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31 mai 2017 3 31 /05 /mai /2017 20:49
La manifestation, peinture de Jules ADLER.

La manifestation, peinture de Jules ADLER.

Il m’est arrivé plusieurs fois d’acheter des livres sur des lieux historiques. On trouve en effet dans les librairies des Musées des documents que l’on ne trouve pas ailleurs ou du moins, sauf à faire une recherche précise, on ne va pas directement vers eux, chez les libraires, un peu étourdi parfois par le nombre de livres à découvrir sur d’infinis sujets. C’est ainsi que j’ai acheté et lu bien entendu à côté de livres d’historiens, certains romans où les auteurs avaient éprouvé le désir de faire vivre de vrais événements en donnant à des figures inconnues des visages, des caractères, des vies en somme. Comment sans eux, sans leur talent, sans leur imagination respectueuse de la vérité historique, rencontrer et comprendre par-delà les siècles, les événements du passé, les hommes qui les ont vécus, les sociétés qui ont vécu puis disparu ?

Il m’est arrivé que l’on me conseille tel livre d’historien ou de témoin, par exemple un ouvrage écrit par un soldat, me décourageant de choisir l’ouvrage du romancier, sous le prétexte que ce n’est pas « vrai ». C’est oublier que l’historien permet d’analyser, le romancier permet d’imaginer, ressentir, vivre et partager. Loin d’être incompatibles, ces deux approches sont tout à fait complémentaires.

 

J’en viens donc à Emile ZOLA et l’un de ses chefs-d’œuvre : GERMINAL.

Première partie :

D’abord, je rappelle le sujet du roman que j’illustre d’extraits choisis en fonction du réalisme recherché par l’auteur, de la beauté de l’expression et des émotions éprouvées tant sensibles qu’esthétiques, et aussi de la vision personnelle et du style qui le caractérise. Peut-être serez-vous étonné de ne pas trouver ici de photographies du film de Claude Berry car elles sont impossibles à employer. Néanmoins, celles que j’ai sélectionnées dans l’édition du Cercle du Livre Précieux, me semblent mieux convenir car elles sont d’époque.

Mineurs au temps d'Emile Zola. L'étayage était un problème pour les mineurs, car ils devaient étayer eux-mêmes les galeries, or ils étaient payés à la quantité de charbon extrait. Ils mettaient de fait leur vie en danger. On appelait "cribleuses" les femmes qui passaient au crible le charbon, c'est-à-dire le triaient.
Mineurs au temps d'Emile Zola. L'étayage était un problème pour les mineurs, car ils devaient étayer eux-mêmes les galeries, or ils étaient payés à la quantité de charbon extrait. Ils mettaient de fait leur vie en danger. On appelait "cribleuses" les femmes qui passaient au crible le charbon, c'est-à-dire le triaient.

Mineurs au temps d'Emile Zola. L'étayage était un problème pour les mineurs, car ils devaient étayer eux-mêmes les galeries, or ils étaient payés à la quantité de charbon extrait. Ils mettaient de fait leur vie en danger. On appelait "cribleuses" les femmes qui passaient au crible le charbon, c'est-à-dire le triaient.

Etienne LANTIER, chômeur, arrive dans le nord de la France, à dix km de Marchiennes où il réussit à se faire embaucher par la Compagnie qui exploite les mines de Montsou. Il loge chez les Maheu, mineurs, et apprend leur dur métier. Il est frappé par les conditions misérables de leur vie et, idéaliste, rêve d’améliorer le sort des mineurs.

« C’était Maheu qui souffrait le plus. En haut la température montait jusqu’à trente-cinq degrés, l’air ne circulait pas, l’étouffement à la longue devenait mortel. Il avait dû, pour voir clair, fixer sa lampe à un clou, près de sa tête ; et cette lampe, qui chauffait son crâne, achevait de lui brûler le sang. Mais son supplice s’aggravait surtout de l’humidité. La roche, au-dessus de lui, à quelques centimètres de son visage, ruisselait d’eau, de grosses gouttes continues et rapides, tombant sur une sorte de rythme entêté, toujours à la même place. Il avait beau tordre le cou, renverser la nuque : elles battaient sa face, s’écrasaient, claquaient sans relâche. Au bout d’un quart d’heure, il était trempé, couvert de sueur lui-même, fumant d’une chaude buée de lessive. » p.50.

Les Rougon-Macquart : Germinal. Cercle du Livre Précieux.

Mineurs et leurs outils.
Mineurs et leurs outils.

Mineurs et leurs outils.

La journée terminée, les hommes se retrouvaient souvent à l’estaminet, chez RASSENEUR, où ils buvaient des chopes tout en parlant. Etienne, séduit par les idées de MARX, s’enthousiasmait pour l’Association internationale des travailleurs qui venait de se créer à Londres. Il imaginait les travailleurs de tous les pays s’unissant pour imposer aux patrons la justice sociale. SOUVARINE, lui, adepte des idées anarchistes du célèbre BAKOUNINE, lui rétorquait qu’il fallait mettre le feu et raser tout ce monde pourri. Peut-être en renaîtra-t-il un meilleur.

A propos de GERMINAL : Emile ZOLA, L’HOMME QUI VOULAIT EXPLIQUER LA NATURE HUMAINE
A propos de GERMINAL : Emile ZOLA, L’HOMME QUI VOULAIT EXPLIQUER LA NATURE HUMAINE
A propos de GERMINAL : Emile ZOLA, L’HOMME QUI VOULAIT EXPLIQUER LA NATURE HUMAINE

Etienne LANTIER finit par convaincre les mineurs de faire la grève. La Compagnie n’est pas inquiète : elle sait bien qu’elle peut compter sur la faim pour l’emporter. Un jour, la foule affamée échappe au contrôle d’Etienne et déferle, ivre de faim, de violence et de haine vers les mines où elle détruit les installations avant de se précipiter à la direction pour réclamer du pain. Cette dernière demande l’intervention des soldats qui occupent les puits pour les protéger et permettre à des ouvriers belges de remplacer les grévistes. Après des échauffourées, les soldats tirent et font de nombreux morts.

 

« Mais une bousculade se produisit. Le capitaine, pour calmer l’énervement de ses hommes, se décidait à faire des prisonniers. (…) Déjà sa petite troupe grondait d’impatience, on ne pouvait fuir devants ces misérables en sabots. Les soixante, acculés au mur, le fusil chargé, firent de nouveau face à la bande.
Il y eu d’abord un recul, un profond silence. Les grévistes restaient dans l’étonnement de ce coup de force. Puis, un cri monta, exigeant les prisonniers, réclamant leu liberté immédiate. Des voix disaient qu’on les égorgeait là-dedans. Et, sans s’être concertés, emportés d’un même élan, d’un même besoin de revanche, tous coururent au tas de briques voisins, à ces briques dont le terrain marneux fournissait l’argile, et qui étaient cuites sur place. Les enfants les charriaient une à une, des femmes en emplissaient leurs jupes. Bientôt, chacun eut à ses pieds des munitions, la bataille à coups de pierre commença. » p.335.

Les Rougon-Macquart : Germinal. Cercle du Livre Précieux.

A propos de GERMINAL : Emile ZOLA, L’HOMME QUI VOULAIT EXPLIQUER LA NATURE HUMAINE
A propos de GERMINAL : Emile ZOLA, L’HOMME QUI VOULAIT EXPLIQUER LA NATURE HUMAINE

Vaincus, les mineurs doivent reprendre le travail. Etienne dont Catherine n’a pas voulu, n’a plus de raison de rester à Montsou. Il s’en va.

 

Deuxième partie :

GERMINAL est un ROMAN qui fait partie de l’histoire d’une famille IMAGINAIRE : les ROUGON-MAQUART. Parmi tous les gens qui écrivent, même vivent de leur plume, il y a des philosophes, des journalistes, des historiens, des scientifiques, des professeurs, des documentaristes, des chefs cuisiniers, etc. Sans oublier les poètes et les écrivains, bien sûr. Tous écrivent. On peut même dire qu’ils ne leur est pas interdit d’avoir des sujets communs. Tel naturaliste peut écrire sur la nécessité de protéger les requins tueurs, quand tel journaliste publiera un article pour défendre les pêcheurs et leurs familles, confrontés à ce danger. Ils n’écriront pas la même chose, ni dans le même style. Et si chacun s’exprime bien, leur but n’aura rien à voir avec la littérature, car ils essaieront avant tout de convaincre, non d’exprimer leurs états d’âme, leur vision de la vie, leur sensibilité, leur personnalité. Même si chacun peut laisser transpirer des traces personnelles dans ce qu’il écrit.

Portrait d'Emile ZOLA par Edouard MANET. 1868. Musée d'Orsay, Paris.

Portrait d'Emile ZOLA par Edouard MANET. 1868. Musée d'Orsay, Paris.

Totalement inverse est la démarche de l’ECRIVAIN.

Un écrivain, comme un artiste, c’est quelqu’un qui rêve, qui imagine facilement des choses à inventer. Face à un événement, y compris anodin, il imagine l’avant et l’après, il crée une personnalité aux participants, il se demande ce qu’il pourrait écrire avec ce modeste fait divers. Tous les faits divers pourraient être à l’origine de grands romans. Il suffit d’avoir de l’imagination pour construire une fiction, élaborer des personnages crédibles, attachants ou haïssables… et de connaître l’art d’écrire pour faire éprouver au lecteur des émotions.

Un écrivain, c’est aussi un être de chair et de sang, qui a besoin de communiquer ses émotions, de les partager, d’être apprécié et aimé. Il a aussi un « ego » parfois surdimensionné qui peut le rendre détestable. Il peut aussi être en contradiction avec ses idées, comme par exemple se faire le défenseur des pauvres et vivre comme un milliardaire. L’œuvre des grands génies littéraires et artistiques est rarement en accord avec leur vie personnelle. Jean-Jacques ROUSSEAU, philosophe des Lumières et auteur de L’Emile, traité de l’éducation, abandonna pourtant ses enfants. Il est vrai qu’il n’avait pas de quoi les élever, et qu’à l’époque, les enfants étaient une gêne et les parents les faisaient élever par des nourrices à la campagne jusque vers l’âge de dix ans.

(Voir l’excellente étude d’Elisabeth BADINTER, spécialiste du Siècle des Lumières : « L’amour en plus », une étude sur l’amour maternel qui démolit bien des idées reçues). En cela, Rousseau n’a pas été le seul, peu de gens ont vécu et vivent en accord avec leurs idées. Entre la personne humaine et son œuvre, il n’y a pas grand-chose de commun. Les confondre mène généralement à de grandes déceptions.

Intérieurs ouvriers.
Intérieurs ouvriers.

Intérieurs ouvriers.

Un écrivain est aussi un être qui pense, un citoyen qui a des convictions, peut-être une philosophie de vie. Il est marqué par son passé, son éducation, sa famille, le monde dans lequel il vit. Certains éprouvent le besoin de prendre des positions politiques, sociales. C’est le cas des écrivains « engagés ».

Au XVIIème siècle, MOLIÈRE a dénoncé l’hypocrisie des dévots. Cela lui a valu de perdre la protection de Louis XIV qui tout « Roi Soleil » qu’il était, ne pouvait s’opposer à l’Eglise !

Emile Zola, en humaniste, n’a pas accepté le sort réservé au peuple, dont la vie était d’autant plus dure que, lors de la Révolution industrielle débutante, les progrès techniques ne permettent pas encore une production de masse dégageant suffisamment de profits pour à la fois enrichir les industriels (ils n’investissaient pas par philanthropie) et permettre des salaires décents. Cela ne justifie cependant pas l’exploitation inhumaine des peuples, mais il est vrai qu’il a fallu augmenter la production grâce au progrès technique pour que les industriels fassent de leurs ouvriers des consommateurs. Je pourrais revenir sur ce sujet. Cf. historiens et économistes compétents.

Par souci de réalisme, Zola est vraiment descendu dans une mine, mais à partir de là, il a inventé, brodé selon ses idées, sa vision personnelle. Il a lu les grands idéologues de l’époque comme MARX et BAKOUNINE dont il a illustré l’affrontement par le personnage d’Etienne, séduit par le communisme, et Souvarine, l’anarchiste. Il faut quand même dire que le travail dans les mines au XIXème siècle, n’a pas grand-chose à voir avec le siècle suivant. Le Centre Historique Minier de Leuwarde offre de nombreux témoignages sur les conditions de vie et de travail, l’instruction, les loisirs, les colonies de vacances dont ont bénéficié les mineurs du XXème siècle et leurs familles, que je ne peux développer cette fois.

 

Si les personnages sont inventés, ils ont de la consistance, ils sont vraisemblables, car un bon écrivain doit être un bon observateur. Même dans la caricature, il doit y avoir du vrai !

Dernier point. Il touche à la LITTÉRATURE. Est littéraire toute langue, toute œuvre, tout texte qui a pour but de restituer un message dans une belle langue, la plus belle, la plus expressive, la plus imagée, la plus riche, tant par son style, son rythme, sa musique, ses images, sa force émotionnelle. Est littéraire tout texte qui est capable de se détacher de tout contenu pour être lui-même son propre objet. Il y a quelque chose de gratuit dans la Littérature, car on peut vivre sans elle. Mais, elle magnifie la vie. Elle est le luxe de l’esprit.

ZOLA n’est pas mon écrivain préféré, cependant, c’est une hérésie de parler de « documentaire littéraire » pour GERMINAL. Certes, les journalistes cultivent parfois l’expression qui frappe, qui va inciter à lire et ont recours à du travail sur le style, tout comme les publicitaires d’ailleurs, néanmoins, leur but est intéressé (vendre), tandis que l’écrivain, le poète, l’artiste, nous offrent les clés d’univers de plaisirs raffinés, d’intelligence et d’émotions qu’il souhaite partager avec nous. On ne peut qu’admirer les tableaux vivants qu’il trace de la mine, du travail, du peuple qui souffre, qui tente de s’en sortir sans trop savoir comment, illettré comme il est, n’ayant comme seules réponses à l’injustice sociale dont il est victime, que la résignation et la violence. Magnifique tableau de la manifestation (Vème partie), de l’incompréhension absolue entre les Bourgeois et les Ouvriers, qui sont subtilement pensés et décrits, d’où l’aspect « vrai » du roman. La mise en scène de la peur des Bourgeois et du déchaînement incontrôlable du Peuple, l’impuissance à ce stade des gens qui pensent, intellectuels ou pas, n’est pas sans rappeler les violences meurtrières de la Saint-Barthélemy, de la Révolution française et de toutes les autres, partout dans le monde. Mais Zola ne décrit pas un monde manichéiste où les bourgeois sont les méchants et les ouvriers les gentils. Il y a des nuances de part et d’autre comme je l’évoquerai plus loin.

On peut cependant comprendre que les mineurs aient des reproches à faire à notre écrivain. Aujourd’hui aussi, les ouvriers ont une certaine suspicion vis-à-vis des intellectuels qui ne voient parfois que l’aspect qui les frappe et qui n’est pas toujours représentatif de ce qu’ils sont vraiment. Il ne faut pas oublier que Zola parle pour son époque. Ce qu’on peut lire chez lui, c’est que l’amour et le sexe sont plus « libres » chez le peuple et plus encadrés, contraints et hypocrites chez les bourgeois qui doivent « sauvegarder les apparences ». A ce titre, M. HENNEBEAU, patron de la mine, blessé de l’infidélité de sa femme qu’il aime, retranché chez lui pendant la manifestation, observe le peuple qui l’injurie à cause de ses appointements, en réclamant du pain.

« - Imbéciles ! répéta M. Hennebeau, est-ce que je suis heureux ? » Une colère le soulevait contre ces gens qui ne comprenaient pas. Il leur en aurait fait cadeau volontiers, de ses gros appointements, pour avoir comme eux, le cuir dur, l’accouplement facile et sans regret. (…)
« Du pain ! Est-ce que cela suffit, imbéciles ?
Il mangeait lui, il n’en râlait pas moins de souffrance. Son ménage ravagé, sa vie entière endolorie, lui remontaient à la gorge en un hoquet de mort. Tout n’allait pas pour le mieux parce qu’on avait du pain. Quel était l’idiot qui mettait le bonheur du monde dans le partage de la richesse ? Ces songe-creux de révolutionnaires pouvaient bien démolir la société et en rebâtir une autre, ils n’ajouteraient pas une joie à l’humanité, ils ne lui retireraient pas une peine, en coupant à chacun sa tartine. Même ils élargiraient le malheur de la terre, ils feraient un jour hurler jusqu’aux chiens de désespoir, lorsqu’ils les auraient sortis de la tranquille satisfaction des instincts, pour les hausser à la souffrance inassouvie des passions. » Cinquième partie, V.

Les Rougon-Macquart : Germinal. Cercle du Livre Précieux.

Enfin, Zola met dans ce roman sa vision de la vie, son admiration pour le déferlement des instincts de vie à travers sa traduction de l’érotisme qui est l’aboutissement de « l’obstiné besoin de vivre ». Roman social, certes, mais pas que cela. Ce serait une erreur de réduire l’intention de Zola à une simple description de la vie misérable des mineurs sous le Second Empire, même si cela a demandé beaucoup de travail à l’écrivain et d’adhésion personnelle à leur révolte, pas davantage à une simple mise en scène de ses fantasmes. Il y a chez lui une vision épique dans les mouvements de masse, l’exagération (la jeune hercheuses de quinze ans qui montre à Etienne comment remettre une berline – de sept cents kilogrammes – sur les rails par exemple) qui ne relèvent pas de simples descriptions, mais donnent une vision infernale accentuée par le fait que les mineurs travaillent en profondeur et à la force humaine. Il n’idéalise pas cependant ni la foule des ouvriers capables de cruauté, ni les privilégiés capables de courage et de compassion. Il faut enfin s’interroger sur le titre qui transfigure le présent. Germinal, septième mois du calendrier républicain (du 21/22 mars au 18/19 avril), désigne le printemps, la reprise de la vie. Ainsi, symboliquement, le monde ouvrier de la mine porte en lui les germes d’un monde meilleur à venir. Le printemps de la nature devient le printemps de l’humanité.

Je relève page 122 cette courte et magnifique description du travail que seul un poète peut ainsi traduire. Imaginons un contremaître décrivant la même scène. Il nommerait les pièces de la machine par leur nom technique et tant mieux ! Il est dans la réalité du travail, nous sommes dans un rêve enchantés par ces câbles qui se transforment en une aile noire et muette d’oiseau nocturne. La mine qui fait tellement souffrir les corps, qui les écrase, voilà qu’elle devient poésie pure.

« Mais la machine, dont les gros membres d’acier, étoilés de cuivre, luisait là-haut, dans l’ombre, ne le préoccupait plus, ni les câbles qui filaient d’une aile noire et muette d’oiseau nocturne, ni les cages émergeant et plongeant sans cesse, au milieu du vacarme des signaux, des ordres criés, des berlines ébranlant les dalles de fonte. » P.122.

Les Rougon-Macquart : Germinal. Cercle du Livre Précieux.

J’espère avoir réussi à apporter mes modestes lumières pour conjurer les doutes dans lesquels on glisse sitôt que l’on aborde la fiction et son rapport à la réalité. Je ne saurais vous quitter, chers lecteurs et lectrices, sans vous inviter à lire les dernières lignes du roman où Zola nous livre avec un merveilleux lyrisme, sa vision de la vie « naturaliste » de la vie qui renaît toujours, de l’espoir qui ne demande qu’à fleurir sur les plus grandes peines.

Sacré Zola ! Il a réussi le double enchantement : nous faire partager la vie des autres et réfléchir sur l’homme, la société tout en nous transportant dans une sublimation du monde en devenir. En ce sens, il mérite le respect du monde réel.

Merci de votre attention.

Morvane.

« Il marchait toujours rêvassant ; (…) et quand il jetait les yeux autour de lui, il reconnaissait les coins du pays. Justement à la Fourche-aux-Bœufs, il se souvint qu’il avait pris là le commandement de la bande, le matin du saccage des fosses. Aujourd’hui, le travail de brute, mortel, mal payé, recommençait. Sous la terre, là-bas, à sept cents mètres, il lui semblait entendre des coups sourds, réguliers, continus : c’étaient les camarades qu’il venait de voir descendre les camarades noirs, qui tapaient, dans leur rage silencieuse. Sans doute ils étaient vaincus, ils y avaient laissé de l’argent et des morts ; mais Paris n’oublierait pas les coups de feu du Voreux, le sang de l’Empire lui aussi coulerait par cette blessure inguérissable ; et si la crise industrielle tirait à sa fin, si les usines rouvraient une à une, l’état de guerre n’en restait pas moins déclaré, sans que la paix fut désormais possible. Les charbonniers s’étaient comptés, ils avaient essayé leur force, secoué de leur cri de justice les ouvriers de la France entière. » (…)
Sous ses pieds, « Les camarades étaient tous là, il les entendait le suivre à chaque enjambée. N’était-ce pas la Maheude, sous cette pièce de betteraves, l’échine cassée, dont le souffle montait si rauque, accompagné par le vent du ventilateur ? A gauche, à droite, plus loin, il croyait en reconnaître d’autres, sous les blés, les haies vives, les jeunes arbres. Maintenant, en plein ciel, le soleil d’avril rayonnait dans sa gloire, échauffant la terre qui enfantait. Du flanc nourricier jaillissait la vie, les bourgeons crevaient en feuilles vertes, les champs tressaillaient de la poussée des herbes. De toutes parts, des graines se gonflaient, s’allongeaient, gerçaient la plaine, travaillées d’un besoin de chaleur et de lumière. Un débordement de sève coulait avec des voix chuchotantes, le bruit des germes s’épandait en un grand baiser ? Encore, encore, de plus en plus distinctement, comme s’ils se fussent rapprochés du sol, les camarades tapaient. Aux rayons enflammés de l’astre, par cette matinée de jeunesse, c’était de cette rumeur que la campagne était grosse. Des hommes poussaient, une armée noire, vengeresse, qui germait lentement dans les sillons, grandissant pour les récoltes du siècle futur, et dont la germination allait faire bientôt éclater la terre. » p. 405. FIN.

Les Rougon-Macquart : Germinal. Cercle du Livre Précieux.

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30 avril 2017 7 30 /04 /avril /2017 10:11

La fosse DELLOYE  aujourd'hui Centre Historique Minier de Lewarde

 

Du passé surgissent les derniers vestiges que l’on récupère, soigne et protège, après l’avoir tant fustigé, comme s’il fallait à tout prix se faire pardonner nos mémoires oublieuses. Eh ! Oui, il est toujours joli le temps passé, justement une fois qu’il est passé. En effet, le présent est presque toujours sombre à nos yeux myopes d’humains. Nous nous y déplaçons avec l’angoisse de tomber dans d’invisibles chausse-trapes. Tout nous est piège. Aussi, à force de nous méfier de tout ce qui est nouveau, nous nous accrochons aux images déformées du passé et rejetons ce que le présent porte d’espoirs bredouillants. Comme nous sommes trop paresseux pour nous instruire, nous faisons des raccourcis très hasardeux dans le temps et dans l’espace et nous pataugeons dans des tas de préjugés qui nous semblent des vérités immuables.

Aujourd’hui, nous allons renifler, émus, la larme à l’œil et l’admiration généreuse, les derniers vestiges de cette formidable Révolution industrielle commencée au XIXe avec l’extraction du charbon comme énergie. Après l’avoir fortement critiquée sous la houlette d’écrivains qui l’illustrèrent « à leur façon », plus écrivains qu’historiens et économistes d’ailleurs – les vrais mineurs ne s’y sont pas trompés qui ont écrit leurs propres témoignages. Tous ne se sont pas reconnus dans Germinal, car il y a beaucoup de Zola dans Germinal et le monde des mineurs n'est pas resté figé au XIXème siècle. – après l’avoir fortement critiqué donc, voilà que nous sommes pressés d’idéaliser un travail néanmoins épuisant.

Alors je me demande si nous verserons aussi une larme quand il n’y aura plus aucune centrale nucléaire et plus encore quand il n’y aura plus un homme « naturel » avec ses propres bras et jambes, son propre corps, son véritable âge, son vrai cerveau qui pense et réfléchit et cherche toujours la vérité des choses ?

Vous avez compris, je suis allée visiter le CENTRE HISTORIQUE MINIER de LEWARDE. Département du Nord.

La mine, ses deux chevalements et la belle verrière qui présente d'anciennes et imposantes machines et des expositions

 

Puissantes et terrifiantes elles ont été dans leur activité, puissantes elles demeurent, dans leur immobilité inoffensive. Elles s’étalent sous les yeux des visiteurs qui les photographient, en silence, celui-ci pour se souvenir du grand-père qui est descendu dans cette fosse, celui-là qui a appris à l’école l’histoire du charbon, des coups de grisou et de la dure vie des hommes, des femmes, même des enfants ! Et même des chevaux !

Aujourd’hui, elles ont presque toutes disparu des paysages du nord de la France. Heureusement, les hommes ont réagi à l’oubli annoncé. On a rassemblé les traces, les souvenirs, on a sauvé ce qui pouvait l’être encore, on restaure sans cesse pour ne pas oublier la grande aventure technologique et humaine de l’extraction du charbon. La mise en scène est parfaite. L’illusion est au rendez-vous.

Suivez-moi !

Auparavant, un petit tour sur le site du C.H.M. pour vous donner quelques renseignements pratiques :

L’adresse : Fosse DELLOYE – rue d’ERCHIN- 59287 LEWARDE. (Nord)

Le site : www.chm-lewarde.com

Quelques renseignements :

  • Classé au titre des Monuments historiques depuis 2009.
  • Inscrit sur la Liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO.
  • Le plus important musée de la mine en France et l’un des premiers en Europe.
  • 150 000 visiteurs environ par an.

Des expositions dont actuellement, jusqu’au 28 mai 2017 :

« Germinal est-il une fiction ou un documentaire littéraire ? »

Je regrette de ne pas l’avoir vue, car justement, je me proposais de faire une rencontre croisée entre l’œuvre de ZOLA et la réalité que j’ai photographiée à l’automne dernier. Ce sera l’objet de l’article suivant.

 

Quand nous arrivons sur le site du Musée, une fois pris nos billets d’entrée, nous découvrons une immense cour rouge parsemée de quelques flaques d’eau – c’est l’automne- et de quelques locomotives. La cour est flanquée de part et d’autre de bâtiments en briques rouges, et nous sommes invités à rejoindre celui de gauche qui correspond au musée minier proprement dit.

Ce qui m’a frappé lorsque j’ai commencé la visite du centre, c’est le thème de la première salle : Les écrivains de la Mine, parmi lesquels une large place a été réservée à Emile ZOLA et son fameux roman GERMINAL. Les sentiments des mineurs sont un peu mitigés pour ZOLA. D’un côté, ils lui sont reconnaissants de s’être intéressé à eux, leur dur travail, leur utilité sociale, leur vie… et de l’autre ils n’adhèrent pas à la vision qu’il a donnée d’eux. Trop misérabiliste. Non ! Les mineurs ne vivaient pas comme cela, etc. De ce fait, il a poussé sans le savoir, de vrais mineurs à raconter eux-mêmes leur vie, certains allant plus loin dans la revendication de leur identité, en choisissant précisément d’écrire en patois ! Comme Jules MOUSSERON témoigne en « rouchi », mélange de patois du bassin minier et de Picardie.

Le bureau du Directeur, le garage à vélos et la fameuse salle des Pendus
Le bureau du Directeur, le garage à vélos et la fameuse salle des Pendus
Le bureau du Directeur, le garage à vélos et la fameuse salle des Pendus

Le bureau du Directeur, le garage à vélos et la fameuse salle des Pendus

Les visiteurs sont ensuite invités à se munir de casques et empruntent une passerelle d’où ils peuvent admirer les bâtiments de la fosse DELLOYE de la Compagnie des mines d’ANICHE. A leur gauche, la passerelle de mise à stock, puis l’entrée de la mine.

 

L'entrée de la visite et la passerelle de mise à stock
L'entrée de la visite et la passerelle de mise à stock

L'entrée de la visite et la passerelle de mise à stock

Puis, après un passage dans un faux ascenseur, nous entrons dans une première salle, d’où les berlines pleines devaient être dirigées vers les bâtiments où les blocs seraient triés et concassés.

 

Derrière nous, la guide nous invite à entrer dans la mine reconstituée. Malgré le bruitage, je dois avouer que je suis un peu déçue, moi qui suis descendue en Pologne visiter l’extraordinaire mine de sel de WIELICZKA à 135 mètres sous terre. C'était au lendemain de la chute du communisme. Nous étions tassés dans l'ascenseur aux parois de bois mal jointoyées. Pas difficile d'imaginer les conditions de travail ! En bas, dépaysement total. J'avoue que rétrospectivement j'ai eu peur ! 

Un mineur au travail, au XXème siècle.

Creusement d'un puits & descente des mineurs
Creusement d'un puits & descente des mineurs

Creusement d'un puits & descente des mineurs

" Lentement Etienne revint à la recette. Ce vol géant sur sa tête l'ahurissait. Et grelottant dans les courants d'air, il regarda la manoeuvre des cages, les oreilles cassées par le roulement des berlines. Près du puits, le signal fonctionnait, un lourd marteau à levier, qu'une corde tirée du fond, laissait tomber sur un billot. Un coup pour arrêter, deux pour descendre, trois pour monter : c'était sans relâche comme des coups de massue dominant le tumulte, accompagnés d'une claire sonnerie de timbre; pendant que le moulineur dirigeant la manoeuvre, augmentait encore le tapage, en criant des ordres au machineur, dans un porte-voix. Les cages au milieu de ce branle-bas, apparaissaient et s'enfonçaient, se vidaient et se remplissaient, sans qu'Etienne comprît rien à ces manoeuvres compliquées.

Il ne comprenait bien qu'une chose : le puits avalaient des hommes par bouchées de vingt et de trente, et d'un coup de gosier si facile, qu'il semblait ne pas les sentir passer. Des quatre heures, la descente des ouvriers commençait. Ils arrivaient de la baraque, pieds nus, la lampe à la main, attendant par petits groupes d'être en nombre suffisant. Sans un bruit, d'un jaillissement doux de bête nocturne, la cage de fer montait du noir, se calait sur les verrous, avec ses quatre étages contenant chacun deux berlines pleines de charbon. Des moulineurs, aux différents paliers, sortaient les berlines, les remplaçaient par d'autres, vides ou chargées à l'avance des bois de taille. Et c'étaient dans les berlines vides que s'empilaient les ouvriers, cinq par cinq, jusqu'à quarante d'un coup, lorsqu'ils tenaient toutes les cases. Un ordre partait du porte-voix, un beuglement sourd et indistinct, pendant qu'on tirait quatre fois la corde du signal d'en bas, "sonnant à la viande", pour prévenir de ce chargement de chair humaine. Puis, après un léger sursaut, la cage plongeait silencieuse, tombait comme une pierre, ne laissant derrière elle que la fuite vibrante du câble."

GERMINAL, page 39. Emile Zola, Oeuvres complètes. Editions du Livre Précieux.

Il faut savoir que les mineurs devaient étayer eux-mêmes leurs galeries. Durant ce temps, ils ne produisaient pas de charbon pour lequel ils étaient payés. D’où  la tendance à allonger les distances d'étayage  avec les risques d’éboulements.

Le travail dit "à col tordu". Jean Simonin

Le travail "à col tordu", selon l'expression employée par Jean Simonin.

Mineurs préparant une explosion de la veine de charbon.

 

Techniques du XXème siècle. Marteau-piqueur, emploi de vérins pour l'étayage, petits trains pour le déplacements des hommes.
Techniques du XXème siècle. Marteau-piqueur, emploi de vérins pour l'étayage, petits trains pour le déplacements des hommes.
Techniques du XXème siècle. Marteau-piqueur, emploi de vérins pour l'étayage, petits trains pour le déplacements des hommes.

Techniques du XXème siècle. Marteau-piqueur, emploi de vérins pour l'étayage, petits trains pour le déplacements des hommes.

"Jamais la mine ne chômait, il y avait nuit et jour des insectes humains fouissant la roche, à six cents mètres sous les champs de betteraves. », écrit Zola, page 71.

Le cheval naturalisé de la mine et quelques documents affichés dans l'écurie où l'on peut imaginer la descente des animaux.
Le cheval naturalisé de la mine et quelques documents affichés dans l'écurie où l'on peut imaginer la descente des animaux.
Le cheval naturalisé de la mine et quelques documents affichés dans l'écurie où l'on peut imaginer la descente des animaux.
Le cheval naturalisé de la mine et quelques documents affichés dans l'écurie où l'on peut imaginer la descente des animaux.

Le cheval naturalisé de la mine et quelques documents affichés dans l'écurie où l'on peut imaginer la descente des animaux.

Après la visite de l'écurie  avec ses stalles, les consignes données par les vétérinaires pour l'alimentation des chevaux ainsi qu'un registre des visites médicales, votre attention est attirée par le ventilateur du Puits n°1. Destiné à servir de « retour d’air » vicié par opposition au puits d’entrée d’air. La profondeur maximum d’extraction a atteint 479 mètres dans les années 1960.

On aperçoit sur la photographie un tuyau gris clair qui monte à la verticale le long du mur : c’est un exutoire de grisou.

Ne manquez pas la visite, elle vaut le détour !

A bientôt pour une réflexion sur le roman et  son auteur.

Merci de votre attention.

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27 janvier 2017 5 27 /01 /janvier /2017 16:18

Lors de ma découverte des entonnoirs de Leintrey, par un jour d’automne si beau, si paisible dans la campagne lorraine – comment imaginer les terribles combats et la mort partout ? – J’ai eu envie de voir ce qui restait d’un abri du Kronpinz (prince héritier de Guillaume II, commandant des opérations destinées à percer le front sud-est dans le but de prendre à revers le fort stratégique de Verdun pour l’isoler et le maîtriser). 

 

Aujourd’hui, les bois sont retournés à la nature depuis presque cent ans et même entretenus par l’O.N.F. pour le plaisir des chasseurs, des promeneurs et des naturalistes. J’ai commencé par m’y perdre un peu, avant de revenir au village de Domjevin où des habitants m’ont indiqué le bon chemin.

Les bois aujourd'hui.
Les bois aujourd'hui.

Les bois aujourd'hui.

Ayant manqué faute de temps la visite de celui du Kronprinz aux EPARGES, j’étais bien décidée à voir celui-ci.

A quoi pouvait bien ressembler ce lieu prestigieux ? Qu’en restait-il ?

Une question posée par un de mes jeunes lecteurs qui avait un travail à faire sur l’armée allemande pendant la Grande Guerre (Vaste programme, s’il en est !) m’incita à rouvrir l’incontournable ouvrage de Jacques PERICARD par ses comptes rendus et témoignages, « VERDUN 1914-1918 ».

J’y ai trouvé quelques reproductions de photos d’époque que je vous propose ici.

Mais d’abord, qui était le Kronprinz ? Quelle était la personnalité du « prince de la Couronne » ?

 

Fils aîné de Guillaume II, empereur d’Allemagne, il était le prince héritier de la couronne et le commandant de la Vème armée. C’est lui qui dirigea la prise du fort de Vaux qui tomba malgré la résistance héroïque des soldats français commandés par le général Raynal.

Friedrich Wilhelm Victor von Hohenzollern, fervent partisan de la guerre à outrance se plaisait à porter le colback des Hussards, orné d’une tête de mort. Néanmoins, sur le plan personnel, il était un « mondain » frivole, collectionnant les maîtresses et un habile cavalier. Il inspirait peu le respect au point que Français comme Anglais lui attribuaient plusieurs sobriquets. Il devint rapidement un sujet privilégié pour les caricaturistes.

Voici quelques reproductions de vraies photographies :

Le Kronprinz sur le front d'Argonne, en chemin de fer à voie étroite.

Le Kronprinz sur le front d'Argonne, en chemin de fer à voie étroite.

Son quartier général était installé à Charleville, mais il visitait les troupes régulièrement et consultait les chefs de l’état-major dans plusieurs abris comme celui-là. En tant qu’héritier du trône de Prusse et d’Allemagne, destiné à succéder à son père, il a été protégé des dangers mortels des premières lignes. On raconte même qu’il fit creuser une tranchée très profonde et très abritée où il se fit photographier « pour la gloire » !

 

L’armée allemande, mieux préparée, mieux organisée, plus moderne, elle profita et abusa des régions conquises qui furent mises à sac et obligées d’entretenir les soldats. Aux vaincus (Belges, Français) de les nourrir. Les exactions commises par les Allemands furent dénoncées dans les journaux comme L’Illustration, des affiches, des images d’Epinal. Exécutions de civils pour effrayer la population. Les musées regorgent de témoignages.

 

Source : Musée d'YPRES (Belgique) "In Flanders Fields"

Source : Musée d'YPRES (Belgique) "In Flanders Fields"

Source : Musée d'YPRES (Belgique) "In Flanders Fields"

Source : Musée d'YPRES (Belgique) "In Flanders Fields"

Source : Musée d'YPRES (Belgique) "In Flanders Fields"

Source : Musée d'YPRES (Belgique) "In Flanders Fields"

Quant à l’armée allemande, si elle s’illustra dans des combats héroïques, si elle souffrit comme tous les autres soldats, si elle eut des déserteurs, si elle commit de graves exactions sur les populations des territoires occupés, en Belgique et en France, elle avait été galvanisée par une forte propagande, en particulier chez les jeunes qui ne rêvaient que de « Grande Allemagne », de gloire, tous ,au moins au début de la guerre, persuadés de leur supériorité, comme l’écrivit très bien l’officier-écrivain Ernst JUNGER dans son livre de souvenirs.

Nous avions quitté les salles de cours, les bancs de l'école, les établis, et les brèves semaines d'instruction nous avaient fondus en un grand corps brûlant d'enthousiasme. Élevés dans une ère de sécurité, nous avions tous la nostalgie de l'inhabituel, des grands périls. La guerre nous avait donc saisis comme une ivresse. C'est sous une pluie de fleurs que nous étions partis, grisés de roses et de sang. Nul doute que la guerre ne nous offrît la grandeur, la force, la gravité. Elle nous apparaissait comme l'action virile...

Ernst JUNGER : Orages d'acier. p.9. Livre de Poche.

Et ils avaient de quoi, car l’Allemagne industrialisée plus tard que l’Angleterre et la France, n’avait pas pu se constituer un empire colonial et en avait besoin, faute de matières premières en suffisance pour ses industries. Rivale de la France dont elle disputait le protectorat du Maroc, elle s’était donc préparée à la guerre matériellement et psychologiquement, modernisant son armée et persuadant son peuple de la nécessité de prendre « ce qui leur était dû »!

 

Il n’y aurait jamais de guerre sans une intense propagande auprès des peuples, des jeunes comme des vieux, bourgeois comme ouvriers, sans oublier les femmes. Car l’homme est naturellement hédoniste. Il ne rêve que de profiter de la vie ! Peu nombreux sont ceux qui rêvent de gloire militaire ! Toute l’idéologie, à savoir les religions, les idées politiques, la morale, l’éducation, a eu pour seule finalité de convaincre chacun que le devoir suprême est d’obéir jusqu’au sacrifice final.

Quant aux pays envahis, parfois au mépris de leur neutralité, comme le Belgique, il fallait aussi les motiver pour abandonner leurs champs, leurs usines, leurs villes et villages, mais aussi pour financer la guerre, comme nous pouvons le voir par les nombreuses affiches et cartes postales dont nous disposons encore.

Voici ce que l’écrivain allemand Erich-Maria REMARQUE, ardent pacifiste, écrit dans son roman « A l’ouest, rien de nouveau » :

« Kantorek était notre professeur : un petit homme sévère vêtu d’un habit gris à basques, avec une tête de musaraigne. (…) Kantorek, pendant les leçons de gymnastique, nous fit des discours jusqu’à ce que notre classe tout entière, se rendît en rang, sous sa conduite, au bureau de recrutement, pour demander à s’engager. Je le vois encore devant moi, avec ses lunettes qui jetaient des étincelles, tandis qu’il nous regardait et qu’il disait d’une voix pathétique :
- Vous y allez tous, n’est-ce pas, camarades ?
Toutefois, l’un de nous hésitait et ne voulait pas marcher. (…) Mais il finit par se laisser persuader. (…) Peut-être que d’autres encore pensaient tout comme lui ; mais personne ne pouvait facilement s’abstenir, car, en ce temps-là, même père et mère vous jetaient vite à la figure le mot de « lâche ». C’est qu’alors tous ces gens-là n’avaient aucune idée de ce qui allait se passer. A proprement parler, les plus raisonnables, c’étaient les gens simples et pauvres ; dès le début ils considérèrent la guerre comme un malheur, tandis que la bonne bourgeoisie ne se tenait pas de joie (…).

Erich-Maria Remarque : A l'Ouest ... p.15-16.

L’auteur et ses jeunes camarades  ont eu vite fait de comprendre l’abîme qui séparait les valeurs inculquées par le système scolaire, comme l’obéissance aveugle à l’autorité, la notion de sacrifice, de devoir, par des enseignants qui ne faisaient que « parler » et dont le manque de savoir humain, de perspicacité, d’esprit critique leur parut désespérément étranger à la réalité.

 

« Le premier bombardement nous montra notre erreur et fit écrouler la conception des choses qu’ils nous avaient inculquées. (…)
Malgré cela, nous ne devînmes ni émeutiers, ni déserteurs, ni lâches (tous ces mots-là leur venaient si vite à la bouche !), nous aimions notre patrie tout autant qu’eux et lors de chaque attaque, nous allions courageusement de l’avant. (…) Nous nous trouvâmes soudain épouvantablement seuls, - et c’est tout seul qu’il nous fallait nous tirer d’affaire. »

Erich-Maria Remarque : A l'Ouest ... p.17

Malgré tout, chez les Allemands qui s’étaient portés volontaires pour combattre les Français, certains déchantèrent, mirent en doute la finalité de cette guerre de conquête et il y eu des désertions qui donnèrent à l’état-major français, d’importants renseignements. Mais, l’armée française au début était obsolète : elle n’avait pas su anticiper, moderniser son armement, sa stratégie. Chez les officiers d’état-major, luttes d’influencer, mépris des soldats, méthodes encore un brin napoléoniennes avec des costumes inadaptés, très voyants et sans réelle protection. Quant aux politiques, la plupart se sont montrés hésitants, incapables de prendre les bonnes décisions, ils ont laissé le champ libre aux militaires. Les Français ne s’étaient pas préparés à la guerre, les Allemands, oui.

Le plus terrible est de constater que vingt ans après, tout recommencerait.

Voici ce que rapporte Jacques PERICARD d’après de nombreux carnets de route.

« Notre haut commandement se refuse toujours à croire à une attaque sur VERDUN. Cependant, pour ne pas sembler faire fi des avertissements qu’il reçoit, il envoie dans la région, à défaut de renforts, des ordres de réorganisation. (…) Le 9 février, on apprend que le Kronprinz vient chaque jour visiter les travaux de la région de Romagne. »

Jacques PERICARD : Verdun 1914-1918. Chapitre VI, p. 68 & 69.

Puis il ajoute :

« Ainsi donc, il a fallu attendre jusqu’au 9 février pour que nous consentions à admettre une grande offensive en direction de Verdun. Or, le 9 février, tous les préparatifs de notre adversaire sont achevés, la plus formidable machine de guerre que jamais le monde ait connue est à pied d’œuvre. Jamais le génie d’organisation des Allemands ne remporta pareille victoire ; jamais pareille défaite ne fut infligée à notre légèreté, à notre insouciance. »

Jacques PERICARD : Verdun 1914-1918. Chapitre VI, p. 68 & 69

L'abri du Kronprinz, à l'intérieur & ce que l'on voit d'une fenêtre depuis que la nature a réoccupé le terrain.
L'abri du Kronprinz, à l'intérieur & ce que l'on voit d'une fenêtre depuis que la nature a réoccupé le terrain.

L'abri du Kronprinz, à l'intérieur & ce que l'on voit d'une fenêtre depuis que la nature a réoccupé le terrain.

Et Jacques PERICARD de nous inviter à lire un extrait des SOUVENIRS de GUERRE du KRONPRINZ.

« Je fus complètement d’accord avec mon chef d’état-major que nous devions tout tenter pour amener rapidement la chute de Verdun et éviter une bataille de matériel de longue durée qui entraînerait une dépense de forces impossible à évaluer…
« Notre confiance se basait sur l’efficacité écrasante de notre artillerie lourde et très lourde, dont nous avions eu la preuve dans de nombreuses forteresses belges, françaises ou russes, confiance qui, en réalité, n’a pas été complètement justifiée devant Verdun. Si, grâce à des moyens accablants, par surprise, et sous la protection d’une artillerie très supérieure, on parvenait à conduire l’attaque, lancée du nord contre le saillant des côtes dominantes, d’un seul élan jusqu’à l’enlèvement des fortifications qui y sont installées, un tel succès amènerait la prise de la place. »

"Souvenirs de guerre" du Kronprinz, paru chez Payot.

Quelques vues d'abris et de tranchées dans les lignes allemandes, extraites du livre cité précédemment de J. Péricard.

Quelques vues d'abris et de tranchées dans les lignes allemandes, extraites du livre cité précédemment de J. Péricard.

Pour les Allemands, la prise de Verdun était essentielle pour la suite des opérations, le Kronprinz disant lui-même que conquérir « la plus puissante forteresse de France » serait une victoire morale et tactique. Il poursuit :

« La condition première du succès était la surprise. Nous devions terminer nos préparatifs à l’abri des brouillards de ces plateaux marécageux et de ces larges fonds de vallées. ».

Souvenir de guerre du Kronprinz.

Puisqu’un siège régulier, ajoute-t-il, aurait duré des mois, « il fallait , sous le mugissement d’une artillerie très supérieure, et en engageant des forces d’infanterie considérables, en partant du nord, s’enfoncer profondément en coin dans les lignes ennemies, puis les déborder…

Bien entendu, le Kronprinz ajoute que si la surprise était essentielle à la réussite de l’attaque, les Allemands avaient au préalable construits tranchées, abris, établit des réseaux de communications et des places d’armes pour 6000 hommes.

« C’est là que les troupes d’assaut, les troupes de pourvoyeurs, les réserves, devaient à l’abri du feu ennemi, attendre les effets de notre tir de préparation, afin qu’un tir de barrage ne put les empêcher, le moment venu d’atteindre la position de départ. »

Souvenir de guerre du Kronprinz.

Il précise que tous ces travaux devaient être exécutés à l’insu des observateurs terrestres et aériens de l’ennemi.

« On obtint ce résultat que l’ennemi n’eut véritablement aucun soupçon et que c’est, trop tard et à ses dépens, qu’il s’aperçut de nos préparatifs d’attaque. (…) Pendant toute la bataille pour la prise de la forteresse de Verdun, aussi bien en ce qui concerne le tir de l’artillerie que l’action de l’infanterie, il (était) indispensable que l’attaque ne s’arrête jamais, afin que les Français ne trouvent nulle occasion de se rétablir en arrière et de réorganiser leur résistance. (…)
« A la date du 8 février, la mise en place du matériel d’artillerie était terminée dans ses parties essentielles ; elle comportait en gros 160 batteries de gros et très gros calibres et avait nécessité le transport de deux millions et demi de projectiles en 1300 trains de munitions. Grâce à un travail de taupe qui avait duré des semaines, pendant les nuits d’hiver froides et pluvieuses, cette accumulation considérable des moyens d’attaque les plus puissants était restée complètement cachée à l’ennemi. »

Souvenir de guerre du Kronprinz.

Tranchées et abris allemands ainsi qu'un observatoire en forme de Tour Eiffel. L'essor de l'aviation qui donnera des renseignements plus fiables rendra obsolètes ce genre d'observatoire.

Tranchées et abris allemands ainsi qu'un observatoire en forme de Tour Eiffel. L'essor de l'aviation qui donnera des renseignements plus fiables rendra obsolètes ce genre d'observatoire.

Le 11 février, Guillaume II donnait l’ordre d’attaquer en ces termes :

« Sachons tous que la patrie attend de grandes choses de nous. Il faut montrer à nos ennemis que la volonté de vaincre est restée ferme comme l’acier chez les fils de l’Allemagne, et que l’armée allemande, là où elle passe à l’attaque, brise toute résistance. Plein de confiance que chacun à sa place s’y emploiera tout entier, je donne l’ordre d’attaque. Que Dieu soit avec nous. »

 

Les Français avaient fini par apprendre de déserteurs alsaciens (je rappelle que l’Allemagne avait conquis l’Alsace et une partie de la Lorraine en 1870, après la défaite de Napoléon III à Sedan et que les Alsaciens obligés de se battre avec les Allemands risquaient gros à rejoindre les troupes françaises), mais aussi de déserteurs allemands effrayés par la bataille qui se préparaient, et de déserteurs polonais également.

« Un Russe qui s’était rendu au bois des Caures raconta que 3000 prisonniers russes maçonnaient et cimentaient des plates-formes destinées à recevoir des pièces lourdes. », affirme Jacques PERICARD.

Les témoignages pouvaient être des ruses. Ils étaient parfois contradictoires. Il fallait donc s’en méfier. Malheureusement, il était trop tard pour exploiter les bons renseignements, car les armes manquaient pour neutraliser les terribles batteries.

Par ce boyau, l’état-major du Kronprinz a pu faire circuler les ordres et recevoir l'état des combats.
Par ce boyau, l’état-major du Kronprinz a pu faire circuler les ordres et recevoir l'état des combats.

Par ce boyau, l’état-major du Kronprinz a pu faire circuler les ordres et recevoir l'état des combats.

Le mauvais temps qui retarda l’attaque de dix jours, joua en faveur de l'armée française en lui permettant de se réorganiser plus efficacement, par l’arrivée de nouveaux généraux et l’acheminement de renforts d’hommes et d’armes. La bataille de Verdun fut engagée le 21 février. Maîtres sur le terrain, les Allemands ont pris l’avantage pendant plusieurs mois jusqu’au 2 septembre où ils ont dû stopper l’offensive. Les Français reprirent peu à peu, au prix de pertes terribles, les forts et terrains perdus. Le 18 décembre 1916, la bataille de Verdun était terminée.   

Mes sources :
-    Jacques PERICARD : VERDUN 1914-1918. Edition de 1933.
-    Ernst JÜNGER : Orages d’acier. Livre de poche.
-    Erich-Maria REMARQUE : A L’ouest rien de nouveau. Livre de poche.
-    Musée « Dans les champs de Flandre », consacré à la Grande Guerre, ancien Hôtel de ville d’Ypres (IEPER). www.inflandersfields.be
-    Les photographies anciennes viennent toutes du livre de Jacques Péricard « Verdun », édition de 1933.
-    Les photos en couleur ont été prises par moi-même. 

Merci de votre attention.

 

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Published by morvane - dans Histoire
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17 novembre 2016 4 17 /11 /novembre /2016 16:42
Automne en Lorraine le cœur serré : Cent ans après la « DER des DER ».

Plus j’avance dans mes contacts avec les souvenirs, mes lectures et recherches, mes découvertes  inespérées de traces de cette Grande Guerre, abandonnées dans de vieux albums de famille…

Plus je foule les sentiers des régions martyrisées, où subsistent encore des constructions méconnaissables, abris effondrés de canons, aujourd’hui en pleine forêt, des forts de Lorraine aux « creutes » de Picardie…

Plus j’interroge les monuments aux morts du Mémorial de Notre-Dame-de-Lorette jusqu’aux entonnoirs des Eparges…

Plus je côtoie de personnes comme moi, Français, Belges, Anglais, Allemands et d’autres, silencieuses et troublées devant l’inconcevable, à la recherche d’un ancêtre, parfois totalement inconnu ou même … disparu, pulvérisé, rayé de l’humanité, comme s’ils n’étaient jamais nés d’une mère et d’un père, et dont le nom n’est écrit nulle part - Ils dorment encore, entremêlés les uns aux autres avec parfois leurs chevaux également disloqués, leurs gamelles, ouvre-boîte, couteaux, rasoirs tordus,  chapelets, encriers, pipes, dominos, harmonicas, etc. enfouis sous des mètres de terre, certains debout et tout habillés, d’autres nus, agrippés à leur fusil, comme à la Tranchée des baïonnettes…

Plus j’ai mal au genre humain.

Automne en Lorraine le cœur serré : Cent ans après la « DER des DER ».

 

Néanmoins, si l’on a encore quelque espoir en l’avenir, il ne faut pas oublier ces millions de morts que l’on aurait pu éviter, si les décideurs de l’époque avaient eu plus de clairvoyance, plus de souci des peuples, au lieu de faire passer d’abord leurs intérêts égoïstes – je pense à leur carrière pour des politiques, à leur gloire pour des militaires, à l’outrecuidance des Etats à puiser dans la main d’œuvre de leurs colonies pour ensuite leur refuser des droits pourtant chèrement payés. 

Automne en Lorraine le cœur serré : Cent ans après la « DER des DER ».

Que nous reste-t-il sinon un devoir de mémoire ?  Mais, se souvenir ne veut pas dire ruminer le passé tragique, ni culpabiliser les générations suivantes qui, elles, ne peuvent en aucune manière être tenues pour responsables. La réconciliation et le pardon sont indispensables. Français & Allemands l’ont bien compris. Car certains, depuis pas mal d’années du reste, tentent  (et réussissent parfois) à faire peser sur les jeunes générations les fautes des générations précédentes. Ainsi, ceux qui naissent aujourd'hui, seraient responsables du colonialisme, de l’antisémitisme, du nazisme, du stalinisme, etc. comme s’il s’agissait d’une sorte de « péché originel ». 

Gardons leur le droit à l’innocence. Tâchons surtout de bien les instruire !  Leur apprendre à connaître le passé, à exercer leur esprit critique, à se tenir sur leurs gardes et garder toujours en tête les valeurs philosophiques et morales auxquelles ils ont adhéré, pour être capable de reconnaître les signes avant-coureurs de tragédie, quels qu’ils soient et d’où qu’ils viennent. Voilà, me semble-t-il, la nécessaire discipline afin d’œuvrer pour la paix.  Je ne dis là rien de nouveau, puisque après la IIème Guerre mondiale, la France et l'Allemagne ont réussi enfin à se réconcilier.  

Cette année, j’ai arpenté une partie des sites, musées et monuments de la Grande Guerre, depuis Ypres, en Belgique, jusqu’à Meaux. Je n’ai pas trouvé malheureusement de trace de mon grand-oncle « Mort pour la France » et disparu. Mais je ne renonce pas. J’ai fait quelques milliers de photos que je n’ai pas encore pu traiter. Aussi, pour apporter ma modeste pierre au souvenir, je vous propose de retourner en Lorraine, découvrir les entonnoirs de Leintrey et l’abri voisin du Kronprinz.

Voir les entonnoirs, c’est constater l’effet de l’explosion de mines. Grace à un schéma que j’ai photographié aux Eparges, auprès du Mémorial qui rend hommage aux soldats du Génie, on pourra se représenter le comment. 

Les entonnoirs ainsi nommés à cause de leur forme, sont des cratères dont le diamètre varie selon la charge d'explosifs, je présume, de 50 à 60 mètres et la profondeur de 15 à 20 mètres.

Cette forme d'opération a résulté de la guerre de tranchées où les armées face à face, mais à l'abri, finissaient par se neutraliser. Pour réussir à forcer les positions ennemies, la guerre est devenue souterraine. 

Le 10 juillet 1916, l'artillerie allemande avait pilonné les positions françaises toute la journée. A 22h30, d'intenses bombardements secouent la région, précédant une gigantesque explosion. Le bruit, la nuit, la poussière empêchent les communications de passer. Nos soldats encore en vie ne comprennent pas ce qu'il leur arrive. Il faudra attendre le jour pour voir le désastre. La tranchée de première ligne a disparu. Les pertes sont énormes. 

Schéma extrait de "La guerre de 1914-1918". Editions Fleurus. Réalisation RICHardCOMmunication Verdun.

Schéma extrait de "La guerre de 1914-1918". Editions Fleurus. Réalisation RICHardCOMmunication Verdun.

Le schéma représente la réalité des combats :

  • Au sol, un paysage ravagé : plus d'arbres, plus d'herbe et des corps abandonnés faute de pouvoir aller les chercher, opération trop périlleuse, par conséquent impossible sous le feu des mitrailleuses.
  • Au sous-sol, les positions allemandes, avec la tranchée de première ligne d'où les soldats s'élanceront à l'attaque quand l'ordre leur sera donné. Derrière, la deuxième ligne prête à intervenir, elle aussi, le moment venu. Enfin une salle de repos, de réunion pour les officiers qui reçoivent les informations et les ordres.
  • Plus bas, les soldats français creusent une sape. C'était un travail pénible, très dangereux à cause des effondrements possibles et délicat car il faut s'orienter au bruit des ennemis, souvent à l'intuition et surtout sans bruit pour ne pas être découvert.
Ici, malgré les souffrances, les soldats n'ont pas perdu le sens de l'humanité.

Ici, malgré les souffrances, les soldats n'ont pas perdu le sens de l'humanité.

La taille des entonnoirs, l'absence de végétation et les pluies des saisons hivernales ont constitué de véritables pièges. Malheur au soldat qui y tomberait ! La paroi glissante de boue empêchait de remonter. Au fond, l'eau mêlée à la terre argileuse vous aspirait littéralement.

J'ai rapporté dans un de mes premiers articles, le douloureux récit d'un soldat qui  voyant un camarade complètement enlisé, voulut l'aider à s'en sortir en le tirant avec son fusil. Malheureusement, après de vains efforts, il dut se résoudre à l'abandonner, sentant qu'il allait lui-même y laisser la vie.

Aujourd'hui, la nature a repris ses droits. Les arbres sont centenaires, l'herbe a poussé et cache à nos yeux les boyaux et tranchées de la guerre.

L'été indien ne résorbe pas toujours l'eau de pluie. Il est bien difficile de rendre compte de la profondeur des entonnoirs.
L'été indien ne résorbe pas toujours l'eau de pluie. Il est bien difficile de rendre compte de la profondeur des entonnoirs.
L'été indien ne résorbe pas toujours l'eau de pluie. Il est bien difficile de rendre compte de la profondeur des entonnoirs.

L'été indien ne résorbe pas toujours l'eau de pluie. Il est bien difficile de rendre compte de la profondeur des entonnoirs.

Voilà donc ce qui reste des malheureux hommes qui furent enfouis ici. Tous voulaient vivre. Tous aimaient leur patrie. Nous leur sommes pour toujours redevable de leur sacrifice qui nous rendit l'intégralité de notre pays. 

"Le 10 juillet 1916, une compagnie du 162 ème régiment d'infanterie a disparu dans l'explosion des mines qui ont ouvert ces entonnoirs"
"Le 10 juillet 1916, une compagnie du 162 ème régiment d'infanterie a disparu dans l'explosion des mines qui ont ouvert ces entonnoirs"

"Le 10 juillet 1916, une compagnie du 162 ème régiment d'infanterie a disparu dans l'explosion des mines qui ont ouvert ces entonnoirs"

Pour finir, je voudrais citer l'écrivain Georges Duhamel qui fut brancardier pendant la guerre et à ce titre côtoya quotidiennement la souffrance et la mort. Il écrivit pendant l'hiver de 1917 à 1918, dans son livre "La Possession du Monde", une réflexion qui allait bien au-delà du vécu proprement dit de la guerre.

Quelle que puisse être l'issue définitive de la guerre, elle marque et marquera une période de profond désespoir pour l'humanité. Si grand que soit l'orgueil de la victoire, si généreuse que se montre celle-ci, sous quelque jour qu'on nous en présente les conséquences lointaines, nous n'en vivons pas moins dans une époque flétrie, sur une terre dévastée pour longtemps, au sein d'une société décimée, ruinée, accablée de blessures.
Entre tous nos sujets de déception, s'il en est un qui nous demeure pénible, c'est l'espèce de faillite dont voici convaincue notre civilisation.

Georges Duhamel : La Possession du Monde (chap.X)

Merci de votre fidèle attention. Je vous donne rendez-vous dans quelques jours pour vous montrer ce qui reste de l'abri du Kronprinz.

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6 novembre 2015 5 06 /11 /novembre /2015 06:00
Près du village de Domjevin, sur la C7, une invitation à se souvenir.
Près du village de Domjevin, sur la C7, une invitation à se souvenir.

« Pour haïr l’idée même de la guerre, il devrait suffire de voir une seule fois ce que j’ai vu tant de fois, durant toutes ces années, des hommes, certains presque encore des enfants, amenés aux ambulances de l’avant dans un mélange de boue et de sang. Beaucoup mouraient de leurs blessures et beaucoup d’autres en guérissaient, mais lentement, emprisonnés dans la douleur et la souffrance, des mois durant. »

Ainsi écrit dans son autobiographie Marie CURIE qui, dès la première heure a mis son savoir au service des chirurgiens, médecins, personnel médical débordés, désemparés, et par voie de conséquence aux soldats blessés. Malgré les lenteurs, la méfiance, voire l’opposition des autorités militaires, elle parvient à imposer la radiologie, si précieuse pour opérer les blessés touchés par les éclats d’obus.

Propos rapportés par Marie-Noëlle HIMBERT dans son livre publié chez Actes Sud :

Marie CURIE,

Portrait d’une femme engagée.

1914-1918.

Après avoir lu des quantités de témoignages de soldats, questionné à travers les souvenirs mes Anciens qui avaient eu la chance de revenir, pour autant qu'ils aient parlé eux-mêmes à leurs enfants, après m'être interrogée sur toutes ces femmes qui, à des degrés divers, apportèrent leur contribution à cette guerre - dans les hôpitaux, dans les usines et les champs, dans les écoles, partout où les hommes avaient dû abandonner leurs postes, et même comme "marraines " de guerre pour soutenir le moral des soldats - et que les politiques remercièrent en leur refusant le droit de vote, j'ai découvert l'engagement de Marie CURIE, dont je parlerai plus amplement une prochaine fois, son opiniâtreté à refuser l'innommable. Puis, le dévouement du Docteur Louis MAUFRAIS qui exerça son métier au front, dans les pires conditions et dont le témoignage est capital pour que les soldats morts ne soient pas

" qu'un mot d'or sur une place ",

comme l'a écrit le poète Louis ARAGON, qui fut aussi médecin pendant cette guerre.

Domjevin aujourd'hui. Le village fut au coeur de terribles combats. Il en reste l'hôpital, mais aussi l'abri du Kronprinz que je vous montrerai prochainement.

Domjevin aujourd'hui. Le village fut au coeur de terribles combats. Il en reste l'hôpital, mais aussi l'abri du Kronprinz que je vous montrerai prochainement.

La nature a repris ses droits, comme on dit, aussi la rencontre de cette "forteresse" est surprenante dans un paysage aussi tranquille.
La nature a repris ses droits, comme on dit, aussi la rencontre de cette "forteresse" est surprenante dans un paysage aussi tranquille.

« Il n’y a pas un quart d’heure qu’on nous a recommandé de nous mettre à l’abri qu’on vient m’avertir que l’adjudant infirmier a été blessé au carrefour de la route. Accouru sur place avec un brancardier, je trouve l’homme avec qui j’ai discuté le matin même, en train de se tordre de douleur sur le bas-côté de la route.

- Je viens d’être touché au ventre par un shrapnell, je suis foutu.

Le malheureux est livide, il fait grand pitié. Très vite, je vois un petit trou dans le flanc, pas loin de la hanche. Il a dû causer pas mal de dégâts à l’intérieur. Je ne peux que lui faire une piqûre de morphine. Vingt minutes plus tard, il sera rendu à La Harazée et, de là, il est transporté en voiture jusqu’à Sainte-Menehould. Hélas, rien à faire ; il mourra le soir même.

L’événement me laisse découragé jusqu’à la fin de la journée. Je viens de découvrir brutalement toute la bêtise et la cruauté de la guerre. »

Louis Maufrais

NB : Les obus à shrapnell éclataient en l’air en projetant sous eux des balles de plomb ou des billes métalliques très meurtrières. Il y avait aussi des explosifs qui n’explosaient qu’en touchant le sol, mais dont les éclats étaient tout aussi meurtriers.

L'entrée.
L'entrée.

Redonnons la parole à Louis MAUFRAIS, qui décrit "le poste de secours de Marie-Thérèse" :

« Ce poste de secours n’a rien d’un palace. Il est creusé à moitié dans la rocher. L’autre moitié, en avancée sur le boyau, est recouverte de rondins et d’un mélange de terre, de toile de tente et de gazon qui laisse passer l’eau. Les gens du 151e, cependant, ont pris la précaution de bien balayer leurs petites saletés avant notre arrivée. Mes bonshommes se précipitent pour accrocher leurs bidons, leurs musettes, etc., aux porte-manteaux constitués de baïonnettes enfoncées dans le mur jusqu’à la garde. Deux baïonnettes placées l’une à côté de l’autre et réunis par une planchette forment une étagère. Au fond une petite table de bois.

Le poste de secours est divisé en deux parties. L’une où l’on peut s’asseoir le jour et s’allonger la nuit, et l’autre destinée aux pansements pour les blessés. Les camarades du 151e, décidément bien élevés, nous ont laissé deux bougies allumées. L’une est fixée dans le goulot d’une bouteille, et l’autre dans une espèce de spirale en fil de fer accrochée au plafond. Elles dispensent peu de lumière, mais énormément de taches de cire. Les infirmiers habités à ce genre d’installation, mettent en moins de deux leur matériel à l’abri de la pluie, dans la partie étanche du fond, où sont entreposées des piles de pansements et des fioles. Après avoir aménagé, nous prenons un petit repas… »

L'Hôpital" de Domjevin est composé de galeries qui devaient s'enfoncer loin sous la colline, si l'on en juge par la solidité des murs et la trace des portes coulissantes.
L'Hôpital" de Domjevin est composé de galeries qui devaient s'enfoncer loin sous la colline, si l'on en juge par la solidité des murs et la trace des portes coulissantes.

Un an plus tard, au Mort-Homme, où le docteur Maufrais et son équipe sont envoyés. Il raconte :

« … nous commençons l’ascension, conduits par un agent de liaison. Je dis bien ascension, car il y a soixante-quinze mètres de dénivelé. A mi-chemin, pause de dix minutes et nous remettons ça. Enfin nous apercevons une petite tache noire un peu plus nette que les autres – l’entrée du poste de secours. Elle est précédée d’un petit boyau si peu creusé qu’il faut se mettre à quatre pattes pour être à l’abri. Sur le seuil, je vois Hurel (…)

  • Je t’attendais, me crie-t-il…
  • C’est ça le poste ?
  • De gros rondins calés avec des sacs de terre…. Un 77 pourrait l’ébouler. Là-dessus, mon vieux copain, je te souhaite bonne chance. »
Les galeries s'entrecroisent comme le transept d'une église.
Les galeries s'entrecroisent comme le transept d'une église.

Au front, la plupart du temps, l’exercice de la médecine s’est effectué « sur le tas », les postes de secours étant très sommaires, étroits, et plus destinés à des blessures légères. Les blessés les plus graves étaient envoyés à l’arrière dans les infirmeries ou hôpitaux plus ou moins improvisés. Les soignants n’étaient pas mieux lotis que les combattants comme le raconte le docteur Maufrais lors d’un combat acharné au Mort-Homme. Il avait déjà au cours de l’année précédente vécu l’angoisse créée par les coups sourds entendus la nuit et qui révélaient le creusement d’une galerie sous leur tranchée. Car la guerre a été aussi souterraine, c’était la guerre des mines, sujet que j’aborderai plus tard dans le détail avec le cas LEINTREY et celui de VAUQUOIS.

Je laisse encore la parole posthume à Louis Maufrais :

« Une explosion formidable nous réveille. Le poste de secours sursaute. Nous avons reçu un coup dans les reins qui nous meurtrit de partout. Immédiatement des blocs de terre tombent tout autour de nous. »
La cadence des bombardements allemands est telle que les blessés affluent et les soignants sont rapidement débordés.
« On ne sait plus où les mettre, ces malheureux. Nos trois abris sont rapidement remplis et la pente est très raide. Il faut caler la pente avec des pierres pour qu’ils ne roulent pas. C’est abominable. Et tout cela au milieu de la poussière et de la fumée. »

J'étais médecin dans les tranchées. Louis Maufrais.

Vingt et une heure. Autre explosion.

« Une demi-heure après, un obus énorme explose derrière nous et envoie des blocs de terre contre notre porte. Un infirmier est plaqué contre la paroi avec trois côtes enfoncées. Notre abri est presque entièrement bouché… »

Louis Maufrais. (idem)

La partie visitée est relativement petite. On voit que les galeries ont été bouchées, sans doute pour des raisons de sécurité car le site est en accès libre.
La partie visitée est relativement petite. On voit que les galeries ont été bouchées, sans doute pour des raisons de sécurité car le site est en accès libre.

Le lendemain, les conséquences des bombardements révèlent la perte de la moitié de la 1e compagnie. Sous l’éboulement des tranchées, une douzaine d’hommes ont été enfouis sous deux mètres de terre. Mais ce n’est pas fini. Les bombardements reprennent et le pilonnage rend les hommes fous, inconscients, cassés. En plus, ils sont couverts de poussière.

Il y eu de grandes différences dans le traitement des blessés, selon qu’ils étaient soignés sur place, c’est-à-dire avec les moyens du bord (avec le manque de médicaments, de pansements, de personnel, sans compter les lenteurs administratives – Marie Curie, par exemple, s’est souvent mise hors la loi pour sauver des vies, après avoir tout tenté pour mettre la radiologie au service des chirurgien.), ou dans les hôpitaux de l’arrière, selon qu’ils avaient affaire à des soignants civils ou militaires…

Au cours de l’été 1915, la Chambre des députés s’est réunie à huis clos pour débattre d’un rapport qui lui avait été adressé, au sujet du sort des blessés :

« Nul n’ignore que depuis le début des hostilités nos malheureux soldats sont morts par milliers faute de soins immédiats, les uns d’hémorragie, les autres de plaies viscérales, le plus grand nombre d’accidents infectieux. Pour ceux qui ont survécu et dont plusieurs centaines de milliers resteront infirmes, l’examen impartial des faits démontre que plus de 50% des amputations et des infirmités auraient pu être évitées. »

Marie Curie, de Marie-Noëlle Himbert (Actes Sud)

POUR HAÏR L’IDEE MEME DE LA GUERRE…VOYAGE AU COEUR DE LA GRANDE GUERRE.

On comprend mieux les lenteurs et l’immobilisme des mentalités du ministère des Armées de l’époque, quand on apprend que ces débats resteront secrets jusqu’en 1929.

POUR HAÏR L’IDEE MEME DE LA GUERRE…VOYAGE AU COEUR DE LA GRANDE GUERRE.

Je quitte l'Hôpital enfoui sous la terre, comme les soldats malchanceux et souvent sacrifiés "pour rien", "pour l'exemple" parfois. Ils ont néanmoins remporté la victoire, avec une abnégation surprenante. C'est grâce à leur sacrifice consenti - j'insiste sur ce mot, car tous disent vouloir aller jusqu'au bout de leur devoir si nécessaire. Nous leur devons notre liberté. Le moins que nous puissions faire est de leur en être reconnaissants.

Merci, chers lecteurs et lectrices pour votre attention fidèle et encourageante.

Je vous conseille ces deux livres qui ne vous décevront pas et je remercie leurs auteurs pour leur travail infiniment plus important que le mien et qui m'ont tant apporté.

Le 07 novembre, j'ai la désagréable surprise de constater que toutes mes photos ont disparu de cet article, sauf une, pour des raisons que j'ignore. Je vous prie de m'excuser de ce désagrément et souhaite que la publication se passe normalement, cette fois-ci.

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31 décembre 2014 3 31 /12 /décembre /2014 12:44
La nécropole érigée par le Souvenir Français.
La nécropole érigée par le Souvenir Français.

Ma visite à la colline du Léaumont, où tant d'hommes avaient péri au début de la guerre, m'avait plongé dans une grande tristesse que la quiétude du lieu, en ce soir tombant, avec cette absence totale d'êtres vivants - hormis les vaches, particulièrement sereines avant la tombée de la nuit. Des villages alentours, nulle clameur, nul bruit de machine agricole, nul vrombissement d'automobile.

Tristesse, oui ! Je me souvenais de ces premières lettres de soldats, écrites tout exprès pour rassurer leur famille, un grand-père qui avait connu le désastre de Sedan, en 1871, une fiancée, la petite sœur qui avait tant pleuré sur la quai de la gare, quelques semaines auparavant. Les malheureux n'étaient pas allés bien loin dans cette guerre. Au moins n'avaient-ils pas connu l'hiver terrible qui avait suivi...

J'ai quitté le site, en direction de Lunéville, où j'avais prévu de passer la nuit. Mais, quand je suis passée à Friscati, il faisait encore jour, aussi j'ai décidé d'aller voir la nécropole.

Le monument au soldat bleu.
Le monument au soldat bleu.

La nécropole de Friscati Mouton noir se trouve sur la commune de Vitrimont.Pourquoi "Mouton noir"? me direz-vous. Il faut reconnaître que ce nom a quelque chose de mystérieux, peut-être à cause du noir. En réalité, elle se trouve sur le lieu qu'occupait une ferme de ce nom. On trouve d'ailleurs d'autres noms de fermes associés à des combats.

Le musée Chaubet était fermé, mais l’on pouvait accéder au cimetière.

A perte de vue.
A perte de vue.

Ici, 3751 soldats, morts dans les combats d’août à septembre 2014, reposent, les premiers de la guerre en quelque sorte, dans la région de Lunéville. Silence impressionnant chargé d'une émotion forte, renforcée par le coucher du soleil, splendide sur la région. Je rencontre un couple du sud-ouest, en vacances. Il est venu reconnaître des tombes pour des habitants de son village. On échange des renseignements.

Chacun continue son cheminement dans les allées. On lit quelques noms au hasard. Tiens ! Celui-ci venait de Troyes. Voilà un Africain. Ici, dort un homme qui n’a plus de nom… Il y en a tellement !

Sur les traces des Poilus en Lorraine (III) : Le Soldat bleu de Friscati Mouton noir.

Nous quittons le soldat bleu, le seul à posséder un visage.

Nous le laissons veiller sur ces hommes venus épouser une terre qu’il n’avait pour beaucoup jamais vue, loin de leurs parents, loin de leurs amours, loin de leurs rêves.

Cet article suit le précédent. A l'origine, il devait aller avec la bataille du Grand Couronné, mais il aurait été trop long. Je l'ai voulu descriptif et émotionnel. J’avais besoin de me rendre pour la première fois dans ces lieux que j’ignorais pour certains – la bataille du Grand Couronné est très injustement méconnue, or ce fut la première victoire française de la guerre – ou que j’avais seulement étudiés au lycée pour les plus célèbres. Et encore, pas tous ! Parfois aussi, bien sommairement. D’après ce que j’ai lu et entendu, le général de Castelnau n‘était pas bien vu de sa hiérarchie, plutôt de « centre gauche », alors qu’il était, de par ses origines nobiliaires, franchement à droite.

Je me suis appuyée sur mes photographies, les lectures ciblées que j’ai pu faire dans les musées ou les revues régionales, les écrivains et soldats que j’ai lus. J’ai trouvé sur le Net des photographies anciennes ainsi que des témoignages.

A ce propos, je recommande la visite des sites suivants : www.grandcouronne.net où j’ai pu me faire une idée précise de la bataille de Nancy, ainsi que www.sambre.marne.yser.be où j’ai trouvé l’intéressant témoignage de M. Boissy.

Aux livres que j’ai déjà cités, je veux ajouter également : « Orages d’acier », d’Ernst JUNGER, qui sait remarquablement faire vivre la guerre à travers les hommes, leurs souffrances, leur sens du devoir.

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17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 03:16

Deuxième partie.

En route vers la Lorraine, je traverse la Franche-Comté, cherche et trouve le site du château de Mahaut d’Artois, au village de La Châtelaine, près de la ville d’Arbois, célèbre par son vin et l’illustre inventeur du vaccin contre la rage : Louis Pasteur, qui y vit le jour.

En soirée, je suis à Besançon, capitale de Franche-Comté. Belle ville ! Animée. Restaurée avec goût. Le Doubs ceinture le cœur ancien que domine la citadelle construite par Vauban, au XVIIe siècle. Le tramway, nouvellement en service, longe le Doubs. J’y consacre une journée de visite et me promet d’y revenir. J’en reparlerai.

Le lendemain, avant de partir, un dernier tour, du côté du pont Battant. Et « », au coin d’une rue, comme une petite porte – terrifiante d’injustice et d’irréversibilité - par laquelle, je vais entrer dans ma Grande Guerre.

Sur les traces des Poilus en Lorraine : Du Grand Couronné à Lunéville par Léomont & Friscati-Mouton noir

Besançon.

Ils s’étaient peut-être seulement « perdus » dans le désordre des combats et du brouillard… Pourtant tous, même ceux qui avaient totalement perdu la raison, furent traités comme déserteurs.

Voilà ce que dit l’officier allemand Ernst Jünger, jeune officier valeureux et entièrement dévoué à son pays, dans son livre : « Orages d’acier », où il rend compte de son expérience de la guerre. Livre dérangeant, douloureux à lire, pour nous Français mais aussi pour nos alliés – tout comme je suppose les témoignages de nos officiers et soldats, pour les Allemands. Il se trouve ici dans la région de Guillemont.

« Dès la sortie du village, notre guide remarqua qu'il s'était égaré. Nous fûmes contraints de faire demi-tour, sous un tir violent de shrapnells. (...) Nous dûmes souvent nous arrêter, et aux pires endroits, quand le guide avait perdu la direction. (...)
Voilà pourtant que la première et la troisième section, tout d'un coup avaient disparu. En avant! Les troupes s'empilèrent dans un chemin creux où les obus pleuvaient dru. Planquez-vous! Une odeur d'une écœurante importunité nous apprit que ce passage avait déjà fait de nombreuses victimes. Nous courûmes, talonnés par la mort, et parvînmes ainsi à un second chemin creux , qui cachait l'abri du chef des troupes au combat, puis nous nous perdîmes et fîmes demi-tour dans une bousculade douloureuse de soldats énervés. (...) Le guide finit par retrouver sa route, grâce au repère que constituait un tas de cadavres.

Ernst Jünger : Orages d'acier. Livre de Poche. p.128

Certes, on comprend qu’à la guerre, on ne s’appartient plus, l’individu s’efface au profit de la patrie. Et même si l’on doute des compétences de certains officiers, on doit faire son devoir. Il est néanmoins vrai que les exécutions d’innocents avec simulacres de procès, ont privé l’armée d’hommes, comme si le prix du sang au combat n’était pas suffisant...

Sur les traces des Poilus en Lorraine : Du Grand Couronné à Lunéville par Léomont & Friscati-Mouton noir

Je monte vers le nord-est et je découvre qu’à leur manière, des quantités de villes de toutes tailles ont diversement rendu hommage aux soldats de la Grande Guerre.

Dans les Vosges, au Musée de l’Image d’Épinal, on pouvait voir les petites maquettes à découper à l’usage des enfants, images très édulcorées, certes, ainsi qu’un petit film sur des enfants parisiens jouant à la guerre, en toute innocence. Dans un prochain article, je vous présenterai le célèbre musée qui vaut assurément une visite.

Celle-ci représente les activités des soldats. Une vision bien angélique !

A Nancy, j’acquiers une carte IGN de la Grande Guerre. Document on ne peut plus précieux, car il est précis, même très détaillé, et donne des itinéraires à parcourir à pieds ou en voiture.

Je constate immédiatement que j’ai négligé à tort la région de Lunéville. Je vais donc passer quelques jours à Nancy, puis je suivrai le circuit proposé sur la carte : gagner Vitrimont par la D400, autrement dit traverser une terrible zone de combat pendant l’été 14. J’irai en particulier sur la colline du Léomont, où la campagne est si paisible aujourd’hui, au point qu’on peine à imaginer la guerre, sans l’œil averti capable de distinguer de-ci, de-là, des trous d’obus sous les verts pâturages. Je ne manquerai pas la nécropole de Friscati-Mouton noir, un hôpital militaire à Domjevin, les entonnoirs de Leintrey et l’abri du Kronprinz perdu dans les bois.

Sur les traces des Poilus en Lorraine : Du Grand Couronné à Lunéville par Léomont & Friscati-Mouton noir

Au Musée lorrain, un guide explique la bataille du Grand Couronné, où le général de Castelnau remporta une victoire chèrement payée, mais qui permit de sauver Nancy, ville convoitée par Guillaume II, de stopper l’offensive ennemie et de limiter leur pression sur la Marne, où les combats faisaient rage.

La ville de Nancy était restée française, en 1871. En effet, après la défaite de Napoléon III qui avait échoué devant les ambitions hégémoniques de la Prusse, la France avait perdu l’Alsace, les villes de Strasbourg, Metz, le Haut Rhin (sauf le territoire de Belfort), le Bas Rhin, une partie de la Moselle, de la Meurthe et une petite partie des Vosges. Ces territoires devinrent allemands. La France fut également obligée de payer une indemnité de 5 milliards de francs-or. Telles étaient les clauses du Traité de Francfort, le 10 mai 1871. Il faut imaginer que nos ennemis de longue date, étaient aux portes de cette ville (15 km) et qu’aucune frontière naturelle ne protégeait vraiment ces territoires et surtout la capitale, Paris, objet de convoitise pour l’empire allemand. Le roi de Prusse ne s’était-il pas fait couronner empereur le 18 juin 1971, au palais de Versailles ?

Sur les traces des Poilus en Lorraine : Du Grand Couronné à Lunéville par Léomont & Friscati-Mouton noir

Il s’agissait pour l’armée française de protéger Nancy qui l’était peu, à vrai dire. GUILLAUME II, sûr de sa domination, en matériel de guerre moderne, en hommes bien formés et galvanisés par la jeune unité allemande riche des 25 États qui composent l’Empire, pensait venir à bout rapidement des Français et se voyait déjà parader sur la place Stanislas. C’était sans compter sur l’intelligence, la clairvoyance et la parfaite connaissance du terrain du général de CASTELNAU et sur l’immense patriotisme des soldats venus de toute la France et de son empire colonial qui, malgré les énormes souffrances qu’ils devaient endurer, comme l’attestent les nombreux témoignages que nous possédons, acceptèrent de donner leur vie pour « faire leur devoir ».

 

 

La bataille allait mettre en présence :

- la VIe armée allemande, commandée par le prince RUPPRECHT de BAVIERE, fils de GUILLAUME II, et

- la IIe armée française, commandée par le général Edouard de CASTELNAU.

Sur les traces des Poilus en Lorraine : Du Grand Couronné à Lunéville par Léomont & Friscati-Mouton noir

Guillaume II

Sur les traces des Poilus en Lorraine : Du Grand Couronné à Lunéville par Léomont & Friscati-Mouton noir

Edouard de Castelnau

Composée de 100 régiments, elle avait reçu les corps d'armée de toute la France. Trois trains par heure arrivaient à la gare de Nancy. Pour se représenter l'ampleur de la mobilisation, il faut savoir qu'un train amenait un bataillon, de mille hommes, accompagnés du matériel nécessaire : armes, munitions, chevaux, charrettes, nourriture, etc.

Une fois arrivés, les soldats se déplaçaient à pieds, lestés de 30 à 40 kilos, d'où une source non négligeable d'épuisement. Il arrivait souvent qu'ils n'aient ni le temps de manger, ni de dormir, quand un ordre d'attaque arrivait précipitamment.

Il fallait une organisation exceptionnelle à cette armée, car s'ajoutaient aux mouvements l'évacuation de villages entiers. L'intendance devait également acheter de quoi nourrir ces centaines de milliers d'hommes.

Sur les traces des Poilus en Lorraine : Du Grand Couronné à Lunéville par Léomont & Friscati-Mouton noir

Extrait de la carte I.G.N. de la Grande Guerre.

Les combats acharnés se déroulèrent du 14 août 1914 au 19 septembre, le long d'une ligne qui va de Sainte-Geneviève à Friscati-Mouton noir. Mouton-noir, du nom de la ferme qui se trouvait là. L'empereur Guillaume II avait tenu à superviser lui-même l'engagement de ses troupes.

Dans un premier temps, les troupes françaises ont gagné du terrain. Néanmoins, la bataille était rude, elle coûtait très cher en hommes et le général de Castelnau prescrit au général Foch de ne plus avancer pour renforcer ses positions. Celui-ci prétendit ne pas avoir reçu l'ordre et attaqua le 20.

Malheureusement, les Allemands avaient acheminé des troupes fraiches et des canons de gros calibres. Ils lancèrent une puissante contre-attaque.

Si le XXe corps d'armée a résisté, le XVe céda. Le général de Castelnau décida de le faire reculer, pour ne pas le perdre, ainsi que le XVIe. Le XXe corps, "fer de lance de l'attaque", dut tenir coûte que coûte, afin que la retraite se passe dans le bon ordre, indispensable pour ramener armes, équipements et hommes. Ce fut l’échec de Morhange.

« Le 18, le corps d'armée tout entier, avance par le feu terrible d'une artillerie supérieure, tandis que, franchissant le canal de Salines au nord, débouchent de grandes forces d'infanterie.
Toutefois, durant deux jours, nous allons tenir fermement. On tente même de réagir et de progresser. Le 19, le régiment s'aventure à Rohrbach qu'il occupe malgré l'attitude inamicale de la population. Le soir de ce jour, il doit être relevé par le 15°. Mais dès le lendemain, la situation exige qu'il reste en action, et, à découvert, attaque de nouveau dans la direction de l'est, sur le canal des Houillères. Dans le même temps, au nord, quelques groupes parviennent à passer le canal des Salines, sous le feu des masses ennemies, et poussent avec une magnifique témérité jusque devant Cutting. Des mitrailleuses tapies sur la rive opposée de ces canaux, fauchent nos premiers éléments dès leur sortie des bois et les clouent sur place.
Ce soir même, l'ordre arrive, pour toute la division, de se replier sur Maizières et Moussey. La frontière, franchie avec tant d'ardeur est repassée le 21. Sous une torride chaleur, la retraite continue. La protection de notre artillerie est efficace: chaque unité du régiment se porte sur les emplacements et cantonnements assignés, par Réchicourt et Lunéville, sur Rehainvillier. Le colonel atteint ce dernier village le 22 à 3 heures du matin. »

Ex-caporal du 81e R.I. G. Boissy

Sur les traces des Poilus en Lorraine : Du Grand Couronné à Lunéville par Léomont & Friscati-Mouton noir

Les pertes furent considérables. Certaines unités avaient perdu le tiers de leurs effectifs. Beaucoup d'officiers moururent, dont le fils du général de Casternau. Le XVe corps dut se retirer sans combattre, la ville de Lunéville fut perdue. Seul, le XXe s’était maintenu sur les hauteurs du Grand Couronné.

Les Allemands, surpris néanmoins de la résistance française, décidèrent de descendre vers le sud pour prendre l'armée à revers. De Castelnau le pressentit, accorda une journée de repos et envoya l'ordre d'attaquer à outrance l'armée allemande, qui de fait s’était fragilisée sur son flanc droit.

Pendant une semaine, sous les obus, les mitrailleuses, l'artillerie, au cours de corps à corps sanglants, dans la région de Deuxville, Léomont, Vitrimont, Friscati, les combats particulièrement meurtriers laisseront 50 000 morts sur ces collines, aujourd'hui si paisibles.

Quelques croix le long du chemin qui conduit au monument de la colline du Léomont. Français et Allemands, identifiés ou inconnus, ils sont très nombreux à reposer encore sous cette terre.
Quelques croix le long du chemin qui conduit au monument de la colline du Léomont. Français et Allemands, identifiés ou inconnus, ils sont très nombreux à reposer encore sous cette terre.
Quelques croix le long du chemin qui conduit au monument de la colline du Léomont. Français et Allemands, identifiés ou inconnus, ils sont très nombreux à reposer encore sous cette terre.

Quelques croix le long du chemin qui conduit au monument de la colline du Léomont. Français et Allemands, identifiés ou inconnus, ils sont très nombreux à reposer encore sous cette terre.

Sur les traces des Poilus en Lorraine : Du Grand Couronné à Lunéville par Léomont & Friscati-Mouton noir

Ce fut l'enfer. On peut se demander pourquoi? Puisque rien n'était gagné, puisqu'on reprenait tout juste ce qui avait été perdu la veille. Et pourtant, les soldats français ont contenu leurs ennemis, les ont empêchés d'aller renforcer les leurs sur la Marne et de gagner Paris.

Explication de la bataille en français, anglais et allemand, affichée sur le site.

Explication de la bataille en français, anglais et allemand, affichée sur le site.

Nancy : Place Stanislas
Nancy : Place Stanislas

Le 12 septembre, les Allemands se retirent.

Guillaume II ne paradera pas, comme il l'avait promis à son épouse, sur la magnifique place Stanislas de Nancy.

Quant à la ville de Nancy que les habitants avaient refusé d'évacuer, pour soutenir le moral des soldats, elle leur réservera un triomphe.

La suite, demain.

Merci de votre attention.

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9 novembre 2014 7 09 /11 /novembre /2014 00:21
Le soldat de Léomont
Le soldat de Léomont

Sur les traces des combattants de 1914-1918 : la nature répond à l’horreur des bombardements et des cris, par un silence assourdissant.

Je l’ai entendu ce silence. Il est lourd, il emplit la tête. Il fait qu’on a honte d’être là bien vivant, d’avoir seulement mal aux pieds parce qu’on a trop marché dans les sentiers touffus de la nature qui masque les tranchées, s’efforce de tout cacher comme si elle avait honte, elle aussi, de cette abomination qui eut lieu ici, des hurlements qu’elle entendit, des tirs, des explosions, des claquements qui fusaient partout, durant des mois et des mois, des écroulements d’arbres, de maisons, d’églises.

Un village détruit.
Un village détruit.

Et l’on se parle à voix basse, car il reste des morts, des milliers, qu’on n’a jamais retrouvés, là sous la terre et qui ont droit au respect. Puis, on remonte dans sa voiture, on continue le périple. Un peu plus loin, une flèche indique un site, parfois juste une ruine et on repart à fouiller la forêt. Mais où est-il donc cet abri du Kronprinz ? A 700 mètres ? Mais nous avons marché plus que cela !

Tout en marchant, on s'interroge. Des cartes postales de villages détruits, d'enfants emmenant un petit cercueil à travers la Grand-rue et jetant un regard curieux vers le photographe, d'habitants consternés, on en a tellement vues.

Comment ceux qui priaient dans leurs églises de l’autre côté de la frontière, ont-ils pu détruire, incendier celles de leurs voisins, les mêmes ? Comment ceux qui avaient peur de ne pas revoir leurs familles, ont pu refuser aux autres de le faire ? Comment ceux qui avaient vu leurs camarades tomber et mourir, ont pu oublier toute valeur humaniste et accepter de participer au carnage ?

Les témoignages des derniers poilus sont éclairants. Centenaires, ils en étaient encore abasourdis.

Sur les traces des Poilus de 14-18 en Lorraine. (I)

Je crois qu’on ne mesurera jamais assez la douleur, non plus physique, mais morale, le désespoir de ces hommes à la fois décidés à faire leur devoir, à défendre leur pays et parfaitement conscients de leur mort annoncée et de l’impossibilité d’échapper à leur sort.

Néanmoins, ce serait leur manquer de respect que d’oublier qu’ils étaient bien conscients de la barbarie absolue qui leur était imposée, à savoir tuer des hommes et que, somme toute, dans l’autre camp, les soldats ennemis vivaient la même horreur, la même peur, la même angoisse de ne pas rentrer chez eux, et mouraient comme eux, pour des intérêts économiques qui n’étaient pas les leurs. Parce qu'on ne peut pas, on ne doit pas expliquer la guerre par la "folie meurtrière" des hommes.

Les derniers poilus vivants que nous avons revus à la télévision, empreints de tristesse, de lucidité et révolte pour certains, parlaient sans exception de fraternité entre les peuples. Ils voulaient absolument que ce soit la « Der des der »…

La une du Petit Journal montre Marianne s'en prendre à Jean Jaurès. A l'Assemblée nationale, le député pacifiste, excellent orateur, s'opposait vivement à l'allongement de la durée du service militaire que le gouvernement voulait porter à 3 ans au lieu de 2. Elle agite la menace de la guerre que les Allemands font peser sur la France et rappelle qu'ils ont conquis une partie de notre territoire (l'Alsace-Lorraine) en 1870 et s'apprêtent à aller plus loin. Sa position, très menaçante, sa grandeur au-dessus du député, insistent sur le danger que représente le pacifisme et la nécessité d'en écraser l'idée. Jaurès sera assassiné le 14 juillet 1914, peu de temps avant la déclaration de la guerre.

Modernisation des uniformes de soldats
Modernisation des uniformes de soldats

L’intérêt majeur des cérémonies du Centenaire, c’est de mettre sous nos yeux l’immense tragédie vécue par les soldats, dans tous ses aspects, afin de leur rendre justice et nous rappeler notre appartenance à un pays, un peuple, qui s’est construit dans des luttes nombreuses et variées, dans la fraternité et la solidarité, autour de valeurs reconnues et partagées.

Nous sommes issus de leur sacrifice et, à l’heure où l’individualisme, l’égocentrisme, le cynisme même, exploités largement par les médias, hélas, se répand dans toutes les couches de la société, espérons que ces souvenirs nous aident à devenir plus lucides et à faire le tri des vraies et fausses valeurs.

Ci-dessous, une carte que l'on peut consulter au Musée lorrain de Nancy, pleine d'intérêt, car elle permet de visualiser simplement et justement la frontière de 1914 qui excluait l'Alsace et la Lorraine de la France. La légende est peu lisible, mais on y voit en jaune les forts destinés à protéger la France de la convoitise allemande. Ils sont situés en grande majorité à l'est.

Le système de défense français face à l'Alsace-Lorraine occupée.
Le système de défense français face à l'Alsace-Lorraine occupée.

Je n’avais, pour ma part, que des connaissances livresques de la Grande Guerre, «morceaux choisis » dans les programmes d’histoire enseignés au lycée, ainsi qu’un grand-oncle, mort à vingt ans et disparu, soldat « inconnu » comme des dizaines de milliers d’autres, dont on parlait peu en famille : cela faisait trop mal. Je revois mon arrière-grand-mère habillée de noir. Dans son grand âge, elle passait des heures, assise, le regard perdu, comme si elle cherchait toujours son fils, dans le néant de contrées qu’elle n’avait pas connues.

C’est pour elle, pour lui et toutes les autres que j’ai voulu entreprendre le voyage, cette année, sur les lieux des batailles et des cimetières, des forêts qui absorbent tout, des champs encore marqués par les stigmates de la guerre. Et bien sûr, pour ceux que la chanson de Craonne, interdite à l'époque, nommait "les sacrifiés".

Je vais vous raconter mon voyage, en plusieurs épisodes. Je n’ai pas tout vu, il aurait fallu beaucoup plus de temps, mais grâce à la carte IGN consacrée aux sites de 14-18, achetée à Nancy, j’ai découvert des lieux célèbres, certes, d’autres plus modestes, qui sans elle, me seraient restés inconnus.

Recherche personnelle de contact avec les traces d’une réalité de cent ans. J’y ai consacré le mois de septembre, venant du sud de la France et visitant quand même à droite à gauche sur le chemin, comme j’aime bien le faire, des sites pittoresques, des musées, des expositions, des friches industrielles, des lieux de tous âges où des hommes célèbres ou anonymes ont vécu.

J’ai beaucoup photographié, souvent dans de mauvaises conditions : beaucoup de monde, des reflets sur les documents sous vitres… J’ai fait de mon mieux. Je vous proposerai aussi des photos d’époque, prises dans les annales familiales, pas toujours de bonne qualité, hélas, mais authentiques.

Sur les traces des Poilus de 14-18 en Lorraine. (I)

Pour commencer, il est bon de se rappeler que, la guerre de 1870 menée par Napoléon III, s’était soldée par un échec cuisant pour la France. L’empereur avait été lui-même fait prisonnier à Sedan et la France dut, par le traité de Francfort (10 mai 1871) céder l’Alsace, sauf la ville de Mulhouse, et une partie de la Lorraine (le nord).

Soucieux de conserver leur culture, les Alsaciens résistaient au pangermanisme, notamment en préservant la langue française. Les Allemands voulaient empêcher toute communication avec les Français en imposant une seule langue, l’allemand, afin d’éviter que l’armée française puisse obtenir des renseignements de la population. C’est dire que l’Alsace-Lorraine peinait à supporter la dictature militaire, résistait et rêvait de rejoindre la France.

Mais, quand la guerre éclate, les populations sont contrôlées plus que jamais, comme l’attestent ces consignes imposées que l’on peut lire au Musée lorrain de Nancy :

Sur les traces des Poilus de 14-18 en Lorraine. (I)

Afin d'éviter toute résistance...

Sur les traces des Poilus de 14-18 en Lorraine. (I)

Dès 1970, pour empêcher les velléités de liberté des Alsaciens-Lorrains, l'armée prussienne, armée d'occupation, était très présente, ainsi que nous le voyons sur cette carte postale du début du XXème siècle. La scène se passait à Metz, sur le champ de Mars. En fait, nos deux provinces avaient subi une véritable colonisation, puisque de nombreuses familles allemandes s'y étaient installées.

Sur les traces des Poilus de 14-18 en Lorraine. (I)

Malheureusement, une fois la guerre déclarée, finie pour longtemps la douce quiétude des villages lorrains ! dont voici un exemple, Manonviller, près de Lunéville, région qui sera le théâtre de durs combats et dont je parlerai lors d'un prochain article.

Sur les traces des Poilus de 14-18 en Lorraine. (I)

Voici les costumes des soldats qui se sont trouvés en présence : Nous sommes frappés de la différence :

  • L’un, l’allemand, est résolument moderne. Il a été pensé pour être discret et efficace.
Sur les traces des Poilus de 14-18 en Lorraine. (I)
  • L’autre, le français, évoque plutôt les guerres napoléoniennes, où les armées se faisaient face, s’avançant l’une vers l’autre au son des tambours. Il est clair que l’armée française des premiers combats appartient au passé. Elle ne s’est pas modernisée et ce qui est grave, c’est que la stratégie militaire non plus. Voila pourquoi les premiers affrontements se sont montrés si meurtriers.
Sur les traces des Poilus de 14-18 en Lorraine. (I)

Le plan SCHLIEFFEN prévoyait de traverser la Belgique pour attaquer la France par le nord. Les cartes postales suivantes tournent en dérision l’empereur Guillaume II, mais aussi montrent l’optimisme d'abord des Belges, à cent lieues d’imaginer qu’il aurait l’audace de violer leur territoire… puis, celui des Français

Sur les traces des Poilus de 14-18 en Lorraine. (I)

A Paris, ils sont attendus, semble-t-il !

Néanmoins, ces cartes humoristiques ne doivent pas cacher les nombreuses exactions commises par les Allemands, aussi bien en Belgique qu’en France. Nous avons pu voir à la télévision un village des Ardennes que les Allemands avaient décidé de rayer de la carte : maisons, biens et population.

Les hommes furent attachés et couchés à plat ventre au sol. Face à eux, des mitrailleuses. Le curé voyant cela se précipita et proposa d’échanger sa vie contre celle de ces hommes. L’autorité militaire recula et l‘exécution n’eut pas lieu. Cependant les Allemands avaient fait défiler les femmes devant les hommes immobilisés et menacés d’être fusillés s’ils donnaient signe de vie, afin de leur faire croire à leur mort. Et pour pousser plus loin la cruauté morale, ils leur annoncèrent qu’elles pouvaient rentrer chez elles. Sauf que leurs maisons avaient brûlé !

Les habitants de ce village sont en train d'en faire un film.

Témoigner toujours, par devoir de mémoire, non pour ruminer rancœur et désir de vengeance, non pour imposer aux générations suivantes, innocentes de fait, une injuste culpabilité, mais pour pouvoir pardonner et reconstruire la paix.

Sur les traces des Poilus de 14-18 en Lorraine. (I)

Les Bruxellois n'en crurent pas leurs yeux. Il n'était plus question de caricature. Et pourtant, la guerre ne faisait que commencer !

Ainsi se termine cette première partie.

Exceptés la reproduction de la une du Petit Journal, de la carte et des avis qui proviennent du Musée lorrain de Nancy et des 2 costumes de soldats, tous les autres documents proviennent de ma famille (photographies et cartes postales).

Dans quelques jours, je publierai quelques aspects de la vie des soldats d’après les photographies de l’album de famille.

Puis, je vous emmènerai sur les lieux des combats dans la région de Lunéville, Verdun, Les Eparges, et Vauquois.

A celles et ceux qui m’ont parfois signalé leur difficulté à trouver mon blog sur le Net, je vous signale que j’ai depuis peu un nom de domaine qui permet d'arriver très facilement sur le blog. L’adresse est : www.morvane.fr

Pour me contacter : morvaneblog@hotmail.fr

A bientôt !

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Published by Morvane - dans Histoire
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13 novembre 2013 3 13 /11 /novembre /2013 22:16

 

  Les conditions de toutes les guerres sont inhumaines, mais presqu’un siècle après, la guerre de 14/18 continue de nous interpeller – le mot est faible – de nous abasourdir, de nous horrifier, au point que d’y penser les bras nous en tombent encore et que nous nous sentons envahis d’une tristesse/révolte irrépressibles, car on ne peut revenir en arrière pour corriger le passé. Pas une famille française qui n’ait un ou plusieurs lointains grands-pères, grands-oncles, blessés, fauchés, éclatés, éventrés, ou tout simplement DIS-PA-RUS ! Quand j’étais petite, je me souviens avoir vu, étonnée, des hommes qui marchaient, à l’aide de béquilles en bois, sur une seule jambe. L’autre avait disparu dans la deuxième jambe du pantalon, soigneusement pliée et tenue par une épingle à nourrice – pourquoi ne pas l’avoir coupée ? Comme si la jambe était momentanément absente. Pour d’autres, c’était la manche que l’on avait coincée dans la poche pour qu’elle ne batte pas au vent.  

 14-18 Ordre de Mobilisation individuel A.Ripart. 1908

 

Ils étaient paysans pour la plupart, ouvriers, artisans, cols blancs, artistes ou écrivains, infirmiers, médecins, enseignants, enfin, toute la population française. Sans compter ceux qui étaient accourus de l’Empire colonial, Marocains, Sénégalais… Sans compter les Alliés, embarqués dans la même galère, du fait d’alliances : les Anglais, les Belges, les Serbes, les Russes, puis les Italiens, les Canadiens et les Américains, quand le front russe s’était arrêté net, du fait de la révolution bolchevick de Lénine. La propagande aidant, ils étaient persuadés d’un côté comme de l’autre, que la guerre ne durerait pas et qu’ils, les Français, auraient tôt fait de raccompagner les « Boches » à la frontière, après avoir repris l’Alsace et la Lorraine.     

Côté allemand, ils avaient mieux préparé la guerre, mais à cause de cela, ils croyaient qu’elle ne durerait pas plus longtemps que celle de 1870… Eux aussi, les paysans prussiens, les ouvriers de Sarre, les étudiants bavarois, etc. ont été broyés. Pour rien, puisqu’au final, ils n’ont pas eu ce qu’ils étaient venus conquérir. Eux, personnellement, n’avaient rien à conquérir. C’est l’industrie allemande qui avait d’urgents besoins de matières premières, de main d’œuvre, de colonies. De plus, les dix départements du nord-est de la France étaient parmi les plus productifs…

 Et pourtant, ils semblaient bien mal partis les Français ! A part leur courage et un fort sentiment de patriotisme, les forces étaient inégales.  

 14-18 Uniforme bleu horizon des soldats français

Les Allemands s’étaient dotés d’une armée moderne, ils portaient des uniformes de couleur kaki, des casques de fer, alors que les Français portent les tristement célèbres uniformes : vareuses bleues, accompagnées de pantalons rouges qui en font des cibles exceptionnelles. Rapidement, leur sera  substituée la tenue « bleu horizon », plus claires, quoique la boue et la crasse finiront par les dissimuler mieux encore, dans les paysages terreux. Quant aux képis, ils ne leur étaient d’aucun secours contre les éclats de bombes et les balles, dans la guerre de tranchées, où il est dangereux de risquer un œil au-dessus du parapet pour surveiller les activités des ennemis, en face. Il suffit d’un franc-tireur à l’affut…. Aussi, le casque d’acier, malgré l’opposition des officiers traditionnalistes, finit par s’imposer.

 

 14-18 Uniformes allemands avec casques - Copie

   14-18 Uniformes français avec casques

    

Les tranchées n’offrent ni le même confort pour les soldats, ni la même efficacité. Un soldat dit : « Ce qui nous stupéfia, à notre attaque du 6 avril, ce fut la commodité et la solidité des abris allemands. Quelle différence avec les nôtres ! » La photographie le montre. Mais il ne faut pas oublier que les aléas de la guerre obligeront aussi les Allemands à creuser, dans l’urgence, des boyaux boueux, comme les autres.

 14-18 Tranchée allemande

  

Mais surtout, le problème se situe au niveau du matériel de guerre et de la stratégie militaire. Le haut commandement français répugne à la guerre de tranchées, d’une certaine manière honteuse pour la cavalerie, qui a connu les charges héroïques, sabre au poing ! Donc il distribuera les moyens parcimonieusement et surtout il ne mesurera pas la puissance militaire allemande. Pourtant, dans la région de Verdun dont le front est inviolé, des déserteurs allemands chaque jour, précisent des préparatifs de grande envergure. Malgré des échanges d’artillerie importants, au début janvier 1916, le haut commandement refuse toujours de croire à une attaque sur Verdun.

 « Il a fallu attendre jusqu’au 9 février pour que nous consentions à admettre une grande offensive sur Verdun. Or, le 9 février, tous les préparatifs de notre adversaire sont achevés, la plus formidable machine de guerre que jamais le monde ait connue, écrit le Lieutenant Jacques Péricard, est à pied d’œuvre. Jamais le génie d’organisation des Allemands ne remporta pareille victoire, jamais pareille défaite ne fut infligée à notre légèreté et notre insouciance. » 

 

Les Allemands rêvaient de prendre la plus puissante forteresse de France. Le Kronprinz, lui-même confiait dans ses souvenirs :

« La condition première du succès était la surprise. Nous devions terminer nos préparatifs à l’abri des brouillards de ces plateaux marécageux et de ces larges fonds de vallées. (…) Munir nos premières lignes de tranchées, d’abris, de communications, de places d’armes pour environ 6000 hommes. (…) Ces travaux devaient être faits avec toutes les précautions nécessaires pour échapper complètement à l’observation terrestre et aérienne. On obtint ce résultat que l’ennemi n’eut véritablement aucun soupçon et que c’est trop tard, à ses dépens, qu’il s’aperçut de nos préparatifs d’attaque. Le Corps d’Armée en secteur réussit à laisser croire aussi longtemps que possible aux habitants et aux troupes que les travaux entrepris avaient pour but de se couvrir contre les dangers d’une attaque ennemie…(…) A la date du 8 février, la mise en place du matériel d’artillerie était terminée dans ses parties essentielles ; elle comprenait en gros 160 batteries de gros et de très gros calibre et avait nécessité le transport de 2 millions et demi de projectiles en 1300 trains de munitions. Grace à un travail de taupe qui avait duré des semaines, pendant les nuits froides et pluvieuses, cette accumulation considérable des moyens d’attaque les plus puissants, était restée complètement cachée à l’ennemi. »

 Quand enfin, l’armée française comprit l’imminence de l’attaque, les troupes de première ligne se dépêchèrent de construisent à la hâte et dans la boue, des renforcements et des abris. Mais il était trop tard et inutile la fatigue des soldats. Le général Herr donna des directives formelles au sujet de la défense : « Résister coûte que coûte ; se faire hacher sur place, plutôt que de reculer. »  

 14-18 Villes détruites en M&M et Verdun - Copie

J’ai choisi de me souvenir du vécu de ces soldats dont le courage m’ impressionnera toujours, qui ne pouvaient enjamber de cadavre, pendant l’assaut, sans avoir le cœur serré en pensant aux pauvres morts ici et là, aux pauvres restes humains éparpillés par les obus, dont ils avaient bien des risques de prendre la place.    

Car, c’est ce qui frappe justement, la lectrice que je suis, dans ces témoignages de douleurs et d’acceptation du pire sacrifice, celui de sa propre vie. Ce qui frappe aussi, c’est l’abolition de la raison : ceux qui comprennent qu’ils vont inutilement à la mort, «doivent » mourir, sous peine d’être traduits devant les tribunaux militaires et fusillés comme on le verra.    

 Pour 18 mètres d’avancée dans un boyau, en un jour, 9 morts et 81 blessés !  

14-18 Premières lignes dans la région des Eparges. 1915  Que pense le soldat à gauche ?

 « Les conditions de l’attaque étaient telles qu’on estima sans doute en haut lieu que seuls des hommes ivres accepteraient de franchir le parapet, et, à défaut des grenades qui manquaient toujours, on nous envoya pour chaque homme trois quarts de litre d’eau-de-vie.  Je ne voulus pas laisser l’humiliation à un autre et c’est moi-même qui passai devant mes hommes alignés sur un rang et donnai à chacun sa part. J’en avais les dents serrées et les yeux pleins de larmes. Mais bientôt, quel soulagement, quelle joie, quel orgueil quand, la distribution à peine terminée, tous mes gars, d’un même geste, renversèrent leurs bidons jusqu’à la dernière goutte, signifiant ainsi qu’ils entendaient aller à la mort en hommes libres.    

Et ils y allèrent les braves petits ! Ah ! De quel cœur ! D’abord, cet assaut en terrain découvert, sans préparation d’artillerie, en plein jour. (…) Puis, ce caporal qui, blessé gravement à l’épaule, continue à parler, à commander. (…) Puis ce duel dans la nuit, sous l’averse, les Allemands à coup de grenades, les Français à coups de cailloux. » (Caporal Cossonac 54e RI, cité par Jacques Péricard in Verdun 1914-1918).

 

 14-18 Des Français chargent à la baïonnette

Soldats français.  

Le caporal continue son récit en se plaignant de l’incompréhension « de nos grands chefs » qui continuent de rêver de chevauchées et charges aux drapeaux – de type napoléonien, en somme, en niant la guerre de tranchées, ce qui entraîne des attaques insuffisamment pensées, « au petit bonheur ». D’autant que beaucoup de généraux ne semblent pas économiser la vie des soldats. D’où le sentiment d’abandon des soldats qui manquent de matériel, de renforts, de canons. D’où, par voie de conséquence, presque toutes les hécatombes des débuts de la guerre. Le général Nivelle, responsable des massacres du Chemin des Dames, 120 000 morts en Champagne, s’était écrié : « Qu’est-ce que j’ai consommé comme Bretons, aujourd’hui ! ». Il fut écarté du commandement, mais cela ne l’empêcha pas d’être promus plus tard, maréchal de France !  

La bataille de Verdun fut acharnée. Les Français résistèrent malgré les pertes énormes en hommes et en matériel. A un contre trois, contre neuf !

   14-18 Des Canadiens montent à l'assaut sous le feu de l'e   Soldats anglais montant à l'assaut

  « Les grosses marmites tombent avec un fracas épouvantable, dans des nuages de fumées opaques, creusant d’énormes cratères, multipliant les victimes. C’est une avalanche de terre calcinée, de fonte et d’éclats, de débris d’arbres, parfois, hélas ! de lambeaux humains, jambes et bras projetés en l’air restant accrochés dans les branches, spectacle d’une horreur indescriptible. », témoigne l’aumônier Schuhler.  

 Non contents des canons, mitrailleuses, fusils, grenades et baïonnettes, une autre arme devait faire des ravages : les gaz. Les Allemands les expérimentent le 22 avril 1915, à Ypres, malgré les accords internationaux. Ce fut une attaque de grande envergure. Ils attendirent que le vent souffle dans le sens des lignes françaises, aveuglant les soldats, brûlant les poumons. Ils n’avaient plus qu’à attendre pour investir le terrain sans défenses.  

 

« A 5 heures du soir, on n’y voyait déjà plus, écrit l’adjudant Sougeux. (…) Tout à coup, un homme du poste d’écoute de gauche se précipite sur nous, essoufflé : mon adjudant, les gaz ! , en même temps, la nappe arrivait, épaisse, jaunâtre, suffocante, pouvant avoir 3 mètres de haut.  

- Ca y est, dit Bonn, en se précipitant sur sa section.

- Mettez vos masques ! Aux créneaux !  

Tous, plus ou moins, avions respiré les gaz. Nous étions tous abasourdis, ahuris, souffrant de la tête, de la gorge, de la poitrine. Ce n’étaient que toux, étouffements, vomissements. Les moins malades s’efforçaient de soigner les autres, mais 5 déjà étaient morts.» En fait, ce fut une véritable hécatombe.

 

 14-18 L'Autographe du Poilu (recto)

  14-18 L'Autographe du Poilu (verso)

 

« Dès que le 2e bataillon eut relevé le 3e, il se mit à la recherche des morts. On en retrouva dans les abris, dans le boyaux, dans la plaine : des malheureux partis seuls et s’apercevant que plus ils descendaient, plus ils s’intoxiquaient, avaient voulu sortir du poison, grimper sur le parapet ; on les retrouva cramponnés au talus, crispés des quatre membres sur la terre gelée ; on en retrouva noyés dans le ruisseau de Forges, enlisés dans le marécage près de la passerelle, cramponnés aux barbelés, les mains arrachées, et, tous, les yeux exorbités, la face horriblement torturée, le sang sorti par le nez, la bouche, les oreilles.», écrit le soldat Demigneux. Les boutons métalliques des capotes furent attaqués par le chlore, alors les hommes…    

Autre fléau : les rats, appelés les « Gérards ». Il faut dire qu’avec ces innombrables morts que l’on ne pouvait pas toujours aller chercher pour leur donner une sépulture, ces pauvres morts qui parfois n’avaient plus de tête, éventrés, démembrés, déchiquetés, qui gisaient depuis plusieurs jours, semaines et mois, enfouis, entassés dans les tranchées, noyés dans les marécages, les rats pullulaient. « Les rats, en quantité incalculables sont les maîtres de la position. C’est par centaines qu’ils pullulent dans chaque débris de maison, abris de bombardement et routes du village. Impossible de faire un pas dans ce village sans entendre leurs cris et sans en voir entrer et sortir de toutes parts. Je passe là des nuits terribles ; recouvert totalement par mes couvre-pieds et ma capote, je sens pourtant ces bêtes immondes qui me labourent le corps. Ils sont parfois 15 à 20 sur chacun de nous et, après avoir tout mangé, pain, beurre, chocolat, ils s’en prennent à nos vêtements. Impossible de dormir dans de telles conditions ; cent fois, chaque nuit, je me débats sous les couvertures et la frayeur que je leur cause par le jet brusque de la lumière d’une lampe électrique, n’est que de courte durée ; instantanément, ils reviennent plus nombreux. » Jacques Vandebeuque.

 14-18 Les rats. Humour amer

Les soldats savaient manier la dérision!

Et la boue ? L’un dit à la fin d’un combat de nuit : « Allongé dans ma tranchée, sur ma tête et mon corps, un couvre-pied plein de terre glaise pour m’abriter du froid. Je dors et je ne donnerais pas ma place pour un empire. Mes pieds sont enfoncés dans la glaise au point que, si je veux les sortir, il me faut les prendre l’un après l’autre, avec les deux mains. »

 

« Nous atteignons enfin une tranchée à demi creusée, cloaque de boue, qui s’élève sur la droite, du côté de Fleury. On s’y accroupit au hasard. Près de moi, le caporal Danthony. Quelques hommes d’un régiment qui est là depuis plusieurs jours nous injurient parce que nous ne nous terrons pas assez. Ce sont des blocs de boue, à la figure d’un jaune cadavérique, aux traits tirés avec de grands yeux hagards. », écrit G. Valois, sergent.

 14-18 Tranchée mortelle aux Eparges

 Autre témoignage :

« Dans la nuit du 22 au 23 avril, le 1er bataillon du 30e R.I. monte à l’attaque du ravin de la Dame. Il a plu, la boue a envahi tout le secteur. Cherchant un abri, un homme s’est jeté dans le boyau, et la boue est aussitôt montée jusqu’à sa ceinture. Il demande de l’aide ; deux hommes lui ont tendu leurs fusils ; deux fois ils ont glissé et vite ils ont repris place dans la colonne qui passe tout près, sourde aux supplications de l’enlisé qui s’enfonce lentement sans secours. »  

Aller au combat, priorité absolue. La vie humaine ne compte pas. Les blessés appellent au secours, en vain. De toute façon, le bruit est si assourdissant qu’on ne les entend plus. Parfois ils commencent d’agoniser quand un obus les projette en l’air ou bien les enterre sous des tonnes de boue. Parmi les chiffres avancés, notamment par Suzanne Everett, dans son livre : « La Première Guerre Mondiale », publié par France Loisir, en 1983, sur 500 000 morts de Verdun, Français et Allemands, on estime à environ 150 000 ceux qui ne reçurent pas de sépulture.  

« Dans une petite sape, un superbe jeune homme brun est là, raide, contre le parapet ; il apparait presque debout, la tête fine et sympathique est intacte, les yeux sont grands ouverts et semblent me regarder, me fixer ; l’impression est d’une tristesse infinie, elle semble implorer… Pauvre garçon, vers quels êtres chers a été sa dernière pensée ?- écrit le capitaine Albert Garnier, qui ajoute – Des mains, des jambes, des têtes et des cuisses coupées émergent de la boue et on est contraint de patauger là-dedans, car c’est encore dans ce méchant fossé à moitié comblé par endroit, qu’on peut espérer se dissimuler un peu. »

 14-18 Conseil de guerre; Convocation

Convocation d'un officier pour participer à un Conseil de guerre   

Dans ce climat de désespérance, apparurent « des actes d’indiscipline collective », selon l’expression du haut commandement. Il y eut de véritables mutineries : des unités d’infanterie refusèrent de monter en ligne, des manifestations contre la guerre eurent lieu, des voies ferrées furent sabotées, des drapeaux rouges apparurent… N’oublions pas qu’en 1914, la guerre fut votée après l’assassinat du socialiste Jean Jaurès. Les socialistes de tous les pays étaient pacifistes et il est curieux de voir avec quel fatalisme ils ont tous accepté la guerre. Lénine fut sans doute le premier homme politique qui dénonça une guerre impérialiste où les peuples servaient de chair à canon. La Révolution bolchevique mit fin à la participation des Russes au conflit et par voie de conséquence, décida les Américains à entrer en guerre au côté des Alliés.

 

Aussi, je ne peux terminer cet article, sans penser à ceux qui tombèrent sous les balles des pelotons d’exécution. A l’heure actuelle, les descendants des « Fusillés pour l’exemple », demandent toujours la réhabilitation de leurs fils, pères, époux qui, soit ont obéi à la simple raison, à savoir se replier quand il était évident qu’ils allaient tous être submergés, ou même faits prisonniers, ce qui ôtait encore des forces pour continuer le combat ; soit sont devenus fous, comme ce gradé qui oubliant le danger, cherchait à peigner les touffes d’herbes, à découvert…soit par idéologie (pacifisme). Rien à voir avec les déserteurs qui, en passant à l’ennemi, trahirent leur pays.  

Le Caporal Charles Mangin rapporte un repli de soldats qui n’avaient pu être relevés. Devant ce fait, le général Lebrun prescrit « les mesures les plus violentes pour l’arrêter ». Le soir même, le général Nivelle, écrit sans sourciller, au groupement : « Il ne peut y avoir dans l’armée de Verdun que des troupes décidées au dernier sacrifice». Entre parenthèses, je me demande bien quel pouvait être l’intérêt de la France dans de tels sacrifices ? Et Charles Mangin d’évoquer l’événement tragique suivant : « Deux officiers du 347e, les lieutenants Herduin et Milan ont été fusillés, parce qu’ils s’étaient repliés avec 35 survivants de leur compagnie, pour ne pas tomber aux mains des Allemands »…Ils s'étaient cependant toujours battus courageusement. Ils ont simplement eu le malheur de vouloir économiser des vies et des forces militaires. Sans doute fallait-il éviter à tout prix la contagion révolutionnaire. 

Nivelle fut limogé au bénéfice de Pétain qui fut le vainqueur de Verdun.  

Les politiciens français qui, incapables de prendre des décisions courageuses, abandonnèrent aux militaires incompétents le sort de la France, et finirent par faire appel à un homme politique de combat, Clémenceau, alors octogénaire, qui galvanisa les Français et leur permirent de gagner la guerre.

 

14-18 L'Armistice du 11 novembre 1918. Joie des soldats  Armistice du 11 novembre 1918 : des soldats anglais, si je ne m’abuse, laissant éclater leur joie.  

 

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Au terme de cette recherche, je m’excuse pour les nombreux et indispensables raccourcis. Je rappelle que mon propos n’est pas de remplacer les historiens, mais de rendre un hommage personnel aux poilus de 14, dont mon grand-oncle Louis GRAHOUEILLE, disparu à l’âge de vingt ans, mon grand-père Henri CASTILLON qui eut la chance d’en revenir, l’arrière-grand-père de mon mari, le Lieutenant Albert RIPART, qui fut gazé en commandant ses hommes, put retrouver sa ville, mais malade, ne put y vivre longtemps, entouré des siens.  

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Sources :  

Verdun, 1914-1918, de Jacques PERICARD, publié à La Librairie de France.  

La Première Guerre Mondiale, de Susanne EVERETT, publié chez France Loisirs en 1983.  

Le site : //http//www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/  

L’Encyclopédie Wikipedia  

Quelques manuels scolaires anciens.  

Bibliographie littéraire :  

« Ceux de 14 » de Maurice Genevoix. (Livre de Poche)  

« A l’Ouest rien de nouveau », roman d’Erich Maria Remarque (Allemagne) Livre de Poche  

« Johnny s’en va-t-en guerre », roman de Dalton Trumbo (Etats-Unis)

 

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 14-18 Après l'Armistice. Le Lion de Belfort

 

Cette guerre devait être la dernière, « la Der des Der ». Pourtant, en 1939, les armées hitlériennes envahissaient de nouveau la France…

 

Les hommes sont-ils incapables de tirer les leçons du passé ? Qu’est-ce qui fait que les peuples soient à ce point naïfs, qu’ils en oublient la plus élémentaire lucidité et ne cessent de mettre en péril leur propre vie ?   leur pays? Leur civilisation?

 

Pourtant, ce n’est pas d’aujourd’hui…

 

Déjà, Voltaire, employant l’arme de l’ironie, nous avait prévenus :

 

« Rien n’était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les deux armées. Les trompettes, les fifres, les haut-bois, les tambours, les canons formaient une harmonie telle qu’il n’y en eut jamais en enfer. Les canons renversèrent d’abord à peu près six mille hommes de chaque côté ; ensuite la mousqueterie ôta du meilleur des mondes environ neuf à dix mille coquins qui en infectaient la surface. La bayonnette fut aussi la raison suffisante de la mort de quelques milliers d’hommes. Le tout pouvait bien se monter à une trentaine de mille âmes. Candide qui tremblait comme un philosophe, se cacha du mieux qu’il put pendant cette boucherie héroïque.

 

Enfin tandis que les deux rois faisaient chanter des Te Deum, chacun dans son camp, il prit le parti d’aller raisonner ailleurs des effets et des causes. Il passa par-dessus des tas de morts et de mourants, et gagna d’abord un village voisin ; il était en cendres : c’était un village abare que les Bulgares avaient brûlé selon les lois du droit public. Ici des vieillards criblés de coups regardaient mourir leurs femmes égorgées, qui tenaient leurs enfants à leurs mamelles sanglantes ; là des filles éventrées après avoir assouvi les besoins naturels de quelques héros, rendaient les derniers soupirs ; d’autres à demi-brûlées criaient qu’on achevât de leur donner la mort. Des cervelles étaient répandues sur la terre à côté de bras et de jambes coupées. »

 

Candide ou l’optimisme, chapitre troisième.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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27 juin 2013 4 27 /06 /juin /2013 22:05

Au XVIIe siècle, la splendide rade de TOULON est choisie pour y installer la marine royale française. Elle présente, en effet, un intérêt stratégique éminent. Mais il faut renforcer sa défense, d'où la construction de nombreux forts et batteries.

Si tous ont prouvé leur utilité dans l'histoire, deux sont remarquables par leur efficacité, due à leur positionnement judicieux. Il s'agit de la Tour Royale à Toulon et la Tour de Balaguier à La Seyne-sur-Mer.

01-Le-Fort-de-Balaguier-.JPGLes deux ensembles militaires se font face. On devine entre les arbres, la Tour Royale.


La Tour Royale ne pouvait à elle seule protéger l'entrée de la rade, aussi en 1634, RICHELIEU ordonne la construction du fort qui nous intéresse, afin de protéger la France de l'Espagne, alors menaçante.

Il le fallait indestructible, on dota la tour de murs de 4 mètres d'épaisseur, pour un diamètre d'un peu moins de 20 mètres ! L'enceinte extérieure où d'impressionnants canons pointent vers le large, est aujourd'hui agrémentée de jardins qui enchantent les visiteurs.

02-La-Tour-cote-terre-.JPG

 

Ce lieu de vie et de combats se compose de 3 niveaux.

Le premier niveau, sous-terrain, abritait la citerne, les réserves de vivres et les munitions.

03-Niveau1-.JPGIl sert maintenant de salle d'exposition et de projection.


04-Acces-au-Niveau2-.JPG 

L'escalier conduit au lieu de vie de la garnison. La salle circulaire pouvait accueillir 150 hommes environ, que nous peinons à imaginer dans un lieu aussi petit et inconfortable.

 

05 La cheminée de la salle de garde

 

Dans l'âtre, sont exposés différents boulets correspondant à différentes époques : boulets de pierre, de fer ainsi qu'un projectile (en bas, à droite) redoutable. En effet, les demi-sphères reliées par un axe tournoyaient dans l'air et occasionnaient de grands dommages en brisant les matures et enflammant les voiles. Les navires ennemis qui s'engageaient dans la rade se trouvaient à portée des canons des deux tours et risquaient gros. Les boulets étaient chauffés dans l'âtre, d'où l'expression que nous employons encore, mais ôtée de son contexte originel : "tirer à boulets rouges" !

 

06-L-oculus-.JPG 

Un oculus ,ou puits de lumière, permet d'aérer la salle, mais aussi de monter les munitions et des seaux d'eau pour refroidir les canons.

On accède au troisième niveau par un escalier à vis sans noyau central, construit dans l'épaisseur du mur.

07-L-escalier-d-acces-a-la-terrasse-d-artillerie-.JPG

 

Voici la terrasse d'artillerie, incurvée pour recueillir les eaux de pluie. L'abri, au centre, protège l'oculus.

08-La-terrasse-d-artillerie-.JPGA gauche, une des embrasures, à droite la porte d'accès au chemin de ronde.

 

09-Canon-dans-son-embrasure-.JPGCanon, bien mal en point, dans son embrasure.

 

10-L-escalier-d-acces-au-chemin-de-ronde-.JPGReprenons l'escalier pour gagner le chemin de ronde, d'où la vue - inutile de le préciser - est magnifique !

 

11-Rencontre-inattendue-.JPG

 

 

Une rencontre inattendue nous attend :

cependant, malgré l'étroitesse des lieux et notre intrusion, cette pigeonne ne s'est pas laissée impressionner !

 

 

 

 

 

 

Enfin le chemin de ronde :

12-Le-chemin-de-ronde-.JPG

Vue d'une meurtrière :

Difficile de sélectionner un paysage,  tellement riches sont les points de vue ! Il est vrai que le panorama est à environ 270°.

13-Vue-d-une-meurtriere-.JPG

 

Dans l'actuel jardin, l'exubérance printanière du bassin aux nénuphars, où s'agitent les poissons rouges, contraste avec l'architecture massive et trapue de l'édifice militaire.

14-Dans-l-actuel-jardin-le-bassin-aux-nenuphars-.JPG

 

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15-Un-guindeau-a-brinqueballe-.JPG

La visite se termine par une rencontre technique. Il s'agit d'un guindeau à brinqueballe. Cet extraordinaire engin, pour nous, fonctionne de la manière décrite ci-dessous.

16-Notice-.JPG

 

Je reviens à l'Histoire, pour rappeler deux illustres combats :

  • D'abord celui que menèrent les soldats de la République, sous le commandement de BONAPARTE, pour reprendre Toulon qui s'était donnée aux Anglais en 1793 !
  • Plus près de nous, les combats acharnés lors du débarquement de Provence, que l'enseignement officiel et les medias ont tendance à laisser dans l'ombre, au bénéfice du seul débarquement de Normandie !

Entre temps, (XIXe), les progrès techniques dans l'artillerie et les bateaux cuirassés avaient sonné le glas du fort, qui fut déclassé en 1877.

En 1975, il fut classé "Monument historique".

Aujourd'hui, il appartient toujours à la Marine nationale et abrite un musée naval géré par la ville de La Seyne-sur-Mer. Il offre de nombreuses expositions et l'été des spectacles variés de théâtre, et des concerts.

Après l'avoir quitté, admirons-le une dernière fois dans ce beau site méditerranéen, depuis la corniche Bonaparte.

 

17-Le-fort-vu-de-la-corniche-Bonaparte-.JPG

A bientôt !

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