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9 octobre 2013 3 09 /10 /octobre /2013 23:32

 

Etrange personnage que cet homme ordinaire, qui aurait dû, de par ses origines, passer inaperçu, anonyme, comme la plupart d’entre-nous, et qui s’est propulsé de ses propres forces sur le devant de la scène, allant même jusqu’à impressionner les plus célèbres artistes, comme Pablo Picasso, Max Ernst, Jean Tinguely, Niki de Saint Phalle, le poète André Breton et bien d’autres !

F.Cheval 01 

1836 : Naissance dans une petite commune voisine de Hauterives (Drôme), dans une famille de paysans pauvres. Il fréquente peu l’école, car les ressources de la famille sont insuffisantes. Il doit donc travailler avec son père. Sa vie paraît toute tracée.

Il a 19 ans à la mort de son père. Il se marie bientôt et devient artisan-boulanger. Il s’installe en ville pour six ans. A son retour, il perd sa femme, se remarie et devient facteur à 31 ans. Il occupera ce modeste poste de fonctionnaire pendant 25 ans.

1867, l’année où sa vie va changer, sa personnalité se forger. Une deuxième naissance, non ?

1879, c'est décidé, il commence le chantier de son Palais.

1896, il prend sa retraite.

1924, il meurt à 88 ans.

1969, le Palais Idéal est classé Monument Historique, par André Malraux, alors Ministre de la Culture. Il est considéré comme le seul exemple en architecture d’art naïf.

Le Palais est visité depuis, par des milliers de personnes venues du monde entier, chaque année.

 

 F.Cheval 02

 

 

Tout en parcourant les trente-deux kilomètres à pied quotidiens, portant la lourde sacoche de cuir, remplie de lettres et de revues, il observe la nature. On l’imagine aisément, tête baissée, regardant où il marche, fouillant du regard les ornières, les talus et relevant la tête de temps en temps, pour s’imprégner du panorama sans cesse renouvelé.

Un jour,

 « Mon pied avait accroché une pierre qui failli me faire tomber : j’ai voulu savoir ce que c’était. C’était une pierre d’achoppement d’une forme si bizarre que je l’ai mise dans ma poche pour l’admirer à mon aise. Le lendemain, je suis repassé au même endroit, j’en ai encore retrouvé de plus belles. Je me suis dit : Puisque la nature veut faire la sculpture, je ferai la maçonnerie et l’architecture. »

 

F.Cheval 03 Le Palais Idéal. 

De temps en temps, d’autres trésors, cette fois culturels, voisinent avec les lettres. Des revues ! Ferdinand va les lire, avidement, avant de les confier aux abonnés. Bienheureux abonnés, dirions-nous, bien inspirés aussi! Ils ne savaient pas que leur curiosité du monde serait décuplée chez leur bienaimé facteur !

Ferdinand dévore tout le savoir qui s’offre à lui et dont il a été privé dans sa jeunesse.

F.Cheval 06  Ici, il représente SOCRATE.

En cette fin de XIXème siècle, le monde change tellement ! La science lui paraît inépuisable, tant elle explique l’inconnu d’hier. La Révolution industrielle transforme les campagnes et les villes. Parfois, elle fait mal : au nord de la France, des coups de grisou tuent les mineurs… Le monde ne s’arrête plus au village. Là-bas, en Afrique, en Asie, des explorateurs européens se hasardent et racontent la vie des peuples, les mœurs et coutumes curieuses, décrivent les pays, les fleuves gigantesques, les animaux dangereux. Les civilisations s’offrent à l’étude. Ferdinand est fasciné. La concurrence des religions, les luttes fratricides le navrent. Elles influeront sur sa propre vision du monde, sa propre philosophie.

 

F.Cheval 05  Célébration de la SAGESSE.  

Mais surtout, les idées n’ont plus de frontières. Elles ne sont plus réservées à une élite sociale et instruite. La preuve ! Il les reçoit comme un Graal, religieusement. Elles lui viennent en désordre : il fera tout pour en chercher l’unité.

F.Cheval 09  Son idéal : la FRATERNITE.

Alors, il rêve, Ferdinand, tout en ramassant ses cailloux. Il rêve de trouver le fil qui reliera les hommes entre eux, les civilisations entre elles, les religions, les hommes célèbres, l’Orient et l’Occident… Il rêve de la sagesse pour tous et la force qu’il puise dans ses rêves, lui donne le courage, jour après jour, de réaliser son immense projet : construire un Palais idéal, témoignage de sa vie.

F.Cheval 12 

Lui qui n’a jamais lu le philosophe Jean-Paul Sartre, illustre parfaitement l’idée maîtresse de l’existentialisme : « L’homme n’est rien d’autre que ce qu’il se fait ». En effet, pour Sartre, l’homme n’est d’abord rien. Il est seulement  « ce qui se jette vers un avenir». L’homme est donc un projet. Mais que vaut un projet s’il n’est pas réalisé ? Sartre démontre que l’homme sera ce qu’il a projeté d’être, à la condition de le réaliser. En d’autres termes, ce n’est pas parce que je rêve d’être un grand artiste que je le suis, mais c’est parce que je réalise des œuvres que je « me » fais artiste. Ainsi Sartre définit la totale liberté et responsabilité de l’homme. « Il sera tel qu’il se sera fait ».   

 F.Cheval 04

 

Ferdinand Cheval, réfléchissant sur l’origine de ses pensées avait écrit dans ses cahiers :

« Que faire en marchant perpétuellement dans le même décor, à moins que l’on ne songe ? Pour distraire mes pensées, je construisais en rêve, un palais féerique. »

 F.Cheval 11

Il est clair qu'en décidant de consacrer 33 ans d’efforts à faire d’un rêve fou, une réalité, Ferdinand Cheval est tout à fait conforme à l’homme sartrien. Il aurait pu n’« être » qu’un paysan, un boulanger, un facteur, non que ce ne soit pas honorable bien sûr, mais lui a eu une autre idée de sa vie et il s’en est donné les moyens.

Il nous dit, par son œuvre gigantesque, originale – lui, seul représentant dans le monde de l’Art Naïf en architecture,

Moi, homme modeste, moi qu’« un génie a sorti de son obscurité », j’ai fait de ma vie un destin !        

 F.Cheval-10.JPG

 

En complément :  

«Qu’est-ce que le Palais Idéal ? C’est le seul exemple en architecture d’art naïf. L’art naïf est un phénomène banal, connu de tous, mais qui n’a pas d’architecture… En un temps ou l’art naïf est devenu une réalité considérable, il serait enfantin de ne pas classer, quand c’est nous, Français, qui avons cette chance de la posséder, la seule architecture naïve du monde, et attendre qu’elle se détruise». André Malraux.

 

« Nous entendons par Art Brut des ouvrages exécutés par des personnes indemnes de culture artistique (…) Nous y assistons à l’opération artistique toute pure, brute, réinventée dans l’entier de toutes ses phases par son auteur, à partir seulement de ses propres impulsions et de son désir de créer». Jean Dubuffet.

 

Livre de Jean Paul Sartre cité plus haut : il s’agit de « L’Existentialisme est un humanisme ». Il n’est pas inutile aux jeunes, à mon avis, et aux moins jeunes d’ailleurs, de lire ou relire ce petit ouvrage philosophique d’une centaine de pages, si riche d'enseignement.

 Merci de votre attention.

Si vous avez envie d'en savoir plus, le Net regorge de sites intéressants.

Quant à la visite, elle est vivement recommandée !

 

 

 

 

 

 

 

 

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27 septembre 2013 5 27 /09 /septembre /2013 22:32
   
Des rochers poussés à grands efforts devant l’entrée des grottes protectrices, aux cercles de feux attisés autour des campements de savane, nos lointains ancêtres,  ont construit par nécessité vitale des murs. Parfois avec l’aide de la nature, dans l’habitat troglodyte, parfois sans elle ou même contre elle, dès lors qu’il fallait s’en protéger. Ils ont ainsi bâti des abris, endigué des cours d’eau, accroché aux montagnes d’inaccessibles (presque) forteresses pour se protéger, d’inviolables cachots pour punir…  
Murs de pierres, de briques, de bois, de torchis ou tout à la fois, pour se mettre à l’abri des forces naturelles, mais aussi pour réfléchir, s’instruire, penser.
 
Rembrandt.-Philosophe-en-Meditation.jpg
Que nous suggère, entre autres interprétations possibles, le tableau de REMBRANDT appelé « Le Philosophe en méditation » ? –Qu’il faut pour réfléchir, étudier, écrire, méditer, se mettre à l’abri du monde extérieur, pour ne pas se laisser distraire par son agitation. Conception qui sera dénoncée plus tard par les philosophes dits « engagés », comme ce qualificatif l’indique, justement, concernés par le monde et les hommes. Notons que pour penser, le philosophe a besoin de l’ouvrier ou du domestique pour entretenir son feu ! Cela reste valable aujourd’hui et justifie une certaine division du travail.
 
Murs de verre, murs d’acier,
Salins-les-Bains-1.JPG
 Salins-les-Bains-2.JPG

Le casino de Salins-les-Bains (Jura) met ses murs de verre à l’abri du soleil derrière cet auvent de feuilles métalliques qui laissent passer la lumière.

Mais aussi murs d’eau, de glace, murs végétaux,

Murs austères, suscitant l’effroi, des forteresses et des prisons.

Italie-Exilles.JPG

Ici, le fort d’Exiles, dans le nord de l’Italie, en réponse sûrement aux constructions militaires stratégiques de Vauban, de l’autre côté de la frontière.

Tarascon-sur-Rhone-Chateau-.jpg

Là, des graffiti sur un mur du château de Tarascon sur Rhône, qui servit de prison pendant quelques siècles, après avoir connu une période fastueuse, du temps du Roi René, Comte de Provence.

 

Murs élégants des beaux quartiers :

Nice-1.JPG  Mairie de Nice et…

Nice-2.JPG ...Place Garibaldi, au printemps.

 

Murs obstacles qu’il faut franchir pour atteindre le lieu convoité, Murs protecteurs à défendre absolument sous peine d’y perdre la vie, quelquefois, selon le côté où l'on se place et selon les circonstances. En effet, contrairement à la porte, il n’est destiné à s’ouvrir que parcimonieusement.

Ainsi les anciens remparts des villes, ouverts de portes impressionnantes et sérieusement gardées, dont la finalité fut de contrôler les allées et venues des populations, mais aussi (c’est une raison non des moindres) à percevoir des taxes, ou droit de passage au profit des seigneurs ou des villes elles-mêmes, quand elles en avaient obtenu le droit.

Arles.JPG

Anciens remparts de la ville d’Arles magnifiquement ancrés dans la roche naturelle.

 

Monpazier.JPG

Une des portes de la bastide de Monpazier.

A côté des murs visibles, d’autres ne se voient pas et n’en sont pas moins présents et parfois plus impressionnants et tragiques. Ce sont les murs de l’esprit, parmi lesquels, nous trouvons tous les interdits d’origine morale, religieuse, mais également sociaux : les valeurs ne sont pas les mêmes pour tous les hommes – il n’est qu’à regarder le statut des femmes dans le monde, leur accès à l’instruction, leurs droits. Le conformisme, la bonne conscience, les préjugés, etc. L’intolérance, l’esclavage économique ou psychologique, la standardisation des individus  et des esprits qui tue l’originalité et la créativité…

Je termine cette exploration, sommaire par nécessité, en laissant la parole à la littérature, par goût, mais aussi pour donner corps et vie humaine à ces constructions matérielles :

Dans son roman, La Peste, Albert CAMUS met en scène les drames suscités par la ville mise en quarantaine, pour des raisons sanitaires, et se plait à observer les réactions de ses personnages. Il dresse le portrait de différents caractères et au cours des situations, en montre l’évolution, tout en nous faisant partager les valeurs humanistes auxquelles il était attaché. Le roman prend une réelle valeur symbolique extrêmement riche. C’est ce qui en fait une œuvre universelle.

« Ainsi, la première chose que la peste apporta à nos concitoyens fut l’exil. (…) Il venait toujours un moment où nous nous apercevions clairement que les trains n’arrivaient pas. Nous savions alors que notre séparation était destinée à durer et que nous devions essayer de nous arranger avec le temps. Dès lors, nous réintégrions en somme notre condition de prisonniers, nous étions réduits à notre passé, et si même quelques-uns d’entre nous avaient la tentation de vivre dans l’avenir, ils y renonçaient rapidement, autant du moins qu’il leur était possible, en éprouvant les blessures que finalement l’imagination inflige à ceux qui lui font confiance. » (p.60)

Salins-les-Bains-3.JPGPour le plaisir, cet enchevètrement de murs de pierres, de bois, de fer, dans le Musée du Sel de Salins (Jura)    

             

Pour construire un mur, il faut d’abord en délimiter les contours, creuser une tranchée pour asseoir les fondations, l’aplanir. Pas question que le mur glisse de son propre poids si le terrain est en pente ou que l’eau passe dessous ! Il faut arracher les racines qui se trouvent sur le chemin, extraire les pierres récalcitrantes à la barre à mine…

« Il leur fallu neuf jours pour venir à bout des préliminaires. Puis ils commencèrent le mur lui-même, et soudain leur univers bascula de nouveau. Comme Nashe et Pozzi s’en aperçurent, soulever un bloc de trente kilos était une chose, mais une fois qu’on avait soulevé ce bloc, c’en était une tout autre de soulever un deuxième bloc de trente kilos, et une tout autre encore de s’attaquer à un troisième après avoir soulevé le deuxième. (…) C’était ainsi. Chaque fois qu’ils travaillaient au mur, Nashe et Pozzi butaient contre le même infernal casse-tête : les pierres étaient toutes identiques, et pourtant chacune pesait plus lourd que la précédente. » (p.136)

Telle est la sinistre situation dans laquelle se trouvent deux joueurs de poker, Jim Nashe, le plus âgé, un ancien pompier abandonné par sa femme, qui a décidé après un héritage inattendu, de confier sa vie au hasard, en partant à l’aveuglette à travers les Etats-Unis,

« Nashe n’avait aucun projet particulier. Tout au plus envisageait-il  de se laisser flotter pendant un certain temps, de voyager d’un endroit à l’autre et de voir ce qui arriverait. » ;

et Jack Pozzi, jeune joueur de poker rencontré au bord de la route.

« Quand Nashe le vit se retourner, il comprit aussitôt que cet homme avait des ennuis. (…) Ses vêtements étaient déchirés, son visage couvert de bleus et d’ecchymoses et, à la façon dont il se tenait là tandis que la voiture approchait, il paraissait à peine savoir où il était. » (p.25).

Pozzi gagne sa vie en jouant aux cartes, mais cette vie n’est pas exempte de risques. Néanmoins, il est persuadé qu’il va un jour gagner gros. Justement, il a entendu parler de deux milliardaires fous dont il ne fera qu’une bouchée ! Nash est fasciné par le jeune homme et décide de le suivre. Mais la partie tourne mal, Nashe y perd tout ce qui lui restait, même sa voiture. C’est alors que les gagnants leur proposent de rembourser leurs dettes en construisant un mur. Ils acceptent le marché – en ont-ils le choix ?- alors commence pour eux une longue descente aux enfers, au bagne pourrait-on dire, car ils deviennent esclaves et l’espoir d’en finir s’efface au fil des semaines.

Tel est le magnifique roman de l’écrivain américain Paul AUSTER: La Musique du hasard. On pense au mythe de Sisyphe, condamné à hisser sur la montagne un rocher énorme qui redescend chaque soir, bien qu’ici, le mur ne se détruit pas, mais les personnages se démènent dans un piège inextricable orchestré par d’inhumaines créatures. Le mur, c’est la condition humaine tragique, irréversible où, malgré tout, l’héroïsme des personnages, leur humanité forcenée réside dans leur lucidité, leur courage, leur volonté de s’en sortir et par là, de dominer leur destin inéluctable.

Les deux romans cités sont publiés en Livre de Poche.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 
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3 septembre 2013 2 03 /09 /septembre /2013 16:28

 

 

« Quelques temps après qu’il eût prononcé le mot pause, je devins folle et atterris à l’hôpital. Il n’avait pas dit : "Je ne veux plus jamais te revoir", ni : "C’est fini mais, après trente années de mariage, Pause suffit à faire de moi une folle furieuse dont les pensées explosaient, ricochaient et s’entrechoquaient comme des grains de popcorn dans un four à micro-ondes".

Tout est dit, dès l’incipit, du traumatisme de Mia Friedricksen, poète et enseignante dans une université prestigieuse, personnage principal et narratrice.  

 

 

Le roman est structuré de la façon suivante : Siri Hustvedt choisit de le commencer par l’élément déséquilibrant, le choc de l’abandon, qui dure le temps d’en exprimer toute la violence. S’en suit la plus grande partie de l’œuvre qui évoque tout ce que Mia met en place pour survivre, avec de nombreux retour en arrière au cours desquels elle décrit l’équilibre perdu de sa vie. Enfin le dénouement, dont je ne dirai rien.

 

 

Ainsi donc commence un récit à la première personne, dont le processus est simple en apparence, mais complexe à la lecture, car les trois étapes ci-dessous ne se succèdent pas de façon linéaire, mais s’entremêlent. N’oublions pas que l’auteure est aussi une spécialiste du fonctionnement du cerveau et fascinée par l’union étroite et l'interactivité de l’affectivité et de la pensée. 


Une suite d’introspections minutieuses, autoanalyse en quelque sorte - mais quoi d’étonnant pour une admiratrice de Freud ? – pour tenter de comprendre le cataclysme, à savoir :

Comment, Boris, le mari avec qui elle a eu une fille merveilleuse, Daisy, mari qu’elle a soutenu dans les épreuves douloureuses comme le suicide de son frère Stefan, également dans son travail de chercheur, avec qui elle a vécu une complicité voire fusion dans tous les domaines, a-t-il pu abandonner son « encore belle » de femme ?

Que reste-t-il de notre essence profonde dans le changement ? Cet inconnu qui s’appelle « je », « moi », est-il permanent à travers les âges ? Quelle est la part de « moi » quand je suis heureuse, quand je souffre, quand je réoriente ma vie ?...

Comment elle, intellectuelle, cultivée, - quoique désapprouvée par Boris quand elle défendait une idée contraire aux « dogmes masculins », en présence de ses collègues – fidèle, loyale, n’a-t-elle rien vu venir … au point d’être internée pour crise psychotique, autrement appelée « bouffée délirante » ?

Une décentration pour s’oublier folle, seule façon de se reconstruire.

Elle quitte Brooklyn, loue une maison pour l’été, dans sa ville natale du Minnesota, près de sa mère qui vit dans un appartement d’une résidence pour personnes âgées. Elle s’intéresse alors avec bienveillance et appréhension au vieillissement,  à travers quelques très vieilles dames hautes en couleurs et peut entamer avec sa mère un vrai échange sur leur vécu.

Parallèlement, elle est chargée de donner des cours de poésie à sept jeunes adolescentes auxquelles elle s’intéresse rapidement. Elle va les observer en vue de les comprendre, un peu comme fait son mari avec les rats de son laboratoire. Sensible aux crises et rivalités de cet âge, elle s’emploie par les exercices qu’elle leur donne, à les amener à mieux vivre ensemble.

Elle découvre sa jeune voisine, Lola, une femme au tempérament d’artiste qui fabrique des bijoux qu’elle n’arrive pas encore à vendre. Celle-ci s’occupe de ses deux petits enfants : une fillette, Laura, qui se lamente de ne pas pouvoir jouer réellement avec ses poupées « Dommage que je suis réelle, je peux pas entrer et vivre pour de vrai dans ma petite maison ! », et un bébé, Simon. Pete, le mari, souvent absent pour son travail est de tempérament instable. Mia entendait souvent leurs disputes.

 

L’action. De par sa position d’observation et son vécu de couple douloureux, Mia est mieux à même de comprendre, de donner et de recevoir. Les vieilles dames qui ont parfois d’étranges secrets, les adolescentes en pleine confusion, sa voisine de l’âge de sa fille et les enfants. En aidant les autres, elle s’aide elle-même à surmonter ses blessures. C’est bien connu, lire leurs peurs, leurs espoirs, leurs chagrins, leurs aliénations, permet de lire en soi-même et s’apaiser.

La folie est un enfermement en soi, accompagné d’un aveuglement concernant les autres. Plus qu’un enfermement, un enfouissement. Il n’y a plus rien que la douleur, illimitée, subie en même temps que cultivée. Comme si l’idée d’en survivre était inconcevable ! Voici ce qu’elle écrit : « La folie est un état de profonde absorption en soi-même. Il faut un effort extrême rien que pour savoir où on en est, et le tournant vers la guérison se produit dès l’instant où une parcelle du monde est autorisée à entrer, quand une personne ou un objet franchit la barrière ». (p.22)

La conscience de ce qu’on a perdu est douloureuse. Même si on corrige ses erreurs, même si les autres en font autant, « on ne récupère jamais ce qui fut », reconnait Mia.

Peu à peu, au cours de l’été, l’idylle entre Boris et sa jeune collègue française s’essouffle. Boris est de plus en plus mal à l’aise. La « Pause » a mis fin à leur relation. Il souhaite que sa femme passe l’éponge, ce que Mia traduit avec humour dans le dialogue suivant :

-      Mia : Epoux décide qu’il pourrait être préférable d’entamer procédure de réconciliation avec Epouse Fidèle ; ou bien, se voyant engagé dans voie erronée, Epoux comprend sa folie (ha, ha, ha,) et a révélation : Vieille Epouse Usée a meilleure apparence vue de Manhattan.

-       Boris : Pouvons-nous faire l’économie de l’ironie amère ?

-     Mia : Comment diable t’imagines-tu que j’aurais pu tenir le coup, sans cette ironie ? Je serais restée folle. (…)


http://enfinlivre.blog.lemonde.fr/files/2011/05/Siri-Hustvedt1.jpg

 

Un été sans les hommes… En effet, ils sont bien absents, quoiqu’ils occupent les pensées et les préoccupations de presque toutes. Parmi les présents en chair et en os, il y a le plus petit homme, le bébé Simon tout d’innocence, avec seulement les exigences de son âge. Son père, lui est souvent absent plusieurs jours de suite. Quand il rentre, son instabilité et les frustrations de sa femme trop longtemps seule, se traduisent par des scènes pénibles. Parmi les hommes virtuels, qui se rappellent aux souvenirs et aux rancœurs de Mia, il y a bien sûr, Boris. Mais également, les jeunes gens à peine esquissés, préoccupation des adolescentes, les maris plus ou moins regrettés des veuves et Stefan, le beau-frère trop fragile pour la vie.

 

Cette situation permet à Mia/Siri? de s’adonner à un féminisme incontrôlable : aucun homme n’est là pour donner un point de vue différent ! C’est sans doute la faiblesse de l’œuvre, bien qu’il s’agisse d’un roman, non d’un traité de philosophie ou de sociologie… Quand elle affirme p.173 : « Beaucoup de femmes lisent de la fiction. La plupart des hommes, non. Les femmes lisent des fictions écrites par des femmes et par des hommes. La plupart des hommes, non. Si un homme ouvre un roman, il aime avoir sur la couverture un nom masculin ; cela a quelque chose de rassurant. Etc. », cela fait hurler bien des lecteurs qui rejettent une telle simplification. En fait, Mia fait, à l’inverse, la même chose que les scientifiques bornés qu’elle critiquait. 

Les revues littéraires, la presse, ont diversement apprécié le roman. Certaines l’ont encensé pour le regard porté sur ce microcosme féminin, le ton, tour à tour humoristique et grave, l’humilité de cette femme qui, sortie de l’intelligentzia newyorkaise à laquelle elle appartient, a été capable de s’intéresser à cette petite société provinciale. Elles saluent l’intellectuelle cultivée, curieuse de tout et généreuse.

D’autres trouvent le roman confus et pédant. Certes, elle aime Freud (qui ne fut pas féministe, lui !), certes, elle aime Kierkegard et le philosophe français Merleau-Ponty, mais leur évocation était-elle indispensable ?

On retrouve le même clivage dans les avis des lecteurs, sur Amazon.

 

Bien qu’elle se défende d’avoir écrit une œuvre autobiographique – elle souligne que ses personnages sont des êtres de papier uniquement – Siri Hustvedt semble exprimer, à travers la difficulté pour les femmes de faire leur place dans tous les groupes dominés par les hommes aux Etats-Unis, sa propre crainte de ne pas égaler son très célèbre époux, l’écrivain Paul Auster.

En conclusion, j’ai personnellement,  malgré ses défauts, trouvé de l’intérêt et du plaisir à la lecture de ce roman. Je suis prête à en lire d’autres. J'ai apprécié, dans la promenade à travers les âges de la femme imaginée par l'auteur, le portrait de la petite Laura, consciente de l'imaginaire joyeux et de la brutalité du réel, sa description des sables mouvants de l'adolescence et des personnes très âgées, capables d'un grand appétit de vivre le peu qu'il leur reste, malgré le corps qui n'en peut plus.

 

Merci de votre attention et Bonne lecture  à celles et ceux qui seraient tentés de découvrir cet « Eté sans les hommes » !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by morvane - dans Lectures
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13 août 2013 2 13 /08 /août /2013 22:27
Le Jura semble une arène où se livre le combat scintillant du brouillard et de l’obscurité.
Hors du présent, hors des lieux fréquentés, comme des souvenirs lointains, presque informes, voilés.  Images de l’enfance vécue, dont la conscience s’est effacée? Images des choses apprises dans les livres et seulement imaginées, malgré tout si intensément qu’avec le temps, elles semblent rêvées ? Comme des traces de récits qui subsistent à l’état de murmures. Fantasmagories, peut-être ? On en tremble.
Alors, on voyage, dès qu’on en a l’occasion. On les cherche. On se plonge à la source de nos premières émotions. Beauté. Peur. Ravissements. Frissons au bord du gouffre qu’est la vie, même si on ne sait pas encore qu’on est vivant…
La source, quelques gouttes surgies de la terre à l’abri des arbres sauvages. Quelque part, quelqu’un a mal fermé le robinet ! Heureusement, ça ne coule pas fort ! Mais si ! Le mince filet ne tarde pas à devenir torrent, cascade. Prenons garde de ne pas glisser sur la mousse conquérante qui envahit tout : les rochers, les arbres qu’elle rend si inextricables !
Souvent, résurgences, flots printaniers que la terre vomit par d'énormes gueules. Vomit, oui ! Mais avec quelle élégance ! 
   
    Jura 01. Cavernes d'où sourdent les eaux
     
  Venus du Sud, nous commençons notre périple en Franche Comté par une exploration du Haut Jura.  
Ceux qui ont connu les « Montagnes noires » du Morvan, ne seront pas déçus. Ils savent à quoi s’attendre : obscurité / éblouissement, sauvagerie / raffinement.  Oh! Les cadeaux de la Nature ! Il faut contourner quelques maisons. Dernière frontière de la civilisation ? Non ! Les hommes ont construit quelques machines, bien utiles tout de même !
Le premier contact. On s’arrêterait presque au milieu du chemin de Foulessard, oubliant la voiture, portes ouvertes.
        Jura-02.-Le-Flumen---son-echarpe-de-brume.jpg
La brume laiteuse pare la rivière, tranquille ici, d’une écharpe de coton nonchalante.  
    Jura-03.-Petite-chute-artificielle.jpg
La nature n’a pas créé la chute. Mais, on ne cherchera pas à en savoir plus.
    Jura-04.-Le-petit-pont.jpg
En remontant le Flumen.
      Jura-05.-L-eau-file-sous-le-pont-.jpg
    Symphonie de verts. Verts jaunes, là où le soleil perce, vert sapin sur les rochers à l’ombre, verts veloutés des mousses…
    Jura-06.-Le-Flumen-degringole.jpg
L'eau vive, apparemment inoffensive, a tout de même charrié de gros rochers. Comment a-t-elle fait ?
    Jura-08.-Anarchie-vegetale.jpg
     Anarchie végétale.      
 
  Jura-07-Enchevetrements.jpg
     
       Enchevêtrements. Impossible de savoir où commencent, où finissent les branches. Le sous-bois est invisible. L’hiver, il doit être bien noir !  

        Jura 10. Rive droite

 

D’ici, partent les randonneurs. Plusieurs promenades les conduisent aux cascades originelles du Flumen et au cirque qui protège ce coin de paradis. Ce ne sont pas les seules dans le Jura, qui porte bien son nom de « Pays des eaux vives ». Personnellement, j’ai dû remettre à plus tard la ballade, mais, j'ai pu ensuite admirer le cirque d'en haut, c'est-à-dire du "Saut du chien", dont voici deux photographies. 
  Jura-11.-Dans-le-cirque-une-des-cascades.jpg
    Une des cascades. 
et 
Le fameux 'Chapeau de gendarme"
Jura-12.-Le-Chapeau-de-Gendarme.jpg
 
Au retour, un graffiti, comme un clin d’œil au passant, rappelle modestement, cette volonté humaine, conquérante,  d’être toujours…  !
  Jura-13.-Clin-d-oeil.jpg
 
 
  (Rappel : Textes et photos ne peuvent être utilisés sans mon autorisation.) 
 
 
 
 
 
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Published by morvane - dans Voyages
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9 juillet 2013 2 09 /07 /juillet /2013 22:54

Le 28 juin 2013, une partie du magnifique Hôtel de Ville Renaissance de La Rochelle a été détruite par les flammes. Henri IV n'en croyait pas ses yeux ! Quant aux malheureux habitants, ils erraient, consternés, tristes et hagards, dans les rues enfumées.

Je me suis souvenue, à la découverte du désastre via la télévision, que je m'étais promenée dans cette belle ville, riche d'un patrimoine historique exceptionnel, tant par l'architecture que les événements du passé dont elle a été le témoin. Je pense aux guerres de religion, puisqu'elle fut un bastion de la Réforme. Je pense au siège de La Rochelle qui résistait au pouvoir royal, défendait ardemment ses privilèges et avait presque constitué une république indépendante, par le cardinal de Richelieu.

Aussi, j'ai décidé d'offrir aux nostalgiques du passé, aux amoureux de notre patrimoine, quelques photos que j'ai prises lors de fêtes de fin d'année 2012.

  La-Rochelle-M1-.JPG

 

Sous le regard de Jean Guiton,  maire de La Rochelle au XVIIe siècle, l'hôtel de ville se présente au regard par un mur d'enceinte crénelé avec un chemin de ronde. Il s'ouvre par un imposant porche de style gothique flamboyant.

 

La-Rochelle-M2-.JPG

 Le beffroi

 

La-Rochelle-M3-.JPG

Au-dessus du porche, les armoiries de la ville.

La-Rochelle-M4-.JPG

 Parmi le passé prestigieux de la ville, comment ne pas évoquer la Réforme prêchée en Poitou par Calvin en 1530, puisque La Rochelle fut la capitale du protestantisme français? Malheureusement, la tolérance n'étant pas une vertu des plus naturelles, catholiques et protestants se livrèrent aux sanglantes guerres de religion que l'on peine à imaginer.

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Passé le porche, on pénètre dans une cour rectangulaire de dimensions modestes. Le bâtiment central, terminé en 1606 est orné de niches dans lesquelles quatre statues représentent les vertus cardinales.

- La Prudence, avec le miroir.

- La Justice, avec le sceptre et le rouleau de la loi.

-La Force, avec le lion et la colonne brisée.

- La Tempérance, avec le mélange de l'eau et du vin.

 

La-Rochelle-M6-.JPG 

 

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Henri IV est chez lui à La Rochelle à plus d'un titre.

D'abord, en tant qu'huguenot lui-même. Sa mère, Jeanne d'Albret, commanda les protestants de la ville, pendant les guerres de religion. Puis, en tant que roi de France, en 1589. Enfin, pour avoir promulgué l'Edit de Nantes en 1598, qui rétablit la paix religieuse.

Malheureusement, à sa mort, son fils Louis XIII lui succède. C'est un catholique fervent qui choisit le cardinal de Richelieu comme Premier Ministre, dirions-nous aujourd'hui. Les protestants craignant de nouveau les persécutions, sont tentés de se mettre sous la protection du roi d'Angleterre qui s'est emparé le l'île de Ré, en 1627. Richelieu ordonne le siège de La Rochelle qui dure treize mois. A la fin, affamée, ruinée, la ville implore la grâce royale. Le maire Jean Guiton sauve sa tête, mais doit s'exiler.

 

La-Rochelle-M9-.JPG

Plus près de nous, la ville rend hommage à un autre maire Léonce Vieljeux qui fut déporté et fusillé par les nazis, à l'âge de 79 ans.

 Aujourd'hui, les Rochelais ne s'avouent pas vaincus et se retroussent les manches pour restaurer leur magnifique Hôtel de ville. Bon courage  à eux !

A celles et ceux qui aiment les romans historiques, je recommande la saga d'une famille de petite noblesse du Périgord, "Fortune de France", écrite par un grand écrivain du XXe siècle : Robert Merle, dans une langue savoureuse. En particulier, le 3e volume : "Paris, ma bonne ville", qui met en scène la tristement célèbre Saint-Barthélemy.

 

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5 juillet 2013 5 05 /07 /juillet /2013 15:14

Quand le peintre photographie ses tableaux, grande est la tentation de jouer avec les logiciels de traitement des images ! En même temps qu'il s’amuse des premiers résultats, il se sent gagné par une certaine angoisse. Et si les résultats obtenus, innombrables, éclipsaient le tableau ? Que valent quelques clics de souris face au travail de la peinture ? Aux hésitations devant les choix possibles ? Aux maladresses de la main ? Aux techniques habituellement dociles qui, on ne sait pourquoi, ne marchent pas ? Aux couleurs qui ne se supportent plus, précisément, pour ce sujet-là ?   

Par bonheur, les mots sont là pour harmoniser les énergies créatrices désordonnées et tirer des images un (ou plusieurs) chemin(s) vers des échappées poétiques & rêveuses.

z

Un matin, j’ai ouvert les yeux

Certaine de dormir encore

J’étais seule et personne ne m’attendait.

Somnambule ? – Peut-être…

Je me suis mise à aller et venir, comme d’habitude.

La porte était ouverte. Je suis sortie.

 

Longtemps j’ai marché, droit devant moi,

Sans m’arrêter, pendant que les heures s’écoulaient.

Enfin, je suis arrivée là-bas, sous les arbres.

 

  Vision-1-.JPG

 

 

Je me suis allongée dans l’herbe

Et j’ai regardé le ciel à travers les feuillages.

Peu à peu la lumière a décliné.

Je me suis réveillée.

 

Vision 3

 

Dans la nuit vertigineuse

Je me glissais aussitôt

Allant d’un rêve à l’autre sans jamais les atteindre.

 

Je m’enfonçais de plus en plus dans le vide sidéral,

Comme engloutie par un invisible aimant.

 

Combien de temps dura le voyage ?

Une éternité sans doute !

 


Puis vint le moment de me tourner vers la lumière

Qui auréolait faiblement mon corps

Et dont je sentais la chaleur me gagner lentement.

 

 Vision-4-.JPG

 

 

D’étranges créatures

Que je nommais oiseaux

Prenaient d’assaut la montagne. 

 

Soleil vert

 

Terre géométrique ensanglantée.

 

Vision-5-.JPG

 

L’espace m’apparut alors très encombré et vide à la fois

De sensations palpables.

 

D’innombrables  étincelles de couleurs et de formes jaillissaient ici et là

Pour filer à toute vitesse et disparaître aussitôt. 

 

J’avais le sentiment de ne pas y avoir ma place

Et pourtant, il me séduisait encore.

 

Vision 2

 

Puis la nuit s’embrasa

Si belle

Si terriblement menaçante.

 

A la fin

Les couleurs ont fini par perdre leur éclat

 

L’incendie s’éteignit……

  

Tout venait de rentrer dans l’ordre.

Je retrouvais le ciel obscur éclairé faiblement de dentelles argentées.

L’espace était devenu opale, améthyste, aigue-marine ! Pas seulement le ciel.

Même la terre bleuissait doucement…

Je compris que le jour allait se lever.

Alors, je m’endormis.

 

Vision-6-.JPG

 

Merci d’avoir partagé avec moi cette promenade onirique.

 

(Je rappelle que mes textes et images sont protégés par copyright au titre de la propriété intellectuelle.)

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27 juin 2013 4 27 /06 /juin /2013 22:05

Au XVIIe siècle, la splendide rade de TOULON est choisie pour y installer la marine royale française. Elle présente, en effet, un intérêt stratégique éminent. Mais il faut renforcer sa défense, d'où la construction de nombreux forts et batteries.

Si tous ont prouvé leur utilité dans l'histoire, deux sont remarquables par leur efficacité, due à leur positionnement judicieux. Il s'agit de la Tour Royale à Toulon et la Tour de Balaguier à La Seyne-sur-Mer.

01-Le-Fort-de-Balaguier-.JPGLes deux ensembles militaires se font face. On devine entre les arbres, la Tour Royale.


La Tour Royale ne pouvait à elle seule protéger l'entrée de la rade, aussi en 1634, RICHELIEU ordonne la construction du fort qui nous intéresse, afin de protéger la France de l'Espagne, alors menaçante.

Il le fallait indestructible, on dota la tour de murs de 4 mètres d'épaisseur, pour un diamètre d'un peu moins de 20 mètres ! L'enceinte extérieure où d'impressionnants canons pointent vers le large, est aujourd'hui agrémentée de jardins qui enchantent les visiteurs.

02-La-Tour-cote-terre-.JPG

 

Ce lieu de vie et de combats se compose de 3 niveaux.

Le premier niveau, sous-terrain, abritait la citerne, les réserves de vivres et les munitions.

03-Niveau1-.JPGIl sert maintenant de salle d'exposition et de projection.


04-Acces-au-Niveau2-.JPG 

L'escalier conduit au lieu de vie de la garnison. La salle circulaire pouvait accueillir 150 hommes environ, que nous peinons à imaginer dans un lieu aussi petit et inconfortable.

 

05 La cheminée de la salle de garde

 

Dans l'âtre, sont exposés différents boulets correspondant à différentes époques : boulets de pierre, de fer ainsi qu'un projectile (en bas, à droite) redoutable. En effet, les demi-sphères reliées par un axe tournoyaient dans l'air et occasionnaient de grands dommages en brisant les matures et enflammant les voiles. Les navires ennemis qui s'engageaient dans la rade se trouvaient à portée des canons des deux tours et risquaient gros. Les boulets étaient chauffés dans l'âtre, d'où l'expression que nous employons encore, mais ôtée de son contexte originel : "tirer à boulets rouges" !

 

06-L-oculus-.JPG 

Un oculus ,ou puits de lumière, permet d'aérer la salle, mais aussi de monter les munitions et des seaux d'eau pour refroidir les canons.

On accède au troisième niveau par un escalier à vis sans noyau central, construit dans l'épaisseur du mur.

07-L-escalier-d-acces-a-la-terrasse-d-artillerie-.JPG

 

Voici la terrasse d'artillerie, incurvée pour recueillir les eaux de pluie. L'abri, au centre, protège l'oculus.

08-La-terrasse-d-artillerie-.JPGA gauche, une des embrasures, à droite la porte d'accès au chemin de ronde.

 

09-Canon-dans-son-embrasure-.JPGCanon, bien mal en point, dans son embrasure.

 

10-L-escalier-d-acces-au-chemin-de-ronde-.JPGReprenons l'escalier pour gagner le chemin de ronde, d'où la vue - inutile de le préciser - est magnifique !

 

11-Rencontre-inattendue-.JPG

 

 

Une rencontre inattendue nous attend :

cependant, malgré l'étroitesse des lieux et notre intrusion, cette pigeonne ne s'est pas laissée impressionner !

 

 

 

 

 

 

Enfin le chemin de ronde :

12-Le-chemin-de-ronde-.JPG

Vue d'une meurtrière :

Difficile de sélectionner un paysage,  tellement riches sont les points de vue ! Il est vrai que le panorama est à environ 270°.

13-Vue-d-une-meurtriere-.JPG

 

Dans l'actuel jardin, l'exubérance printanière du bassin aux nénuphars, où s'agitent les poissons rouges, contraste avec l'architecture massive et trapue de l'édifice militaire.

14-Dans-l-actuel-jardin-le-bassin-aux-nenuphars-.JPG

 

?

15-Un-guindeau-a-brinqueballe-.JPG

La visite se termine par une rencontre technique. Il s'agit d'un guindeau à brinqueballe. Cet extraordinaire engin, pour nous, fonctionne de la manière décrite ci-dessous.

16-Notice-.JPG

 

Je reviens à l'Histoire, pour rappeler deux illustres combats :

  • D'abord celui que menèrent les soldats de la République, sous le commandement de BONAPARTE, pour reprendre Toulon qui s'était donnée aux Anglais en 1793 !
  • Plus près de nous, les combats acharnés lors du débarquement de Provence, que l'enseignement officiel et les medias ont tendance à laisser dans l'ombre, au bénéfice du seul débarquement de Normandie !

Entre temps, (XIXe), les progrès techniques dans l'artillerie et les bateaux cuirassés avaient sonné le glas du fort, qui fut déclassé en 1877.

En 1975, il fut classé "Monument historique".

Aujourd'hui, il appartient toujours à la Marine nationale et abrite un musée naval géré par la ville de La Seyne-sur-Mer. Il offre de nombreuses expositions et l'été des spectacles variés de théâtre, et des concerts.

Après l'avoir quitté, admirons-le une dernière fois dans ce beau site méditerranéen, depuis la corniche Bonaparte.

 

17-Le-fort-vu-de-la-corniche-Bonaparte-.JPG

A bientôt !

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10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 22:45
 
Le Musée Balaguier de La Seyne/Mer a décidé de rendre à l'actuelle génération calédonienne "un devoir de mémoire"afin de lui permettre de connaître et d'assumer un passé longtemps passé sous silence. L'exposition intitulée: "Nouvelle-Calédonie, Le Bagne Oublié" qui durera jusqu'en septembre 2013, invite les visiteurs à découvrir ou se souvenir d'une époque particulièrement cruelle.
 
Je propose d'apporter ma modeste contribution à cette mémoire et d'inviter celles et ceux qui le pourront, à visiter cette exposition, dans le cadre merveilleux du Fort Balaguier.
 
Laissons parler l'Histoire.  

         Les bagnes ont occupé trois fonctions essentielles :   
  • Idéologique : Épuration des éléments indésirables de la société   
  • Économique : Main d’œuvre gratuite       
  • Politique : Peuplement des territoires conquis (colonisation)  
     N.C.-Deporte-a-l-ile-des-Pins.jpg
 
Des galères aux bagnes, la France se débarrasse des éléments indésirables, voire subversifs :
Nous savons que la misère a toujours constitué un terreau privilégié de développement de la délinquance et du crime. Pourquoi au Moyen Âge, les seigneurs avaient-ils le droit de rendre la justice, donc d’appliquer la peine de mort aux voleurs, si ce n’était la seule manière de protéger les récoltes, sources de nourriture et de richesse, en particulier au moment des famines ? Qu’aurait-on fait à l'époque de ces délinquants ? Les nourrir en prison, quand les rendements de l’agriculture arrivaient si mal à nourrir ceux-là même qui cultivaient la terre ? Économiquement, c’était impossible. Le monde était vaste, les pays avaient besoin de plus en plus de galères pour le commerce et les guerres, on en fit des galériens.
Au XVIIe siècle, Louis XIV, poussé par les dévots, décide d’abroger l'Edit de Nantes, par lequel Henri IV avait mis fin aux guerres de religion, afin d’éradiquer le protestantisme en France. Ainsi, les protestants qui n’avaient pas vu le vent tourner et pris la précaution de fuir, notamment en Hollande, furent envoyés aux galères.
En 1871, après la défaite de Sedan contre les Prussiens, le peuple de Paris se révolte et instaure un gouvernement révolutionnaire : La Commune. La répression par la IIIe république, sous la direction d'Adolphe Thiers, est sanglante, cruelle et injuste. (Je vous renvoie aux comptes rendus des procès.) Les « communards » qui ne sont pas fusillés, sont éloignés le plus loin possible de France et condamnés – non plus aux galères, les progrès de la navigation à voile, ayant rendu obsolète l’ancien emploi de la force humaine - mais au bagne.      
Une main d’œuvre gratuite, taillable et corvéable à merci !
 
Atelier-de-la-deportation-N.C-jpg
 
Au XVIIIe siècle, la Guerre de sept ans, contre les Anglais où la France perd le Canada et l’Inde, la Guerre d’indépendance des États-Unis, puis les guerres révolutionnaires et napoléoniennes, ont montré la nécessité de se doter d’une flotte moderne très importante. L’effort financier est tel que l’on fait appel au travail forcé.
Dès 1840, les gouvernements, qui ont sans doute d’autres arrière-pensées, veulent éloigner davantage les bagnards et les déplacer à Cayenne et en Nouvelle-Calédonie, où la France désire s'implanter. Ces derniers construiront eux-mêmes leurs habitations, les bâtiments officiels, les rues et tous aménagements.
La colonisation :
Au XIXe siècle, la révolution industrielle en Europe, exigeante en matières premières et débouchés, jette les grandes puissances dans une politique d’expansion coloniale. S’y ajoute, le besoin pour elles d’asseoir leur puissance politique et militaire. La course aux colonies, la concurrence, la volonté de domination conduiront tout droit à la première guerre mondiale.
Mais, en 1853, l’Europe n’en est pas encore là. Cette même année, sous l’impulsion de Napoléon III, des militaires français accostent en Nouvelle-Calédonie où vivent 40 000 Kanaks. Ils s’emparent de milliers d’hectares de terre, chassant les habitants de l’île, des terres les plus fertiles. Violences et massacres.
Cependant, il n’y a pas de colonisation réussie sans l’installation de colons qui s’implantent, encouragés par la métropole, afin de remplacer les économies traditionnelles de subsistance, par des économies modernes, susceptibles de produire beaucoup de plus-value, tout en répondant aux besoins des grandes puissances.
Pour la Nouvelle-Calédonie, le problème est que peu de colons s’installent, malgré les 300 hectares de terre offerts à tout nouvel arrivant. C’est nettement insuffisant pour peupler cette nouvelle colonie. D’où la décision d’installer un bagne – comme celui de Guyane – pour peupler l’île d’une main d’œuvre gratuite.  
Le 9 mai 1864, le premier convoi de 250 condamnés parti de Toulon, arrive à Port-de-France, qui sera rebaptisé Nouméa, à bord de l’Iphigénie, après 4 mois de voyage. On a juste oublié de prévoir leur hébergement qu’ils devront construire, après avoir vécu dans les forêts. D’autres convois viendront de Rochefort et de l’île d’Aix.
N.C.-Cage-de-transport-en-mer.jpg
Le voyage est long et les conditions abominables. Les condamnés munis de leur valise et d'un sac sont parqués sur le pont de la Danaé, entourés de matelots pistolet au poing. On leur fait oter leurs vêtements pour la "fouille". S'ils résistent, ils sont menacés d'être mis aux fers. Nus, grelottant au vent et à la pluie, ils attendent avant d'être enfermés dans des "cages" où ils passeront tout le voyage avec seulement une demi-heure quotidienne de promenade sur le pont. Mal nourris, ils reçoivent pour la journée un gobelet de café au lever, un quart de vin, une minuscule portion de viande et un morceau de pain à 10 heures du matin, une soupe de légumes secs à 6 heures du soir. 
Il règne à bord une discipline féroce. Les condamnés sont livrés aux surveillants-militaires  recrutés parmi les sous-officiers mal notés, parmi lesquels beaucoup sont ivrognes et vicieux. Les "encagés" sont corvéables et punissables à merci. Pour avoir refusé une corvée, trois "communards" furent envoyés au cachot, à fond de cale, pendant 57 jours. Henry Bauër décrit ainsi son cachot :
"Une sorte de niche carrée d'environ 1,10 m de large, 1,20 m de profondeur, 1,40 m de haut. On ne saurait s'y tenir debout ni s'y étendre. On y est attaché à la barre de justice et réduit soit à demeurer assis, soit à se coucher en chien de fusil. La couche n'est pas douillette, une plaque de tôle ajustée par d'énormes rivets, dont les têtes vous labourent les côtes. Les parois du cachot sont recouvertes de tôle et la porte de fer est découpée par la moitié en losanges de fer très serrés. C'est par ces interstices que, privés d'air et de lumière, nous respirons.
Au fond de ce cachot, nous avons vogué du Sénégal au Brésil, de Sainte-Catherine au Cap; nous subîmes l'écrasante chaleur de la "Ligne", torréfiés par la machine en marche qui nous obligeait de nous coucher nus sur la tôle brûlante, et, un peu plus loin, aux approches du Cap, les pieds et les mains glacés, nous grelottions, nos dents claquaient, et nous nous sérions l'un contre l'autre pour avoir moins froid."
 
N.C.-La-Virginie-.jpg
 La Virginie, frégate qui transporta Louise Michel & d'autres condamnés comme Henri de Rochefort, en Nouvelle-Calédonie. Dessin de Louise Michel.
N.C.-L-escale-au-Bresil.jpgLouise Michel exécuta ce croquis sur son album de dessin, lors de l'escale de Santa-Caterina, au Brésil.
N.C.-Les-deportes--de-la-fregate-Danae-arrives-a-Noum.jpg   
Les déportés de la Commune, embarqués à bord de la frégate Danaé, à leur arrivée à Nouméa.
Voici ce qu'ils ont eu sous les yeux.
 
N.C.-Noumea-.jpg
 
L' Accueil, l' organisation, les conditions de vie.
 
L'accueil est à l'image du désespoir programmé.
Jean Allemane témoigne, dans "Mémoires d'un communard":
 
" - Sur deux rangs, tas de salauds, vocifère un surveillant à double galon d'argent.
Le bourreau Petit, ses aides correcteurs (forçats choisis pour administrer les châtiments corporels) ; une trentaine de surveillants militaires, plus grossiers et plus brutaux les uns que les autres, nous commandent de vider nos sacs et nos poches. Cela fait, les divers objets nous appartenant sont foulés aux pieds, jetés au loin, pendant qu'on nous tarabuste violemment.
On cogne à tort et à travers; on jette à la mer les lettres, les photographies, les petits riens que les malheureux exilés ont gardés si précieusement en souvenir de ceux qui les ont aimés, qui les aiment encore, et sont demeurés là-bas, tout au bout du monde. (...)
Enfin , fatigués, nos bourreaux nous parquent dans une espèce de plateau, sur lequel quelques tentes sont dressées à notre intention. (...) L'île Nou est un enfer d'où doit être bannie toute espérance."
 
 
N.C. Bastonnade
 
Il n'est pas rare que l'Administration pénitentiaire "offre" aux détenus, le jour de leur arrivée - histoire de les dissuader de toute rebellion - le spectacle d'une bastonnade publique au fouet à sept branches.
   
 
    

 Fin de la première partie. La suite, dans quelques jours. Merci , chers lecteurs & lectrices, de patienter !

     
 
   
 
    

     
 
         
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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 15:29

De l’igloo aux gratte-ciel, de l’isba aux clochetons des châteaux, toits pointus, coupoles, terrasses, couverts de tuiles, d’ardoises, de chaume et de zinc. Percés de lucarnes ou de chien-assis, surmontés de girouettes, paratonnerres, cheminées. Plongeant au-dessus des chenaux, gouttières, sans oublier les sempiternelles gargouilles à l’image des diables moyenâgeux.

Tarascon-Gargouille-Chateau-RR.jpg

Une des gargouilles du château du Roi René, à TARASCON, au bord du Rhône.


Istanbul-Mosquee-bleue.jpgDéclinaison de coupoles à Istambul : La Mosquée bleue.


Toit, attribut essentiel de la protection. On s’y soumet toujours même quand il ne nous abrite pas, au contraire, se tient près, nous dominant de toute sa hauteur, hautain d’ailleurs, pas toujours bienveillant, même menaçant… J’ai parlé du Toit du monde !

Mais même, sans aller jusque là, d’abord toit naturel des cavernes à partager avec les ours, les chauves-souris, et cette faune de l’ombre grouillante, parfois aveugle qui passe son temps à se nourrir et se reproduire comme pressentant qu’un jour, il lui faudra libérer la place pour l’Homme envahisseur… Cavernes encore employées de nos jours sous la forme de maisons troglodytes.

LesEyzies-MNP-AncienChateauDesBarons.jpg

Musée National de la Préhistoire, aux Eyzies, en Périgord.

 

Reignac-MaisonForte.jpg

Façade de la Maison Forte de REYNIAC, construite au XIVe siècle, sur un site naturellement protégé, occupé par les hommes depuis 20 000 ans.. Elle abrite un musée archéologique, historique et régional.

Reignac-MaisonForte-ChateauFalaise.jpg

Eugène Leroy, raconte dans son roman historique "Jacquou le Croquant", les méfaits d'un seigneur surnommé "le bouc de Reignac". Il se rendit tristement célèbre par ses cruautés, notamment envers les femmes à qui il imposait le droit de cuissage et le droit de servage. Malheur aux voyageurs qui tombaient entre ses mains !

Huttes de pailles, de palmes ou de bambou, accompagnées de boue séchée, protections fragiles, illusoires, petites frontières entre l’infini céleste et le fini humain. Bah ! Les Gaulois avaient bien raison de craindre le pire du ciel ! Protections quand même : il suffit d’y croire et de psalmodier, de temps en temps, quelque chant magique.

Chénini Sud tunisienToit de pierres et de torchis, soutenu par des troncs de palmier. Ici, nous sommes à CHENINI, dans le Sud Tunisien.

Toits d’ardoise des « maisons de lait » morvandelles, ainsi nommées car bien gagnées par les nourrices du Morvan, réputées pour leur lait, qui abandonnaient leurs enfants au pays, pour aller nourrir les enfants riches parisiens. On faisait venir les ardoises de loin. Il en avait fallu des tétées pour abandonner les toits de chaume ! De bien belles maisons !

Toits de tuiles romaines dans le sud de la France, tuiles de bois dans les régions de montagne, tuiles alsaciennes dites en « queue de castor »…

Cotignac--Massif-des-Maures.jpg

Village typique du Var : COTIGNAC.

Façonnés par les climats et les ressources naturelles, ils constituent les paysages.C’est d’abord eux que l’œil découvre et ils expriment le mode de vie des hommes : éparpillés ou au contraire serrés les uns contre les autres pour affronter la bise d’hiver ou la chaleur d’été.

Lindau Allemagne Lac ConstanceDécor caractéristique des lucarnes apportant de la lumière à cet imposant toit de tuiles plates, en Allemagne, au bord du lac de Constance : LINDAU.

  Que ce soit à SAINTES (Charente Maritime), ou à EVORA (Portugal), deux clochers remarquables par leur couverture de pierres taillées.


Clocher-de-Saintes.jpg

Clocher roman de l'Abbaye aux Dames, à SAINTES (Charente Maritime)

Evora-Portugal.jpg

 Les clochetons ouvragés de l'église d'EVORA (Portugal) ont peine à alléger la lourdeur de l'ensemble architectural.

Par contre, la petite église de PLAMPINET (Hautes Alpes), se contente depuis longtemps de sa toiture de bois.

Plampinet-Hautes-Alpes.jpg

 

Voilà une maison qui ne fut pas épargnée par les colères de l’Etna !

Maison-engloutie-parl-Etna.jpg

 

Enfin, pour terminer, une vue joyeusement colorée du quartier du Mourillon, à TOULON, que la fin d’après-midi d'été rend particulièrement calme et serein. Au loin, la Méditerranée parsemée de voiles blanches et la presqu'île de Gien.

Toulon-Le-Mourillon.jpg


 

 

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13 mai 2013 1 13 /05 /mai /2013 23:43

Quand le poète Paul Eluard écrivait « La poésie doit être faite par tous », cette belle phrase risquait de n’être qu’un vœu pieux  ou du moins une parole généreuse de poète. En effet, les instituteurs qui, à l’instar de Célestin Freynet, le célèbre pédagogue provençal, ont lancé leurs élèves dans l’aventure du « texte libre », n’ont souvent recueilli que pages blanches au pire, pauvrement griffonnées ou désespérément banales, rarement originales. Il ne suffit pas hélas ! de dire aux enfants : « Racontez ce que vous voulez » pour que les imaginations débordent et transforment les classes en pépinières de poètes et écrivains en herbe. Sans préparation, sans travail, pas de poésie ! Les enfants restent enfermés dans leur quotidien.

           « En voulant chasser une guêpe, ma sœur s’est fait piquer. Elle a eu très mal. »

       « Mon père était en retard. Il a reculé mais il n’a pas vu la poubelle dans le rétroviseur et il l’a renversée. » Etc.

Car pour écrire quelque chose qui fasse plaisir, aussi bien à celui qui va le lire qu'à celui qui l’a écrit, quelque chose qui apporte à son auteur une « valeur ajoutée », il faut de nécessaires apprentissages en amont.

Savoir déjà écrire, donc lire, au moins maîtriser quelques bases de la syntaxe. Car le jeu avec les mots, leurs associations fortuites ou réfléchies, sont génératrices d’images, de personnages, de récits.

           Par exemple, si un récit commençait ainsi :

"Un jour, un homme pressé monta dans un taxi…" il serait réaliste. Pas poétique.

           Par contre :

"Un jour, un zèbre pressé monta dans un taxi… un roi de pique pressé monta dans un taxi… un Marsien… la fée Clochette…" il serait fantaisiste, imaginatif, irréel, de nature poétique.

 

Que fait le poète Jacques Prévert, photographié ici par Robert Doisneau, dans «Cortège », extrait du recueil « Paroles », publié en 1946?

 prevert-doisneau


Il sélectionne deux groupes nominaux :

     « Une montre en or et un vieillard en deuil ».

Il échange les compléments de détermination, pour obtenir : 

     « Un vieillard en or avec une montre en deuil ».


L’effet produit ici est humoristique. La nouvelle association fait sourire, rêver, donne envie d’aller plus loin, de construire une ou plusieurs suites. Le processus de création est enclenché. Pour des enfants, l’exercice devient vraiment jubilatoire, quand le maître met  à leur disposition, des ciseaux et des journaux dans lesquels ils pourront découper eux-mêmes, les mots choisis et créer de nouvelles associations.


Il faut aussi avoir alimenté ses rêves de culture. Même les plus grands artistes ont commencé par imiter leurs prédécesseurs. Pour imaginer, il faut déjà avoir accumulé un capital culturel de mots, d’images, de sensations, de concepts et d’idées, à partir duquel, l’on pourra par de multiples combinaisons « inventer », « créer », « donner du sens » et, en même temps, « s’exprimer ».

Vous avez tous un jour ou l’autre contemplé les montres molles de Salvador Dali, dans le tableau peint en 1931, nommé « la persistance de la mémoire ».


persistance_memoire.jpg

Dans ce tableau, la plupart des éléments sont réalistes. Les falaises, la mer, la terre, le ciel, l’arbre mort, les estrades sont des éléments donnés à voir, sans transformation. D’autres procèdent aussi du monde réel : les montres, le tissu comme abandonné, le phénomène de coulure.

Mais le point de non retour où le tableau bascule dans l’imaginaire, le poétique, c’est l’association incohérente et invraisemblable dans la réalité, de deux concepts, à savoir le concept de montre et celui de mollesse. La mollesse qui est un attribut de la boue, de la chair, de ce qui coule, n’est en aucun cas un attribut de la montre, ni du verre, ni du mécanisme qu’elle contient. De même le tissu par terre ne peut avoir de paupières ni de longs cils, parce qu’ils ne sont pas ses attributs. Ainsi, on peut reproduire le jeu de Dali à l’infini, avec un peu de recherche : une pieuvre musicale, un jardinier flottant, une enclume moelleuse, etc. Il ne restera plus qu'à le peindre , si l'on est peintre ! Ou à en écrire la suite si l'on est poète ! 

Il y a donc dans la peinture « surréaliste », plus que des tableaux qui s’adressent à nos sens, sont le produit d’un travail manuel, de choix techniques (formes, couleurs, composition, etc.), et portent l’expression d’une personnalité. Il y a aussi un travail intellectuel, pas si difficile qu’il n’y parait – maîtriser le geste c’est autre chose ! – de choix et de confrontation de concepts.

Seul, le résultat final permet au spectateur/lecteur de passer du réel au rêve, au fantastique, au merveilleux, et d'entrer dans un autre dimension.

Entre parenthèses, la nature de l'imagination se trouve ainsi révélée : elle ne provient pas du néant, mais de combinaisons infinies des savoirs déjà acquis.

 

Magritte--La-chambre-d-ecoute.jpg René Magritte : « la chambre d’écoute ».

Ici, l’incongruité vient de la disproportion entre deux objets peints de façon très réaliste – d’où notre désarroi. Cette pomme nous interdit l’entrée, à moins qu’il ne faille, tel un fantôme, traverser le mur que constitue la peau du fruit gigantesque, pour accéder au rêve absolu. Certains cinéastes comme René Clair, dans « Fantôme à vendre » ont utilisé ce procédé pour créer du fantastique en faisant passer leur personnage à travers un mur.

La chambre d’écoute. Il ne s’agit pas d’une chambre et il n’y a rien à écouter. Pourtant le tableau nous interroge. S’agit-il bien d’une pomme ? Impossible, à cause de la taille. Magritte qui ne cherchait à représenter ni le réel, ni le visible, nous invite à aller au-delà des apparences, pour explorer les mondes invisibles que notre imagination est seule capable de créer.

D’où cet autre tableau, déconcertant, où le peintre belge manie humour et absurdité :

Magritte-La-trahison-de-image.jpg

Alors, tous capables d’être poètes ? – Oui, un peu, à des degrés divers.

Et les « grands » poètes, ceux qui perdurent à travers les siècles, impossibles à énumérer ici, les Aragon, Eluard, Apollinaire, et les autres plus proches de nous, qu’ont-ils de plus ? – Le génie,  sans doute ! Cette faculté à donner du sens, des significations subtiles, calculées, riches. Cette faculté à embellir toute chose y compris la laideur, rendre beau ce qui ne l’est pas, intéressant ce qui est banal, émouvant ce qui est insignifiant.

Eh ! Bien, à vos stylos ! A vos ordinateurs !

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Published by morvane - dans Poésie
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