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1 septembre 2012 6 01 /09 /septembre /2012 15:03

 

De l'ombre à la lumière,

Du dedans au dehors,

Du silence à la rumeur des hommes et au fracas de la ville

Du recueillement au cri,

De la sérénité à l'explosion déchirante du soleil.

 

Voici l'autre aspect du voyage auquel nous convie Kenzo Tenge, jouant avec les sensations du visiteur. Celui-ci vient de se rassurer avec la beauté douce et harmonieuse des oeuvres du passé,   avant d'aborder soudainement la vie présente, agressive, flamboyante et si désirable !

Lumière éclatante, cruelle. D'emblée, les yeux cherchent l'ombre. Rare. Ils trouvent un peu d'apaisement dans le vert de l'eau et les arbres du parc. Une presqu'île s'offre au regard qui veut immédiatement s'en approcher.

 

DSCF7961-copieLa-jetee.jpg

 

Être dedans / dehors ! Pour mieux percevoir l'environnement du musée. Étrange ponton pour un improbable navire. Mais ne sommes-nous pas déjà en voyage dans le temps et dans l'espace ?

 

DSCF7962-copie-Le-parc-1.jpg

 

Le vert profond de l'eau calme l'éblouissement douloureux. Ici, on distingue l'ondoiement d'une carpe à demi cachée dans la vase. Plus loin, une tortue entreprend la traversée.  

Là, quelques canards semblent attendre le moment d'entrer en scène derrière ce qui semble un mystérieux chef d'orchestre...

 

DSCF7974-copie-Theatre.jpg

 

La visite continue. Quelque chose encore attend le visiteur qui doit revenir en arrière et continuer la promenade sur le chemin de ronde semi-circulaire. D'abord ébloui par la blancheur, le soleil et les murs de vitres des immeubles, il ne le distingue pas, si petit, si frêle !

L'Arbre mort !


De quels tourments ses branches furent-elles persécutées ?

Il est là, surprenant, énigmatique, aussi beau que les statues anciennes auxquelles il renvoie.

 

DSCF7979-copie-L-arbre-mort.jpg

Seul au bord de l'univers géométrique du Musée, comme une protestation muette, un coup d'oeil, un point d'exclamation, il ponctue l'écriture architecturale de sa magistrale anarchie. La nature a perdu la bataille, mais, artiste anonyme, hors du temps, elle occupe ici, légitimement, sa place. 

 

DSCF7981-copie-Chemin-de-ronde.jpg

 

Autre vue de l'arrière du Musée : le chemin de ronde évoque précisément un arc tendu. Le Musée est situé exactement à l'orée du parc Phoenix et d'un quartier moderne à l'architecture imposante et belle. D'où le pont qu'il incarne entre la nature et la ville moderne, entre le passé et le présent, entre la vie et la mort (la plupart des oeuvres sont d'essence religieuse et/ou funéraire), entre le matériel et le spirituel.

 

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Comme un pied de nez à la rigueur des formes, une manière de dire que tout ce qui est humain ne peut se cadrer dans l'univers des droites et des nombres, les baies vitrées des immeubles voisins renvoient l'image déformée voire difforme, non sans beauté cependant, du temple moderne des Arts.

 

DSCF7973-copie-De-la-jetee.jpg

 

C'est le moment de revenir. Sous le charme. Nous allons redescendre, traverser la boutique des souvenirs, riche de livres, de soieries, de statuettes laquées. Un coin de salle permet même à ceux qui le souhaitent de déguster un thé.

 

La visite s'achève par où elle a commencé. Le cercle est bouclé. Un dernier regard aux feuilles rouges de l'érable. J'espère que vous avez aimé ma virtuelle visite !

 

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Cependant, rien n'égale une vraie rencontre avec ce musée qui vaut largement le détour, car si l'on peut imaginer relativement aisément, il faut savoir que

les émotions ne se vivent qu'au présent.


 

Quelques renseignements utiles:

Le Musée des Arts Asiatiques est situé à l'ouest de la ville, au début de la Promenade des Anglais, à deux pas de la Méditerranée et près de l'aéroport.

L'entrée est gratuite. Par contre, celle du parc Phoenix est payante.

Adresse : 405, Promenade des Anglais-Avenas. 06200 NICE.

Téléphone :  (+33) (0)4 92 29 37 00

Site de la ville de Nice : www.nice.fr pour consulter les horaires d'ouverture et le programme des animations.

le Musée offre des audio guides et sur réservation des visites guidées (15 personnes)

Accès aux personnes handicapées.

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28 août 2012 2 28 /08 /août /2012 14:42

 

 

Conçu par l'architecte japonais Kenzo Tange et inauguré en 1998, ce petit musée situé près de l'aéroport de Nice, à l'intérieur du Parc Floral Phoenix, offre à ses visiteurs un espace et un moment précieux.

Il semble flotter sur un lac artificiel peuplé d'animaux aquatiques. Cependant il suggère plus qu'il ne démontre les jardins japonais tels que nous les connaissons. Il est vrai que construire un ensemble architectural traditionnel ne présente pas grand intérêt aujourd'hui. On ne construit pas non plus de château fort chez nous ! L'esthétique a changé, les matériaux et les technologies aussi. Les Japonais sont également attachés aux traditions qu'au modernisme. D'où le choix résolument moderne de l'architecte.

 Quoique... les formes géométriques, droites, courbes, cubes, cylindres, traduisent le symbolisme essentiel de la culture nipponne, à savoir le carré symbole de la Terre et le cercle, symbole du Ciel.

 

DSCF7917-copie-L-arrivee.jpg

 

Pourtant, l'ensemble demeure éloigné de l'imagerie habituelle et l'on s'interroge sur ce qui est si proche de la tradition et en même temps si différent. En somme, qu'est-ce qui est ici essentiellement japonais ?

Oui, me direz-vous, ne s'agit-il pas d'un musée des Arts "asiatiques"?

 - L'architecte est Japonais ! Chinois, Indien, Birman... l'oeuvre eût été différente.

 

DSCF7918-copie-L-entree.jpg

 

 L'entrée est exiguë. Rien à voir avec les musées classiques qui en imposent d'emblée.

 On y entre comme dans une maison. On se retient presque d'enlever ses chaussures!

Un petit érable du Japon (justement), un buisson de bambous serrés dans une jardinière, pas une feuille ne dépasse, une poignée de minuscules conifères.

 

DSCF7923-copie-Galerie-des-Gla.jpg

 

La réception est réduite. On pénètre tout de suite dans une sorte de galerie des glaces moderne. D'immenses baies vitrées réfléchissent des myriades de rais de lumière qui se font miroirs et diffusent une délicate clarté verte. La déclinaison des gris, gris satiné des miroirs, gris mordoré des marbres, gris étincelant des rampes d'acier inoxydable, crée sans attendre une atmosphère de quiétude.

Il n'est pas rare de rencontrer une personne qui lit, écrit, réfléchit ou peut-être médite.

 Vous apercevez quelques statues d'animaux. Nous allons nous en approcher.

 

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Le petit cheval que voilà, presqu'un jouet, apporte une contradiction joyeuse aux tonalités ambiantes, avec sa robe de terre cuite ocre et sa texture doucement crayeuse. C'est un cheval Haniwa qui date du IVe siècle.

Les Haniwa sont à l'origine, au IIIe siècle, des vases funéraires. Peu à peu, ils deviennent des figurines déposées dans les tombes de dignitaires, souvent chefs militaires, en tous cas membres de l'aristocratie.

Très fragiles, non vernissées, elles sont faites de cylindres d'argile  - Haniwa veut dire précisément "cylindre de terre" -et représentent des armes, boucliers, bateaux de guerre, belles demeures.

Elles évoluent vers les animaux, comme le cheval ci-dessus, harnaché parfois luxueusement, et vers les êtres humains : têtes d'homme ou de femme, guerriers, samouraïs.

Les Haniwa ont d'abord été des objets ayant appartenu au défunt - signe commun à de nombreuses cultures à l'époque - avant de devenir les défunts eux-mêmes. La tradition s'éteint au VIe siècle.


Un peu plus loin, un buffle-sarcophage indonésien, très ouvragé, date du XIXe siècle.

DSCF7933-copie-Le-buffle.jpg

 

Avant de gravir le bel escalier, les visiteurs sont invités à explorer les salles carrées , situées aux quatre coins de l'ensemble. Elles évoquent certains aspect des civilisations asiatiques / le monde matériel et le monde spirituel. Ces mondes qui se renvoient l'un à l'autre, avec leurs dieux et leurs déesses "mi-homme, mi-animal" que l'on invoque toujours en Inde, par exemple.

 

 

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La déesse DURGA DEVI, déesse-mère, au Bengale, vénérée depuis le Ve siècle. A elle seule, elle incarne tous les Dieux et toutes les Déesses. Son rôle est de vaincre le Roi des Démons, MAHISA, d'où ses nombreux bras, jusqu'à dix-huit, pour brandir des armes : épée, sabre, lance, arc et flèches comme ci-dessus. Somptueusement vêtue, elle chevauche le plus souvent lion ou tigre, avec un égal sourire; sans doute est-elle sure de sa victoire !


DSCF7944.JPG

 

Ci-dessus, GANESH, le Dieu à tête d'éléphant. Protecteur du foyer, il est le plus familier des nombreux dieux hindouistes. Capable de lever les obstacles, il est vénéré dans l'Inde entière. d'autant que, aspect ambigu de sa divinité, il est capable du pire s'il se sent mal honoré... Mieux vaut ne pas se montrer avare d'offrandes, d'où son omniprésence dans la vie des gens, à la maison, au temple bien sûr, dans la rue, au jardin public !

 

Il est temps de monter au Ciel en empruntant ce magnifique escalier, subtile transition entre la Terre et le Ciel. La spirale n'est-elle pas le produit d'un cercle coupé et étiré de bas en haut, offrant ce magnifique délié ?

 

DSCF7937-copie-L-escalier.jpg

 

 

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A l'étage, la promenade est circulaire. La révolution que l'on accomplit évoque le bouddhisme à travers diverses représentations du Bouddha. Des statues,mais aussi des tableaux où les rouges qu'affectionnent particulièrement les Indiens, dominent.

 

DSCF7945-copie-Le-pont.jpg

A l'opposé de l'entrée, une porte de verre, encadrée de tentures assez légères pour laisser l'oeil entrevoir le monde extérieur, invite à d'autres découvertes.

Elle conduit notamment à un bâtiment réservé aux activités du musée : expositions, mais aussi, certains jours, la fameuse "cérémonie du thé", auquel le public peut participer.

Pour y accéder, un petit pont, bien sûr.

On devine que la sortie ne nous épargnera pas, tant le soleil de cette fin de mai est déjà implacable tout comme la chaleur.

 

 

 

Fin de la 1e partie.


 

 

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3 juillet 2012 2 03 /07 /juillet /2012 22:09

  Après une vocation militaire, le fort Balaguier de La Seyne sur Mer a aujourd'hui un rôle culturel. Voici l'exposition qui a été consacrée aux "Artistes du Bagne".

Je vous ai montré le fort Balaguier, tel que je l'ai visité. Les photos que j'ai prises donnent différents aspects du fort, mais j'étais un peu frustrée de ne pas avoir à offrir une vue d'ensemble. Il faudrait pour cela le photographier d'hélicoptère ou de la mer. Par chance, j'ai trouvé dans mes vieilles cartes postales, une vue du fort qui date de 1905. C'est mieux que rien! Quoique à l'époque le fort était opérationnel : rien de superflu, donc pas de lauriers roses, ni de pins !

  Toulon.-Le-Fort-de-Balaguier-1905.-copie-1.jpeg

 

De nos jours, le fort abrite un musée et des expositions. Je fréquente régulièrement les expositions de peinture et les musées d'art et traditions populaires. Rien d'étonnant à ce que je prenne la direction du fort, au printemps 2010,à la fois pour le visiter, mais surtout pour y découvrir une exposition inhabituelle : "Les Artistes du bagne" ou "Chefs d'oeuvre de la débrouille 1748-1953"

Les oeuvres exposées et les documents complémentaires  comme la correspondance traduisent trois centres d'intérêt :

- Les conditions de vie des bagnards, la discipline et les punitions, les évasions réelles ou rêvées, leurs rapports avec les autorités, médecins, surveillants, directeur, les travaux forcés et les loisirs, les relations entre eux et avec les familles...

- L'expression artistique toujours ingénieuse car il s'agit de trouver un support et ils doivent s'adapter aux seules matières disponibles : coquillages, papier, os, toiles, écaille, bois, paille...

- Les sentiments, les rêves, de la révolte à l'humanité : les tentatives désespérées pour certains de résister à l'enfermement, la promiscuité, l'avilissement. Mais aussi, les tentatives des familles pour adoucir ces châtiments qui, pour les "politiques", étaient extrêmement cruels.

 

048 copie case

En Guyane française, "Le bagne: Une case: Vie intime du forçat", huile sur toile de Casimir Prénéfato, Musée des B.A. de Chartres.

 

La scène semble paisible. C'est le soir, l'heure de la détente après les travaux forcés. Oubliés pour un moment le déracinement, le voyage en bateau enfermés par centaines dans des cages, l'angoisse et le désespoir. Le petit groupe assis semble absorbé par des récits d'évasion - ils en rêvent tous - ou par des jeux susceptibles de dégénérer en bagarre avec couteaux. Qui sont-ils? Des condamnés de droits communs, mais aussi des politiques : des "rouges", des révolutionnaires, des Communards.

 

056 copie La Barre

 

L'éclatement des valeurs, la promiscuité, la loi de la jungle où les "caïds" règnent en maîtres sur les plus faibles leur imposant humiliations, violences et viols, font du bagne un enfer où les hommes sortent broyés. Révolte et désir de vengeance. Difficile de ne pas devenir une bête sauvage!

La surveillance est permanente à travers les surveillants (militaires) et leurs auxiliaires appelés "porte-clefs". Recrutés parmi les détenus dont ils sont détestés, ils ouvrent et ferment les portes, fouillent et appliquent les fers.

Les punitions vont du pain sec et de l'eau, à la prison voire le cachot. Elles sont administrées par une commission pénitentiaire. Les "incorrigibles " risquent d'être envoyés dans des camps disciplinaires; En cas de crime, un tribunal maritime spécial peut les condamner à la réclusion, à l'isolement total et même à la peine de mort (guillotine) à moins qu'ils obtiennent la grâce du président de la République.


 La-visite-medicale-copie-1.jpeg

Aquarelle du peintre Lagrange.

 

Parmi le personnel dont dépendent les bagnards, un personnage occupe une place à part. Il s'agit du médecin. Médecin militaire, il soigne toutes les pathologies et tout le monde.

Sa déontologie faite de respect de l'autre, fut-il criminel, et de tolérance l'amène parfois à entrer en conflit avec l'Administration Pénitentiaire. La plupart défendent leurs patients, en particulier les condamnés,  sans moyens et sans pouvoir. Cela leur vaut le respect et même l'estime des condamnés qui trouvent en eux et leurs familles, l'humanité perdue.D'où l'importance de du thème de la santé dans les productions artistiques des détenus.

Ici le Dr Heyries accompagné d'un infirmier-bagnard. Les assistants sont des infirmiers militaires, eux-mêmes aidés d'infirmiers-bagnards.

 

La-visite-medicale--2-.jpeg

La visite médicale.

Dessin de Francis Lagrange. 1941.

 

 

113 copie Voeux-copie-1

Témoignage de gratitude.

 

L'univers est terrible. On est envoyé au bagne pour vol ! Et si Jean Valjean est une créature de fiction imaginée par Victor Hugo qui fit un voyage à Toulon en 1839 avant d'écrire "Les Misérables", combien de Jean Valjean, réels ceux-ci, ont subi un tel châtiment ? Combien de prisonniers politiques ?  L'univers est si terrible que chacun essaie d'échapper à son sort.

Il y a ceux que l'évasion hante au point de braver la mort, celle des requins, celle de la guillotine en cas de reprises et récidives.


Parmi ses représentations, voici la très belle huile sur toile de Casimir Prenefato, peinte en 1941. Mucem de Marseille.

Clair-de-lune-en-Guyane.jpeg

 

Mais il est une autre forme d'évasion que certains ont le talent d'employer pour supporter la déshumanisation programmée et construire un espace de liberté. Ce sont les artistes du bagne auxquels le Musée Balaguier et la ville de La Seyne ont voulu rendre hommage.


123 copie coquillage gravé

Art populaire. "Art de la débrouille". En effet, exceptés les condamnés qui peuvent se faire envoyer par leur famille peintures, pinceaux, toiles... les autres doivent se contenter des matériaux qu'ils trouvent : coquillages, noix de coco, osier, os, nacre, écaille.

Une fois trouvé le support de leur créativité, il ne faut pas imaginer que la liberté d'expression leur est acquise. Il y a en effet danger. Qu'une oeuvre humoristique, originale, drôle soit jugée insultante, dénonciatrice, voire de nature à inciter à la révolte, par l'Administration Pénitentiaire dans son ensemble, c'est-à-dire du Directeur au gardien, l'artiste devient alors punissable.

 


Assiette-Guyane.jpeg

On comprend mieux pourquoi certains thèmes sont plus traités que d'autres, notamment celui de la Nature, spectaculaire en Guyane avec ses forêts, rivières, paysages exotiques.

La confection de ces objets, dont le but est d'être vendus pour améliorer l'ordinaire, ne dispense pas leurs créateurs de travail forcé. Ils ont peu de temps pour réaliser leurs oeuvres. Il leur faut donc trouver rapidement une "commande", gage que l'objet soit vendu et un support (ou le voler).

Souvent, les femmes de surveillants par exemple, commandent des objets utiles : salières, presse-papier, peignes en nacre, ou de décoration : assiettes en tôle peintes, vases, bijoux, etc.

 

 

 

Un bel exemple de marqueterie de paille : Le coffret à écriture. Musée Balaguier.

111 copie coffret

 

Les artistes du bagne ont également créé des oeuvres beaucoup plus imposantes comme, dans le domaine païen, la décoration des bars, la construction du kiosque à musique de Nouméa et dans le domaine religieux, l'église d'Iracoubo, en Guyane, entièrement décorée par le bagnard Pierre Huguet.Ils se sont exprimés également par la poésie, le théâtre et la musique au sein de fanfares.

 

130 copie Reine Astrid 

La femme est soit idéalisée, comme ici, "La reine Astrid", peinte par Francis Lagrange, soit plus familière comme dans les tatouages, un art très répandu.

 

Enfin, je ne voudrais pas terminer sans évoquer le déchirement des familles qui se voient coupées, peut-être pour toujours, d'un fils encore bien jeune pour être si cruellement puni.


132

 

 

Tout le monde connaît la Commune de Paris, qui en 1871, après la désastreuse guerre avec la Prusse, est le théâtre d'une grande insurrection populaire, conduite, entre autres, par la célèbre Louise Michel. Elle met en place un gouvernement populaire et révolutionnaire avec de grandes réformes sociales. Malheureusement, l'expérience tourne court, la bourgeoisie reprend le pouvoir et le gouvernement se livre à une vaste répression. De nombreuses personnes, révolutionnaires convaincues ou peut-être seulement au mauvais endroit au mauvais moment, sont raflées, jugées et condamnées à la déportation.

Ainsi le jeune Emile Giffaut, 20 ans,"dessinateur-géographe", condamné à perpétuité pour l'incendie de la préfecture de Paris, lors de la Commune.

 

 

133 copie Lettre père Giffaut

Lisez la bouleversante lettre que son père a écrite pour plaider sa cause ! 

Condamné en 1872, "aux travaux forcés à perpétuité, pour fait de de la Commune ... Il avait alors vingt ans et s'est laissé entrainer par les conseils d'amis perfides et a accepté un emploi à la préfecture de police.

Mais je ne puis croire qu'il ait manqué aux sentiments d'honneur et d'honnèteté que je lui avais inculqués et pu préparer l'incendie de la préfecture ainsi qu'on l'a accusé."

Emile Giffaut reçoit de sa famille tout le matériel pour dessiner.

En 1877,  il sollicite un recours en grâce qui lui est accordé pour "bonne conduite".

Il rentre en France en 1878 avec une trentaine de croquis qui racontent son séjour en Nouvelle Calédonie.

 

 

  Aujourd'hui, les bagnes ont disparu depuis 1953. Les délits existent toujours, mais les peines ont pour but d'aider à la réinsertion des condamnés, du moins en théorie. Des structures existent pour qu'ils fassent des études, s'ils le souhaitent, suivent des formations professionnelles, se cultivent, s'expriment, aient accès à l'information et aux loisirs.

Il est difficile d'imaginer que l'enfer des bagnes a bel et bien existé, que des êtres humains y ont été brisés et même n'en sont jamais revenus. D'où l'importance de ces artistes  qui mirent leurs talents au service de la mémoire.

 

Merci aux organisateurs de cette magnifique exposition que l'on peut consulter à travers le catalogue qui lui fut consacré, aux Musées et aux particuliers qui ont donné pour quelques mois, vie au passé.

Merci de m'avoir lue jusqu'au bout ! Et désolée pour la médiocrité de mes photos ; je n'avais pas le bon appareil, ce jour-là ! De plus, beaucoup d'objets étaient en vitrine.

Pour celles & ceux qui voudraient en savoir plus, voici les coordonnées du Musée Balaguier :

924, Corniche de Bonaparte

83500 La Seyne sur Mer

Tél. 0494948472

Courriel : museebalaguier@orange.fr

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22 juin 2012 5 22 /06 /juin /2012 11:44

 

Balaguier-le-fort.jpg

 

C'est un joli fort planté dans la magnifique rade de Toulon. Il est situé sur le territoire de la ville de La Seyne. Sa face tourne vers la mer d'impressionnants canons. Côté terre, les pins, lauriers roses et palmiers lui font une chevelure d'ombrages et de senteurs méditerranéennes.

La-tour-centrale-du-fort.jpg

La tour fut construite à l'initiative de RICHELIEU, en 1636, pour protéger Toulon, puis complétée d'une enceinte, poudrière, chapelle et de logements. Elle eut ses heures de gloire :  notamment en 1793 où le feu des batteries et les assauts de l'infanterie de l'armée de la Convention permirent de libérer Toulon. Cette armée était commandée par DUGOMMIER et Napoléon BONAPARTE.

Aujourd'hui, ses voisins varois, ses visiteurs de France et d'ailleurs, viennent y contempler son harmonieuse architecture, ses petits jardins, son bassins aux nénuphars, en pensant peut-être à George Sand qui les précéda. 

 

Illustre-visiteuse-G.-Sand.jpg

 

Les canons inoffensifs, que la rouille embellit de méandres et d'entailles, témoignent d'un passé glorieux. Instruments de défense, les voilà devenus oeuvres d'art. Ici la technique  rejoint l'art. Ils désignent la mer et nul ne s'effraie du fracas qui bouleversa ses murs épais de pierres où les meurtrières ont la coquetterie de s'entourer de briques oranges.

 

F. Balaguier la fontaine

La fontaine

 

F.-Balaguier-Meurtriere.jpgUne des meurtrières

 

Balaguier-enceinte-cote-terre.jpgEnceinte côté terre

 

Canon-du-fort-Balaguier.jpg

Plus besoin de faire parler les armes! Ce lieu a été offert aux cigales, aux oiseaux, aux enfants qui foulent en riant les  tapis d'aiguilles sèches des pins. Il est vrai que ces armes sont devenues obsolètes et nous vivons en paix depuis longtemps.

 

Le-bassin-aux-nenuphars.jpg

 

De nos jours, des enfants viennent jouer aux petits peintres, sculpteurs ou mosaïstes, d'autres visitent avec leurs parents toutes sortes d'expositions. Tous aimeraient bien toucher si c'était permis, l'épouvantail, tenter d'attraper les jolis poissons rouges du bassin et pourquoi pas caresser le paon majestueux ? 


L-epouvantail-du-fort.jpg

 

Le-paon-du-fort-Balaguier.jpg

 

F.-Balaguier-Le-jardin.jpg

 

Voilà! La visite est terminée, momentanément. On ne sait jamais... La prochaine fois, je vous raconterai l'émouvante exposition que le fort a abritée en 2010, consacrée aux "Artistes du bagne".

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Published by morvane - dans Histoire
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16 juin 2012 6 16 /06 /juin /2012 14:04

DSCF5402

 

 

Vous avez sans doute remarqué que les animaux qui vivent en troupeaux se ressemblent, comme si un individu avait été cloné à l'infini. Ainsi des zèbres, des gnous, des buffles... La nature les aurait programmés pour un destin unique: être mangés. Pas besoin dans ce cas de distribuer ces petits détails qui font qu'un être vivant est unique!

Erreur d'observation ! On sait aujourd'hui qu'il n'y a pas un zèbre pareil ! 

C'est la même chose pour les buffles. Il y a les violents et les bonasses. A les peindre, je l'ai peu à peu constaté. Au début, le peintre est obsédé par l'occupation de l'espace: faire rentrer le sujet dans la toile tout en respectant les proportions. Il tremble intérieurement, mais la main doit être précise !

La vraie rencontre avec l'animal, photographié pour ma part, vient ensuite. Justement au moment où on va lui restituer son essence. Là, on pénètre dans son regard, son expression, on lui parle  et on se parle, on en prend possession pour lui rendre tout ce qu'il est. Je serais tentée de dire "pour toujours", dès lors qu'il a été sorti du lot, immobilisé dans l'appareil ou la toile, le temps que dureront ses représentations.

Ce buffle-là, m'a inspiré la fameuse interrogation métaphysique : "Qui sommes-nous? D'où venons-nous? Où allons-nous?" Il se repose. Il a oublié l'attaque des lionnes. Il sait qu'elles reviendront cette nuit. Est-ce tout le sens de la vie ?

Merci à Françoise pour son cliché.

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Published by morvane - dans Arts Plastiques
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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 16:00

L'autre jour, vidant le grenier de mon beau-père, j'ai découvert des tas de cartes postales parfois classées, parfois entassées dans un parfait désordre. Certaines remontaient loin dans l'histoire familiale, plusieurs générations, donc plusieurs guerres, 14-18, 39-45. Les premières colorisées, les suivantes plus belles techniquement, mais malgré tout avec des relents nets de temps révolus. Je décidais de les garder, de les explorer, aussi j'en reparlerai, un autre jour. 


Cartes-postales-anciennes-copie.jpg

Il y avait aussi des quantités de cartons de livres. Même de très vieux manuels scolaires d'école primaire, et des petites encyclopédies, on pourrait presque dire "de poche" à cause de leur format, où l'on reste rêveur devant tout ce que pouvaient savoir nos Anciens et tout ce que nous avons oublié.

Dans ces cartons, des petits classiques Larousse, malmenés par plusieurs générations de mains, comme "Les Lettres de mon moulin", ou "Les Pensées" de Pascal. Parfois, un auteur plus jeune s'était glissé parmi eux. C'est ainsi que je feuilletai un roman de Patrick Modiano, Prix Goncourt autrefois que je n'avais jamais lu. J'adoptai le livre : "Rue des boutiques obscures".

Voilà un homme amnésique, recueilli par un détective privé qui lui donne une identité de dépannage,  l'emploie pendant dix ans, puis part à la retraite. Grace à son expérience des enquêtes sur les personnes, il se met à partir à la recherche de la sienne. Chacun lui donne une indication, un nom, des photos, croit le reconnaître quoique... il n'est sûr de rien. Néanmoins, il reconstitue peu à peu sa vie, du moins ce qu'il pense être peut-être sa vie, son identité changeant au fur et à mesure des rencontres. 

On ne lit pas sans émotion ce petit livre. On assiste au drame d'un amnésique, de cette errance désespérante où l'on croit reconnaître des lieux, des visages, des voix .Quelle illusion ! Et d'où vient ce trouble qui nous prend lorsque nous sentons à quel point il nous est proche. Car ce livre nous renvoie à la plus troublante question que nous nous posons au fil de notre vie : Qui sommes-nous, au juste ?

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Published by morvane
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