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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 23:56

 

Boris Vian écrivait  :


"Les journaux sont pleins de cauchemars

On se tue du matin jusqu'au soir

La police est sur les dents

Celles des autres évidemment

L'honnèt'té se vend au marché noir

On annonce la hausse des rognons

On dénonce la peau sur les ognons

Soyons ferme mes amis

Je ferai baisser les prix

Mais d'abord, donnez votre pognon

...

On vous dit : la lutte est terminée

Célébrons le règne de la Paix

Embrassons nos agresseurs

C'est des frères et c'est des soeurs

C'est fini : on s'battra plus jamais

Le lend'main sur le coup de midi

L'oeil féroce, de gros barbus s'écrient

Mourir quand on a vingt ans

C'est le destin épatant

Tous en armes, et sus à l'ennemi."


Extrait du poème "Chantez", paru dans : Textes et chansons (10/18)


  ♦

 

L'homme depuis toujours s'obstine à rêver d'un progrès qui rendrait l'humanité meilleure, plus ...humaine.

Connaître la paix !

Ne plus trembler quand l'enfant devrait être rentré de l'école,

Quand un regard mal interprété peut vous faire perdre la vie,

Quand sitôt éteintes à nos portes, les guerres de religion éclatent ailleurs,

Transformant la terre entière en une vaste Saint Barthélemy

Quand le cynisme , la mauvaise foi et la cruauté triomphent partout,

jusque dans les cours de récréation,

Quand la vertu est bafouée au nom de l'individualisme - Je le vaux bien puisque c'est mon choix !

Quand l'apparence est préférée à la vérité, le mensonge et la fanfaronnade devenus un mode de gouvernement,

Quand les privilégiés n'ont pas honte de se vautrer sous nos yeux dans la vulgarité et la bonne conscience,

Et osent encore donner des leçons de civisme, de morale et de philosophie,

Assurément ils ne savent pas de quoi ils parlent !

Quand l'égoïsme et l'intérêt personnel se cachent sous le drapeau de la Liberté,

Alors,

Ne cédons pas aux sirènes assourdissantes du désespoir

Chuchotons-nous à l'oreille des paroles encourageantes pour envisager l'avenir !

 


2012-06-17 Tableau Poires copie

Un jour, la vie funambule surfera à nouveau sur les vagues...

Morvane (Acrylique sur toile).

 

A mes lecteurs et lectrices :

Merci pour votre attention bienveillante et Meilleurs voeux !

 

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20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 17:37

 

Antique Dieu grec du feu et de la forge, boiteux et laid, que l'on s'amuse à imaginer  guidant encore le bras des artistes et des artisans.

 

2006. AlbiHéphaïstos

 

A Albi, il décore une rue comme un tableau accroché aux briques roses.

 

2004.-066Drome-copie.jpg

 

Le château de Rochegude, dans la Drôme, offre au regard un portail sobre qui crée une belle perspective.


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Un autre château beaucoup plus au nord. Ici, nous sommes en Haute Marne, devant la grille du château de Chamarandes.

 

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A Cognac, dans un hôtel particulier.

 

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Quittons la France pour la Tunisie, où nous pouvons admirer une élégante rambarde au musée du Bardo, à Tunis.

 

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A l'est de la Turquie, dans le Kurdistan, région de Midyat, le monastère Saint-Gabriel. La sobriété des grilles et même des portes tempère l'exubérance des décors en pierre taillée.

 

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Enfin, pour terminer cette évocation de quelques oeuvres de ferronnerie, voici le portail et la grille d'une des portes de la cathédrale de Palerme.

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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 22:42

 

 

"C'est le silence qui cogne, immense, lancinant.

Il a eu toute la nuit pour envahir l'espace et même les rêves,

Ceux dont on ne se souvient pas.

Comme une invasion nocturne à rebours,

Il nous quitte  le moment venu

Sans laisser de traces.

On peine à sortir du néant reposant

On traîne une dernière fois sur les franges du sommeil

Sans grande conviction.

Soudain, il est là, tout près, il prend possession de la chambre.

Il ne reste plus qu'à se jeter vers la fenêtre, pressentant l'événement

Attendu.

Le jour se lève, la lumière bleuit tout,

Même la neige éclatante."

Morvane (Insomnies, ©)

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Eygliers,dans les Hautes Alpes, au lever du jour, le 8 décembre 2012.

 

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La neige cette année a pris de cours la nature et les hommes. C'est le moment de monter à la station de Risoul. Voilà le paysage qui s'offre à nous.

 

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Le fort Vauban de Mont Dauphin, judicieusement construit sur un verrou glacière, prend déjà le soleil.

 

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Ciel magnifié par la blancheur éclatante de la neige.

 

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La station de Risoul.

 

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"Elle est revenue, rassurante et glacée, poudrer les bois, les routes et les toits, de son baiser crissant !"

 

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"On s'éveille

Du coton dans les oreilles

Une petite angoisse douce

Autour du coeur comme mousse ...

... C'est la neige

L'hiver blanc

Sur ses semelles de liège

Qui nous a surpris dormant."

Guy-Charles Cros (Avec des mots. 1927)

 

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Dernière image : Mont Dauphin.

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24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 18:05

 

Champs de morts inutiles, champs de ruines, champs de familles brisées, de part et d'autres

Lettres déchirantes de soldats tout juste sortis de l'enfance, d'époux, de pères

Paysans, poètes, instituteurs, ouvriers, médecins, étudiants,

Venus de toute la France, venus d'ailleurs, de l'Empire si grand,

Englués dans la boue et le désespoir de garder pour toujours les images des corps blessés,

Des cris de douleur, des odeurs terribles

Je viens modestement vous rendre l'hommage de ceux qui ont eu la chance de ne pas connaître çà !

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La France avait perdu l'Alsace et la Lorraine en 1870 et n'avait pas renoncé à les reprendre un jour à l'Allemagne.

Ce n'est pas la cause principale, bien sûr, mais mon propos n'est pas de faire un énième résumé de cette guerre. D'autres l'ont fait avant moi et beaucoup mieux, historiens, écrivains, et témoins directs. Je n'ai pas non plus l'ambition de traiter de tous ses aspects parce qu'il existe des milliers de cartes postales, et parmi celles que j'ai trouvées, il n'y a pas tout. 

Pour les hommes, tout a commencé par cela :

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Ils s'y attendait déjà...

Les grandes puissances européennes industrielles (Grande-Bretagne, France, Allemagne) rivalisaient pour la conquête des colonies. Leurs économies se concurrençaient durement. Certaines avaient du mal à faire taire les groupes nationalistes qui souhaitaient s'affranchir de leur tutelle (l'Autriche-Hongrie). Toutes voulaient occuper la première place, la plus glorieuse, la plus lucrative et diriger les autres.

Les pacifistes n'ont rien pu faire. Quand Jean Jaurès a été assassiné, ils ont été emportés dans la déferlante de la guerre. Alors, ils ont préparé leurs affaires, comme les autres, ils ont embrassé leurs familles en les rassurant, ils allaient bien vite revenir! Les quais des gares n'avaient jamais été foulés par autant de monde ! Ils n'ont pas tremblé. Si nombreux, que pouvaient-ils craindre ? Ils avaient la force et le courage issus du sentiment d'accomplir leur devoir.


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Un prétexte a servi à déclencher la guerre : l'assassinat de l'héritier du trône d'Autriche-Hongrie à Sarajevo, mais tout était déjà en place. Les pays s'étaient liés par des traités.

D'un côté, l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie, mieux préparées à la guerre, rejointes plus tard par la Turquie. De l'autre, la France, la Russie, la Grande-Bretagne, la Belgique et la Serbie.

Les États Unis n'entreront en guerre qu'en 1917.


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Les Russes. Pas tous. Une grande part des troupes se battront à l'est.

 

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Les Serbes.

 

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Les Sénégalais, pour la France. 

 

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Les Américains à partir de 1917.


Et tellement d'autres.


On s'attendait à une guerre éclair.

N'avait-on pas dit aux mères, aux fiancées, aux enfants chéris, en larmes sur les quais des gares, que l'on reviendrait vite ? Quelques jours, au pire quelques semaines et tout rentrerait dans l'ordre ?

Hélas ! Face à l'armée allemande moderne, les soldats français sont desservis par leurs uniformes bleus et rouges. Ils vont payer très chers l'incompétence de certains généraux (Le sinistre général Nivelle, Commandant en chef des armées françaises,  surnommé "le boucher", obtus et peu soucieux de la vie des hommes. Bien que limogé après le désastre du Chemin des Dames, où il sacrifia des milliers de soldats, il n'en devint pas moins maréchal !). Très vite, les effectifs sont insuffisants, d'où la mobilisation des troupes coloniales. Les stocks de matériel s'épuisent. Il faut de l'argent ! Les Etats interviennent alors dans les économies.


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Il faut des usines ! Pour cela, les femmes remplaceront les ouvriers au front. Nombreuses sont celles, de tous milieux sociaux, qui s'engagèrent comme infirmières pour soigner les blessés. Vous vous trompez si vous imaginez qu'on leur offrit le droit de vote en remerciement ! Elles devront attendre 1945 !

Il faut des matières premières ! L'Europe en manque. Qu'à cela ne tienne ! Les Etats-Unis lui en vendront !

Les combats sont acharnés, les pertes terribles, mais les forces s'équilibrent. Les armées s'enterrent : la guerre des tranchées commence.


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A la pause... un soldat russe joue avec un ourson.

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Dans les tranchées :

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Un fléau en plus de la boue, les rats, la vermine et les poux.  Il s'agit ici, d'une tranchée à l'arrière. A l'avant, les soldats sont sur le qui-vive. Quand ils reçoivent une dose d'alcool, ils savent que l'assaut est imminent...


"Mon lieutenant, dit-il, va falloir prendre des écopes et des pelles. La boue a coulé dans la sape 7. Si on n'dégage pas, les hommes du p'tit poste ne pourront plus passer... Tantôt déjà, ils ont cru y rester. Ils étaient pris jusqu'aux reins, et les Boches leur tiraient dessus; a fallu qu'ils se déséquipent, qu'ils se déshabillent à moitié. Richomme chialait. Gendre lui a foutu des claques." Maurice Genevoix, La Boue, 1921.


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On évalue à vingt millions le nombre de morts pour cette guerre.


" Il y avait toujours une trêve du petit matin, à l'heure où la terre sue sa fumée naturelle. La rosée brillait sur la capote des morts. Le vent de l'aube, léger et vert, s'en allait droit devant lui. Des bêtes d'eau pataugeaient au fond des trous d'obus. Des rats, aux yeux rouges, marchaient doucement le long de la tranchée. On avait enlevé de là-dessus toute la vie, sauf celle des rats et des vers. Il n'y avait plus d'arbres et plus d'herbe, plus de grands sillons, et les coteaux n'étaient que des os de craie, tout décharnés. (...)

Quand l'aube n'était pas encore bien débarrassée, les corbeaux arrivaient à larges coups d'ailes tranquilles. Ils cherchaient le long des pistes et des chemins les gros chevaux renversés. (...)

Là, toutes les corvées de la nuit laissaient des hommes. Ils étaient étendus, le seau de la soupe renversé sur leurs jambes, dans un mortier de sang et de vin. Le pain même qu'ils portaient était crevé des déchirures du fer et des balles, et on voyait sa mie humide et rouge gonflée du jus de l'homme, comme ces bouts de miche qu'on trempe dans le vin, pour se faire bon estomac au temps des moissons."

Jean Giono, Le Grand Troupeau.

 

Nature défigurée, champs ravagés qui seront longtemps impropres aux cultures... Pire ! Qui tueront pendant des années des paysans au labour, des enfants jouant avec des grenades oubliées, enfouies sous les feuilles... Villes en ruines, maisons dévastées parfois par les soldats eux-mêmes.


"L'état-major avait forcé la population civile à partir. Nous couchions dans les lits des propriétaires absents, nous mangions sur leurs tables et leurs nappes, à la lumière de leurs lampes, parfois consommant leurs provisions." écrit Marc Bloch, dans ses Carnets.

" On transportait dans les cagnas, toutes sortes de meubles "empruntés" dans les villages abandonnés. (...) Jetés en tas froissés, presque méconnaissables, chapeaux, robes, vêtements de femme, lettres anciennes jadis cachées sous les piles de linge. Tout ce qui était le secret, la fierté, le bonheur et le luxe des habitants de ces hameaux évacués. On imagine ce qu'y fut le retour", écrit Jacques Meyer.


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A Verdun.

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Malgré tout, il faut garder le moral. Et puis, la dérision, quel meilleur rempart contre l'horreur et l'absurdité ?

" Si tu es tué, je retiens tes bottes, me crie un camarade - Pardon, c'est moi qui les prends." Je reprends : "Une pour chacun, c'est entendu. Vous aurez bien une patte coupée si vous revenez de là ! " écrit encore Jacques Meyer.

 

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La Victoire : Espoir, soulagement...

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... et Amertume.

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  "Qui que tu sois passant, entre et salue bien bas, les restes des héros tombés pour ton salut."

 

Le poète français Louis Aragon, était médecin pendant la guerre. Dans son recueil : "Le Roman Inachevé", il évoque ainsi la Grande Guerre. Avec un réalisme bouleversant, il traduit l'émotion qui l'habite à l'évocation du destin terrible de ces soldats.

   
   

 

"Les ombres se mêlaient et battaient la semelle

Un convoi se formait en gare à Verberie

Les plates-formes se chargeaient d'artillerie

On hissait les chevaux les sacs et les gamelles.

 

On part Dieu sait pour où  Ça tient du mauvais rêve

On glissera le long de la ligne de feu

Quelque part ça commence à n'être plus du jeu

Les bonshommes là-bas attendent la relève.

 

Tu n'en reviendras pas toi qui courait les filles

Jeune homme dont j'ai vu battre le coeur à nu

Quand j'ai déchiré ta chemise et toi non plus

Tu n'en reviendras pas vieux joueur de manille

 

Qu'un obus a coupé par le travers en deux

Pour une fois qu'il avait un jeu du tonnerre

Et toi le tatoué l'ancien Légionnaire

Tu survivras longtemps sans visage et sans yeux.

 

Roule au loin roule train des dernières lueurs

Les soldats assoupis que ta danse secoue

Laissent pencher leur front et fléchissent le cou

Cela sent le tabac la laine la sueur.

 

Comment vous regarder sans voir vos destinées

Fiancés de la terre et promis des douleurs

La veilleuse vous fait de la couleur des pleurs

Vous bougez vaguement vos jambes condamnées.

 

Vous étirez vos bras vous retrouvez le jour

Arrêt brusque et quelqu'un crie  Au jus là-dedans

Vous baillez vous avez une bouche et des dents

Et le caporal chante Au pont de Minaucourt.

 

Déjà la pierre pense où votre nom s'inscrit

Déjà vous n'êtes plus qu'un mot d'or sur nos places

Déjà le souvenir de vos amours s'efface

Déjà vous n'êtes plus que pour avoir péri."


 

Quelques livres :

- Johnny s'en va t-en guerre, de Dalton Trumbo.

- La Chambre des officiers, de Marc Dugain. Sur les Gueules cassées.

- 1914-1919 Nous étions des hommes, du photographe  Jacques Moreau. Éditions de la Martinère.

- Fusillés pour l'exemple 1914-15, du Général André Bach. Sur les "désertions", les tribunaux militaires expéditifs (pas d'avocat pour les malheureux accusés) les exécutions. Éditions Taillandier.

- A l'Ouest rien de nouveau, d'Erich Maria Remarque. La guerre vue par un jeune soldat Allemand. Aussi terrible et désespérant.

- Les écrivains Roland Dorgelès, Henri Barbusse, Maurice Genevoix, ceux que j'oublie et tous les historiens que je ne peux citer.

Pour en savoir plus : d'innombrables sites et blogs sont riches d'informations sur ce sujet qui ne cesse de nous interpeller.

Merci de votre attention.

 

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19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 15:29

 

Adaptation de la pièce de l'écrivain espagnol Juan Mayorga, "Le Garçon du dernier rang", le dernier film de François Ozon, sorti le 10 octobre 2012, a obtenu 2 prix et 11 nominations.


Dans-la-maison-affiche

Fabrice Lucchini y tient le rôle du professeur, Germain, Kristin Scott Thomas le rôle de son épouse Jeanne et Ernst Umhauer, celui de l'élève doué.


Un lycéen de seize ans, Claude, s'immisce dans la famille d'un élève de sa classe, soigneusement choisi pour sa normalité, après avoir gagné sa confiance. Claude fait de ses observations le sujet de ses rédactions qu'il termine par "à suivre..." Son professeur de Lettres, Germain, est fasciné par cet élève doué qui sort du lot et lui redonne goût à l'enseignement. Mais il se prend au jeu, malgré les mises en garde de sa femme, et déclenche des événements incontrôlables.

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Claude, observateur de la famille "Rapha": Raphaël, le père, Esther, la mère et Raphaël, le fils.

 

François Ozon confie avoir trouvé dans la pièce de Juan Mayorga un moyen de "parler indirectement de son travail, du cinéma, d'où vient l'inspiration, etc."

Il a donc transposé le travail du cinéaste à celui de l'écrivain. Il est vrai qu'il y a, dans l'un comme dans l'autre, le désir de création, la fascination du réel et de l'imaginaire, la maîtrise des techniques, le besoin de reconnaissance du public... L'écrivain est justement celui qui "rentre" dans les maisons, les chambres, les esprits, les coeurs, les secrets des personnages. Il affiche un point de vue généralement omniscient. Il voit tout, devine leurs pensées, leurs désirs.

Mais où trouve-t-il la matière de ses personnages, sinon dans l'humanité  elle-même ?

Soit à travers les autres, par l'observation et même le voyeurisme (un des thèmes du film, dont le cinéaste dit lui-même qu'il est de plus en plus fréquent dans nos sociétés : presse people, déballages médiatiques de vies privées, etc.).

Soit en lui-même, l'écriture étant cette activité magique où la main, guidée par l'esprit et l'inconscient trace le portrait de ce qu'il est fondamentalement et qu'il ignorait.

Ainsi, l'écrivain cherche à comprendre les autres, du moins à se persuader qu'il peut les connaître, et s'aventure en même temps dans la connaissance de soi.

Or, François Ozon a choisi un professeur de Lettres, déçu de l'abîme qui se creuse de plus en plus entre sa propre passion, la littérature, qu'il tente de faire partager à des élèves, dont il s'éloigne irréversiblement d'année en année. (Ils sont toujours adolescents et lui devient de plus en plus vieux!). Eux ont d'autres préoccupations.

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Un des entretiens après le cours entre Claude et son professeur.


Mais les professeurs de Lettres n'entrent pas dans les maisons de leurs élèves, ni dans l'intimité de leurs familles. Ils ne peuvent sentir, comme l'écrit Claude, "l'odeur si singulière des femmes de la classe moyenne"! Ils ne peuvent devenir cet enfant/ado que l'on accueille sans méfiance chez soi, avec la bienveillance des parents pour les copains de classe de leurs enfants.

Et M. Germain, qui connaît parfaitement les techniques de l'écriture, la conception des personnages, leur psychologie, les enjeux et la logique des situations... n'a pas su aller plus loin, c'est-à-dire devenir écrivain. (Il a écrit un livre autrefois, sans succès.) Il échange peu avec ses collègues . Sa femme, qui craint de perdre son travail de galériste et par conséquent recherche désespérément la nouveauté en art, est son auditrice unique. Elle le met néanmoins en garde contre la dangerosité de cet élève et les risques trop grands qu'il lui fait prendre.


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Jeanne trouve que Claude est un "type dangereux".


Que peut faire le professeur qui n'a pas réussi à être écrivain, face à ce jeune élève manipulateur, intelligent et doué de l'audace qu'il n'a pas eue, celle-là qui justement fait les artistes ?

Fascination du maître pour l'élève.

En face, nécessité pour l'élève, de s'approprier le savoir du maître,qui lui manque. Aussi, le relance-t-il sans cesse, jouant sur l'incapacité de son professeur à renoncer à aller jusqu'au bout. Le "bout" se trouvant dans les mains de Claude, qui ponctue chaque devoir par un irrésistible "à suivre..." Germain, tel un enfant qui a bravé l'interdit et comprend qu'il ne peut plus revenir en arrière,  esclave de son désir irrépressible, sait qu'il faut boire le calice jusqu'à la lie ! Risquer le tout pour le tout !  

Germain risque donc sa carrière, sa femme et lui-même...

Il se retrouve dans la situation du héros de Balzac, le Colonel Chabert, excepté qu'il n'est ni abattu, ni désespéré, lui ! Au contraire ! Claude n'abandonne pas son maître. Il vient le solliciter. Cette fois, Germain ne risque plus rien. Il est libre. Il résiste un peu pour la forme, mais il sait bien qu'il peut désormais donner libre cours à sa ... folie !

En conclusion, un excellent film qui se termine par un dernier plan savoureux et plein de promesses !

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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 16:57

 

Porte du Paradis, Portes de l'Enfer, Portes du temps, Portes de la nuit... la porte joue un rôle essentiel dans l'imaginaire des hommes.

Elle permet en effet le passage d'un lieu à un autre, la limite qui protège ou interdit.  Elle est donc, au-delà de son utilité évidente, hautement symbolique.

Quelle soit riche ou modeste, ancienne ou contemporaine, elle donne à rêver grâce à ses formes variées et ses couleurs travaillées par le temps. 

Je vous invite à regarder, admirer peut-être quelques unes de celles qui ont attiré mon attention par leur beauté, originalité, humour et humanité.


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Pour commencer, voici une magnifique porte au fronton dédié à la musique. Elle est rassurante par son invitation à entrer, quoique à demi-ouverte! NARBONNE (Aude)


  Le cinéma policier a énormément utilisé la porte entrebâillée, ou mal fermée, comme indice d'anormalité et de catastrophe annoncée. L'enquêteur s'approche, sonne, attend une réponse qui ne vient pas, voit que la porte est ouverte, la pousse doucement, entreprend son exploration sur ses gardes, avant de découvrir une victime, à moins que ce soit lui qui le devienne!

Certaines sont ostensiblement ouvertes. Venez! Passez le seuil! Franchissez-moi! Elles ouvrent moins sur des espaces privés que publics: portes d'église, de musées, d'hôtel de ville... Entrée libre, mais il faut souvent montrer patte blanche.


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Église du village perché de CHATEAU DOUBLE (Var)


Généreuse, elle s'ouvre grand pour accueillir famille et amis. Puis, elle se referme sur ses secrets, peut se claquer, se verrouiller. Elle protège. Il lui arrive d'être craintive, soupçonneuse ou simplement précautionneuse. Dès lors, elle s'entrouvre à peine - elle ne se laisserait pas forcer - prête à condamner s'il le faut l'entrée aux intrus.

 

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C'est dans le village médiéval d'OLARGUES (Hérault) que vous pourrez admirer cette élégante porte bleue. 

 

Elle est capable de faire de la maison, du castelet, une forteresse. Sauf le pont levis qui n'a plus cours, la herse, elle, s'est de nos jours transformée en serrure de sécurité. Elle met un point d'honneur à protéger le visiteur, l'ami, le réfugié.

 

Voici le pont levis du vieux château QUEYRAS (Hautes-Alpes).

Chateau-Queyras-Pont-levis-.jpg

 

 Elle nous dirige vers les patios fleuris, les cours intérieures, et plus rares, les cloîtres ombragés des abbayes où roucoulent d'éternelles fontaines, à moins que ce ne soient dans les jardins potagers, hymnes à la géométrie autant qu'au goût. En danger, le visiteur peut encore s'enfuir par le portillon du jardin ou mieux par une porte dérobée !


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Cloître de l'Abbaye de SAINT- HILAIRE, où les moines (qui savaient vivre bien!) inventèrent la fameuse Blanquette de LIMOUX (Aude)

 

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Entrée du jardin de l'abbaye de FONTFROIDE (Aude)


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  Au fond d'un verger d'ALLOS (Alpes de Haute Provence)

 

 Il arrive qu'elle soit battante, sous le vent qui la bouscule. Il arrive qu'elle gémisse à cause du grincement de ses gonds fatigués. Elle aime s'entourer de mystère, susciter l'inquiétude, taquiner l'imagination, comme dans le film de Fritz Lang: "Le Secret derrière la porte".

 

Cependant, nous le savons, les portes révèlent aussi les rapports sociaux des sociétés, leurs valeurs, leurs droits et interdits. Elles témoignent du passé et c'est ce qui les rend respectables voire sacrées.


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Commanderie de Sainte-Luce, ayant appartenue aux Templiers, puis aux Chevaliers de Malte. ARLES (Gard) 


Petites portes des masures, rafistolées, de bric et de broc, derniers remparts avant l'insécurité absolue de la rue, elles tentent, tant bien que mal de préserver leurs habitants et ne manquent pas de charme pour autant.


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Celle-ci est sur ses gardes. Elle clame nettement son désir d'assumer ses fonctions librement. Elle s'affirme nettement au risque d'être impopulaire! On la trouve dans le vieux TOULON (Var) La circulation et le stationnement anarchique dans la petite rue expliquent la protestation vigoureuse de l'habitant.

 

   Seillans-Dans-le-village-medieval.jpg

 

 

Luxueuses ou menaçantes, elles affichent clairement, même farouchement, la puissance des maîtres. Ils les ont voulues lourdes, bruyantes, flanquées de gardes, de grilles, blindées.

 

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Entrée du château d'ARQUES (Aude), construit au XIIIe siècle,en plein pays cathare.

 

J'ai choisi, dans ce thème inépuisable, des exemples anciens, rencontrés au hasard de mes promenades, pour le plaisir offert au regard, les rêves suscités et l'envie d'en garder le souvenir. 

 

Je terminerai par ces notes d'humour.

 

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Toilettes tueuses dans un village perché du Var !


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  ARLES : Féministe en colère ? 

(Faites des caricatures de mecs ! B..., ça nous fera des vacances)

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 A TOULON, " Françoise, ma chérie... je suis là."


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ARLES : Porte condamnée à l'érotisme !


 

Avis à celles et ceux qui auraient envie d'enrichir le thème, soit en proposant d'autres portes lourdes de sens, porches, portillons, poternes, etc. soit en ajoutant des expressions comme "aimable comme une porte de prison, prendre la porte, etc", libre à vous d'intervenir !

Pour en savoir plus :

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23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 08:45

Un des plus beaux films d'Aki KAURISMAKI, cinéaste finlandais.


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J'ai revu avec plaisir ce film diffusé à la télévision samedi 20 octobre dernier.

L'univers de Kaurismäki me surprend tellement par sa noirceur, sa désespérance, qu'il me fait rire! J'entends déjà les rumeurs des cinéphiles avertis me bourdonner aux oreilles.

On évoque Buster Keaton, l'homme qui ne riait jamais. Il est vrai que le rire du spectateur naît ,entre autres,de l'inadéquation du comportement des héros avec la situation dans laquelle ils se démènent. Il naît aussi de leur lucidité - ils savent qu'ils sont dans de sales draps- mais ils agissent malgré tout comme si de rien n'était, comme si le monde était tel qu'ils le rêvent. On voit cela chez Charlie Chaplin également, pour ne citer que les Anciens. En ce sens, Kaurismäki est un grand cinéaste.

Oui, on peut compter les sourires que les personnages échangent sur les doigts de la main. Vous allez dire que j'exagère. Allez! Sur les doigts des deux mains! Les portraits du cinéaste lui-même, son attitude lors des interviews, même en présence du public conquis des festivals, son regard souvent fuyant, les nuages de fumée de cigarettes derrière lesquels on peine à le voir, tout semble indiquer une personne fondamentalement pessimiste.

Il y a quelques années, quand j'ai découvert une partie de son oeuvre immense, je suis posée la question suivante : ses personnages (pas seulement dans ce film-là) sont-ils à son image? Ou bien, le cinéaste choisit-il de peindre la psychologie, les moeurs, les expressions culturelles, les caractères propres des Finlandais? Comment font-ils pour tomber dans les bras les uns des autres, cela arrive, tout en gardant des visages de marbre? Je pense au théâtre antique grec, mais aussi aux visages hiératiques du théâtre asiatique.

Quoiqu'il en soit, j'ai de plus en plus envie d'aller découvrir ce pays aux milliers de lacs, histoire de voir si les Finlandais expriment leurs émotions et sentiments autrement qu'en regardant dans le vide!

Certes, les femmes de Kaurismäki ne sont pas celles d'Almodovar! On ne s'exprime pas de la même façon selon que l'on fréquente plusieurs mois de nuit polaire ou l'été andalous!

 

Le film, sorti en 1996, se passe à Helsinki.  Il raconte l'histoire d'un couple qui mène une vie tranquille, avec leur chien (qui lui non plus ne s'exprime pas beaucoup!). Ilona est maître d'hôtel dans un restaurant, le "Dubrovnik", Lauri, son mari, est conducteur de tramways. Ils sont propriétaires de leur appartement, d'une vieille Buick et disposent de meubles -canapé, bibliothèque, télévision- achetés à crédit, mais pas encore payés. Ils font des projets, par exemple acheter bientôt les livres qui iront dans la bibliothèque. Ils sont heureux, d'un bonheur tout intérieur.

Mais, Lauri est licencié, après tirage au sort et refuse par dignité l'allocation de chômage. Peu après, le "Dubrovnik" est vendu à une chaîne, aussi Ilona perd son emploi. Commence la descente aux Enfers. Lauri ne peut pas prétendre à un emploi similaire pour raison de santé. Ilona ne trouve à s'employer que dans un boui-boui, auprès d'un patron véreux qui ne la déclare pas au fisc et ne la paye pas, une fois licenciée. Pendant ce temps, les meubles sont saisis, la voiture est vendue. Ses collègues sont dans la même situation. Tous fument et boivent encore plus! Mélartin le portier se fait embaucher comme cordonnier, tout en se demandant combien de temps il va faire illusion. Ilona est sur le point d'accepter un travail de coiffeuse quand elle rencontre son ancienne patronne. Celle-ci est prête à se porter caution auprès de la banque pour investir dans une autre affaire.

Le nouveau restaurant s'appelle "Le Työ" (Le Travail). Le jour de l'ouverture, l'angoisse devant le risque d'échec est palpable. Les personnages restent de glace, comme d'habitude, mais les spectateurs se rongent les sangs. Puis, les clients arrivent peu à peu. La salle se remplit. Les réservations affluent. La dernière image du film montre Ilona et Lauri, sortant du restaurant, les yeux levés vers le ciel où les nuages s'estompent.


au-loin-sen-vont.-au-cinema-jpg.jpg

 

Dans cette oeuvre, l'auteur s'est surtout attaché à illustrer les effets psychologiques du chômage. Il n'échappe pas à un certain didactisme.

- La destruction des liens sociaux: les employés se séparent et sont seuls à gérer leur malheur. Dans l'alcool. Ilona et son mari semblent vivre séparément leur misère morale. Ils rentrent à tour de rôle ivres et c'est l'autre qui les traîne jusqu'au lit. Ils sont également le jouet des "profiteurs de la misère" : Ilona doit payer pour avoir l'adresse d'un boui-boui.

- La destruction de" l'ancrage au monde réel". Chaque personnage "fait semblant" que tout va s'arranger. En buvant toujours beaucoup. Ilona fait tout dans le boui-boui où elle travaille, l'accueil, la cuisine, le service... Mais elle se cache des clients, qui n'en ont que faire, d'ailleurs, pour cuisiner sur un pauvre réchaud. Suprême déchéance par rapport aux cuisines professionnelles qu'elle a connues. Immense dignité de sa part. Elle ne s'avoue pas vaincue.

Pour tenter de financer l'achat d'un autre restaurant, Lauri vend leur vieille Buick. Cela ne suffit pas. Il va donc jouer l'argent au casino et il perd tout. Politique désastreuse du "tout ou rien".

- Et puisque l'on ne peut plus faire valoir ses capacités pour vivre, puisqu'il ne sert à rien de bousculer le Destin -Sisyphe remonte inlassablement son rocher!- puisque "les jeux sont faits"... alors jouons à notre tour! Lauri a perdu son emploi en tirant la mauvaise carte! Ilona s'endort devant la porte de l'agence d'intérim et rate les deux seuls emplois de maîtres d'hôtel... Kaurismäki nous plonge dans une authentique tragédie classique.

D'où le désarroi des spectateurs, sans cesse témoins - comme dans le théâtre de Bertold Brecht - du malheur des personnages qui font le contraire de ce que leur situation exigerait. Comme s'ils avaient perdu la tête et que, "tant qu'à faire, autant faire l'autruche!" Ainsi le couple continue de parler (toujours très peu), pendant la saisie de leurs meubles, comme si de rien n'était. Et Lauri continue de jouer aux Mots fléchés pendant que sa femme lui dit qu'ils vont devoir "vendre l'appartement"!

 

Cependant, l'auteur a choisi une vraie "happy end". Pour une fois, disent certains. Il a dérogé à sa vision habituelle. Sommes-nous pour autant revenus dans la réalité? Rien n'est moins sûr! Je serai tentée de penser que "C'est trop beau..."  Sans doute me suis-je laissé contaminer par l'ambiance korismakienne.

 

Quelques mots de la forme.

Ce film s'inscrit, au niveau de son contenu, dans la même veine que les grands néo-réalistes italiens, comme Vittorio de Sicca, Zavatini... Aki Kaurismäki dit lui-même qu'il "aspire à un genre néo-réalisme, associé à beaucoup d'éléments comiques". Un néo-réalisme, purgé de l'expression des sentiments, autrement dit sans larmes, sans visages douloureux, sans cris. Ses personnages subissent l'adversité avec courage et un parfait contrôle de soi.Visiblement, le malheur ne peut rien contre eux.

Les choix stylistiques, au niveau des décors offrent une esthétique plutôt kitsch. Couleurs crues: verts, bleus, manteau rouge d'Ilona, rouge du canapé, sang sur la main de Mélartin, visage sanguinolent de Lauri, battu par le patron truand de sa femme. Couleurs vives comme pour marquer qu'on ne laissera pas la grisaille envahir sa vie.

Enfin, le style propre à l'auteur, mélange savant entre gravité et rire. Il vaut mieux dire "pince-sans-rire", à cause de l'attitude figée des personnages, la concision des dialogues, la neutralité des voix. En fait, le monde que Kaurismäki peint est triste, monotone, déprimant, mais il peut être vivable. Même beau. Et même heureux.

Morvane.

 

Pour en savoir plus, notamment sur la biographie d'Aki Kaurismäki, sa filmographie et la totalité des oeuvres de ce cinéaste de 55 ans, vous pouvez consulter Wikipedia, pas exemple, ainsi que d'autres sites ou blogs que je ne peux citer ici, vu leur nombre.

Vous pouvez vous procurer ou louer ses films auprès des sites spécialisés.

 

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12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 10:28

 

Intimités d'automne

 

Tiens, voilà l'automne!

Mélancolie pour les uns, qui ne voient que l'été agonisant!

Joie pour les autres, qui admirent l'explosion des milliers de tons chauds et la douceur

enveloppante, où percent d'innocents frissons!

 


DSCF4156      

 

Il y a dans l'automne quelque chose d'intime. Et tant qu'il ne pleut pas, la douceur des beaux jours nous est voluptueuse. C'est une coquetterie de la nature qui veut s'éteindre en beauté !

Alors, l'homme que l'hiver effraie, arpente les bois, les monts et les vallées,  pour s'imprégner de cette dernière énergie. Tous ses sens sont en alerte, les odeurs des sous-bois, le craquement des feuilles et des brindilles, le moelleux des mousses, le goût acide des mûres sauvages.

Mais comme il aime aussi contempler les oeuvres créées de ses propres mains, nées de sa propre  imagination  et de son angoisse absolue devant son propre devenir, il aime admirer ce qui reste du passé, tangible quoique ruiné des fois. C'est peut-être pour cela qu'il restaure avec frénésie ! 

Il tente aujoud'hui plus que jamais, il faut lui en reconnaître la modestie, de réconcilier, d'harmoniser la nature et la culture.

 

 

J'ai choisi, quel déchirement tant il y a de splendeurs ! un petit coin perdu dans le Lubéron, qui m'a bien donné à rêver, lorsque je l'ai découvert.


 DSCF4109.JPG

 

Venant du sud de la France, je me dirigeais vers le nord. en prenant l'école buissonnière, c'est-à-dire en traversant le Parc régional du Lubéron. Je suivais la route départementale 943, quand  à mi-chemin entre Lourmarin et Apt, de Bonnieux à l'ouest à Buouix, le pays des ocres de Provence, à l'est, j'aperçus surgissant de l'exubérante mer végétale des pentes du Lubéron, le campanile du Prieuré de Saint-Symphorien.

Surprise totale ! Malgré une légère pluie, et faute de pouvoir l'admirer de plus près, je décidais de prendre au moins quelques photos, en attendant de revenir.

 

DSCF4111.JPG

 

 

Le campanile, qui a été restauré en 1960, date du XIIe siècle, peut-être même avant. C'est un des plus beaux de Provence. Il est flanqué de deux chapelles restaurées elles aussi vingt ans plus tard. On sait qu'il fut très prospère pendant tout le Moyen Âge.

 

En effet, les prieurés, qui dépendaient des abbayes, jouaient un rôle non seulement sprirituel, mais temporel car ils vivaient de leur travail, et amassaient des richesses avec lesquelles ils alimentaient les marchés. Ils faisaient donc vivre du monde et possédaient terres, biens et rentes. De plus, ils jouaient un rôle culturel non négligeable, comme seuls détenteurs de savoirs.

 Malheureusement, aujourd'hui, celui qui nous intéresse appartient à des personnes privées, par conséquent il ne se visite pas.

 

    DSCN2768 Automne à Thor. copie

 

Il n'en demeure pas moins magnifique et secret, en cette saison, cause de la déclinaison des rouges, ocres, oranges et jaunes.

 

Enfin, l'automne, c'est aussi la nostalgie car aucune saison ne nous fait autant sentir la fin de quelque chose, la mort de l'enfance, des plaisirs insouciants... Je terminerai  mes divagations  par ce poème inédit:


"On ne sait pas encore que la feuille qui tremble rêve

Comme nous

D'un au-delà pareil

Au soleil cotonneux dont elle s'envelopperait

 

Feuille-paupière

C'est ainsi qu'elle se voit

 

Sous la frange mordorée des cils elle imagine

L'éclair bleu  d'un songe qui la délivrerait de la convoitise

Du temps

 

Mais a-t-elle raison de s'égarer si près de l'astre assoiffé

Qu'elle croit simplement assoupi ?

 

Feuille anonyme

C'est ainsi que nous la voyons

Celle-là ou une autre

Epelée comme lettre de l'alphabet


Comment croire qu'elle ait si peur du sol qui l'attire ?

Craint-elle de deviner dans le rouge de sa robe la naissance inexorable du vide ?

 

On s'attarde le long des chemins d'automne

Les yeux brisés de solitude

Sans voir

Sans entendre autour de nous comme autant de secrets murmurés

Les petites chansons de la vie."

 

Morvane (copyright)

DSCF6505.JPGDans la vallée de l'Ubac.

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7 octobre 2012 7 07 /10 /octobre /2012 22:04

 

Le Musée de la Marine de Toulon offre aux visiteurs, du 6 octobre 2012 au 13 mai 2013, une exposition sur :

 

LE BAGNE PORTUAIRE DE TOULON 1748-1873

ENTRE REALITES & IMAGINAIRE

 

J'étais ravie d'être invitée à l'inauguration par goût personnel et aussi parce que mon article sur les "Artistes du bagne" a plu à beaucoup d'entre vous. Malheureusement, le Musée de la Marine était plein à craquer, ce qui est bien pour l'exposition, mais peu propice à un reportage photo. D'autant que les documents papier comme le registre des évasions par exemple, sont trop fragiles pour être photographiés. J'ai donc décidé d'y retourner, à un moment calme, pour faire une étude plus approfondie. J'en profiterai surement pour vous faire rêver avec quelques maquettes de voiliers et figures de proue en bois sculpté de la collection du musée.

 

J'ai aussi en tête d'autres articles, mais celles et ceux qui écrivent savent bien comme cette activité est exigeante et grande consommatrice de temps! Idem pour les photographies ou documents à chercher, sélectionner, etc.

 

Aussi, je vous propose ici un petit interlude.


J'ai commencé ce blog en évoquant les nombreuses cartes postales anciennes trouvées dans un grenier familial. Ces modestes témoignages du passé sont toujours émouvants et nous apprennent beaucoup sur les personnes qui les ont écrits.

Aujourd'hui, je vous propose ce petit album-souvenir consacré aux inondations de Paris (et sa proche banlieue) en 1910.

Vous reconnaitrez peut-être certaines photos, car il me semble que le journal de l'Internaute a dû en montrer quelques unes. L'événement a été assez extraordinaire, à l'époque, pour que d'avisés graveurs-imprimeurs, P. Shneider & Cie,en ait conçu ce petit ouvrage.

 

1910. Inondations de Paris. 1.

 

1910. Inondations de Paris. 2

  1. Bain forcé au Jardin des Plantes
  2. Paris : Rue Surcouf
  3. Paris. Le Quai de Grenelle

 

1910.-Inondations-de-Paris.-3.jpeg

  1. Quai de Passy : sauvetage d'une femme paralytique
  2. Rue de Lille : sauvetage d'une femme et d'une fillette
  3. Rue François David

 

1910.-Inondations-de-Paris.-4.jpeg

  1. Rue Surcouf
  2. Rue de Bourgogne et Saint Dominique
  3. Place Maubert

 

L'Album-Souvenir se compose de 19 photos, présentées sous forme de dépliant. Celles de la proche banlieue vous attendent pour une prochaine fois!

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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 23:23

La philosophie n’a pas d’âge

Ou … Il n’y a plus d’enfant ! 

 

Dans la région de Toulon, il y a beaucoup de forts, de batteries, qui servaient à surveiller la mer et prévenir toute attaque.

Aujourd’hui, comme le fort Balaguier dont j’ai parlé précédemment, beaucoup sont devenus des lieux de promenade et des musées avec des expositions diverses : archéologie, faïences anciennes, santons de Provence, costumes traditionnels, etc.


Batterie-du-Cap-Negre--1-.jpeg(Photo extraite du Journal municipal de Six-Fours)

 

C’est ainsi que j’ai eu l’occasion, il y a quelques années, de flâner dans le Parc de la Méditerranée, à Six Fours les Plages, où se tient la batterie du Cap Nègre. L’entrée est libre, aussi la plupart des promeneurs viennent lui rendre visite en famille, le dimanche. C’est une bonne occasion d’éveiller la curiosité des enfants pour autre chose que les loisirs habituels que leur offre le monde moderne.


Batterie-du-Cap-Negre--2-.jpeg(idem)

 

Il était ce jour-là question d’archéologie et aussi d’anthropologie. Certains plaignaient beaucoup nos malheureux ancêtres qui avaient bien dû en baver pour découper les peaux de bêtes avec les silex. A la condition d’avoir auparavant réussi à tailler les silex ! Et les arbres, sans tronçonneuses ? Etc.

A la fin, le clou de l’exposition : quelques fossiles humains permettaient d’imaginer l’évolution de l’espèce humaine. 


Crane-de-Neandertalien--l-Homme-de-la-Chapelle-aux-Saint.jpg  

La vitrine était assez basse et les enfants pouvaient sans peine les observer. A côté de moi, un petit garçon d’environ trois ans, pas plus, écoutait avec grande attention les explications que lui donnait son père.

-        Alors, tu vois, là il y a son crâne, là sa bouche et ses dents, là ses yeux… »

L’enfant observait sans rien dire, perplexe. On sentait bien qu'autre chose le préoccupait. Puis, soudain, il s’exclama :

-        Mais, où il est, le monsieur ? »


J’ignore la réponse du père car il fallait laisser la place aux visiteurs qui affluaient dans la petite salle. J’imaginais sa surprise. Assurément, son enfant chéri venait de lui poser une sacrée colle !

Néanmoins quelle pertinente question !

Voilà un petit gars de trois ans qui venait, sans le savoir, de mettre le doigt sur l’origine de la philosophie, plus particulièrement de la métaphysique : « Où allons-nous ? » Interrogation finale qui inspira Paul Gauguin dans la célèbre toile :

« D'où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? »

 Paul-Gauguin-D-ou-venons-nous-.jpg

 


Toute l’histoire de la philosophie a consisté à tenter de répondre à ces questions essentielles. Tout en ayant conscience qu’aucune des réponses n’était sure. Le philosophe étant celui qui doute.

Toutes les religions également. Elles ont affirmé détenir la Vérité, la Parole, le Verbe. Le religieux n'ayant pas besoin de preuves, il croit.

La science, elle, par ses méthodes objectives, a fait considérablement avancer le savoir et permet de répondre de mieux en mieux à la question des origines et de la nature physique et psychologique de l’homme. Le scientifique observe, élabore des hypothèses, les vérifie et n’affirme que ce qu’il est a pu prouver. Alors, la métaphysique...!

Que nous reste-t-il si aucune de ces manières de penser ne nous satisfait totalement ?


L’imagination, cette merveilleuse faculté, largement dopée par l’angoisse, l’espoir, l’envie irraisonnée de rester toujours là, sur notre bonne vieille terre !

Celle-là même qui conduit à construire pyramides, mausolées, temples et cathédrales, palais, œuvres d’art de toutes sortes, encyclopédies, traités de mathématique et poésie…

Celle qui nous dit

inlassablement

que chaque effort que nous faisons vaut la peine !


 

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  • : Une vraie dilettante ! Tout m'intéresse : les Lettres, les Arts, l'Histoire, les Sciences & les Techniques, les Sociétés & leurs Cultures, la Philosophie...Dilettante, oui, mais pas superficielle ! Car, sitôt qu'un sujet attire mon attention, j'ai envie de l'explorer et d'en savoir le plus. D'où mes recherches. Mais garder ses découvertes pour soi, est vain et égoïste. Aussi, j'aime les partager à travers ce blog. Enfin, j'ai la passion d'écrire. Je suis amoureuse de la langue française et elle me le rend bien par ses innombrables écrivains et poètes.
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