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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 16:03

En cherchant à illustrer par des textes, mon article sur les voitures anciennes du Musée automobile de REIMS, j’ai feuilleté un petit roman de Christiane ROCHEFORT paru en 1961 : « Les petits enfants du siècle ». J’avais aimé son ton désinvolte et grave, ses situations comiques et amères. Je l’ai donc relu avec intérêt.

A celles et ceux qui souhaitent connaitre à travers d'autres canaux que les études, les origines de notre vie actuelle, à savoir les prémisses des bouleversements économiques, des transformations de la société et des mentalités, ce livre de 159 pages facile à lire, donne à voir entre les lignes de la fiction quelques lumières sur les années soixante. Eclairage parcellaire, à la façon d’un photographe qui orienterait quelques spots sur son sujet, ici les ouvriers, leurs familles, les progrès qui les ont concernés.

Très vite, sans doute à cause du ton, du regard décalé de l'héroïne, le roman m’a rappelé le film d’Ettore SCOLA « Affreux, sales et méchants », paru lui, une quinzaine d’années plus tard, en 1976, avec des différences et, sinon des similitudes, des proximités.

Ettore SCOLA raconte un moment de l’histoire des habitants d’une famille nombreuse qui vivent dans un bidonville, perché sur une colline de Rome qui domine le dôme de Saint-Pierre de Rome et le Vatican. Il nous rend témoin –magie du cinéma- des turpitudes de cette famille et des personnages qui la côtoient. La distanciation imposée au spectateur l’empêche de se projeter dans les personnages et suscite une forme de regard objectif, à la Bertolt BRECHT, qui permet la critique.

Première de couverture du roman en Livre de Poche.

Première de couverture du roman en Livre de Poche.

Résumé : « A Rome, Giancinto Mazatella règne en maître sur une très nombreuse famille dans le bidon-ville qui domine comme une insulte Saint-Pierre-de-Rome et le Vatican. Il est propriétaire de sa baraque où les différents membres de la famille originaire des Pouilles, cohabitent dans une immense promiscuité.   A la suite d'un accident du travail, où il a perdu un oeil, le maçon alcoolique et irascible, a perçu une somme d'un million de lires, qui lui vaut toutes les convoitises. Il faut dire qu'il en dispose à sa guise et que le jour où il ramène non seulement à la maison, mais dans le lit conjugal, une prostituée jeune et plantureuse, Sybelle, sa femme légitime dresse toute la famille contre lui et fomente un plan pour s'en débarrasser. Giacinto doit se méfier de tous."

Cependant, Ettore SCOLA ne prétendant pas être un sociologue, son film n’est pas un documentaire, mais une fiction avant tout divertissante, même si elle fait réfléchir. Le cinéaste affirme sa vocation artistique notamment dans la connotation shakespearienne (Allusion au Roi Lear menacé d’être dépouillé par ses filles) que la plupart des critiques ont soulignée.

 

 

Christiane ROCHEFORT situe l’action de son roman dans un quartier populaire de Paris. Après avoir habité dans une chambre avec l’eau sur le palier – on connait les problèmes de logement que les Français ont connu après la guerre, accentués davantage par le baby-boom – la famille émigre dans les premières barres d’H.L.M. A l’époque, on parlait de blocs. La démarche de l’écrivaine a été très différente : elle a choisi de faire raconter l’histoire par une participante, Josyane, fille aînée du couple d’ouvriers. Regard subjectif. Tout autre personnage aurait vu la réalité autrement puisqu’il la vivait autrement. Ici, on essaie de survivre aussi, mais on a des rêves qu’on peut tant bien que mal réaliser (le vendeur vient reprendre la télévision quand une traite n’a pas été payée), au fur et à mesure du développement de la société de consommation.

 

L’ARGENT ! Voilà le thème commun. Chez Ettore SCOLA, Giacinto Mazatella est obsédé par l’idée de se faire voler par les siens. Il rappelle qu’il a bien payé son magot par son œil crevé dans un accident du travail. Chez Christiane ROCHEFORT, l’argent est intimement lié au début de la société de consommation. Dans les années soixante, la France s’est reconstruite après les destructions de la guerre, l’industrie est prête à se lancer dans une production de masse. Elle a besoin de nouveaux marchés. Les échanges se passent à l’intérieur des frontières – je rappelle que les produits étrangers étaient taxés à la douane- il a fallu faire appel au marché intérieur. Ainsi, dans le domaine de l’automobile, la clientèle riche ne suffit plus, les entreprises cherchent à séduire les classes populaires et pour cela les modèles se diversifient, s’adaptent aux besoins d’une clientèle plus modeste. La réussite de la 4CV Renault en est un exemple. A mon avis, l’exemple le plus probant est celui de Peugeot qui a pendant longtemps fourni les familles françaises en équipements de toutes sortes, allant des outils, aux petits appareils ménagers, puis aux premières machines à laver, etc. Il n’est qu’à voir le musée L’Aventure Peugeot à SOCHAUX. Seulement, le niveau des salaires reste bas. Deux facteurs en se combinant ont permis les transformations majeures. D’une part le baby-boom, l’explosion des naissances après la guerre, d’autre part l’émergence de l’Etat Providence à travers une politique sociale progressiste. Voilà les fameuses « Allocations » qui font dire à Josyane :

Je suis née des Allocations et d’un jour férié dont la matinée s’étirait, bienheureuse, au son de « Je t’aime Tu m’aimes » joué à la trompette douce.

Les petits enfants du siècle. Livre de poche p.7

Très vite survient un autre enfant qui fait dire à Josyane :

Patrick avait à peine pris ma place dans le berceau que je me montrais capable, en m’accrochant, de quitter la pièce quand il se mettait à brailler. Au fond je peux bien dire que c’est Patrick qui m’a appris à marcher.

Idem. p.8

Puis, se succèdent les jumeaux suivis de Chantal. La mère usée par ses grossesses à répétition et son travail qui l’oblige à être debout finit par cesser de travailler, grâce au « salaire unique ».

Josyane a le malheur d’être l’aînée. Elle est suffisamment intelligente pour comprendre que ses parents, incultes et égoïstes, n’ont d’enfants que pour l’argent qu’ils rapportent dans leur accession à la société de consommation. Ainsi s’explique sa vision très négative, son détachement affectif et son peu d’intérêt pour son propre avenir. Il faut dire qu’elle n’allait pas encore à l’école que déjà sa vie était remplie de tâches ménagères.

A ce moment-là, je pouvais déjà rendre pas mal de services, aller au pain, pousser les jumeaux dans leur double landau, le long des blocs pour qu'ils prennent l'air, et avoir l'oeil sur Patrick, qui était en avance lui aussi, malheureusement. il n'avait pas trois ans quand il mit un chaton dans la machine à laver; cette fois-là tout de même papa lui en fila une bonne: la machine n'était même pas finie de payer.

Idem. p.9

Une seule accalmie, un seul bonheur : faire ses devoirs, dans la cuisine quand toute la famille était couchée.

C'est dans la cuisine où était la table, que je faisais mes devoirs. C'était mon bon moment : quel bonheur quand ils étaient tous garés, et que je me retrouvais seule dans la nuit et le silence ! Le jour je n'entendais pas le bruit, je ne faisais pas attention; mais le soir j'entendais le silence. Le silence commençait à dix heures : les radios se taisaient, les piaillements, les voix, les tintements de vaisselle; une à une les fenêtres s'éteignaient. A dix heures et demie c'était fini. Plus rien. Le désert. J'étais seule. Ah! comme c'était calme et paisible autour, les gens endormis, les fenêtres noires, sauf une ou deux derrière lesquelles quelqu'un veillait comme moi, seul, tranquille, jouissant de sa paix. Je me suis mise à aimer mes devoirs peu à peu.

Idem. p.11

Dans le bidonville romain, les journées ont la même organisation qu’ailleurs. Le matin, tout le monde se prépare et s’en va travailler, qui en vespa, qui en vieille Fiat, qui à pieds. Les frères laissent leurs sœurs au bord de la route où elles attendront le client, puis vont exercer les activités de vol à la tire auxquelles ils se sont entraînés antérieurement sur leurs voisins.

 Les enfants sont conduits à la « crèche » du bidonville (un espace limité par un mur de palettes de bois et de grillage), où ils s’adonneront à leurs jeux, après y avoir été enfermés à clé par une très jeune fille aux bottes jaunes trop grandes pour elle. Quant aux ménagères, elles guettent les commerçants ambulants qui leur proposent des montagnes d’articles de bazar sur de minuscules APE.

Chez Josyane, l’obsession des parents se fixa sur la « bagnole ». Certes, la mère aurait bien voulu un frigo, mais le père disait que c’était son tour d’avoir du bien-être.

C'était ça qu'ils visaient maintenant, plutôt que le frigo. la mère aurait voulu un frigo, mais le père disait que c'était bien son tour d'avoir du bien-être (...) et avec la fatigue pour venir d'une banlieue à une autre il commençait à en avoir plein le dos. (...) Ils calculèrent tout un soir pour cette histoire de bagnole, s'il y avait les moyens avec les Trente-Trois pour Cent, de l'avoir, en grattant ici et là. (...) En plus, si la mère pouvait rabioter avec quelques ménages dans les limites du Salaire unique...

Idem. p.21

Autre signe de progrès social : les vacances, les vraies, celles qui se sont affranchies des parents qui vous accueillent moyennant de petits services.

"Cette fois on n'irait pas chez la grand-mère à Troyes lui biner ses carrés et retaper ses cabanes à lapin pour revenir avec des ampoules et des tours de reins, on irait dans un hôtel à la campagne, comme les vrais gens  qui vont en vacances."p.51

Qui sont ces « vrais gens » ? Sans doute les gens socialement plus élevés qui leur servent de modèles comme on va le voir dans leur façon de s’occuper en vacances.

Sous prétexte de se reposer, les familles observent un rituel auquel elles initient leurs successeurs.

Le pays était beau, disaient-ils. il y avait des bois et des champs. tout était vert, car l'année avait été humide. Les anciens qui étaient arrivés avant nous, nous indiquaient où il fallait aller, comment visiter la région. On faisait des promenades; on allait par le bois et on revenait par les champs; on rencontrait les autres qui étaient allés par les champs et revenaient pas le bois.

Idem. p.61

Ainsi tout le monde au lieu de se libérer des contraintes se coule dans une uniformité navrante pour notre héroïne qui regrette de ne pas avoir de devoirs de vacances tellement elle s’ennuie à cause des conversations des adultes qui se présentent comme des puits de science sur tous les sujets, des femmes qui parlent de leur ventre, et de l’air qu’il faut respirer parce qu’il est sain, etc. Ennui toujours. Par bonheur, un jour on rentre à Paris. « Les meilleures choses n’ont qu’un temps. D’ailleurs dans le fond on aime bien retrouver son petit chez-soi. »

Les nouveaux débarquèrent pendant qu'on chargeait les paquets. Ils furent d'entrée affranchis sur les coutumes de la maison, l'heure des repas, comment ne pas braquer la patronne, où aller se promener; comme ça ils se sentiraient tout de suite moins dépaysés.
Il y avait un petit garçon dont l'air dégoûté me plut. Dommage, on aurait pu s'ennuyer ensemble. En partant je lui dis : "Qu'est-ce qu'on s'emmerde ici, tu vas voir." Histoire de lui donner du courage. il n'y avait pas de raison?

Idem. p.77

Josyane reprend le cours de sa vie sans enthousiasme. Ce qui nous gêne c’est son absence de perspective d’avenir. Elle subit sa vie. Elle ne conquiert pas sa liberté. Elle n’a pas besoin de le faire. Dans l’indifférence, elle la prend et personne ne se soucie de ce qu’elle en fait. Quelle image a-t-elle d’elle-même ? Elle se voit telle que ses parents la considèrent. Une auxiliaire, une sorte de bonne, d’esclave consentante, comme si elle n’était pas une personne à part entière. Aussi, quand elle a l’âge des amours débutantes, pas d’amour pour elle. Sait-elle ce que cela peut être ? Elle suit les garçons de préférence avec scooter. Elle ne se refuse à personne. Fataliste, elle n’attend rien. Quand finalement, elle rencontre un garçon qui la considère enfin comme une personne, quand elle peut commencer à avoir un avenir avec lui, voilà que les modèles parentaux se reproduisent subrepticement. Le roman se referme comme une boucle : Josyane est enceinte…

Ici le roman de Christiane ROCHEFORT trouve un prolongement dans le film de SCOLA : la même fatalité s’abat également sur la jeune Italienne aux bottes jaunes. A peine pubère, celle qui conduisait les enfants à la « crèche » avant d’aller chercher de l’eau, au début du film, revient, mais cette fois, elle est enceinte… et le film ne fait plus rire du tout.

Bonne lecture!

Je vous conseille l'excellente analyse du film d'Ettore SCOLA  dans 

www.dvdclassik.com/critique/affreux-sales-et-méchants-scola

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14 juillet 2015 2 14 /07 /juillet /2015 08:37
A ceux qui aiment un peu, beaucoup, passionnément, le cinéma & la jeunesse, ne manquez pas "Mustang"!

Pour ce premier long métrage, la réalisatrice franco-turque Deniz GAMZE ERGÜVEN, coscénariste avec Alice WINOCOUR, a obtenu la Caméra d’Or, au festival de Cannes en 2015 et quatre nominations à la Quinzaine des Réalisateurs, dont le Prix Label Europa Cinéma.

 

L’action se passe dans un petit village reculé, ENEBOLU, situé à 600 km au nord d’Istanbul.

Il parle de la condition des femmes dans la Turquie d’aujourd’hui. Plus particulièrement des jeunes filles, de leurs rêves, de leur émerveillement devant la nature qui transforme leur corps et leur ouvre le champ des possibles de la vie d’adulte. Pour elles, comme pour toutes les jeunes filles, cela signifie avant tout être libre. Leur enthousiasme va vite se heurter au conservatisme de la société turque, plus intransigeant dans les villages que dans les villes.

« L’année scolaire se termine. C’est le moment des adieux pour une professeure qui est mutée à Istanbul, au désespoir de LALE, adolescente de 12 ans et la plus jeune des cinq sœurs, élevées par leur grand-mère depuis la mort de leurs parents. Devant la déception de LALE, la professeure lui donne sa prochaine adresse à Istanbul, afin de garder le contact.

« Sur le chemin du retour, les cinq sœurs longent la mer et ne résistent pas à l’envie de s’amuser sur la plage où elles rencontrent des camarades de classe, avec qui elles chahutent innocemment dans les vagues. Juchées sur les épaules des garçons, elles improvisent une bataille et les uniformes des lycéens sont bientôt trempés.

 

A ceux qui aiment un peu, beaucoup, passionnément, le cinéma & la jeunesse, ne manquez pas "Mustang"!

« Malheureusement pour elles, elles sont vues, dénoncées, et pour mettre fin au scandale, la famille, en l’occurrence la grand-mère sous l’autorité de l’oncle, va tout faire pour les faire rentrer dans le rang. Finies les mini-jupes ! Finie l’école ! Elles apprendront à domicile, la cuisine et la couture, sous la férule de quelques matrones ! Finis les rêves d’amour et de liberté ! On prépare pour les plus âgées, des mariages forcés !..."

 

Je n’en dirai pas plus pour vous laisser le plaisir de la découverte. Le plaisir, vous en aurez, car le film est vraiment jubilatoire. Esthétiquement beau, Deniz GAMZE ERGÜVEN a eu elle-même du plaisir à filmer la beauté des corps, tant en mouvement que statiques, à diriger ses actrices – on sent qu’elle les aime, qu’elle connait bien la jeunesse, d’où des portraits justes, attendrissants et drôles. Et si elle montre l’absurdité, le ridicule du conservatisme  et la cruauté du sort imposé aux femmes, mises sous la tutelle de maris qu’elles n’ont pas choisis, elle n’est jamais dans le ressentiment, la haine ou le désir de vengeance. Elle aurait pourtant de bonnes raisons, ayant elle-même subi ce traitement dans sa jeunesse.

Dans un entretien recueilli et publié par Thomas PERILLON, le 17 juin 2015 pour Le Bleu du Miroir, elfe se confie :

 

« T. P. : Cette frénésie libératrice que vous évoquez vient-elle d’un besoin de vous exprimer suite à une adolescence teintée de culpabilisation face à votre féminité, votre part de sensualité ?

 

D. G. E. : J’ai ressenti quelque chose de très accusatoire. Je me souviens d’avoir ressenti une salve accusatrice très forte, que je n’ai pas relevée tout de suite. Je n’ai pas réagi comme mes personnages. J’ai beaucoup intériorisé ce qui m’était dit. C’est bien plus tard que j’ai retrouvé ces sentiments. Je me souviens d’un enterrement, en particulier. Les femmes sont censées rester en retrait. Elles n’ont pas le droit de toucher le corps car elles le souillent si elles le font ; elles ne peuvent même pas toucher le cercueil. Et je me souviens que lors du premier enterrement auquel j’ai assisté plus jeune, une proche du défunt a touché le cercueil et elle a été chassée de façon assez virulente. Je m’étais sentie très mal à l’aise. J’avais moi-même pris du recul et me suis prise en flagrant délit d’avoir cette pensée plutôt abjecte (que je pouvais effectivement souiller le corps du défunt car j’étais une fille). Ce fut une sorte de choc !
Dans Mustang, les filles, au contraire, ne baissent jamais la tête. Elles n’intériorisent jamais les discours les plus absurdes qu’on peut leur rabâcher. »

Le Bleu du Miroir; 17 juin 2015

A Istanbul, en se promenant, comme ici, dans un parc près de Sainte Sophie, on peut acheter un drapeau à l'effigie de Mustapha Kemal, fondateur de la Turquie moderne. Le peuple turc se souvient-il aujourd'hui de sa vision novatrice de la société inspirée des idées de la Révolution française, notamment l'égalité et la liberté ?A Istanbul, en se promenant, comme ici, dans un parc près de Sainte Sophie, on peut acheter un drapeau à l'effigie de Mustapha Kemal, fondateur de la Turquie moderne. Le peuple turc se souvient-il aujourd'hui de sa vision novatrice de la société inspirée des idées de la Révolution française, notamment l'égalité et la liberté ?

A Istanbul, en se promenant, comme ici, dans un parc près de Sainte Sophie, on peut acheter un drapeau à l'effigie de Mustapha Kemal, fondateur de la Turquie moderne. Le peuple turc se souvient-il aujourd'hui de sa vision novatrice de la société inspirée des idées de la Révolution française, notamment l'égalité et la liberté ?

S’agit-il donc d’un film féministe ?

 

Oui, par nécessité, mais pas militant.

Pour moi qui ai apprécié particulièrement le film et malheureusement constaté qu’en deux générations, la condition féminine en Turquie ne s’est guère arrangée – je suis allée fouiller dans les photos que j’ai prise à Istanbul, en 2010 – le moins que l’on puisse dire est peu encourageant. Il est même paradoxal de mettre bout à bout la photo que j’ai prise du vendeur de drapeau et la suivante, prise le même jour et dans le même quartier.

 

A ceux qui aiment un peu, beaucoup, passionnément, le cinéma & la jeunesse, ne manquez pas "Mustang"!

De gauche à droite, des femmes habillées de teintes ternes, portent le foulard, au centre une femme vêtue entièrement de noir, porte la burqa alors qu’à droite, une jeune femme moderne avec jean, baskets et les cheveux libres dans une attitude décontractée.

Un peu plus loin, voici l’allure courante que les fougueuses héroïnes de Deniz GAMZE ERGÜVEN refusent absolument, parce qu'elle symbolise pour elles l'aliénation et le renoncement à la liberté.

A ceux qui aiment un peu, beaucoup, passionnément, le cinéma & la jeunesse, ne manquez pas "Mustang"!

Pour ma part, Mustang est plus un film-plaidoyer pour le progrès, la liberté, l’égalité et le droit au bonheur. Il interroge sur l’identité des femmes turques, la place de la sexualité, l’éducation qu’on leur réserve : libérale à l’école et conservatrice dans la famille et la société, pouvant même aller jusqu’aux « crimes d’honneur », comme on l’a vu en Allemagne où vit une importante communauté turque. Cependant, l’auteur a l’honnêteté de montrer que le rôle dévolu aux jeunes hommes n’est guère enviable, non plus. Eux aussi sont mariés, eux aussi subissent la pression des coutumes (Ils sont déshonorés s’ils ne peuvent prouver la virginité de leur épouse et il leur revient de tuer leur femme ou leur sœur, en cas de crimes d’honneur… même s’ils l’aiment ou leur pardonnent). Il n’y a guère que le jeune livreur qui les aide sans contrepartie.

 

 

En fait, toutes les sociétés répressives, tous les Etats autoritaires s’efforcent de contrôler, voire museler la jeunesse et particulièrement les femmes, cantonnées au rang de reproductrices, ménagères, ouvrières (L’Afrique nous donnent de belles images de femmes cultivatrices, éleveuses, vendeuses, chargées d’enfants, pendant que les hommes palabrent et contrôlent rigoureusement l’argent qu’ils n’ont pas gagné…). Le paradoxe, encore un, c’est que l’aliénation se transmet par les femmes qui font subir à leurs filles, le sort cruel qu’elles ont enduré.

A ceux qui aiment un peu, beaucoup, passionnément, le cinéma & la jeunesse, ne manquez pas "Mustang"! A ceux qui aiment un peu, beaucoup, passionnément, le cinéma & la jeunesse, ne manquez pas "Mustang"! A ceux qui aiment un peu, beaucoup, passionnément, le cinéma & la jeunesse, ne manquez pas "Mustang"!

S’agit-il d’un film militant ?

 

Deniz GAMZE ERGÜVEN s’en défend. Pour elle, un film n’a rien à voir avec un discours politique.

En effet, un film est une fiction, les personnages n’existent pas, ils naissent de l’imagination d’un auteur avec lequel nous les partageons. Le cinéma est un art. Il exprime, un message réaliste ou non, divertissant ou non, ou les deux d’ailleurs, qui correspondent plus ou moins, au bout du compte, au questionnement de l’homme sur lui-même et sa place dans le monde. Il se caractérise par une recherche esthétique, c’est-à-dire qu’il invente son propre langage  aux moyens de techniques spécifiques dans la manière d’aborder les sujets. L’œuvre est par conséquent une création qui exprime la vision de son créateur et ses choix esthétiques, mais aussi sa touche personnelle, son style, son talent. Le cinéma étant une œuvre collective, d’autres acteurs peuvent apporter de leur talent, comme les comédiens bien sûr, les concepteurs des décors, les photographes, les musiciens, les costumiers, etc.

La réalisatrice entourée de ses jeunes actrices.

La réalisatrice entourée de ses jeunes actrices.

Ainsi, d’un même sujet, certains auteurs créeront une tragédie, d’autres une comédie, ou un mélange des deux. Le cinéma turc offre deux exemples pertinents sur le thème de l’oppression des femmes :

  • En 1982, le cinéaste Yilmaz GÜNEY remportait la Palme d’Or à Cannes avec son film « Yol ». A travers une pure fiction, il montrait le sort terrible réservé aux Turcs par une société aux traditions barbares (femme adultère enchaînée dans une cave) soumise à un régime politique totalitaire. L’auteur avait choisi la tragédie et l’œuvre était bouleversante.

 

  • En 2015, pour le film qui nous intéresse, si le thème est grave, Deniz GAMZE ERGÜVEN, elle, a choisi de mettre l’accent sur les situations drôles. Elle connait le pouvoir du rire, parfois plus efficace que les larmes. Le spectateur ressent pourtant tout autant l’oppression, s’émeut de l’injustice, néanmoins le rire met, lui, l’accent sur le ridicule des conservateurs, sur le propre de la jeunesse, à savoir son audace parfois aveugle. Ainsi, le rire n’empêche nullement l’interrogation, la réflexion et la prise de position.

Pour terminer, une question que chacun se pose : « Mustang » ! Pourquoi ce titre qui nous mène directement sur Google auprès des sites de la célèbre automobile Ford ?

Il faut se souvenir que le petit cheval du nord-ouest américain, domestique puis retourné à l’état sauvage, est réputé pour sa résistance au dressage, sa fougue et son indépendance.

Le symbolisme est clair !

Merci de votre attention !

Mises à part les photos personnelles d'Istanbul prises en 2010, toutes celles du film viennent du dossier de presse officiel.

Bande annonce du film.

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19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 15:29

 

Adaptation de la pièce de l'écrivain espagnol Juan Mayorga, "Le Garçon du dernier rang", le dernier film de François Ozon, sorti le 10 octobre 2012, a obtenu 2 prix et 11 nominations.


Dans-la-maison-affiche

Fabrice Lucchini y tient le rôle du professeur, Germain, Kristin Scott Thomas le rôle de son épouse Jeanne et Ernst Umhauer, celui de l'élève doué.


Un lycéen de seize ans, Claude, s'immisce dans la famille d'un élève de sa classe, soigneusement choisi pour sa normalité, après avoir gagné sa confiance. Claude fait de ses observations le sujet de ses rédactions qu'il termine par "à suivre..." Son professeur de Lettres, Germain, est fasciné par cet élève doué qui sort du lot et lui redonne goût à l'enseignement. Mais il se prend au jeu, malgré les mises en garde de sa femme, et déclenche des événements incontrôlables.

 Image-171-400x263.png

Claude, observateur de la famille "Rapha": Raphaël, le père, Esther, la mère et Raphaël, le fils.

 

François Ozon confie avoir trouvé dans la pièce de Juan Mayorga un moyen de "parler indirectement de son travail, du cinéma, d'où vient l'inspiration, etc."

Il a donc transposé le travail du cinéaste à celui de l'écrivain. Il est vrai qu'il y a, dans l'un comme dans l'autre, le désir de création, la fascination du réel et de l'imaginaire, la maîtrise des techniques, le besoin de reconnaissance du public... L'écrivain est justement celui qui "rentre" dans les maisons, les chambres, les esprits, les coeurs, les secrets des personnages. Il affiche un point de vue généralement omniscient. Il voit tout, devine leurs pensées, leurs désirs.

Mais où trouve-t-il la matière de ses personnages, sinon dans l'humanité  elle-même ?

Soit à travers les autres, par l'observation et même le voyeurisme (un des thèmes du film, dont le cinéaste dit lui-même qu'il est de plus en plus fréquent dans nos sociétés : presse people, déballages médiatiques de vies privées, etc.).

Soit en lui-même, l'écriture étant cette activité magique où la main, guidée par l'esprit et l'inconscient trace le portrait de ce qu'il est fondamentalement et qu'il ignorait.

Ainsi, l'écrivain cherche à comprendre les autres, du moins à se persuader qu'il peut les connaître, et s'aventure en même temps dans la connaissance de soi.

Or, François Ozon a choisi un professeur de Lettres, déçu de l'abîme qui se creuse de plus en plus entre sa propre passion, la littérature, qu'il tente de faire partager à des élèves, dont il s'éloigne irréversiblement d'année en année. (Ils sont toujours adolescents et lui devient de plus en plus vieux!). Eux ont d'autres préoccupations.

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Un des entretiens après le cours entre Claude et son professeur.


Mais les professeurs de Lettres n'entrent pas dans les maisons de leurs élèves, ni dans l'intimité de leurs familles. Ils ne peuvent sentir, comme l'écrit Claude, "l'odeur si singulière des femmes de la classe moyenne"! Ils ne peuvent devenir cet enfant/ado que l'on accueille sans méfiance chez soi, avec la bienveillance des parents pour les copains de classe de leurs enfants.

Et M. Germain, qui connaît parfaitement les techniques de l'écriture, la conception des personnages, leur psychologie, les enjeux et la logique des situations... n'a pas su aller plus loin, c'est-à-dire devenir écrivain. (Il a écrit un livre autrefois, sans succès.) Il échange peu avec ses collègues . Sa femme, qui craint de perdre son travail de galériste et par conséquent recherche désespérément la nouveauté en art, est son auditrice unique. Elle le met néanmoins en garde contre la dangerosité de cet élève et les risques trop grands qu'il lui fait prendre.


Dans-La-Maison-1.png

Jeanne trouve que Claude est un "type dangereux".


Que peut faire le professeur qui n'a pas réussi à être écrivain, face à ce jeune élève manipulateur, intelligent et doué de l'audace qu'il n'a pas eue, celle-là qui justement fait les artistes ?

Fascination du maître pour l'élève.

En face, nécessité pour l'élève, de s'approprier le savoir du maître,qui lui manque. Aussi, le relance-t-il sans cesse, jouant sur l'incapacité de son professeur à renoncer à aller jusqu'au bout. Le "bout" se trouvant dans les mains de Claude, qui ponctue chaque devoir par un irrésistible "à suivre..." Germain, tel un enfant qui a bravé l'interdit et comprend qu'il ne peut plus revenir en arrière,  esclave de son désir irrépressible, sait qu'il faut boire le calice jusqu'à la lie ! Risquer le tout pour le tout !  

Germain risque donc sa carrière, sa femme et lui-même...

Il se retrouve dans la situation du héros de Balzac, le Colonel Chabert, excepté qu'il n'est ni abattu, ni désespéré, lui ! Au contraire ! Claude n'abandonne pas son maître. Il vient le solliciter. Cette fois, Germain ne risque plus rien. Il est libre. Il résiste un peu pour la forme, mais il sait bien qu'il peut désormais donner libre cours à sa ... folie !

En conclusion, un excellent film qui se termine par un dernier plan savoureux et plein de promesses !

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23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 08:45

Un des plus beaux films d'Aki KAURISMAKI, cinéaste finlandais.


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J'ai revu avec plaisir ce film diffusé à la télévision samedi 20 octobre dernier.

L'univers de Kaurismäki me surprend tellement par sa noirceur, sa désespérance, qu'il me fait rire! J'entends déjà les rumeurs des cinéphiles avertis me bourdonner aux oreilles.

On évoque Buster Keaton, l'homme qui ne riait jamais. Il est vrai que le rire du spectateur naît ,entre autres,de l'inadéquation du comportement des héros avec la situation dans laquelle ils se démènent. Il naît aussi de leur lucidité - ils savent qu'ils sont dans de sales draps- mais ils agissent malgré tout comme si de rien n'était, comme si le monde était tel qu'ils le rêvent. On voit cela chez Charlie Chaplin également, pour ne citer que les Anciens. En ce sens, Kaurismäki est un grand cinéaste.

Oui, on peut compter les sourires que les personnages échangent sur les doigts de la main. Vous allez dire que j'exagère. Allez! Sur les doigts des deux mains! Les portraits du cinéaste lui-même, son attitude lors des interviews, même en présence du public conquis des festivals, son regard souvent fuyant, les nuages de fumée de cigarettes derrière lesquels on peine à le voir, tout semble indiquer une personne fondamentalement pessimiste.

Il y a quelques années, quand j'ai découvert une partie de son oeuvre immense, je suis posée la question suivante : ses personnages (pas seulement dans ce film-là) sont-ils à son image? Ou bien, le cinéaste choisit-il de peindre la psychologie, les moeurs, les expressions culturelles, les caractères propres des Finlandais? Comment font-ils pour tomber dans les bras les uns des autres, cela arrive, tout en gardant des visages de marbre? Je pense au théâtre antique grec, mais aussi aux visages hiératiques du théâtre asiatique.

Quoiqu'il en soit, j'ai de plus en plus envie d'aller découvrir ce pays aux milliers de lacs, histoire de voir si les Finlandais expriment leurs émotions et sentiments autrement qu'en regardant dans le vide!

Certes, les femmes de Kaurismäki ne sont pas celles d'Almodovar! On ne s'exprime pas de la même façon selon que l'on fréquente plusieurs mois de nuit polaire ou l'été andalous!

 

Le film, sorti en 1996, se passe à Helsinki.  Il raconte l'histoire d'un couple qui mène une vie tranquille, avec leur chien (qui lui non plus ne s'exprime pas beaucoup!). Ilona est maître d'hôtel dans un restaurant, le "Dubrovnik", Lauri, son mari, est conducteur de tramways. Ils sont propriétaires de leur appartement, d'une vieille Buick et disposent de meubles -canapé, bibliothèque, télévision- achetés à crédit, mais pas encore payés. Ils font des projets, par exemple acheter bientôt les livres qui iront dans la bibliothèque. Ils sont heureux, d'un bonheur tout intérieur.

Mais, Lauri est licencié, après tirage au sort et refuse par dignité l'allocation de chômage. Peu après, le "Dubrovnik" est vendu à une chaîne, aussi Ilona perd son emploi. Commence la descente aux Enfers. Lauri ne peut pas prétendre à un emploi similaire pour raison de santé. Ilona ne trouve à s'employer que dans un boui-boui, auprès d'un patron véreux qui ne la déclare pas au fisc et ne la paye pas, une fois licenciée. Pendant ce temps, les meubles sont saisis, la voiture est vendue. Ses collègues sont dans la même situation. Tous fument et boivent encore plus! Mélartin le portier se fait embaucher comme cordonnier, tout en se demandant combien de temps il va faire illusion. Ilona est sur le point d'accepter un travail de coiffeuse quand elle rencontre son ancienne patronne. Celle-ci est prête à se porter caution auprès de la banque pour investir dans une autre affaire.

Le nouveau restaurant s'appelle "Le Työ" (Le Travail). Le jour de l'ouverture, l'angoisse devant le risque d'échec est palpable. Les personnages restent de glace, comme d'habitude, mais les spectateurs se rongent les sangs. Puis, les clients arrivent peu à peu. La salle se remplit. Les réservations affluent. La dernière image du film montre Ilona et Lauri, sortant du restaurant, les yeux levés vers le ciel où les nuages s'estompent.


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Dans cette oeuvre, l'auteur s'est surtout attaché à illustrer les effets psychologiques du chômage. Il n'échappe pas à un certain didactisme.

- La destruction des liens sociaux: les employés se séparent et sont seuls à gérer leur malheur. Dans l'alcool. Ilona et son mari semblent vivre séparément leur misère morale. Ils rentrent à tour de rôle ivres et c'est l'autre qui les traîne jusqu'au lit. Ils sont également le jouet des "profiteurs de la misère" : Ilona doit payer pour avoir l'adresse d'un boui-boui.

- La destruction de" l'ancrage au monde réel". Chaque personnage "fait semblant" que tout va s'arranger. En buvant toujours beaucoup. Ilona fait tout dans le boui-boui où elle travaille, l'accueil, la cuisine, le service... Mais elle se cache des clients, qui n'en ont que faire, d'ailleurs, pour cuisiner sur un pauvre réchaud. Suprême déchéance par rapport aux cuisines professionnelles qu'elle a connues. Immense dignité de sa part. Elle ne s'avoue pas vaincue.

Pour tenter de financer l'achat d'un autre restaurant, Lauri vend leur vieille Buick. Cela ne suffit pas. Il va donc jouer l'argent au casino et il perd tout. Politique désastreuse du "tout ou rien".

- Et puisque l'on ne peut plus faire valoir ses capacités pour vivre, puisqu'il ne sert à rien de bousculer le Destin -Sisyphe remonte inlassablement son rocher!- puisque "les jeux sont faits"... alors jouons à notre tour! Lauri a perdu son emploi en tirant la mauvaise carte! Ilona s'endort devant la porte de l'agence d'intérim et rate les deux seuls emplois de maîtres d'hôtel... Kaurismäki nous plonge dans une authentique tragédie classique.

D'où le désarroi des spectateurs, sans cesse témoins - comme dans le théâtre de Bertold Brecht - du malheur des personnages qui font le contraire de ce que leur situation exigerait. Comme s'ils avaient perdu la tête et que, "tant qu'à faire, autant faire l'autruche!" Ainsi le couple continue de parler (toujours très peu), pendant la saisie de leurs meubles, comme si de rien n'était. Et Lauri continue de jouer aux Mots fléchés pendant que sa femme lui dit qu'ils vont devoir "vendre l'appartement"!

 

Cependant, l'auteur a choisi une vraie "happy end". Pour une fois, disent certains. Il a dérogé à sa vision habituelle. Sommes-nous pour autant revenus dans la réalité? Rien n'est moins sûr! Je serai tentée de penser que "C'est trop beau..."  Sans doute me suis-je laissé contaminer par l'ambiance korismakienne.

 

Quelques mots de la forme.

Ce film s'inscrit, au niveau de son contenu, dans la même veine que les grands néo-réalistes italiens, comme Vittorio de Sicca, Zavatini... Aki Kaurismäki dit lui-même qu'il "aspire à un genre néo-réalisme, associé à beaucoup d'éléments comiques". Un néo-réalisme, purgé de l'expression des sentiments, autrement dit sans larmes, sans visages douloureux, sans cris. Ses personnages subissent l'adversité avec courage et un parfait contrôle de soi.Visiblement, le malheur ne peut rien contre eux.

Les choix stylistiques, au niveau des décors offrent une esthétique plutôt kitsch. Couleurs crues: verts, bleus, manteau rouge d'Ilona, rouge du canapé, sang sur la main de Mélartin, visage sanguinolent de Lauri, battu par le patron truand de sa femme. Couleurs vives comme pour marquer qu'on ne laissera pas la grisaille envahir sa vie.

Enfin, le style propre à l'auteur, mélange savant entre gravité et rire. Il vaut mieux dire "pince-sans-rire", à cause de l'attitude figée des personnages, la concision des dialogues, la neutralité des voix. En fait, le monde que Kaurismäki peint est triste, monotone, déprimant, mais il peut être vivable. Même beau. Et même heureux.

Morvane.

 

Pour en savoir plus, notamment sur la biographie d'Aki Kaurismäki, sa filmographie et la totalité des oeuvres de ce cinéaste de 55 ans, vous pouvez consulter Wikipedia, pas exemple, ainsi que d'autres sites ou blogs que je ne peux citer ici, vu leur nombre.

Vous pouvez vous procurer ou louer ses films auprès des sites spécialisés.

 

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  • : Une vraie dilettante ! Tout m'intéresse : les Lettres, les Arts, l'Histoire, les Sciences & les Techniques, les Sociétés & leurs Cultures, la Philosophie...Dilettante, oui, mais pas superficielle ! Car, sitôt qu'un sujet attire mon attention, j'ai envie de l'explorer et d'en savoir le plus. D'où mes recherches. Mais garder ses découvertes pour soi, est vain et égoïste. Aussi, j'aime les partager à travers ce blog. Enfin, j'ai la passion d'écrire. Je suis amoureuse de la langue française et elle me le rend bien par ses innombrables écrivains et poètes.
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