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30 avril 2017 7 30 /04 /avril /2017 10:11

La fosse DELLOYE  aujourd'hui Centre Historique Minier de Lewarde

 

Du passé surgissent les derniers vestiges que l’on récupère, soigne et protège, après l’avoir tant fustigé, comme s’il fallait à tout prix se faire pardonner nos mémoires oublieuses. Eh ! Oui, il est toujours joli le temps passé, justement une fois qu’il est passé. En effet, le présent est presque toujours sombre à nos yeux myopes d’humains. Nous nous y déplaçons avec l’angoisse de tomber dans d’invisibles chausse-trapes. Tout nous est piège. Aussi, à force de nous méfier de tout ce qui est nouveau, nous nous accrochons aux images déformées du passé et rejetons ce que le présent porte d’espoirs bredouillants. Comme nous sommes trop paresseux pour nous instruire, nous faisons des raccourcis très hasardeux dans le temps et dans l’espace et nous pataugeons dans des tas de préjugés qui nous semblent des vérités immuables.

Aujourd’hui, nous allons renifler, émus, la larme à l’œil et l’admiration généreuse, les derniers vestiges de cette formidable Révolution industrielle commencée au XIXe avec l’extraction du charbon comme énergie. Après l’avoir fortement critiquée sous la houlette d’écrivains qui l’illustrèrent « à leur façon », plus écrivains qu’historiens et économistes d’ailleurs – les vrais mineurs ne s’y sont pas trompés qui ont écrit leurs propres témoignages. Tous ne se sont pas reconnus dans Germinal, car il y a beaucoup de Zola dans Germinal et le monde des mineurs n'est pas resté figé au XIXème siècle. – après l’avoir fortement critiqué donc, voilà que nous sommes pressés d’idéaliser un travail néanmoins épuisant.

Alors je me demande si nous verserons aussi une larme quand il n’y aura plus aucune centrale nucléaire et plus encore quand il n’y aura plus un homme « naturel » avec ses propres bras et jambes, son propre corps, son véritable âge, son vrai cerveau qui pense et réfléchit et cherche toujours la vérité des choses ?

Vous avez compris, je suis allée visiter le CENTRE HISTORIQUE MINIER de LEWARDE. Département du Nord.

La mine, ses deux chevalements et la belle verrière qui présente d'anciennes et imposantes machines et des expositions

 

Puissantes et terrifiantes elles ont été dans leur activité, puissantes elles demeurent, dans leur immobilité inoffensive. Elles s’étalent sous les yeux des visiteurs qui les photographient, en silence, celui-ci pour se souvenir du grand-père qui est descendu dans cette fosse, celui-là qui a appris à l’école l’histoire du charbon, des coups de grisou et de la dure vie des hommes, des femmes, même des enfants ! Et même des chevaux !

Aujourd’hui, elles ont presque toutes disparu des paysages du nord de la France. Heureusement, les hommes ont réagi à l’oubli annoncé. On a rassemblé les traces, les souvenirs, on a sauvé ce qui pouvait l’être encore, on restaure sans cesse pour ne pas oublier la grande aventure technologique et humaine de l’extraction du charbon. La mise en scène est parfaite. L’illusion est au rendez-vous.

Suivez-moi !

Auparavant, un petit tour sur le site du C.H.M. pour vous donner quelques renseignements pratiques :

L’adresse : Fosse DELLOYE – rue d’ERCHIN- 59287 LEWARDE. (Nord)

Le site : www.chm-lewarde.com

Quelques renseignements :

  • Classé au titre des Monuments historiques depuis 2009.
  • Inscrit sur la Liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO.
  • Le plus important musée de la mine en France et l’un des premiers en Europe.
  • 150 000 visiteurs environ par an.

Des expositions dont actuellement, jusqu’au 28 mai 2017 :

« Germinal est-il une fiction ou un documentaire littéraire ? »

Je regrette de ne pas l’avoir vue, car justement, je me proposais de faire une rencontre croisée entre l’œuvre de ZOLA et la réalité que j’ai photographiée à l’automne dernier. Ce sera l’objet de l’article suivant.

 

Quand nous arrivons sur le site du Musée, une fois pris nos billets d’entrée, nous découvrons une immense cour rouge parsemée de quelques flaques d’eau – c’est l’automne- et de quelques locomotives. La cour est flanquée de part et d’autre de bâtiments en briques rouges, et nous sommes invités à rejoindre celui de gauche qui correspond au musée minier proprement dit.

Ce qui m’a frappé lorsque j’ai commencé la visite du centre, c’est le thème de la première salle : Les écrivains de la Mine, parmi lesquels une large place a été réservée à Emile ZOLA et son fameux roman GERMINAL. Les sentiments des mineurs sont un peu mitigés pour ZOLA. D’un côté, ils lui sont reconnaissants de s’être intéressé à eux, leur dur travail, leur utilité sociale, leur vie… et de l’autre ils n’adhèrent pas à la vision qu’il a donnée d’eux. Trop misérabiliste. Non ! Les mineurs ne vivaient pas comme cela, etc. De ce fait, il a poussé sans le savoir, de vrais mineurs à raconter eux-mêmes leur vie, certains allant plus loin dans la revendication de leur identité, en choisissant précisément d’écrire en patois ! Comme Jules MOUSSERON témoigne en « rouchi », mélange de patois du bassin minier et de Picardie.

Le bureau du Directeur, le garage à vélos et la fameuse salle des Pendus
Le bureau du Directeur, le garage à vélos et la fameuse salle des Pendus
Le bureau du Directeur, le garage à vélos et la fameuse salle des Pendus

Le bureau du Directeur, le garage à vélos et la fameuse salle des Pendus

Les visiteurs sont ensuite invités à se munir de casques et empruntent une passerelle d’où ils peuvent admirer les bâtiments de la fosse DELLOYE de la Compagnie des mines d’ANICHE. A leur gauche, la passerelle de mise à stock, puis l’entrée de la mine.

 

L'entrée de la visite et la passerelle de mise à stock
L'entrée de la visite et la passerelle de mise à stock

L'entrée de la visite et la passerelle de mise à stock

Puis, après un passage dans un faux ascenseur, nous entrons dans une première salle, d’où les berlines pleines devaient être dirigées vers les bâtiments où les blocs seraient triés et concassés.

 

Derrière nous, la guide nous invite à entrer dans la mine reconstituée. Malgré le bruitage, je dois avouer que je suis un peu déçue, moi qui suis descendue en Pologne visiter l’extraordinaire mine de sel de WIELICZKA à 135 mètres sous terre. C'était au lendemain de la chute du communisme. Nous étions tassés dans l'ascenseur aux parois de bois mal jointoyées. Pas difficile d'imaginer les conditions de travail ! En bas, dépaysement total. J'avoue que rétrospectivement j'ai eu peur ! 

Un mineur au travail, au XXème siècle.

Creusement d'un puits & descente des mineurs
Creusement d'un puits & descente des mineurs

Creusement d'un puits & descente des mineurs

" Lentement Etienne revint à la recette. Ce vol géant sur sa tête l'ahurissait. Et grelottant dans les courants d'air, il regarda la manoeuvre des cages, les oreilles cassées par le roulement des berlines. Près du puits, le signal fonctionnait, un lourd marteau à levier, qu'une corde tirée du fond, laissait tomber sur un billot. Un coup pour arrêter, deux pour descendre, trois pour monter : c'était sans relâche comme des coups de massue dominant le tumulte, accompagnés d'une claire sonnerie de timbre; pendant que le moulineur dirigeant la manoeuvre, augmentait encore le tapage, en criant des ordres au machineur, dans un porte-voix. Les cages au milieu de ce branle-bas, apparaissaient et s'enfonçaient, se vidaient et se remplissaient, sans qu'Etienne comprît rien à ces manoeuvres compliquées.

Il ne comprenait bien qu'une chose : le puits avalaient des hommes par bouchées de vingt et de trente, et d'un coup de gosier si facile, qu'il semblait ne pas les sentir passer. Des quatre heures, la descente des ouvriers commençait. Ils arrivaient de la baraque, pieds nus, la lampe à la main, attendant par petits groupes d'être en nombre suffisant. Sans un bruit, d'un jaillissement doux de bête nocturne, la cage de fer montait du noir, se calait sur les verrous, avec ses quatre étages contenant chacun deux berlines pleines de charbon. Des moulineurs, aux différents paliers, sortaient les berlines, les remplaçaient par d'autres, vides ou chargées à l'avance des bois de taille. Et c'étaient dans les berlines vides que s'empilaient les ouvriers, cinq par cinq, jusqu'à quarante d'un coup, lorsqu'ils tenaient toutes les cases. Un ordre partait du porte-voix, un beuglement sourd et indistinct, pendant qu'on tirait quatre fois la corde du signal d'en bas, "sonnant à la viande", pour prévenir de ce chargement de chair humaine. Puis, après un léger sursaut, la cage plongeait silencieuse, tombait comme une pierre, ne laissant derrière elle que la fuite vibrante du câble."

GERMINAL, page 39. Emile Zola, Oeuvres complètes. Editions du Livre Précieux.

Il faut savoir que les mineurs devaient étayer eux-mêmes leurs galeries. Durant ce temps, ils ne produisaient pas de charbon pour lequel ils étaient payés. D’où  la tendance à allonger les distances d'étayage  avec les risques d’éboulements.

Le travail dit "à col tordu". Jean Simonin

Le travail "à col tordu", selon l'expression employée par Jean Simonin.

Mineurs préparant une explosion de la veine de charbon.

 

Techniques du XXème siècle. Marteau-piqueur, emploi de vérins pour l'étayage, petits trains pour le déplacements des hommes.
Techniques du XXème siècle. Marteau-piqueur, emploi de vérins pour l'étayage, petits trains pour le déplacements des hommes.
Techniques du XXème siècle. Marteau-piqueur, emploi de vérins pour l'étayage, petits trains pour le déplacements des hommes.

Techniques du XXème siècle. Marteau-piqueur, emploi de vérins pour l'étayage, petits trains pour le déplacements des hommes.

"Jamais la mine ne chômait, il y avait nuit et jour des insectes humains fouissant la roche, à six cents mètres sous les champs de betteraves. », écrit Zola, page 71.

Le cheval naturalisé de la mine et quelques documents affichés dans l'écurie où l'on peut imaginer la descente des animaux.
Le cheval naturalisé de la mine et quelques documents affichés dans l'écurie où l'on peut imaginer la descente des animaux.
Le cheval naturalisé de la mine et quelques documents affichés dans l'écurie où l'on peut imaginer la descente des animaux.
Le cheval naturalisé de la mine et quelques documents affichés dans l'écurie où l'on peut imaginer la descente des animaux.

Le cheval naturalisé de la mine et quelques documents affichés dans l'écurie où l'on peut imaginer la descente des animaux.

Après la visite de l'écurie  avec ses stalles, les consignes données par les vétérinaires pour l'alimentation des chevaux ainsi qu'un registre des visites médicales, votre attention est attirée par le ventilateur du Puits n°1. Destiné à servir de « retour d’air » vicié par opposition au puits d’entrée d’air. La profondeur maximum d’extraction a atteint 479 mètres dans les années 1960.

On aperçoit sur la photographie un tuyau gris clair qui monte à la verticale le long du mur : c’est un exutoire de grisou.

Ne manquez pas la visite, elle vaut le détour !

A bientôt pour une réflexion sur le roman et  son auteur.

Merci de votre attention.

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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 17:37

 

Après l’extraction de l’ocre de Provence, voici le travail des hommes pour obtenir les couleurs. Je vous invite à une promenade dans l’ancienne usine MATHIEU, réhabilitée aujourd’hui par la S.C.I.C. OKHRA en un « CONSERVATOIRE des OCRES ».
01-Conservatoire-des-ocres.jpg
Un cadre accueillant pour les visiteurs et les stagiaires.

En 1921, Camille MATHIEU fit construire l’usine qui fonctionna jusqu’en 1963.
Elie ICARD y travailla dès l’âge de 14 ans, comme laveur, mineur puis contremaître. Il supervisa le démontage des moulins en 1954.

En 1994, véritable mémoire de l’usine, il fut sollicité pour participer à la renaissance de l’usine. C’est grâce à lui que nous pouvons nous représenter le processus de fabrication des ocres, tel qu’en 1942. 

1994 est aussi l’année de création de la coopérative OKHRA. D’abord association, elle s’était donné pour but de faire revivre ce patrimoine. Conserver la mémoire, oui. Pas seulement ! Transmettre aussi les savoir-faire. D’où le terme « conservatoire » plutôt que « musée ».

Toute personne, quel que soit son âge, individuellement ou collectivement, par goût ou dans un but professionnel, peut être initiée ou se perfectionner au moyen de stages animés par des intervenants compétents. Fabriquer soi-même sa propre peinture ! Acheter toutes sortes de couleurs d’ocre, du matériel de peinture, des livres. Recevoir éventuellement des conseils pour créer sa propre coopérative…etc.
En 2005, l’association est devenue Société Coopérative d’Intérêt Collectif. Elle reçoit 30 000 visites par an et dispense 300 journées de formation.
 
Mais, reculons de quelques dizaines d’années pour comprendre ce que fut le travail des ocriers.
 02-Dans-l-usine-Mathieu.jpg
Nous entrons par l’arrière de l’atelier de l’ocre jaune où nous reviendrons plus tard. La visite est soit guidée, soit libre. Le parcours nous emmène sur les lieux qui correspondent aux différentes étapes du travail.
03-Le-vieux-magasin.jpg
Le vieux magasin.
04-L-Atelier-d-ocre-rouge.jpgL'usine d'ocre rouge transformée en salles d'exposition.
Le parcours se divise en deux parties : la première concerne le traitement des blocs bruts d’ocre, après leur extraction des mines ou des galeries à ciel ouvert. La deuxième nous conduira dans les ateliers où se passait la transformation de l'ocre en produit fini et son acheminement vers la clientèle. 
  On commençait d'abord par broyer et laver les blocs composés en grande partie de sable pour en extraire l'ocre, dans le malaxeur ci-dessous.
05-Broyage-des-roches.jpg
Puis, la « boue » obtenue était envoyée dans la rigole suivante appelée "batardeau"où elle était arrêtée brusquement, ce qui créait des remous destinés à  empêcher sable & ocre de se ressouder. Là, le sable, plus lourd, se déposait. L'ocre plus légère restait en suspension dans l'eau.

06 Dépôt sable
    
Le moment venu, l’ouvrier enlèvait les « bouchons » de bois en commençant par le haut, pour permettre à l’ocre de s’écouler dans le "reposoir". (Bassin plus petit qui permettait de purger l'ocre, des résidus de sable les plus fins).
07-Le-Reposoir.jpg
Dans la phase suivante, l’ocre était dirigée dans un bassin de décantation, durant l'automne et l'hiver où elle se déposait pendant la nuit. Le matin, les ouvriers retiraient les bouchons et l'eau était récupérée en contrebas. Au printemps, ils  pré-découpaient les mottes. Enfin, au début de l'été, les mottes étaient extraites et mises à sécher au soleil. Le site est maintenant très ombragé, mais il faut l'imaginer sans arbres, car il fallait un maximum de soleil ! 
08-Decantation.jpg
  Une fois sèches, les mottes étaient acheminées vers le four. L’action chimique de la température joue un rôle dans l’obtention des couleurs. C’est pourquoi il y avait une usine pour l’ocre rouge et une pour la jaune.
09 Le Four
Voici le four. La photographie suivante montre les ouvriers au travail, en train de préparer la cuisson.
10-Cuisson-des-mottes.jpg 
L'ouvrier plaçait les mottes en quinconce. Cette opération occupait beaucoup de main d'oeuvre, comme on peut le voir.
11 Les ateliers
L’usine du jaune. Ici, l’ocre allait subir toutes les phases : du broyage à l’empaquetage. Elle quittait alors l’usine pour être envoyée aux acheteurs du monde entier.
12-Mottes-d-ocre.jpg Une fois cuits, les blocs attendaient d’être concassés et pulvérisés.
13 Broyeur à gauche
   
14-Broyage.jpg15-Tamisage-plan.jpg  
Schémas du broyage et du tamisage, indispensables, vu l’état des vestiges des machines !
16-Machine-a-tamiser.jpgLe tamisage.
17-Remplissage-sacs.jpgLe conditionnement en sacs ou en tonneaux
18-Le-Compactage.jpgLe compactage.
Une fois conditionnée, l’ocre quittait l’usine en chemin de fer...
19-Wagonnets.jpg
... ou en camion.
20-L-Antique-camion.jpg
Aujourd’hui ?
De nombreux facteurs donnent à penser que l’ocre, matière naturelle, peut effectuer un retour bénéfique aux hommes et à l’environnement.
D’une part, on voit ce qu’il en coûte de subir les excès de l’industrie chimique et du profit aveugle.
D’autre part, la recherche des moyens de lutte contre la pollution (on sait que l’ocre ne pollue pas et que les grandes quantités d’eau nécessaires sont récupérées), la législation du travail en matière de sécurité du travail (les poussières autrefois respirées sont maintenant aspirées par des machines), rendent l’exploitation beaucoup moins dangereuse, aujourd’hui.
Par ailleurs, l’élévation global du niveau de vie qui, malgré les crises, a transformé nos maisons et nos villes, nous permet de nouveaux désirs d’ordre esthétique, entre autres, comme ceux de décorer, peindre nous-mêmes nos lieux de vie.
La synthèse existe déjà puisque pigments naturels et pigments artificiels ont des qualités complémentaires et sont déjà travaillés ensemble.
Enfin, n’oublions pas que le développement de l’exploitation des ocres donne vie à une région en créant des emplois.
Comme j’ai eu l’occasion de le dire dans l’article précédent, vous trouverez d’abondantes informations sur le passé, le présent et même l’avenir de l’ocre, sur le net. J’ajoute le site de la société OKHRA qui s’exprime longuement sur sa démarche, y compris sur ses statuts. www.okhra.com
 
 
 
 
 
 
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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 10:10

 

L’ocre, qui se décline du rouge sombre au jaune safran, fut sans doute une des premières couleurs à être utilisée par les artistes de la Préhistoire. Elle est présente dès le début, dans les peintures rupestres. Les Romains l’ont exploitée. Au Moyen Âge, elle a permis la peinture de nombreuses fresques et décoré nombre d’églises et de cathédrales… Aujourd’hui, elle ensoleille les maisons, illumine les bois et les céramiques, jusqu’au visage des élégantes, car elle est présente dans les fards et les poudres !

 

Je vous invite à voyager au coeur du pays des ocres de Provence, en particulier celles de la région d'APT, dans le Vaucluse.

Je vous conduirai sur le site impressionnant des carrières de BRUOUX, puis au coeur de l'usine MATHIEU, désaffectée aujourd'hui. Quoique...

 

 Apt. Région des Cheminées de Fées

  Paysage du nord-ouest de la ville d'Apt. on y distingue derrière les pins, de belles "cheminées de fée" rougeoyantes.

 

Dans le Lubéron, l'ocre a été exploitée à ciel ouvert et dans les mines. Elle exigeait beaucoup de main d'oeuvre et de temps, comme on le verra plus tard. Aussi l'essor de l'industrie chimique lui porta un coup sévère.

 

Aujourd'hui, elle est beaucoup moins exploitée et les entreprises ont dû, pour continuer d'exister, se moderniser et diversifier leurs produits.

La complémentarité des pigments naturels dont la qualité est de mieux résister à la lumière, et des pigments de synthèse obtenus par réaction chimique, qui ont l'avantage d'avoir un grain plus fin, permettent d'espérer un avenir positif. Les deux ont la particularité de se mélanger parfaitement entre eux, donnant d'infinies nuances.

D'autant plus que l'on sait que l'ocre ne pollue ni les hommes, grâce au filtrage maîtrisé des poussières, ni la nature, pas plus qu'elle ne nuit à l'environnement. Les grandes quantités d'eau nécessaires sont pompées et réinjectées dans le circuit.

Comme quoi tradition et progrès ne sont pas forcément antinomiques.

La curiosité et l'admiration des touristes permettent, par la manne conséquente qu'ils amènent, non seulement la conservation de la mémoire, mais de nouvelles activités comme celles du Conservatoire des ocres.

 

Bruoux.-La-Mine-d-ocre.jpg

Arrivée sur le site de BRUOUX.

 

Entree-de-la-visite.jpg

C'est ici que l'on entre dans le royaume d'Hadès !

Plus d'un a dû y penser en creusant du matin au soir, dans la quasi obscurité et le froid, s'efforçant d'oublier la peur qui déchire, à l'idée des possibles effondrements ! Et les blocs lourds qu'il faut détacher sans les lâcher, sans les laisser écraser, briser, anéantir le corps des hommes !

 

De 1880 à 1950, dans ces hautes falaises-là, des hommes ont creusé à la main, à l'aide de simples pics, pioches et pelles, à la lumière des lampes à huile d'olive d'abord... Oui ! Parce qu'elle éclaire mieux et dégage moins de fumée, puis des lampes à carbure, une quarantaine de kilomètres (certains disent cinquante.) d'immenses galeries - j'ai envie de dire "nefs" - larges de 3 mètres et hautes de dix à quinze mètres.

Cathédrales ! Pas pour célébrer Dieu, mais la Nature qui nourrit et meurtrit à la fois, depuis toujours.

 

La-Porte-des-Enfers.jpg

Derrière cette porte, il nous faudra suivre les petites Perséphone que sont les guides, armées de puissantes torches et sures d'elles. Tant mieux !

 

La visite est très encadrée. Pas question de faire cavalier seul (on comprend vite qu'il faut suivre le groupe de près), ou de prendre des photos ! Nous resterons donc sur notre faim, mais il y a de bonnes raisons à cela.

D'abord, il y fait sombre. Très sombre même. Des veilleuses ponctuent le parcours et il n'est pas rare de s'adresser à un inconnu, croyant parler à son conjoint ! Et si le parcours de 650 mètres environ est sec, on devine plus qu'on aperçoit quelques bassins remplis d'eau, qui n'incitent pas à la baignade !

La visite est donc guidée. Chacun reçoit un casque, dès fois que... et un N.U.M.E.R.O. ! Il est vrai que l'imprudent qui éprouverait une forte bouffée d'individualisme et ferait EXPRES de se laisser distancer, par exemple pour faire quelques photos en douce! - difficile tout de même, car les guides ont l'oeil ! - connaîtrait la frayeur de sa vie, en cherchant son chemin dans les quarante kilomètres  de galeries et la pénombre.

A la sortie, le compte doit être bon !

 

Orphee-ne-revient-pas-seul-.jpg

Par ici, la sortie ! Orphée ne revient pas seul !

 

Un peu d'histoire :

- 1785 : Jean Etienne Astier découvre comment séparer l'ocre du sable. Il sera le premier fabricant d'ocres. L'exploitation de Gargas durera jusqu'en 1848. A cette époque, les blocs étaient transportés à dos d'âne, dans des couffins appelés "bannées".

- 1877 : La création des chemins de fer permet d'acheminer plus facilement l'ocre à Marseille, et de là, dans le monde entier. Marseille reçoit d'ailleurs les ocres d'autres régions de France, notamment de l'Auxerrois et de la Bourgogne.

- XIXe siècle : Le pays d'Apt compte une centaine de carrières et 25 usines qui emploient de nombreux ouvriers, jusqu'aux paysans qui complètent leurs revenus, l'hiver, en portant aux usines l'ocre ramassée sur leurs terres.

- 1928 : La production s'élève à 40 000 tonnes dont 90% sont exportées.

- 1938 : La production divisée par deux signe le début du déclin.

- 1974 : Au bord de la ruine l'usine est rachetée et prend un nouveau départ.

- De nos jours, la production atteint 1300 tonnes environ par an.

 

Les utilisations de l’ocre sont nombreuses et surprenantes pour un néophyte. En effet, elle sert à la fabrication des peintures, dans le bâtiment (enduits de façade, peintures du bois, du fer, même sous-marines, en décoration intérieure, comme épaississant (fabrication du linoléum),  toiles cirées, céramique, cartons, colles et même en pharmacie. Elle est aussi la matière préférée des artistes peintres en herbe ou professionnels !

 

Outils-traditionnels.jpg

Des outils traditionnels

 

 

Tonneaux---Blocs-d-ocre.jpg   

Faute d’une petite mise en scène dans la mine, une exposition composée d’outils, de photographies, de blocs bruts arrachés à la terre, se laisse regarder à l’issue de la visite. On peut aussi acheter des pots d’ocre de différentes couleurs.

 Theatre-naturel.jpg

Le site permet aussi d’apprécier des spectacles et de profiter d’une halte, agréable aux promeneurs, dans le sous-bois.

Une-halte-ombragee.jpg

 

Après avoir évoqué l’extraction, nous suivrons le traitement de ces blocs jusqu’à l’obtention des couleurs définitives. A quelques kilomètres, sous les pins, au Conservatoire des Ocres.

Vers-St-Saturnin.-Paysage-d-ocre-de-Provence.jpgSur la route de Saint-Saturnin

 

La richesse du sujet et la quantité des photos m’obligent à traiter la visite suivante en une ou peut-être deux fois. Effectivement, comme il s’agit d’un processus de fabrication, le respect des étapes est indispensable à la compréhension.

J’aurais le plaisir de vous retrouver dans un avenir très proche.

Pour plus d'informations sur la formation de l'ocre et la région du Lubéron, consulter :

  • L'article de Jean Marie Triat (Université d'Aix-Marseille) sur la formation géologique.
  • Le site ocres-de-france.com à propos de la fabrication de l'ocre et des questions relatives à l'environnement et à la pollution.
  • Les sites des entreprises et des collectivités locales et régionales.
  • Wikipédia.
  • Mais le mieux est encore d'aller voir de ses propres yeux ce site où la nature donne tant à l'homme, depuis si longtemps. Pour ce faire, je vous invite à consulter le site de la région elle-même : http://luberon.fr/tourisme/balades/randonnees/annu+sentier-des-ocres-de-roussillon+3821.html

 



 

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