pendant 25 ans.

1867, l’année où sa vie va changer, sa personnalité se forger. Une deuxième naissance, non ?

1879, c'est décidé, il commence le chantier de son Palais.

1896, il prend sa retraite.

1924, il meurt à 88 ans.

1969, le Palais Idéal est classé Monument Historique, par André Malraux, alors Ministre de la Culture. Il est considéré comme le seul exemple en architecture d’art naïf.

Le Palais est visité depuis, par des milliers de personnes venues du monde entier, chaque année.

 

 F.Cheval 02

 

 

Tout en parcourant les trente-deux kilomètres à pied quotidiens, portant la lourde sacoche de cuir, remplie de lettres et de revues, il observe la nature. On l’imagine aisément, tête baissée, regardant où il marche, fouillant du regard les ornières, les talus et relevant la tête de temps en temps, pour s’imprégner du panorama sans cesse renouvelé.

Un jour,

 « Mon pied avait accroché une pierre qui failli me faire tomber : j’ai voulu savoir ce que c’était. C’était une pierre d’achoppement d’une forme si bizarre que je l’ai mise dans ma poche pour l’admirer à mon aise. Le lendemain, je suis repassé au même endroit, j’en ai encore retrouvé de plus belles. Je me suis dit : Puisque la nature veut faire la sculpture, je ferai la maçonnerie et l’architecture. »

 

F.Cheval 03 Le Palais Idéal. 

De temps en temps, d’autres trésors, cette fois culturels, voisinent avec les lettres. Des revues ! Ferdinand va les lire, avidement, avant de les confier aux abonnés. Bienheureux abonnés, dirions-nous, bien inspirés aussi! Ils ne savaient pas que leur curiosité du monde serait décuplée chez leur bienaimé facteur !

Ferdinand dévore tout le savoir qui s’offre à lui et dont il a été privé dans sa jeunesse.

F.Cheval 06  Ici, il représente SOCRATE.

En cette fin de XIXème siècle, le monde change tellement ! La science lui paraît inépuisable, tant elle explique l’inconnu d’hier. La Révolution industrielle transforme les campagnes et les villes. Parfois, elle fait mal : au nord de la France, des coups de grisou tuent les mineurs… Le monde ne s’arrête plus au village. Là-bas, en Afrique, en Asie, des explorateurs européens se hasardent et racontent la vie des peuples, les mœurs et coutumes curieuses, décrivent les pays, les fleuves gigantesques, les animaux dangereux. Les civilisations s’offrent à l’étude. Ferdinand est fasciné. La concurrence des religions, les luttes fratricides le navrent. Elles influeront sur sa propre vision du monde, sa propre philosophie.

 

F.Cheval 05  Célébration de la SAGESSE.  

Mais surtout, les idées n’ont plus de frontières. Elles ne sont plus réservées à une élite sociale et instruite. La preuve ! Il les reçoit comme un Graal, religieusement. Elles lui viennent en désordre : il fera tout pour en chercher l’unité.

F.Cheval 09  Son idéal : la FRATERNITE.

Alors, il rêve, Ferdinand, tout en ramassant ses cailloux. Il rêve de trouver le fil qui reliera les hommes entre eux, les civilisations entre elles, les religions, les hommes célèbres, l’Orient et l’Occident… Il rêve de la sagesse pour tous et la force qu’il puise dans ses rêves, lui donne le courage, jour après jour, de réaliser son immense projet : construire un Palais idéal, témoignage de sa vie.

F.Cheval 12 

Lui qui n’a jamais lu le philosophe Jean-Paul Sartre, illustre parfaitement l’idée maîtresse de l’existentialisme : « L’homme n’est rien d’autre que ce qu’il se fait ». En effet, pour Sartre, l’homme n’est d’abord rien. Il est seulement  « ce qui se jette vers un avenir». L’homme est donc un projet. Mais que vaut un projet s’il n’est pas réalisé ? Sartre démontre que l’homme sera ce qu’il a projeté d’être, à la condition de le réaliser. En d’autres termes, ce n’est pas parce que je rêve d’être un grand artiste que je le suis, mais c’est parce que je réalise des œuvres que je « me » fais artiste. Ainsi Sartre définit la totale liberté et responsabilité de l’homme. « Il sera tel qu’il se sera fait ».   

 F.Cheval 04

 

Ferdinand Cheval, réfléchissant sur l’origine de ses pensées avait écrit dans ses cahiers :

« Que faire en marchant perpétuellement dans le même décor, à moins que l’on ne songe ? Pour distraire mes pensées, je construisais en rêve, un palais féerique. »

 F.Cheval 11

Il est clair qu'en décidant de consacrer 33 ans d’efforts à faire d’un rêve fou, une réalité, Ferdinand Cheval est tout à fait conforme à l’homme sartrien. Il aurait pu n’« être » qu’un paysan, un boulanger, un facteur, non que ce ne soit pas honorable bien sûr, mais lui a eu une autre idée de sa vie et il s’en est donné les moyens.

Il nous dit, par son œuvre gigantesque, originale – lui, seul représentant dans le monde de l’Art Naïf en architecture,

Moi, homme modeste, moi qu’« un génie a sorti de son obscurité », j’ai fait de ma vie un destin !        

 F.Cheval-10.JPG

 

En complément :  

«Qu’est-ce que le Palais Idéal ? C’est le seul exemple en architecture d’art naïf. L’art naïf est un phénomène banal, connu de tous, mais qui n’a pas d’architecture… En un temps ou l’art naïf est devenu une réalité considérable, il serait enfantin de ne pas classer, quand c’est nous, Français, qui avons cette chance de la posséder, la seule architecture naïve du monde, et attendre qu’elle se détruise». André Malraux.

 

« Nous entendons par Art Brut des ouvrages exécutés par des personnes indemnes de culture artistique (…) Nous y assistons à l’opération artistique toute pure, brute, réinventée dans l’entier de toutes ses phases par son auteur, à partir seulement de ses propres impulsions et de son désir de créer». Jean Dubuffet.

 

Livre de Jean Paul Sartre cité plus haut : il s’agit de « L’Existentialisme est un humanisme ». Il n’est pas inutile aux jeunes, à mon avis, et aux moins jeunes d’ailleurs, de lire ou relire ce petit ouvrage philosophique d’une centaine de pages, si riche d'enseignement.

 Merci de votre attention.

Si vous avez envie d'en savoir plus, le Net regorge de sites intéressants.

Quant à la visite, elle est vivement recommandée !

 

 

 

 

 

 

 

 

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6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 17:53

Cet article s'adresse à toutes celles et ceux qui aiment les voitures et plus particulièrement aux élèves du lycée Langevin de La Seyne/mer, section ferronnerie, métiers d'art,  qui ont restauré l'éolienne d'Ollioules - voir mon article 20 - et qui, grâce à la complicité d'une lectrice amie, ont découvert l'article que je leur avais consacré.

Je les remercie vivement pour leurs commentaires enthousiastes !

Ils aiment les voitures, m'a-t-on dit. Eh! Bien, voici quelques voitures américaines, anciennes mais flambant neuves, grâce à leurs propriétaires attentionnés!

Elles ont été photographiées lors d'une exposition au Brusc, petit port de la ville de Six Fours Les Plages, en août 2012. Le succès de l'exposition, le nombre élevé de touristes en cette saison, expliquent largement la difficulté de les avoir en entier, d'autant que les Américains sont célèbres pour leur goût de la démesure !

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    Cadillac Coupé DeVille (1960) 

 

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Chevrolet Camaro

 

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Cadillac Coupé DeVille

 

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Cadillac Eldorado (1975)

 

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Ford A des années 1930.

 

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La voiture du shérif était en 1970 une Ford Crown Victoria.

 

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Voici une voiture de course Pontiac Trans Am (Trans-América)

 

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Encore une Cadillac mais verte, cette fois !

 

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Camionnette Chevrolet à suspension à vérins, façon shopper, revue par les Mexicains (1950)

 

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Cabriolet Buick convertible, années 1950.

 

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Une autre Cadillac Eldorado, 1969.

 

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Enfin, une A C Cobra Shelby.

 

J'espère que cette petite promenade vous a plu.

Si vous aimez les voitures, des plus anciennes aux Formules 1, si vous vous intéressez à l'histoire de l'automobile, alors ne manquez pas d'aller découvrir le Musée de l'Automobile de Mulhouse (Alsace). Vous ne serez pas déçus !

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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 22:51

 

Voyager dans un univers numérique abstrait, composé de lignes de points et de lettres où le spectateur devient lui-même, par le jeu de l'interactivité et le talent des auteurs, acteur de ses propres visions.

Occuper l'espace de son corps, avec ses mains pour déclencher des vagues de figures géométriques et de lettres lumineuses. Marcher sur des tapis de lignes qui deviennent ricochets, collines ou cratères. Danser et s'enrouler sur soi jusqu'à devenir ruban, écharpe virevoltante, aurore boréale !

C'est l'extraordinaire voyage virtuel auquel nous ont conviés Adrien MONDOT et Claire BARDAINNE, en février 2013, à L'HÔTEL des ARTS, Centre d'Art du Conseil Général du VAR, à TOULON.

 

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XYZT : Ces quatre lettres servent à décrire, dans le langage mathématique, le mouvement d'un point de l'espace. X désigne l'horizontalité, Y la verticalité, Z la profondeur et T le temps.

Adrien Mondot et Claire Bardainne ont choisi de nous montrer que la force descriptive et abstraite des mathématiques peut aussi être un outil de recherche créative, à la condition de s'affranchir de la démarche technique et scientifique, afin d'appréhender la matière sous un autre angle.

Entre le réel et le virtuel, l'imaginaire du mouvement peut se déployer.

Le visiteur se promène, dans la pénombre, d'une salle à l'autre et ses découvertes sont plus ou moins dépendantes de lui. Ici, il doit souffler pour faire jaillir des lettres et formes géométriques lumineuses, de tailles différentes, dans d'étranges aquariums.

 

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"Hasard coïncidence"

 

Là, il faut caresser le mur sur lequel sont projetées des particules noires. Aussitôt, les voilà qui se mettent à danser au gré de vos gestes, s'écartent, se rejoignent par-ci, par-là, libérant des espaces de lumière, comme l'arbre sous le vent laisse entrevoir le ciel.

Dans un couloir, un tapis de lignes parallèles vous barre le passage. Impossible de l'enjamber ! Vous le traversez et c'est l'enchantement ! Sous vos pas, il se déforme, il ondule, il se creuse. Retournez-vous, traversez-le en tous sens ! Vous franchissez alors collines et cratères. Vous marchez sur les nuages!

 

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"Anamorphose spatiale"

 

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"Nuées mouvantes"

 

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"Nuées mouvantes"

 

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"L'homme chauve-souris"

 

Autre tapis à franchir, où les lignes ressemblent à de longs cheveux que nos pas décoiffent au fur et à mesure de nos déplacements.

 

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  "Champ de vecteurs"

 

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"Paysages abstraits"


Il faut ensuite s'immerger dans un océan éblouissant de lettres lumineuses, sautillantes et gaies. Bien malin qui prétendrait en écrire poème, proverbe ou simplement mot ! Elles se jouent littéralement de nous...

 

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"Paysages abstraits"

 

Voici la salle de bal. Lieu où le plaisir est palpable. Sans doute car ici, le corps tout entier participe. Plus il bouge, plus il porte d'amples vêtements, plus il tourne sur lui-même selon une valse lente - en effet, il faut pouvoir se regarder ! - Et plus il se déforme, s'enroule sur lui-même, se vrille. Un couple de danseurs n'en fait qu'un !

 

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"Anamorphose temporelle"

 

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Comment on obtient la déformation.

 

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  "Anamorphose spatiale"

 

Autre jeu interactif  où les lettres cherchent à échapper à l'effleurement des mains.

 

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"Lettres lumineuses réagissant au toucher"

 

"Avec l'exposition XYZT, Les Paysages Abstraits, c'est une expérience plastique sensible, mettant en jeu le corps du visiteur qui est proposée, se plaçant ainsi sur un territoire à la frontière entre arts plastiques et arts vivants."

Le spectateur rencontre une matière virtuelle numérique vibrante, éphémère, mobile, inscrite dans le temps et dans l'espace, qui lui ouvre par le geste, le souffle, pas à pas, le passage du Rêve et de la Poésie.


 

Présentation (très) sommaire des auteurs : 

- Adrien MONDOT : Informaticien, jongleur, danseur. Etudie trois ans à l'Institut National de Recherche en Informatique et en Automatisme (INRIA) de Grenoble. Crée en 2004, la compagnie Adrien M. et présente "Convergence 1.0", spectacle où il mêle informatique et jonglage. Crée son logiciel eMotion, outil de création numérique (écriture du mouvement). Obtient le Grand Prix du Jury lors de la compétition internationale "Danse et nouvelles technologies". Collabore avec de nombreux artistes, chorégraphes, danseurs, musiciens. On trouve beaucoup d'informations sur ses activités sur le Net.

- Claire Bardainne : Artiste plasticienne, diplômée de l'Ecole Estienne, exploratrice des va-et-vient entre l'imaginaire et le réel.

- Adrien M & Claire B : Rencontre en 2010. Co-signent l'oeuvre interactive "Sens dessus dessous". Fondent la compagnie qui porte leurs noms. Créent l'exposition "XYZT, Les Paysages Abstraits" et le spectacle "Un point c'est tout", présenté au Théâtre Liberté de Toulon, à l'occasion de l'exposition, de l'Hôtel des Arts.

Si ces artistes présentent un spectacle dans votre région, ne le manquez pas ! Vous serez charmés par la nouveauté et la poésie de leurs oeuvres !

De plus, c'est un régal pour les enfants !

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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 18:31

Les élèves de la section Ferronnerie d'art du Lycée Langevin de La Seyne sur Mer à l'honneur !


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Une jolie petite ville du Var tout près de Toulon.


Samedi 2 février 2013, les élèves de 2e année de CAP ont reçu des mains de M. le Maire d'Ollioules un diplôme destiné à marquer la gratitude de la ville envers ces jeunes qui, sous la conduite de leurs professeurs ont permis la restauration d'une ancienne éolienne.


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Cette classe destinée aux élèves de 3e, en difficulté avec les enseignements traditionnels de collège leur permet par l'apprentissage de ce métier d'art et une pédagogie de la réussite, d'exprimer leurs potentialités et de se remotiver pour progresser dans les enseignements généraux.

Leur formation n'est pas seulement technique, mais également artistique puisqu'ils bénéficient d'un enseignement d'histoire de l'Art.


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On peut voir l'ancienne éolienne, professeurs et élèves au travail, puis les lycéens devant leur oeuvre terminée à l'atelier, enfin une partie des personnes qui ont rendu possible le projet.


Refaite à l'identique à partir de vieux croquis et de quelques pièces rouillées et tordues, elle s'est offerte à l'admiration de tous, avant de gagner sa destination définitive, au Parc de La Castellane.


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Cette réfection s'inscrit dans un long partenariat entre le lycée Langevin et la municipalité d'Ollioules puisque des classes de menuiserie et de ferronnerie d'art ont déjà reproduit à l'identique des roues de moulin pour le moulin de Palisson.


Les-eleves-a-l-honneur.jpg

Un diplôme qui apportera, incontestablement, un plus dans leur future recherche d'emploi.

 

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Ce que la Nature fait est beau. Mais ce qu'elle ne peut faire, l'homme le crée avec brio, n'est-ce pas ?


L'avantage pour les élèves est de participer à un vrai projet patrimonial, beaucoup plus motivant et valorisant qu'un simple exercice pédagogique. Il auront la fierté de voir fonctionner "leur" éolienne au Parc de la Castellane.

D'autre part, tous les deux ans, ces sections et leurs professeurs animent les journées  des Métiers d'art, sur la Place Puget,où chacun peut admirer leurs savoir-faire.

 

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Par le jeu des lignes droites, des courbes, des cercles, par le scintillement grisé des pales métalliques, l'éolienne qui porte déjà en elle la force de l'antique Dieu Eole - Qui en douterait ? - n'est plus seulement outil, ni machine. La main des hommes, guidée par l'esprit, en fait une oeuvre d'Art.

 

Mais

Comme la Nature aime toujours avoir le dernier mot,

Jalouse,

Furieuse d'avoir perdu la vedette ce jour-là,

Elle s'est ruée -Emeraude, une fois n'est pas coutume - échevelée d'écume

Contre  les rochers du Cap Nègre.

Du coup, la batterie dont je vous avais parlé dans "La philosophie n'a pas d'âge"

Eut l'air de s'enfoncer pour se mettre à l'abri des embruns !

 

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La Méditerranée, vue de la plage de la Coudoulière, à Six-Fours-les-Plages.


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1 septembre 2012 6 01 /09 /septembre /2012 15:03

 

De l'ombre à la lumière,

Du dedans au dehors,

Du silence à la rumeur des hommes et au fracas de la ville

Du recueillement au cri,

De la sérénité à l'explosion déchirante du soleil.

 

Voici l'autre aspect du voyage auquel nous convie Kenzo Tenge, jouant avec les sensations du visiteur. Celui-ci vient de se rassurer avec la beauté douce et harmonieuse des oeuvres du passé,   avant d'aborder soudainement la vie présente, agressive, flamboyante et si désirable !

Lumière éclatante, cruelle. D'emblée, les yeux cherchent l'ombre. Rare. Ils trouvent un peu d'apaisement dans le vert de l'eau et les arbres du parc. Une presqu'île s'offre au regard qui veut immédiatement s'en approcher.

 

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Être dedans / dehors ! Pour mieux percevoir l'environnement du musée. Étrange ponton pour un improbable navire. Mais ne sommes-nous pas déjà en voyage dans le temps et dans l'espace ?

 

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Le vert profond de l'eau calme l'éblouissement douloureux. Ici, on distingue l'ondoiement d'une carpe à demi cachée dans la vase. Plus loin, une tortue entreprend la traversée.  

Là, quelques canards semblent attendre le moment d'entrer en scène derrière ce qui semble un mystérieux chef d'orchestre...

 

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La visite continue. Quelque chose encore attend le visiteur qui doit revenir en arrière et continuer la promenade sur le chemin de ronde semi-circulaire. D'abord ébloui par la blancheur, le soleil et les murs de vitres des immeubles, il ne le distingue pas, si petit, si frêle !

L'Arbre mort !


De quels tourments ses branches furent-elles persécutées ?

Il est là, surprenant, énigmatique, aussi beau que les statues anciennes auxquelles il renvoie.

 

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Seul au bord de l'univers géométrique du Musée, comme une protestation muette, un coup d'oeil, un point d'exclamation, il ponctue l'écriture architecturale de sa magistrale anarchie. La nature a perdu la bataille, mais, artiste anonyme, hors du temps, elle occupe ici, légitimement, sa place. 

 

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Autre vue de l'arrière du Musée : le chemin de ronde évoque précisément un arc tendu. Le Musée est situé exactement à l'orée du parc Phoenix et d'un quartier moderne à l'architecture imposante et belle. D'où le pont qu'il incarne entre la nature et la ville moderne, entre le passé et le présent, entre la vie et la mort (la plupart des oeuvres sont d'essence religieuse et/ou funéraire), entre le matériel et le spirituel.

 

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Comme un pied de nez à la rigueur des formes, une manière de dire que tout ce qui est humain ne peut se cadrer dans l'univers des droites et des nombres, les baies vitrées des immeubles voisins renvoient l'image déformée voire difforme, non sans beauté cependant, du temple moderne des Arts.

 

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C'est le moment de revenir. Sous le charme. Nous allons redescendre, traverser la boutique des souvenirs, riche de livres, de soieries, de statuettes laquées. Un coin de salle permet même à ceux qui le souhaitent de déguster un thé.

 

La visite s'achève par où elle a commencé. Le cercle est bouclé. Un dernier regard aux feuilles rouges de l'érable. J'espère que vous avez aimé ma virtuelle visite !

 

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Cependant, rien n'égale une vraie rencontre avec ce musée qui vaut largement le détour, car si l'on peut imaginer relativement aisément, il faut savoir que

les émotions ne se vivent qu'au présent.


 

Quelques renseignements utiles:

Le Musée des Arts Asiatiques est situé à l'ouest de la ville, au début de la Promenade des Anglais, à deux pas de la Méditerranée et près de l'aéroport.

L'entrée est gratuite. Par contre, celle du parc Phoenix est payante.

Adresse : 405, Promenade des Anglais-Avenas. 06200 NICE.

Téléphone :  (+33) (0)4 92 29 37 00

Site de la ville de Nice : www.nice.fr pour consulter les horaires d'ouverture et le programme des animations.

le Musée offre des audio guides et sur réservation des visites guidées (15 personnes)

Accès aux personnes handicapées.

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28 août 2012 2 28 /08 /août /2012 14:42

 

 

Conçu par l'architecte japonais Kenzo Tange et inauguré en 1998, ce petit musée situé près de l'aéroport de Nice, à l'intérieur du Parc Floral Phoenix, offre à ses visiteurs un espace et un moment précieux.

Il semble flotter sur un lac artificiel peuplé d'animaux aquatiques. Cependant il suggère plus qu'il ne démontre les jardins japonais tels que nous les connaissons. Il est vrai que construire un ensemble architectural traditionnel ne présente pas grand intérêt aujourd'hui. On ne construit pas non plus de château fort chez nous ! L'esthétique a changé, les matériaux et les technologies aussi. Les Japonais sont également attachés aux traditions qu'au modernisme. D'où le choix résolument moderne de l'architecte.

 Quoique... les formes géométriques, droites, courbes, cubes, cylindres, traduisent le symbolisme essentiel de la culture nipponne, à savoir le carré symbole de la Terre et le cercle, symbole du Ciel.

 

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Pourtant, l'ensemble demeure éloigné de l'imagerie habituelle et l'on s'interroge sur ce qui est si proche de la tradition et en même temps si différent. En somme, qu'est-ce qui est ici essentiellement japonais ?

Oui, me direz-vous, ne s'agit-il pas d'un musée des Arts "asiatiques"?

 - L'architecte est Japonais ! Chinois, Indien, Birman... l'oeuvre eût été différente.

 

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 L'entrée est exiguë. Rien à voir avec les musées classiques qui en imposent d'emblée.

 On y entre comme dans une maison. On se retient presque d'enlever ses chaussures!

Un petit érable du Japon (justement), un buisson de bambous serrés dans une jardinière, pas une feuille ne dépasse, une poignée de minuscules conifères.

 

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La réception est réduite. On pénètre tout de suite dans une sorte de galerie des glaces moderne. D'immenses baies vitrées réfléchissent des myriades de rais de lumière qui se font miroirs et diffusent une délicate clarté verte. La déclinaison des gris, gris satiné des miroirs, gris mordoré des marbres, gris étincelant des rampes d'acier inoxydable, crée sans attendre une atmosphère de quiétude.

Il n'est pas rare de rencontrer une personne qui lit, écrit, réfléchit ou peut-être médite.

 Vous apercevez quelques statues d'animaux. Nous allons nous en approcher.

 

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Le petit cheval que voilà, presqu'un jouet, apporte une contradiction joyeuse aux tonalités ambiantes, avec sa robe de terre cuite ocre et sa texture doucement crayeuse. C'est un cheval Haniwa qui date du IVe siècle.

Les Haniwa sont à l'origine, au IIIe siècle, des vases funéraires. Peu à peu, ils deviennent des figurines déposées dans les tombes de dignitaires, souvent chefs militaires, en tous cas membres de l'aristocratie.

Très fragiles, non vernissées, elles sont faites de cylindres d'argile  - Haniwa veut dire précisément "cylindre de terre" -et représentent des armes, boucliers, bateaux de guerre, belles demeures.

Elles évoluent vers les animaux, comme le cheval ci-dessus, harnaché parfois luxueusement, et vers les êtres humains : têtes d'homme ou de femme, guerriers, samouraïs.

Les Haniwa ont d'abord été des objets ayant appartenu au défunt - signe commun à de nombreuses cultures à l'époque - avant de devenir les défunts eux-mêmes. La tradition s'éteint au VIe siècle.


Un peu plus loin, un buffle-sarcophage indonésien, très ouvragé, date du XIXe siècle.

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Avant de gravir le bel escalier, les visiteurs sont invités à explorer les salles carrées , situées aux quatre coins de l'ensemble. Elles évoquent certains aspect des civilisations asiatiques / le monde matériel et le monde spirituel. Ces mondes qui se renvoient l'un à l'autre, avec leurs dieux et leurs déesses "mi-homme, mi-animal" que l'on invoque toujours en Inde, par exemple.

 

 

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La déesse DURGA DEVI, déesse-mère, au Bengale, vénérée depuis le Ve siècle. A elle seule, elle incarne tous les Dieux et toutes les Déesses. Son rôle est de vaincre le Roi des Démons, MAHISA, d'où ses nombreux bras, jusqu'à dix-huit, pour brandir des armes : épée, sabre, lance, arc et flèches comme ci-dessus. Somptueusement vêtue, elle chevauche le plus souvent lion ou tigre, avec un égal sourire; sans doute est-elle sure de sa victoire !


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Ci-dessus, GANESH, le Dieu à tête d'éléphant. Protecteur du foyer, il est le plus familier des nombreux dieux hindouistes. Capable de lever les obstacles, il est vénéré dans l'Inde entière. d'autant que, aspect ambigu de sa divinité, il est capable du pire s'il se sent mal honoré... Mieux vaut ne pas se montrer avare d'offrandes, d'où son omniprésence dans la vie des gens, à la maison, au temple bien sûr, dans la rue, au jardin public !

 

Il est temps de monter au Ciel en empruntant ce magnifique escalier, subtile transition entre la Terre et le Ciel. La spirale n'est-elle pas le produit d'un cercle coupé et étiré de bas en haut, offrant ce magnifique délié ?

 

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A l'étage, la promenade est circulaire. La révolution que l'on accomplit évoque le bouddhisme à travers diverses représentations du Bouddha. Des statues,mais aussi des tableaux où les rouges qu'affectionnent particulièrement les Indiens, dominent.

 

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A l'opposé de l'entrée, une porte de verre, encadrée de tentures assez légères pour laisser l'oeil entrevoir le monde extérieur, invite à d'autres découvertes.

Elle conduit notamment à un bâtiment réservé aux activités du musée : expositions, mais aussi, certains jours, la fameuse "cérémonie du thé", auquel le public peut participer.

Pour y accéder, un petit pont, bien sûr.

On devine que la sortie ne nous épargnera pas, tant le soleil de cette fin de mai est déjà implacable tout comme la chaleur.

 

 

 

Fin de la 1e partie.


 

 

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3 juillet 2012 2 03 /07 /juillet /2012 22:09

  Après une vocation militaire, le fort Balaguier de La Seyne sur Mer a aujourd'hui un rôle culturel. Voici l'exposition qui a été consacrée aux "Artistes du Bagne".

Je vous ai montré le fort Balaguier, tel que je l'ai visité. Les photos que j'ai prises donnent différents aspects du fort, mais j'étais un peu frustrée de ne pas avoir à offrir une vue d'ensemble. Il faudrait pour cela le photographier d'hélicoptère ou de la mer. Par chance, j'ai trouvé dans mes vieilles cartes postales, une vue du fort qui date de 1905. C'est mieux que rien! Quoique à l'époque le fort était opérationnel : rien de superflu, donc pas de lauriers roses, ni de pins !

  Toulon.-Le-Fort-de-Balaguier-1905.-copie-1.jpeg

 

De nos jours, le fort abrite un musée et des expositions. Je fréquente régulièrement les expositions de peinture et les musées d'art et traditions populaires. Rien d'étonnant à ce que je prenne la direction du fort, au printemps 2010,à la fois pour le visiter, mais surtout pour y découvrir une exposition inhabituelle : "Les Artistes du bagne" ou "Chefs d'oeuvre de la débrouille 1748-1953"

Les oeuvres exposées et les documents complémentaires  comme la correspondance traduisent trois centres d'intérêt :

- Les conditions de vie des bagnards, la discipline et les punitions, les évasions réelles ou rêvées, leurs rapports avec les autorités, médecins, surveillants, directeur, les travaux forcés et les loisirs, les relations entre eux et avec les familles...

- L'expression artistique toujours ingénieuse car il s'agit de trouver un support et ils doivent s'adapter aux seules matières disponibles : coquillages, papier, os, toiles, écaille, bois, paille...

- Les sentiments, les rêves, de la révolte à l'humanité : les tentatives désespérées pour certains de résister à l'enfermement, la promiscuité, l'avilissement. Mais aussi, les tentatives des familles pour adoucir ces châtiments qui, pour les "politiques", étaient extrêmement cruels.

 

048 copie case

En Guyane française, "Le bagne: Une case: Vie intime du forçat", huile sur toile de Casimir Prénéfato, Musée des B.A. de Chartres.

 

La scène semble paisible. C'est le soir, l'heure de la détente après les travaux forcés. Oubliés pour un moment le déracinement, le voyage en bateau enfermés par centaines dans des cages, l'angoisse et le désespoir. Le petit groupe assis semble absorbé par des récits d'évasion - ils en rêvent tous - ou par des jeux susceptibles de dégénérer en bagarre avec couteaux. Qui sont-ils? Des condamnés de droits communs, mais aussi des politiques : des "rouges", des révolutionnaires, des Communards.

 

056 copie La Barre

 

L'éclatement des valeurs, la promiscuité, la loi de la jungle où les "caïds" règnent en maîtres sur les plus faibles leur imposant humiliations, violences et viols, font du bagne un enfer où les hommes sortent broyés. Révolte et désir de vengeance. Difficile de ne pas devenir une bête sauvage!

La surveillance est permanente à travers les surveillants (militaires) et leurs auxiliaires appelés "porte-clefs". Recrutés parmi les détenus dont ils sont détestés, ils ouvrent et ferment les portes, fouillent et appliquent les fers.

Les punitions vont du pain sec et de l'eau, à la prison voire le cachot. Elles sont administrées par une commission pénitentiaire. Les "incorrigibles " risquent d'être envoyés dans des camps disciplinaires; En cas de crime, un tribunal maritime spécial peut les condamner à la réclusion, à l'isolement total et même à la peine de mort (guillotine) à moins qu'ils obtiennent la grâce du président de la République.


 La-visite-medicale-copie-1.jpeg

Aquarelle du peintre Lagrange.

 

Parmi le personnel dont dépendent les bagnards, un personnage occupe une place à part. Il s'agit du médecin. Médecin militaire, il soigne toutes les pathologies et tout le monde.

Sa déontologie faite de respect de l'autre, fut-il criminel, et de tolérance l'amène parfois à entrer en conflit avec l'Administration Pénitentiaire. La plupart défendent leurs patients, en particulier les condamnés,  sans moyens et sans pouvoir. Cela leur vaut le respect et même l'estime des condamnés qui trouvent en eux et leurs familles, l'humanité perdue.D'où l'importance de du thème de la santé dans les productions artistiques des détenus.

Ici le Dr Heyries accompagné d'un infirmier-bagnard. Les assistants sont des infirmiers militaires, eux-mêmes aidés d'infirmiers-bagnards.

 

La-visite-medicale--2-.jpeg

La visite médicale.

Dessin de Francis Lagrange. 1941.

 

 

113 copie Voeux-copie-1

Témoignage de gratitude.

 

L'univers est terrible. On est envoyé au bagne pour vol ! Et si Jean Valjean est une créature de fiction imaginée par Victor Hugo qui fit un voyage à Toulon en 1839 avant d'écrire "Les Misérables", combien de Jean Valjean, réels ceux-ci, ont subi un tel châtiment ? Combien de prisonniers politiques ?  L'univers est si terrible que chacun essaie d'échapper à son sort.

Il y a ceux que l'évasion hante au point de braver la mort, celle des requins, celle de la guillotine en cas de reprises et récidives.


Parmi ses représentations, voici la très belle huile sur toile de Casimir Prenefato, peinte en 1941. Mucem de Marseille.

Clair-de-lune-en-Guyane.jpeg

 

Mais il est une autre forme d'évasion que certains ont le talent d'employer pour supporter la déshumanisation programmée et construire un espace de liberté. Ce sont les artistes du bagne auxquels le Musée Balaguier et la ville de La Seyne ont voulu rendre hommage.


123 copie coquillage gravé

Art populaire. "Art de la débrouille". En effet, exceptés les condamnés qui peuvent se faire envoyer par leur famille peintures, pinceaux, toiles... les autres doivent se contenter des matériaux qu'ils trouvent : coquillages, noix de coco, osier, os, nacre, écaille.

Une fois trouvé le support de leur créativité, il ne faut pas imaginer que la liberté d'expression leur est acquise. Il y a en effet danger. Qu'une oeuvre humoristique, originale, drôle soit jugée insultante, dénonciatrice, voire de nature à inciter à la révolte, par l'Administration Pénitentiaire dans son ensemble, c'est-à-dire du Directeur au gardien, l'artiste devient alors punissable.

 


Assiette-Guyane.jpeg

On comprend mieux pourquoi certains thèmes sont plus traités que d'autres, notamment celui de la Nature, spectaculaire en Guyane avec ses forêts, rivières, paysages exotiques.

La confection de ces objets, dont le but est d'être vendus pour améliorer l'ordinaire, ne dispense pas leurs créateurs de travail forcé. Ils ont peu de temps pour réaliser leurs oeuvres. Il leur faut donc trouver rapidement une "commande", gage que l'objet soit vendu et un support (ou le voler).

Souvent, les femmes de surveillants par exemple, commandent des objets utiles : salières, presse-papier, peignes en nacre, ou de décoration : assiettes en tôle peintes, vases, bijoux, etc.

 

 

 

Un bel exemple de marqueterie de paille : Le coffret à écriture. Musée Balaguier.

111 copie coffret

 

Les artistes du bagne ont également créé des oeuvres beaucoup plus imposantes comme, dans le domaine païen, la décoration des bars, la construction du kiosque à musique de Nouméa et dans le domaine religieux, l'église d'Iracoubo, en Guyane, entièrement décorée par le bagnard Pierre Huguet.Ils se sont exprimés également par la poésie, le théâtre et la musique au sein de fanfares.

 

130 copie Reine Astrid 

La femme est soit idéalisée, comme ici, "La reine Astrid", peinte par Francis Lagrange, soit plus familière comme dans les tatouages, un art très répandu.

 

Enfin, je ne voudrais pas terminer sans évoquer le déchirement des familles qui se voient coupées, peut-être pour toujours, d'un fils encore bien jeune pour être si cruellement puni.


132

 

 

Tout le monde connaît la Commune de Paris, qui en 1871, après la désastreuse guerre avec la Prusse, est le théâtre d'une grande insurrection populaire, conduite, entre autres, par la célèbre Louise Michel. Elle met en place un gouvernement populaire et révolutionnaire avec de grandes réformes sociales. Malheureusement, l'expérience tourne court, la bourgeoisie reprend le pouvoir et le gouvernement se livre à une vaste répression. De nombreuses personnes, révolutionnaires convaincues ou peut-être seulement au mauvais endroit au mauvais moment, sont raflées, jugées et condamnées à la déportation.

Ainsi le jeune Emile Giffaut, 20 ans,"dessinateur-géographe", condamné à perpétuité pour l'incendie de la préfecture de Paris, lors de la Commune.

 

 

133 copie Lettre père Giffaut

Lisez la bouleversante lettre que son père a écrite pour plaider sa cause ! 

Condamné en 1872, "aux travaux forcés à perpétuité, pour fait de de la Commune ... Il avait alors vingt ans et s'est laissé entrainer par les conseils d'amis perfides et a accepté un emploi à la préfecture de police.

Mais je ne puis croire qu'il ait manqué aux sentiments d'honneur et d'honnèteté que je lui avais inculqués et pu préparer l'incendie de la préfecture ainsi qu'on l'a accusé."

Emile Giffaut reçoit de sa famille tout le matériel pour dessiner.

En 1877,  il sollicite un recours en grâce qui lui est accordé pour "bonne conduite".

Il rentre en France en 1878 avec une trentaine de croquis qui racontent son séjour en Nouvelle Calédonie.

 

 

  Aujourd'hui, les bagnes ont disparu depuis 1953. Les délits existent toujours, mais les peines ont pour but d'aider à la réinsertion des condamnés, du moins en théorie. Des structures existent pour qu'ils fassent des études, s'ils le souhaitent, suivent des formations professionnelles, se cultivent, s'expriment, aient accès à l'information et aux loisirs.

Il est difficile d'imaginer que l'enfer des bagnes a bel et bien existé, que des êtres humains y ont été brisés et même n'en sont jamais revenus. D'où l'importance de ces artistes  qui mirent leurs talents au service de la mémoire.

 

Merci aux organisateurs de cette magnifique exposition que l'on peut consulter à travers le catalogue qui lui fut consacré, aux Musées et aux particuliers qui ont donné pour quelques mois, vie au passé.

Merci de m'avoir lue jusqu'au bout ! Et désolée pour la médiocrité de mes photos ; je n'avais pas le bon appareil, ce jour-là ! De plus, beaucoup d'objets étaient en vitrine.

Pour celles & ceux qui voudraient en savoir plus, voici les coordonnées du Musée Balaguier :

924, Corniche de Bonaparte

83500 La Seyne sur Mer

Tél. 0494948472

Courriel : museebalaguier@orange.fr

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