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21 février 2014 5 21 /02 /février /2014 17:26

 

Un haut lieu de la Franche-Comté est la cité des Utopies, à savoir la Saline Royale d’Arc et Sénans. Ne soyez pas étonnés que ce rêve, matérialisé par l’architecture remarquable d’un visionnaire du XVIIIe siècle, Nicolas LEDOUX, hante la région au point d’avoir inspiré au pays de l’automobile, les Musées de Belfort et de Montbéliard.

Ceux-ci ont offert tout l’été aux visiteurs, comblés entre plaisirs de la nature et gastronomie, d’abondantes nourritures spirituelles et sensibles, à travers une exposition, qui incarne des réalités et l’âme de cette région : « KM/H. Utopies automobiles et ferroviaires »

Cent ans de représentations de l’imaginaire d’artistes autour du thème. Imaginaire parfois enthousiaste, parfois critique, voire inquiet.

Chemin de fer, automobile. KM/H. Cent ans d'Utopies  en Franche-Comté.

 

Bouger, se déplacer, voyager. Depuis la nuit des temps. Aller chercher sa nourriture, se protéger, explorer de nouveaux territoires…Et pour se faire, inventer les outils pour suppléer à la faiblesse humaine : la roue ! Employer l’animal, sitôt domestiqué : le cheval, en l’occurrence. On s’en sert même, au Moyen Age, comme instrument de mesure : une demi-journée de traversée à cheval sert à délimiter le plus petit fief possible, au temps de la féodalité. L’épopée du cheval incontournable durera quelques siècles, avant que les considérables progrès, dus à la Révolution industrielle du XIXème siècle, n’ouvrent, pas seulement une ère de progrès technique, mais économique, sociale, intellectuelle et artistique.

"Le cheval" de Marcel DUCHAMP-VILLON, 1913 & "Le mécanicien" de Fernand LEGER, 1918."Le cheval" de Marcel DUCHAMP-VILLON, 1913 & "Le mécanicien" de Fernand LEGER, 1918.

"Le cheval" de Marcel DUCHAMP-VILLON, 1913 & "Le mécanicien" de Fernand LEGER, 1918.

 

On remplace l’antique malle-poste, inconfortable, contraignante à cause des changements de chevaux, et le nombre réduit de voyageurs. Le train, c’est autre chose ! Il fascine et il fait peur. Les détracteurs du progrès le font passer pour une invention du diable ! Néanmoins, qu’est-ce qu’il facilite la vie ! Les artistes, pourvoyeurs de rêves, s’en emparent. Les écrivains en font des personnages, comme Emile ZOLA dans « La Bête humaine » qui inspirera plus tard le cinéaste Jean RENOIR.

Chemin de fer, automobile. KM/H. Cent ans d'Utopies  en Franche-Comté.
Chemin de fer, automobile. KM/H. Cent ans d'Utopies  en Franche-Comté.

En 1918, Antoine Auguste DURANDEAU fixe sur la toile une scène inconcevable : «Intérieur de la nef des Jacobins de Toulouse, avec les voitures contenant les tableaux évacués du Louvre ». (Musée du Louvre)

Gundmundur Gudmundsson, dit ERRO : « The cross train », 1977. Collage.

 

Il y a un peu plus d’un an, je vous invitais à rêver avec œuvres d’artistes, inspirés par l’automobile. C’était à l’Hôtel des Arts de Toulon. L’exposition, dont j’ai rendu compte dans mon article 17, s’intitulait : « L’Automobile dans tous ses états ».

 

Aujourd’hui, c’est une autre rencontre d’artistes que je vous propose sur ce thème, grâce aux travaux complémentaires des responsables et acteurs des deux musées de Belfort et Montbéliard. Deux lieux remarquables et bien différents pour cette promenade à travers cent ans d’histoire, où les progrès techniques n’ont cessé d’inspirer les artistes et de faire rêver les hommes.

 

A la Tour 46 de Belfort, Félix AUBLET: "Etudes pour un panneau de la façade du pavillon des chemins de fer"

A la Tour 46 de Belfort, Félix AUBLET: "Etudes pour un panneau de la façade du pavillon des chemins de fer"

A Montbéliard, une partie du château des ducs de Wurtemberg.

A Montbéliard, une partie du château des ducs de Wurtemberg.

Deux lieux très différents. L’un, le Musée de Belfort a présenté dans la Tour 46, un des maillons des impressionnantes fortifications de Vauban, la période de 1913 à 1953. L’autre, dans le Musée du château des ducs de Wurtemberg, au style tout germanique - le Pays de Montbéliard fut une enclave germanique pendant quatre siècles et la ville doit son architecture particulière au règne des ducs de Wurtemberg - nous invite à découvrir la période de 1963 à 2013.

 

Œuvres très différentes aussi, puisqu’elles vont de la peinture, la sculpture, la photographie, le cinéma avec un court métrage de Claude Lelouch sur une folle traversée de Paris en voiture…

Chemin de fer, automobile. KM/H. Cent ans d'Utopies  en Franche-Comté.
Chemin de fer, automobile. KM/H. Cent ans d'Utopies  en Franche-Comté.

 

Côte à côte :

1984. Gérard BAQUIE : « Autrefois, il prenait souvent le train pour travestir son inquiétude en lassitude » (Centre Pompidou, Paris) 

2010. « Algorithme de l’immobilité ». Le peintre roumain, Serban SAVU, traduit une jeunesse solitaire qui cherche à tuer le temps, dans un décor d’abandon. (Musée des Beaux-arts de Dole)

 

« A ce moment, le train passait, dans sa violence d’orage, comme s’il eût tout balayé devant lui. La maison en trembla, enveloppée d’un coup de vent. Ce trains-là, qui allait au Havre, était chargé, car il y avait une fête pour le lendemain dimanche, le lancement d’un navire. Malgré la vitesse, par les vitres éclairées des portières, on avait eu la vision des compartiments pleins, les files de têtes rangées, serrées, chacune avec son profil. Elles se succédaient, disparaissaient. Que de monde ! encore la foule, la foule sans fin, au milieu du roulement des wagons, du sifflement des machines, du tintement du télégraphe, de la sonnerie des cloches ! C’était comme un grand corps, un être géant couché en travers de la terre, la tête à Paris, les vertèbres tout le long de la ligne, les membres s’élargissant avec les embranchements, les pieds et les mains au Havre et dans les autres villes d’arrivée. Et ça passait, ça passait, mécanique, triomphal, allant à l’avenir avec une rectitude mathématique, dans l’ignorance volontaire de ce qu’il restait de l’homme, aux deux bords, caché et toujours vivace, l’éternelle passion et l’éternel crime. »

Emile ZOLA : « La Bête humaine ».

Chemin de fer, automobile. KM/H. Cent ans d'Utopies  en Franche-Comté.

Et pour finir cette première partie, voici un collage sur papier, comme un ciin d'oeil malicieux, de Tomi UNGERER, issue de la "Série Horrible". 1960. (Musée de Strasbourg)

 

***

Deuxième partie dans le prochain article.

***

Merci aux responsables, acteurs, prêteurs des oeuvres et à tous ceux qui ont permis à cette magnifique exposition de nous enchanter et de nous faire découvrir deux belles villes de notre patrimoine !

A mes lecteurs & lectrices : Merci de votre fidélité !

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7 février 2014 5 07 /02 /février /2014 23:48

Voyage en noir et blanc. Jeux d’ombre et de lumière.

A noir...…

On se prend à penser à  Arthur Rimbaud et ses élucubrations.

La nuit d’ébène osera-t-elle recouvrir les villes d’opaline et d’argent ?

Nuit extravagante de la pellicule argentique qui contraint le jour à se tapir dans l’ombre.

A l’heure de la sieste, quelle ironie !

 

 

 

Dans la France du Sud-Ouest, au pays des bastides :

La nuit d’ébène osera-t-elle recouvrir les villes d’opaline et d’argent ?

A Noir, comme Araignée

dont la toile en trois dimensions capture de grosses lucioles

qui croient lui échapper en s’éteignant.

La nuit d’ébène osera-t-elle recouvrir les villes d’opaline et d’argent ?

E Blanc… Nuit blanche du veilleur solitaire

qui rêve de trains fantômes et cherche en vain à étancher

sa soif d’étoiles

La nuit d’ébène osera-t-elle recouvrir les villes d’opaline et d’argent ?

Tournant le dos à la noirceur des vieux palais léprosés aux façades de blanc salpêtre

La nuit d’ébène osera-t-elle recouvrir les villes d’opaline et d’argent ?

Juché dans l’oculus au-dessus d’une

colonne de marbre,

le satyre se rit

De la suffisance des riches Bolognais moyenâgeux

Qui

Enlaidirent

La ville

De tours disgracieuses.

 

Deux cents furent construites, il n’en reste que deux. Tant mieux !

La nuit d’ébène osera-t-elle recouvrir les villes d’opaline et d’argent ?

La Torre Asinelli. Cinq cents marches, 97 mètres.

En italien, "asino" veut dire "âne".

Le suffixe "ello" signifie "petit".

Autrement dit : "La Tour des petits ânes" !

"La bellezza dell’ asino : la beauté du diable !"

 

La tour a beau se dresser vers le ciel et la lumière,

Elle demeure incontestablement ancrée dans les ténèbres de l’Enfer.

 

 

Et, pour répondre à cet orgueil passé, dans la même ville

et à peu près à la même époque :

La nuit d’ébène osera-t-elle recouvrir les villes d’opaline et d’argent ?

La Dame en noir.

Noire comme la douleur de cette Marie-Madeleine,

Immobilisée depuis plusieurs siècles, dans une église de

Bologne,

 

Devant le corps mort de Jésus de Nazareth.

La nuit d’ébène osera-t-elle recouvrir les villes d’opaline et d’argent ?

E Blanc…

L’éclat de l’étoile éblouissante n’est pas propice au repos.

Aussi le marcheur s’en retourne

aux ténèbres accueillantes.

 

Photos et textes de Morvane.

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23 janvier 2014 4 23 /01 /janvier /2014 18:15

 

Assurément, faire revivre le passé, à travers la fiction du roman, en associant le respect de l’HISTOIRE et le bonheur de l’IMAGINATION n’est, certes, pas donné à tout le monde ! En effet, il faut s’inscrire  dans une ligne de fidélité aux événements et à leurs acteurs célèbres -  fidélité aux mœurs et aux cultures -  tout en offrant aux lecteurs que nous sommes, à la fois le privilège jubilatoire de vivre en quelque sorte « d’autres vies » avec, en plus, le plaisir de  nous immerger dans une langue éblouissante…  

 

Le XXème siècle a vu l’émergence d’un roman historique renouvelé, qui ne soit plus seulement dû à l’imagination délirante et incontrôlée des auteurs du XIXème, mais ancré dans une connaissance bien meilleure des faits grâce notamment aux progrès de sciences humaines comme la sociologie, l’ethnologie, l’anthropologie, etc. secondées par d’impressionnants progrès techniques.

Cela a, bien entendu, modifié les attentes des lecteurs d’aujourd’hui, qui veulent le rêve, donc la fiction, mais refusent de sacrifier à la sacro-sainte vraisemblance. Les auteurs sont donc de plus en plus « sous surveillance », ce qui les oblige à travailler davantage, pour notre grand plaisir. Mais, après tout, n’est-ce pas ce qu’ils cherchent ?

 

Parmi ces grands auteurs de romans historiques, je citerai l’incontournable Robert MERLE, notamment avec « Fortune de France », qui nous fait traverser les guerres de religion, fréquenter l’université de Montpellier au XVIème siècle, côtoyer Henri IV, à travers les fils cadets d’un petit noble du sud-ouest, obligés de conquérir par eux-mêmes leur place dans la France de l’époque. Ou encore, plus près de nous, « La Mort est mon métier » où l’auteur s’inspirant des mémoires de Rudolf HOESS, commandant du camp d’Auschwitz, démonte le processus qui veut qu’un homme intelligent mais sans conscience, on dirait aujourd’hui sans empathie, puisse, après avoir adhéré à une idéologie ou un chef, devenir un monstre, par devoir et par fidélité.

Je citerai également Claude MICHELET : « Les Promesses du ciel et de la terre » , Michel PEYRAMAURE : « L’Orange de Noël ». Entre autres œuvres.

Plus près de nous, Marc DUGAIN que j’apprécie particulièrement. Il s’est rendu célèbre par « La Chambre des officiers », dont vous avez sans doute vu le film, mais aussi « La Malédiction d’Edgar », « L’Avenue des géants », etc. Et « L’Insomnie des étoiles » que je viens de lire.

L'Insomnie des étoiles, un roman historique de Marc DUGAIN

 

Ce n’est pas mon roman préféré, néanmoins, je l’ai lu avec un intérêt grandissant, car il met en scène une période peu connue de la défaite de l’Allemagne nazie, consommée sur le front ouest, alors que les combats continuent sur le front est. Il est vrai que ceux qui avaient tant souffert du nazisme (rationnements, par conséquent faim, Service du Travail Obligatoire en Allemagne, arrestations, tortures par la Gestapo, déportations, condamnations à mort, destruction des biens, etc.), n’étaient pas enclins à la pitié pour leurs voisins d’outre-Rhin. L’auteur choisit une région du sud de l’Allemagne, en 1945, investie par une compagnie de militaires français. A ce moment, les Alliés foncent vers Berlin. La victoire ne fait plus aucun doute.

Les premiers chapitres sont consacrée à Maria, une jeune fille qui vit seule, dans une ferme, dans des conditions très dures : pas grand-chose à manger (deux pommes de terre et un oignon par jour) et l’hiver rude approche. Son père a été mobilisé tardivement pour être envoyé sur le front russe – on sait qu’à la fin de la guerre Hitler recrutaient tous les hommes possibles, et même les adolescents - lui écrit des lettres, mais elle perd ses lunettes et ne peut plus lire.

 

 

Parfois elle se relevait la nuit et, à la lueur d'une lampe à huile, elle s'acharnait à lire ce qui se refusait à elle. Elle était alors tentée de pleurer d'impuissance. Mais une phrase de son père lui revenait immédiatement à l'esprit: "Les pleurs sont l'incontinence des faibles", et ces paroles la dissuadaient de céder à l'abattement.

L'Insomnie des étoiles. p. 14 (Folio)

 

Un jour, deux hommes viennent faire l’inventaire du mobilier de la ferme. Des policiers, pense-t-elle. Ils reviennent de nuit inspecter la maison en se réjouissant déjà du butin. En réalité, le chef veut la violer. Maria avait eu le temps de se cacher dans le grenier d’une grange. Le chef des « pillards de l’arrière » menace de mettre le feu si elle ne se montre pas. Le plus jeune, qu’elle avait remarqué à cause de ses traits fins, la découvre mais lui fait signe de se taire. Le lendemain, toute une équipe vient vider la ferme. De sa cachette, elle voit son « sauveur » de la veille violer un jeune manutentionnaire avant de lui tirer une balle dans la tête. Une fois partis, elle ne peut enterrer la victime car il n’y a plus aucun outil. Elle tente alors de brûler le cadavre. L’hiver passe. Elle survit dans l’espoir que son père va revenir, quoiqu’elle ait été troublée par leurs adieux, surtout son dernier regard.

Ce regard était une énigme. Mais plus terrifiant encore, ce regard semblait dire qu’il espérait ne jamais revenir. Elle ne parvenait pas à oublier la froideur de leurs adieux, comme s’il était déjà dans l’au-delà.

L'Insomnie des étoiles

 

Au printemps, des soldats français la trouvent à bout de force. Le capitaine LUYRE lui demande des explications au sujet des os calcinés qu’ils ont trouvés. Elle s’explique et le capitaine intrigué décide de l’emmener et la fait installer à la caserne où ils résident. La 2e partie est centrée sur le capitaine LUYRE, son enquête et ses découvertes.

L’homme, ancien astronome, peine à comprendre le bienfondé de sa mission, à l’heure où les combats menés par les Alliés font rage pour achever la conquête de l’Allemagne et limiter au maximum l’avance des troupes de Staline. Désabusé, ayant perdu toute illusion sur la nature humaine, la rencontre de la mystérieuse jeune fille lui permet de donner un sens à la présence de la garnison française qu’il commande. Curieusement, il oublie de mener l’enquête sur le cadavre calciné et se concentre sur l’identité de Maria et sa famille. La découverte des lettres du père de la jeune fille, le convainc de poursuivre son enquête auprès des notables de la ville. Tous lui avouent avoir été membres du parti nazi. Le maire, le curé, le médecin…

Rien que de très banal. A l’époque, si certains Allemands ont adhéré au nazisme par conviction (Revanche après l’humiliation de 1918, rêve de la « « Grande Allemagne »…), d’autres l’ont fait par opportunisme (En tirer profit), d’autres encore par reconnaissance (Le parti leur avait donné du travail), beaucoup par peur des représailles. On sait que le cinéaste Fritz LANG fut pressenti par le ministre de la Propagande Joseph GOEBBELS pour prendre la tête du département cinéma. LANG qui avait déjà tourné des films où il annonçait le danger national-socialiste de façon allégorique (« Le Testament du Dr. Mabuse », « M. le maudit »), refusa poliment et quitta l’Allemagne peu après pour Paris, puis les Etats-Unis en 1934.

M le Maudit de Fritz Lang.

M le Maudit de Fritz Lang.

LUYRE mène l’enquête opiniâtrement parmi les notables de la ville le maire, qui répugne à décrocher et détruire le portrait d’HITLER, le curé, le médecin HALFINGER, directeur de l’hôpital psychiatrique… Sa tâche n’est pas facile, car il est confronté à la loi du silence. Intrigué par un indice apparemment dérisoire : des arbres fruitiers ont été plantés au nord et sous cette latitude, il est impossible qu’ils supportent l’hiver.

Cette absurde plantation et la présence de la Maison de convalescence totalement vide, amèneront peu à peu le capitaine à comprendre un des grands crimes du IIIe Reich : l’élimination des handicapés, des malades mentaux, commis au nom de l’eugénisme vis-à-vis du peuple allemand, théorie chère aux nazis et qui fut utilisée avec la barbarie et le mépris humain dont ils étaient capables, non seulement contre ceux qui n’entraient pas dans les critères de la race aryenne pure, mais aussi contre les opposants, contre tous ceux qui revendiquaient le droit à la critique, autrement dit à la liberté de pensée et d’expression. Il sait alors que la mère de Maria, personne fragile, artiste et fantasque, cultivée, fut hypocritement envoyée en maison de repos à la demande secrète de son propre mari. Il était rongé d'inquiétude, parce qu’elle critiquait ouvertement le IIIème Reich et accusait le peuple allemand d’hystérie. La malheureuse fut victime de cette « épuration ».

Quand Hitler eut besoin de plus de lits pour les blessés, il fallut convaincre le corps médical de « mettre fin à la chaîne du malheur », en donnant « la mort par faveur », autrement dit l’euthanasie.

Ce roman n’a pas connu le même succès que les précédents. Mais tous ont apprécié le voile que Marc Dugain a soulevé sur des pratiques criminelles qui sont généralement éclipsées par les gigantesques entreprises de mises à mort qu’ont été les camps de la mort. La disparition organisée des handicapés, des malades mentaux, des homosexuels, des tziganes et même des opposants allemands au régime nazi très tôt mis au silence, sont relativement peu nombreux si l’on compare avec les millions de déportés et de morts au combat. Raison de plus pour lire ce roman si l’on aime la littérature et/ou se renseigner sur cette époque.

 

 

Les étoiles, la nuit.

Les étoiles, la nuit.

 

Reste une dernière énigme. Au lecteur de la trouver ! Beaucoup avouent ne pas avoir saisi le sens du titre du roman. L’insomnie des étoiles... Pour ma part, et par goût pour dénicher les significations cachées, je propose cette hypothèse personnelle : 

D’abord, ne pas oublier que le capitaine LUYRE était astronome dans la vie. Son travail consistait à classer les astres et en décrire les phénomènes. Il mène l’enquête avec le même regard objectif.

Ensuite, on peut s’interroger sur le sens symbolique des étoiles.

- Les étoiles peuvent désigner les élites allemandes qui se sont autoproclamées supérieures et ont tenté d’imposer leurs vues et leur contrôle absolu sur le monde, par le feu et le sang.

- L’insomnie, c’est pourquoi pas ? l’incompréhension des classes populaires allemandes au lendemain de la défaite, consternées de voir les « ennemis inférieurs » d’hier, s'installer en vainqueurs chez eux.

- L’insomnie, c’est aussi les chefs, les responsables qui ne pourront jamais plus dormir du sommeil du juste. Vraisemblablement le début de la culpabilité pour toute une nation. On sait que parmi la génération suivante, celle née après la guerre, certains jeunes ont refusé d’avoir des enfants, honteux de leurs parents et angoissés à l’idée qu’ils puissent engendrer à leur tour de futurs monstres.

- Si l’on considère les étoiles en tant qu’astres, elles porteront à jamais les stigmates des horreurs humaines dont elles ont été témoins. Elles ont perdu l’innocence, en quelque sorte, elles aussi.

La myopie de la jeune allemande, accentuée par la perte de ses lunettes, suggère assez facilement l’aveuglement du peuple allemand. Mais le débat est ouvert. Exprimez-vous !

Ce roman est paru chez Gallimard, en 2010.

L'Insomnie des étoiles, un roman historique de Marc DUGAIN
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6 janvier 2014 1 06 /01 /janvier /2014 00:02

Chères lectrices, chers lecteurs,

Nous avons traversé 2013 plus ou moins heureusement. Certains auront à cœur de tourner vite la page, d’autres s’appliqueront à en engranger les souvenirs, si fragiles avec le temps ! D’autres n’y verront qu’un palimpseste où écrire encore une fois sur les traces de l’année effacée, les nouveaux jours… Beaucoup se jetteront dans l’an 2014, avec appréhension ! ou pleins d’espoir !

 

Inspiration souterraine dans la grotte d'Ocelle (Jura).

Inspiration souterraine dans la grotte d'Ocelle (Jura).

Par bonheur, il est permis de rêver…

 

Que les hommes cesseront enfin de détruire autour d’eux, dans leur incontrôlable frénésie névrotique, les forêts où meurent peu à peu les doux orangs-outans, où une lionne, seule rescapée d’un massacre, cherche auprès d’hommes compatissants un peu de réconfort ; les mers où vivent nombre d’espèces animales dont l’intelligence nous surprend chaque fois, nous, êtres humains persuadés de notre inébranlable supériorité !

 

Que Nelson Mandela n’aura pas vécu pour rien : lui, dont le monde et ses dirigeants glorifiaient la politique de réconciliation nationale, qui permit d’éviter un bain de sang dans son pays, tout en jouant au même instant, à qui mieux mieux, de la machette et mitraillette, à deux pas de l’Afrique du Sud et un peu partout sur la terre.

 

Que les medias n’oublieront pas leurs devoirs de respect de la liberté de pensée, d’objectivité, au lieu de se prendre pour des maîtres à penser, et d’imposer aux millions de lecteurs, auditeurs, spectateurs qui, eux, n’ont pas de « droit de réponse », leurs propres opinions.

 

Que la crise économique aura pour effet de ramener les hommes à des valeurs plus dignes, comme la solidarité, l’effort, la générosité, la tolérance et le respect, pour n’en citer que quelques unes.

 

Que la Science parviendra à éradiquer les maladies terribles.

 

Que les artistes continueront de nous faire rêver, rire ou pleurer (de bonheur, bien entendu !)…

… etc.

 

 

Jeux de miroirs à Aix en Provence.

Jeux de miroirs à Aix en Provence.

Alors, rêvons !

Mais surtout, réfléchissons et agissons, pour éviter le piège de la morosité et de la victimisation, car, sur les lamentations jamais aucun bonheur ne germe !

 

Meilleurs vœux à vous !

 

Je voudrais ici, remercier celles et ceux qui me récompensent de mes travaux d’écriture et recherche, par leur fidélité. J’espère, à l’avenir, les combler davantage en écrivant plus souvent.

 

J’ai ouvert dernièrement un compte sur Twitter, où je vous invite à me suivre, afin d’être informés (es) de mes nouveaux articles et de pouvoir communiquer avec moi.

 

Enfin, la nouvelle version d’Overblog ne me permet plus d’adresser certains articles aux communautés auxquelles je participais. Je le déplore, mais n'ai pas trouvé de solution. Raison de plus pour me suivre sur Twitter !

A bientôt ! Morvane.

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Published by morvane - dans Lettre
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14 décembre 2013 6 14 /12 /décembre /2013 02:03

Qu’ils se couvrent de feuilles tendres au printemps,

Qu’ils portent haut leur feuillage d’été avec, parfois, une pointe de condescendance pour l’humanité turbulente, qui se presse à l’ombre généreuse qu’ils dispensent,

Qu’ils s’ébrouent des mille feux d’artifice d’automne, éparpillant rubis, agate, citrine et autres joyaux, immenses et merveilleux chants du cygne avant l’hiver,

Qu’enfin, ils gémissent d’angoisse gagnés par cette mort passagère qui les étreindra de longs mois… les arbres nous rendent heureux et nous n’avons de cesse de les admirer.

Arbres enneigés dans le Piémont italien.

Arbres enneigés dans le Piémont italien.

Bras levés

Démesurés

Echevelés,

Vieil homme qui ne sait plus son nom

Tu te hisses sur la pointe des pieds

Toujours plus haut !

Faute de cheminer d’une forêt à l’autre, tu t’allonges à la verticale

Mais jusqu’où ?

Tête renversée

Epaules désarticulées

Bras ballants dont les innombrables doigts tracent

D’infinis sillons sur la terre qui te retient

Malgré toi

Tu espères en vain te brûler aux Cieux incandescents

Mais le gel

Te déshabille

Inexorablement

Et tu pleures tout

Aux larmes ruisselantes

Dont tu ne vois pas la fin

Tu meurs et tu te tais.

 

Et moi, paupières enneigées, je me sens gagnée par la nuit du sommeil.

Morvane

A Rome, platanes "pleureurs" au bord du Tibre.

A Rome, platanes "pleureurs" au bord du Tibre.

Qui croirait qu'il y eut ici une ville doublement fortifiée?

Qui croirait qu'il y eut ici une ville doublement fortifiée?

Auprès de mon arbre...

Construite au XIIIe siècle, la ville de La Mothe devint rapidement la 2e ville de Lorraine après Nancy. Située entre le royaume de France et l’Empire germanique, sa position stratégique lui valut des convoitises. Elle connut trois sièges. Richelieu, ministre de Louis XIII qui avait le souci de la défense de la France, rendue difficile par l'étendue de ses frontières maritimes et terrestres, décida de la conquérir. A sa mort, son successeur Mazarin prit la ville et pour en finir avec cette ville trop menaçante pour la sécurité de la France, il ordonna de la raser, ce qui fut fait en 1645. Elle ne fut jamais reconstruite et il reste peu de vestiges. La nature a fini par reprendre ses droits sur cet oppidum.

Dans le département des Vosges, quelques arbres ébouriffés bordent le Mouzon, à Vrécourt.

Dans le département des Vosges, quelques arbres ébouriffés bordent le Mouzon, à Vrécourt.

Impossible enfin de ne pas terminer par le souvenir de la célèbre chanson de Georges Brassens :

 

Auprès de mon arbre, je vivais heureux

J’aurais jamais dû m’éloigner d’mon arbre

Auprès de mon arbre, je vivais heureux

J’aurais jamais dû le quitter des yeux !

 

Merci de votre fidélité.

Cet article a été écrit à la demande de la communauté "Nature & Patrimoine" que je salue cordialement ici.

 

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Published by morvane - dans Poésie
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4 décembre 2013 3 04 /12 /décembre /2013 16:28

Pour la dénicher, point besoin de prendre le bateau, ni le pédalo ! Encore moins le bathyscaphe ! Pas plus que la combinaison de plongée ! Quoique… le visiteur impatient n’en finisse pas de remonter l’immense plage de sable, bien déserte, l’hiver. Car, elle se cache, l’île. Pas du tout où on l’imagine. Elle aime tromper son monde, pour mieux se dévoiler !

Voici un intermède photographique tout de charme et de fraicheur d’enfance. Un exemple d’art naïf qu’il ne faut pas manquer. Ici, pas de message philosophique comme chez le facteur Cheval. L’accent est mis sur le plaisir et l’invitation au rêve, grâce à l’introduction de la nature, dans un environnement où les seules plantes sont des « mauvaises herbes » qui tiennent à la vie au point de pousser entre les pavés !

 

Juste en face de l’horloge, il faut prendre à droite. Vous reconnaitrez le chemin, à cette grande villa originale.

Un petit coin de Paradis : L'île Penotte des Sables d'Olonne.Un petit coin de Paradis : L'île Penotte des Sables d'Olonne.

Sans l’intervention d’une artiste locale, Danielle Aubin-Arnaud, qui eut l’idée de créer une association, afin de favoriser les contacts entre les habitants et donner à ce minuscule quartier un air de fête, sans cette action, l'île Penotte serait restée un quartier ordinaire, sans charme particulier.

Un petit coin de Paradis : L'île Penotte des Sables d'Olonne.

Depuis cette île « terrestre » enchante les promeneurs, tout en faisant un clin d’œil à l’océan, à quelques mètres de là.

Tout est objet de décoration : à l’aide de coquillages, de mosaïque et de peinture, les fenêtres, les portes, les boîtes électriques et les descentes d’eau de pluie, d’ordinaire si laides, se sont couvertes d’animaux marins, pieuvre, phoque, pingouin, hippocampe…mais aussi de chats et souris, lézards, d’algues et de fleurs, sous la protection du dieu Neptune. Seul, un personnage inquiétant, avec sa cape noire, ses rats et ses chauves-souris également lugubres - S'agit-il de « Nosferatu le vampire », célèbre film muet de Friedrich Murnau datant de 1922 ? - nous rappelle que les rêves ne réservent pas que de belles rencontres ! Il est vrai que la rue s’appelle « la rue de la Tromperie ».

Un petit coin de Paradis : L'île Penotte des Sables d'Olonne.Un petit coin de Paradis : L'île Penotte des Sables d'Olonne.
Un petit coin de Paradis : L'île Penotte des Sables d'Olonne.Un petit coin de Paradis : L'île Penotte des Sables d'Olonne.
Un petit coin de Paradis : L'île Penotte des Sables d'Olonne.
Un petit coin de Paradis : L'île Penotte des Sables d'Olonne.
Un petit coin de Paradis : L'île Penotte des Sables d'Olonne.
Un petit coin de Paradis : L'île Penotte des Sables d'Olonne.Un petit coin de Paradis : L'île Penotte des Sables d'Olonne.
Un petit coin de Paradis : L'île Penotte des Sables d'Olonne.
Un petit coin de Paradis : L'île Penotte des Sables d'Olonne.
Un petit coin de Paradis : L'île Penotte des Sables d'Olonne.
Un petit coin de Paradis : L'île Penotte des Sables d'Olonne.

Les souvenirs à base de coquillages vendus aux touristes sont d’ordinaire si laids, qu’il faut féliciter l’artiste d’avoir rendu ses lettres de noblesse à ces matériaux naturels, en conjuguant de rue en rue, le thème de l’océan, si proche et cependant invisible d’ici !

Merci de votre attention !

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25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 16:37

Nous avions l'habitude qu'Albert Camus nous projette, selon la saison, dans les paysages méditerranéens luxuriants et parfumés ou bien désolés de sécheresse et de soleil implacable. Aussi, sommes-nous surpris, également enchantés, des quelques images de la Hollande qu'il nous offre, à travers le narrateur du récit : "La Chute".

Bien que je travaille à l'écriture d'une analyse de ce court récit, néanmoins si riche, je ne résiste pas au plaisir de vous proposer son évocation de ce pays, l'action de La Chute se situant à Amsterdam.

La Leçon d'anatomie du docteur Tulp. Rembrandt, 1632.
La Leçon d'anatomie du docteur Tulp. Rembrandt, 1632.

La Leçon d'anatomie du docteur Tulp. Rembrandt, 1632.

..."Tout ce monde, hein, si tard, et malgré la pluie, qui n'a pas cessé depuis des jours ! heureusement, il y a le genièvre, la seule lueur dans ces ténèbres. Sentez-vous la lumière dorée, cuivrée, qu'il met en vous? J'aime marcher à travers la ville, le soir, dans la chaleur du genièvre. Je marche des nuits durant, je rêve ou je me parle interminablement. Comme ce soir, oui, et je crains de vous étourdir un peu, merci, vous êtes courtois. Mais c'est le trop-plein; dès que j'ouvre la bouche, les phrases coulent. Ce pays m'inspire, d'ailleurs. J'aime ce peuple, grouillant sur les trottoirs, coincé dans un petit espace de maisons et d'eaux, cerné par des brumes, des terres froides, et la mer fumante comme une lessive. Je l'aime, car il est double. Il est ici et il est ailleurs.


Mais oui ! A écouter leurs pas lourds, sur le pavé gras, à les voir passer pesamment entre leurs boutiques, pleines de harengs dorés et de bijoux couleur de feuilles mortes, vous croyez sans doute qu'ils sont là, ce soir? Vous êtes comme tout le monde, vous prenez ces braves gens pour une tribu de syndics et de marchands, comptant leurs écus avec leurs chances de vie éternelle, et dont le seul lyrisme consiste à prendre parfois, couverts de larges chapeaux, des leçon d'anatomie? Vous vous trompez. ils marchent près de nous, il est vrai, et pourtant, voyez où se trouvent leurs têtes : dans cette brume de néon, de genièvre et de menthe qui descend des enseignes rouges et vertes. La Hollande est un songe, monsieur, un songe d'or et de fumée, plus fumeux le jour, plus doré la nuit, et nuit et jour ce songe est peuplé de Lohengrin comme ceux-ci, filant rêveusement sur leurs noires bicyclettes à hauts guidons, cygnes funèbres qui tournent sans trêve, dans tout le pays, autour des mers, le long des canaux. Ils rêvent, la tête dans leurs nuées cuivrées, ils roulent en rond, ils prient, somnambules, dans l'encens doré de la brume, ils ne sont plus là. Ils sont partis à des milliers de kilomètres, vers Java, l'île lointaine. Ils prient ces dieux grimaçants de l'Indonésie dont ils ont garni toutes leurs vitrines, et qui errent en ce moment au-dessus de nous, avant de s'accrocher, comme des singes somptueux, aux enseignes et aux toits en escaliers, pour rappeler à ces colons nostalgiques que la Hollande n'est pas seulement l'Europe des marchands, mais la mer qui mène à Cipango, et à ces îles où les hommes meurent fous et heureux."

Albert CAMUS, La Chute. P. 15 & 16. Le Livre de Poche

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Published by morvane - dans Littérature
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13 novembre 2013 3 13 /11 /novembre /2013 22:16

 

  Les conditions de toutes les guerres sont inhumaines, mais presqu’un siècle après, la guerre de 14/18 continue de nous interpeller – le mot est faible – de nous abasourdir, de nous horrifier, au point que d’y penser les bras nous en tombent encore et que nous nous sentons envahis d’une tristesse/révolte irrépressibles, car on ne peut revenir en arrière pour corriger le passé. Pas une famille française qui n’ait un ou plusieurs lointains grands-pères, grands-oncles, blessés, fauchés, éclatés, éventrés, ou tout simplement DIS-PA-RUS ! Quand j’étais petite, je me souviens avoir vu, étonnée, des hommes qui marchaient, à l’aide de béquilles en bois, sur une seule jambe. L’autre avait disparu dans la deuxième jambe du pantalon, soigneusement pliée et tenue par une épingle à nourrice – pourquoi ne pas l’avoir coupée ? Comme si la jambe était momentanément absente. Pour d’autres, c’était la manche que l’on avait coincée dans la poche pour qu’elle ne batte pas au vent.  

 14-18 Ordre de Mobilisation individuel A.Ripart. 1908

 

Ils étaient paysans pour la plupart, ouvriers, artisans, cols blancs, artistes ou écrivains, infirmiers, médecins, enseignants, enfin, toute la population française. Sans compter ceux qui étaient accourus de l’Empire colonial, Marocains, Sénégalais… Sans compter les Alliés, embarqués dans la même galère, du fait d’alliances : les Anglais, les Belges, les Serbes, les Russes, puis les Italiens, les Canadiens et les Américains, quand le front russe s’était arrêté net, du fait de la révolution bolchevick de Lénine. La propagande aidant, ils étaient persuadés d’un côté comme de l’autre, que la guerre ne durerait pas et qu’ils, les Français, auraient tôt fait de raccompagner les « Boches » à la frontière, après avoir repris l’Alsace et la Lorraine.     

Côté allemand, ils avaient mieux préparé la guerre, mais à cause de cela, ils croyaient qu’elle ne durerait pas plus longtemps que celle de 1870… Eux aussi, les paysans prussiens, les ouvriers de Sarre, les étudiants bavarois, etc. ont été broyés. Pour rien, puisqu’au final, ils n’ont pas eu ce qu’ils étaient venus conquérir. Eux, personnellement, n’avaient rien à conquérir. C’est l’industrie allemande qui avait d’urgents besoins de matières premières, de main d’œuvre, de colonies. De plus, les dix départements du nord-est de la France étaient parmi les plus productifs…

 Et pourtant, ils semblaient bien mal partis les Français ! A part leur courage et un fort sentiment de patriotisme, les forces étaient inégales.  

 14-18 Uniforme bleu horizon des soldats français

Les Allemands s’étaient dotés d’une armée moderne, ils portaient des uniformes de couleur kaki, des casques de fer, alors que les Français portent les tristement célèbres uniformes : vareuses bleues, accompagnées de pantalons rouges qui en font des cibles exceptionnelles. Rapidement, leur sera  substituée la tenue « bleu horizon », plus claires, quoique la boue et la crasse finiront par les dissimuler mieux encore, dans les paysages terreux. Quant aux képis, ils ne leur étaient d’aucun secours contre les éclats de bombes et les balles, dans la guerre de tranchées, où il est dangereux de risquer un œil au-dessus du parapet pour surveiller les activités des ennemis, en face. Il suffit d’un franc-tireur à l’affut…. Aussi, le casque d’acier, malgré l’opposition des officiers traditionnalistes, finit par s’imposer.

 

 14-18 Uniformes allemands avec casques - Copie

   14-18 Uniformes français avec casques

    

Les tranchées n’offrent ni le même confort pour les soldats, ni la même efficacité. Un soldat dit : « Ce qui nous stupéfia, à notre attaque du 6 avril, ce fut la commodité et la solidité des abris allemands. Quelle différence avec les nôtres ! » La photographie le montre. Mais il ne faut pas oublier que les aléas de la guerre obligeront aussi les Allemands à creuser, dans l’urgence, des boyaux boueux, comme les autres.

 14-18 Tranchée allemande

  

Mais surtout, le problème se situe au niveau du matériel de guerre et de la stratégie militaire. Le haut commandement français répugne à la guerre de tranchées, d’une certaine manière honteuse pour la cavalerie, qui a connu les charges héroïques, sabre au poing ! Donc il distribuera les moyens parcimonieusement et surtout il ne mesurera pas la puissance militaire allemande. Pourtant, dans la région de Verdun dont le front est inviolé, des déserteurs allemands chaque jour, précisent des préparatifs de grande envergure. Malgré des échanges d’artillerie importants, au début janvier 1916, le haut commandement refuse toujours de croire à une attaque sur Verdun.

 « Il a fallu attendre jusqu’au 9 février pour que nous consentions à admettre une grande offensive sur Verdun. Or, le 9 février, tous les préparatifs de notre adversaire sont achevés, la plus formidable machine de guerre que jamais le monde ait connue, écrit le Lieutenant Jacques Péricard, est à pied d’œuvre. Jamais le génie d’organisation des Allemands ne remporta pareille victoire, jamais pareille défaite ne fut infligée à notre légèreté et notre insouciance. » 

 

Les Allemands rêvaient de prendre la plus puissante forteresse de France. Le Kronprinz, lui-même confiait dans ses souvenirs :

« La condition première du succès était la surprise. Nous devions terminer nos préparatifs à l’abri des brouillards de ces plateaux marécageux et de ces larges fonds de vallées. (…) Munir nos premières lignes de tranchées, d’abris, de communications, de places d’armes pour environ 6000 hommes. (…) Ces travaux devaient être faits avec toutes les précautions nécessaires pour échapper complètement à l’observation terrestre et aérienne. On obtint ce résultat que l’ennemi n’eut véritablement aucun soupçon et que c’est trop tard, à ses dépens, qu’il s’aperçut de nos préparatifs d’attaque. Le Corps d’Armée en secteur réussit à laisser croire aussi longtemps que possible aux habitants et aux troupes que les travaux entrepris avaient pour but de se couvrir contre les dangers d’une attaque ennemie…(…) A la date du 8 février, la mise en place du matériel d’artillerie était terminée dans ses parties essentielles ; elle comprenait en gros 160 batteries de gros et de très gros calibre et avait nécessité le transport de 2 millions et demi de projectiles en 1300 trains de munitions. Grace à un travail de taupe qui avait duré des semaines, pendant les nuits froides et pluvieuses, cette accumulation considérable des moyens d’attaque les plus puissants, était restée complètement cachée à l’ennemi. »

 Quand enfin, l’armée française comprit l’imminence de l’attaque, les troupes de première ligne se dépêchèrent de construisent à la hâte et dans la boue, des renforcements et des abris. Mais il était trop tard et inutile la fatigue des soldats. Le général Herr donna des directives formelles au sujet de la défense : « Résister coûte que coûte ; se faire hacher sur place, plutôt que de reculer. »  

 14-18 Villes détruites en M&M et Verdun - Copie

J’ai choisi de me souvenir du vécu de ces soldats dont le courage m’ impressionnera toujours, qui ne pouvaient enjamber de cadavre, pendant l’assaut, sans avoir le cœur serré en pensant aux pauvres morts ici et là, aux pauvres restes humains éparpillés par les obus, dont ils avaient bien des risques de prendre la place.    

Car, c’est ce qui frappe justement, la lectrice que je suis, dans ces témoignages de douleurs et d’acceptation du pire sacrifice, celui de sa propre vie. Ce qui frappe aussi, c’est l’abolition de la raison : ceux qui comprennent qu’ils vont inutilement à la mort, «doivent » mourir, sous peine d’être traduits devant les tribunaux militaires et fusillés comme on le verra.    

 Pour 18 mètres d’avancée dans un boyau, en un jour, 9 morts et 81 blessés !  

14-18 Premières lignes dans la région des Eparges. 1915  Que pense le soldat à gauche ?

 « Les conditions de l’attaque étaient telles qu’on estima sans doute en haut lieu que seuls des hommes ivres accepteraient de franchir le parapet, et, à défaut des grenades qui manquaient toujours, on nous envoya pour chaque homme trois quarts de litre d’eau-de-vie.  Je ne voulus pas laisser l’humiliation à un autre et c’est moi-même qui passai devant mes hommes alignés sur un rang et donnai à chacun sa part. J’en avais les dents serrées et les yeux pleins de larmes. Mais bientôt, quel soulagement, quelle joie, quel orgueil quand, la distribution à peine terminée, tous mes gars, d’un même geste, renversèrent leurs bidons jusqu’à la dernière goutte, signifiant ainsi qu’ils entendaient aller à la mort en hommes libres.    

Et ils y allèrent les braves petits ! Ah ! De quel cœur ! D’abord, cet assaut en terrain découvert, sans préparation d’artillerie, en plein jour. (…) Puis, ce caporal qui, blessé gravement à l’épaule, continue à parler, à commander. (…) Puis ce duel dans la nuit, sous l’averse, les Allemands à coup de grenades, les Français à coups de cailloux. » (Caporal Cossonac 54e RI, cité par Jacques Péricard in Verdun 1914-1918).

 

 14-18 Des Français chargent à la baïonnette

Soldats français.  

Le caporal continue son récit en se plaignant de l’incompréhension « de nos grands chefs » qui continuent de rêver de chevauchées et charges aux drapeaux – de type napoléonien, en somme, en niant la guerre de tranchées, ce qui entraîne des attaques insuffisamment pensées, « au petit bonheur ». D’autant que beaucoup de généraux ne semblent pas économiser la vie des soldats. D’où le sentiment d’abandon des soldats qui manquent de matériel, de renforts, de canons. D’où, par voie de conséquence, presque toutes les hécatombes des débuts de la guerre. Le général Nivelle, responsable des massacres du Chemin des Dames, 120 000 morts en Champagne, s’était écrié : « Qu’est-ce que j’ai consommé comme Bretons, aujourd’hui ! ». Il fut écarté du commandement, mais cela ne l’empêcha pas d’être promus plus tard, maréchal de France !  

La bataille de Verdun fut acharnée. Les Français résistèrent malgré les pertes énormes en hommes et en matériel. A un contre trois, contre neuf !

   14-18 Des Canadiens montent à l'assaut sous le feu de l'e   Soldats anglais montant à l'assaut

  « Les grosses marmites tombent avec un fracas épouvantable, dans des nuages de fumées opaques, creusant d’énormes cratères, multipliant les victimes. C’est une avalanche de terre calcinée, de fonte et d’éclats, de débris d’arbres, parfois, hélas ! de lambeaux humains, jambes et bras projetés en l’air restant accrochés dans les branches, spectacle d’une horreur indescriptible. », témoigne l’aumônier Schuhler.  

 Non contents des canons, mitrailleuses, fusils, grenades et baïonnettes, une autre arme devait faire des ravages : les gaz. Les Allemands les expérimentent le 22 avril 1915, à Ypres, malgré les accords internationaux. Ce fut une attaque de grande envergure. Ils attendirent que le vent souffle dans le sens des lignes françaises, aveuglant les soldats, brûlant les poumons. Ils n’avaient plus qu’à attendre pour investir le terrain sans défenses.  

 

« A 5 heures du soir, on n’y voyait déjà plus, écrit l’adjudant Sougeux. (…) Tout à coup, un homme du poste d’écoute de gauche se précipite sur nous, essoufflé : mon adjudant, les gaz ! , en même temps, la nappe arrivait, épaisse, jaunâtre, suffocante, pouvant avoir 3 mètres de haut.  

- Ca y est, dit Bonn, en se précipitant sur sa section.

- Mettez vos masques ! Aux créneaux !  

Tous, plus ou moins, avions respiré les gaz. Nous étions tous abasourdis, ahuris, souffrant de la tête, de la gorge, de la poitrine. Ce n’étaient que toux, étouffements, vomissements. Les moins malades s’efforçaient de soigner les autres, mais 5 déjà étaient morts.» En fait, ce fut une véritable hécatombe.

 

 14-18 L'Autographe du Poilu (recto)

  14-18 L'Autographe du Poilu (verso)

 

« Dès que le 2e bataillon eut relevé le 3e, il se mit à la recherche des morts. On en retrouva dans les abris, dans le boyaux, dans la plaine : des malheureux partis seuls et s’apercevant que plus ils descendaient, plus ils s’intoxiquaient, avaient voulu sortir du poison, grimper sur le parapet ; on les retrouva cramponnés au talus, crispés des quatre membres sur la terre gelée ; on en retrouva noyés dans le ruisseau de Forges, enlisés dans le marécage près de la passerelle, cramponnés aux barbelés, les mains arrachées, et, tous, les yeux exorbités, la face horriblement torturée, le sang sorti par le nez, la bouche, les oreilles.», écrit le soldat Demigneux. Les boutons métalliques des capotes furent attaqués par le chlore, alors les hommes…    

Autre fléau : les rats, appelés les « Gérards ». Il faut dire qu’avec ces innombrables morts que l’on ne pouvait pas toujours aller chercher pour leur donner une sépulture, ces pauvres morts qui parfois n’avaient plus de tête, éventrés, démembrés, déchiquetés, qui gisaient depuis plusieurs jours, semaines et mois, enfouis, entassés dans les tranchées, noyés dans les marécages, les rats pullulaient. « Les rats, en quantité incalculables sont les maîtres de la position. C’est par centaines qu’ils pullulent dans chaque débris de maison, abris de bombardement et routes du village. Impossible de faire un pas dans ce village sans entendre leurs cris et sans en voir entrer et sortir de toutes parts. Je passe là des nuits terribles ; recouvert totalement par mes couvre-pieds et ma capote, je sens pourtant ces bêtes immondes qui me labourent le corps. Ils sont parfois 15 à 20 sur chacun de nous et, après avoir tout mangé, pain, beurre, chocolat, ils s’en prennent à nos vêtements. Impossible de dormir dans de telles conditions ; cent fois, chaque nuit, je me débats sous les couvertures et la frayeur que je leur cause par le jet brusque de la lumière d’une lampe électrique, n’est que de courte durée ; instantanément, ils reviennent plus nombreux. » Jacques Vandebeuque.

 14-18 Les rats. Humour amer

Les soldats savaient manier la dérision!

Et la boue ? L’un dit à la fin d’un combat de nuit : « Allongé dans ma tranchée, sur ma tête et mon corps, un couvre-pied plein de terre glaise pour m’abriter du froid. Je dors et je ne donnerais pas ma place pour un empire. Mes pieds sont enfoncés dans la glaise au point que, si je veux les sortir, il me faut les prendre l’un après l’autre, avec les deux mains. »

 

« Nous atteignons enfin une tranchée à demi creusée, cloaque de boue, qui s’élève sur la droite, du côté de Fleury. On s’y accroupit au hasard. Près de moi, le caporal Danthony. Quelques hommes d’un régiment qui est là depuis plusieurs jours nous injurient parce que nous ne nous terrons pas assez. Ce sont des blocs de boue, à la figure d’un jaune cadavérique, aux traits tirés avec de grands yeux hagards. », écrit G. Valois, sergent.

 14-18 Tranchée mortelle aux Eparges

 Autre témoignage :

« Dans la nuit du 22 au 23 avril, le 1er bataillon du 30e R.I. monte à l’attaque du ravin de la Dame. Il a plu, la boue a envahi tout le secteur. Cherchant un abri, un homme s’est jeté dans le boyau, et la boue est aussitôt montée jusqu’à sa ceinture. Il demande de l’aide ; deux hommes lui ont tendu leurs fusils ; deux fois ils ont glissé et vite ils ont repris place dans la colonne qui passe tout près, sourde aux supplications de l’enlisé qui s’enfonce lentement sans secours. »  

Aller au combat, priorité absolue. La vie humaine ne compte pas. Les blessés appellent au secours, en vain. De toute façon, le bruit est si assourdissant qu’on ne les entend plus. Parfois ils commencent d’agoniser quand un obus les projette en l’air ou bien les enterre sous des tonnes de boue. Parmi les chiffres avancés, notamment par Suzanne Everett, dans son livre : « La Première Guerre Mondiale », publié par France Loisir, en 1983, sur 500 000 morts de Verdun, Français et Allemands, on estime à environ 150 000 ceux qui ne reçurent pas de sépulture.  

« Dans une petite sape, un superbe jeune homme brun est là, raide, contre le parapet ; il apparait presque debout, la tête fine et sympathique est intacte, les yeux sont grands ouverts et semblent me regarder, me fixer ; l’impression est d’une tristesse infinie, elle semble implorer… Pauvre garçon, vers quels êtres chers a été sa dernière pensée ?- écrit le capitaine Albert Garnier, qui ajoute – Des mains, des jambes, des têtes et des cuisses coupées émergent de la boue et on est contraint de patauger là-dedans, car c’est encore dans ce méchant fossé à moitié comblé par endroit, qu’on peut espérer se dissimuler un peu. »

 14-18 Conseil de guerre; Convocation

Convocation d'un officier pour participer à un Conseil de guerre   

Dans ce climat de désespérance, apparurent « des actes d’indiscipline collective », selon l’expression du haut commandement. Il y eut de véritables mutineries : des unités d’infanterie refusèrent de monter en ligne, des manifestations contre la guerre eurent lieu, des voies ferrées furent sabotées, des drapeaux rouges apparurent… N’oublions pas qu’en 1914, la guerre fut votée après l’assassinat du socialiste Jean Jaurès. Les socialistes de tous les pays étaient pacifistes et il est curieux de voir avec quel fatalisme ils ont tous accepté la guerre. Lénine fut sans doute le premier homme politique qui dénonça une guerre impérialiste où les peuples servaient de chair à canon. La Révolution bolchevique mit fin à la participation des Russes au conflit et par voie de conséquence, décida les Américains à entrer en guerre au côté des Alliés.

 

Aussi, je ne peux terminer cet article, sans penser à ceux qui tombèrent sous les balles des pelotons d’exécution. A l’heure actuelle, les descendants des « Fusillés pour l’exemple », demandent toujours la réhabilitation de leurs fils, pères, époux qui, soit ont obéi à la simple raison, à savoir se replier quand il était évident qu’ils allaient tous être submergés, ou même faits prisonniers, ce qui ôtait encore des forces pour continuer le combat ; soit sont devenus fous, comme ce gradé qui oubliant le danger, cherchait à peigner les touffes d’herbes, à découvert…soit par idéologie (pacifisme). Rien à voir avec les déserteurs qui, en passant à l’ennemi, trahirent leur pays.  

Le Caporal Charles Mangin rapporte un repli de soldats qui n’avaient pu être relevés. Devant ce fait, le général Lebrun prescrit « les mesures les plus violentes pour l’arrêter ». Le soir même, le général Nivelle, écrit sans sourciller, au groupement : « Il ne peut y avoir dans l’armée de Verdun que des troupes décidées au dernier sacrifice». Entre parenthèses, je me demande bien quel pouvait être l’intérêt de la France dans de tels sacrifices ? Et Charles Mangin d’évoquer l’événement tragique suivant : « Deux officiers du 347e, les lieutenants Herduin et Milan ont été fusillés, parce qu’ils s’étaient repliés avec 35 survivants de leur compagnie, pour ne pas tomber aux mains des Allemands »…Ils s'étaient cependant toujours battus courageusement. Ils ont simplement eu le malheur de vouloir économiser des vies et des forces militaires. Sans doute fallait-il éviter à tout prix la contagion révolutionnaire. 

Nivelle fut limogé au bénéfice de Pétain qui fut le vainqueur de Verdun.  

Les politiciens français qui, incapables de prendre des décisions courageuses, abandonnèrent aux militaires incompétents le sort de la France, et finirent par faire appel à un homme politique de combat, Clémenceau, alors octogénaire, qui galvanisa les Français et leur permirent de gagner la guerre.

 

14-18 L'Armistice du 11 novembre 1918. Joie des soldats  Armistice du 11 novembre 1918 : des soldats anglais, si je ne m’abuse, laissant éclater leur joie.  

 

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Au terme de cette recherche, je m’excuse pour les nombreux et indispensables raccourcis. Je rappelle que mon propos n’est pas de remplacer les historiens, mais de rendre un hommage personnel aux poilus de 14, dont mon grand-oncle Louis GRAHOUEILLE, disparu à l’âge de vingt ans, mon grand-père Henri CASTILLON qui eut la chance d’en revenir, l’arrière-grand-père de mon mari, le Lieutenant Albert RIPART, qui fut gazé en commandant ses hommes, put retrouver sa ville, mais malade, ne put y vivre longtemps, entouré des siens.  

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Sources :  

Verdun, 1914-1918, de Jacques PERICARD, publié à La Librairie de France.  

La Première Guerre Mondiale, de Susanne EVERETT, publié chez France Loisirs en 1983.  

Le site : //http//www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/  

L’Encyclopédie Wikipedia  

Quelques manuels scolaires anciens.  

Bibliographie littéraire :  

« Ceux de 14 » de Maurice Genevoix. (Livre de Poche)  

« A l’Ouest rien de nouveau », roman d’Erich Maria Remarque (Allemagne) Livre de Poche  

« Johnny s’en va-t-en guerre », roman de Dalton Trumbo (Etats-Unis)

 

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 14-18 Après l'Armistice. Le Lion de Belfort

 

Cette guerre devait être la dernière, « la Der des Der ». Pourtant, en 1939, les armées hitlériennes envahissaient de nouveau la France…

 

Les hommes sont-ils incapables de tirer les leçons du passé ? Qu’est-ce qui fait que les peuples soient à ce point naïfs, qu’ils en oublient la plus élémentaire lucidité et ne cessent de mettre en péril leur propre vie ?   leur pays? Leur civilisation?

 

Pourtant, ce n’est pas d’aujourd’hui…

 

Déjà, Voltaire, employant l’arme de l’ironie, nous avait prévenus :

 

« Rien n’était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les deux armées. Les trompettes, les fifres, les haut-bois, les tambours, les canons formaient une harmonie telle qu’il n’y en eut jamais en enfer. Les canons renversèrent d’abord à peu près six mille hommes de chaque côté ; ensuite la mousqueterie ôta du meilleur des mondes environ neuf à dix mille coquins qui en infectaient la surface. La bayonnette fut aussi la raison suffisante de la mort de quelques milliers d’hommes. Le tout pouvait bien se monter à une trentaine de mille âmes. Candide qui tremblait comme un philosophe, se cacha du mieux qu’il put pendant cette boucherie héroïque.

 

Enfin tandis que les deux rois faisaient chanter des Te Deum, chacun dans son camp, il prit le parti d’aller raisonner ailleurs des effets et des causes. Il passa par-dessus des tas de morts et de mourants, et gagna d’abord un village voisin ; il était en cendres : c’était un village abare que les Bulgares avaient brûlé selon les lois du droit public. Ici des vieillards criblés de coups regardaient mourir leurs femmes égorgées, qui tenaient leurs enfants à leurs mamelles sanglantes ; là des filles éventrées après avoir assouvi les besoins naturels de quelques héros, rendaient les derniers soupirs ; d’autres à demi-brûlées criaient qu’on achevât de leur donner la mort. Des cervelles étaient répandues sur la terre à côté de bras et de jambes coupées. »

 

Candide ou l’optimisme, chapitre troisième.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 17:05
Le Haut-Jura est un paradis pour les amoureux de la nature, promeneurs ou sportifs confirmés. Il a également une tradition industrielle qui s'est illustrée dans la clouterie, l'horlogerie, l'émaillerie et plus près de nous, la lunetterie.
Le Musée de la Lunette
 Musée de la Lunetterie à Morez
Comme dans toutes les régions de montagne, l’industrie s’est très tôt installée dans les vallées. Elle occupait une population d’ouvriers, mais aussi de paysans, libérés l’hiver de l’agriculture.
D’où le travail du bois – autrefois, les paysans fabriquaient eux-mêmes certains de leurs outils (râteaux à faner, râtelier, etc.), leurs meubles, leurs charpentes…
D’où le travail des métaux dans le cadre d’une industrie de précision, comme l’horlogerie, qui demandait peu d’investissements en locaux (petits ateliers, à côté des maisons, comme à Cluses, en Haute-Savoie, autre région de décolletage et horlogerie), en outillage mais exigeait par contre une main d’œuvre très minutieuse. Une partie donc de la main-d’œuvre travaillait à la maison.  
Le Haut Jura a particulièrement excellé dans l’horlogerie et a essaimé dans toute la France ses magnifiques horloges comtoises. D’abord artisanale, la fabrication des horloges est devenue industrielle au XIXe siècle. On évalue à 100 000 le nombre d’horloges produites en 1850. En 1854, est créée une école d’horlogerie. Mais, c’est le 18 juin 1895 que fut créée à Morez, la première Ecole pratique, ancêtre de nos lycées techniques et professionnels.
 
Naissance de l'Enseignement technique à Morez
Ouverture de la Première Ecole Pratique à Morez
le 18 juin 1895
Naissance de l'Enseignement Technique dans le Jura.
  
C’est dans ce contexte géographique et humain que s’est développée la ville de MOREZ, au pied de la station des Rousses, le long de la Bienne.
Capitale internationale de la lunetterie. Vous avez tous entendu le slogan publicitaire : « Vos yeux méritent Lissac ! ». Savez-vous que cette marque vient du nom de l’horloger Henri Lissac, qui fut élu maire de Morez de 1908 à 1931, dont l’entreprise produit les célèbres lunettes depuis le début du XXe siècle ?
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Le Kaléidoscope de Marie-Thérèse Masias
  A l’horlogerie, s’ajouta également l’émaillerie.
Grace à son savoir-faire et la qualité de son industrie locale, la ville a reçu le label « Ville & Métiers d’Art ».
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Elle s’est ornée d’une sculpture moderne et originale qui associe dans sa conception et dans les techniques employées, l’art, (composition de l’ensemble, l’emploi des couleurs et des matières), et les trois piliers de l’industrie morézienne. Voilà une ville qui a su confier à ses propres artistes et artisans la réalisation d’un symbole fort de son histoire. Aussi l’œuvre, non seulement est ancrée dans sa région, mais en porte les émotions et les espoirs. Loin de ces décorations de fausses ruines antiques dont s’affublent les ronds-points des villes, applaudissons ceux qui ont choisi la créativité au conformisme !
 Le Kaléidoscope de Morez 2
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Sources : Wikipedia & les sites de la ville, du Jura, de Franche-Comté, pour quelques vérifications.
Merci de votre attention et vos encouragements.
 
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23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 00:41
De l’obscurité à la lumière, avec dès l’enfance la passion de la vie, des autres, de la justice, Camus l’enfant sensible qui supporte sans rien dire la dureté de sa grand-mère, depuis que la guerre lui a pris trop tôt ce père inconnu, obligeant sa mère à revenir vivre, avec ses deux enfants, chez sa propre mère. L’enfant éperdu d’amour pour Catherine, mère aimante, sourde et presque muette, totalement analphabète, discrète, résignée, à qui il dédiera son œuvre inachevée, Le Premier Homme : « A toi qui ne pourras jamais lire ce livre. » La famille est pauvre, très pauvre. Catherine fait des ménages. Elle encourage Albert à continuer ses études. Mais la grand-mère est pressée de mettre l’enfant en apprentissage, pour qu’il aide la famille. Elle manque de peu de briser l’avenir qui se profile au bon élève qu’il est. Sans l’intervention de son instituteur, qui finit par la convaincre de le laisser passer l’examen des bourses, il n’aurait pu poursuivre ses études. Il entre au lycée d’Alger, se passionne pour le football, passe son baccalauréat, puis se lance dans l’étude de la philosophie.
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Catherine Sintès, épouse Camus, contemplant le portrait de son fils, écrivain & célèbre.
 
Il a tout juste 19 ans quand il commence à publier ses premiers essais, se consacre au théâtre et s’engage en politique, en réclamant notamment d’accorder la citoyenneté française à certains musulmans d’Algérie. Il devient journaliste à Alger républicain et publie, en 1939, une série d’articles : Misère de la Kabylie. 
 
« … Le douar Beni Sliem compte l’incroyable proportion de 96% d’indigents. La terre ingrate de ce douar ne fournit rien. Les habitants sont réduits à utiliser le bois mort pour en faire du charbon qu’ils tentent ensuite d’aller vendre à Dellys. Je dis qu’ils le tentent, car ils ne possèdent pas de permis de colportage et, dans la moitié des cas, le charbon et l’âne du colporteur sont saisis. Les habitants de Beni Sliem ont pris l’habitude de venir à Dellys la nuit. Mais le garde-champêtre aussi, et l’âne saisi est envoyé à la fourrière. Le charbonnier doit alors payer une amende et les frais de fourrière. Et comme il ne le peut, la contrainte par corps l’enverra en prison. Là du moins, il mangera… »
Chroniques algériennes 1939- 1958, publiées chez Gallimard.
       
Albert Camus 1
 
Français né en Algérie, alors colonie française, il aime passionnément son pays, dont il apprécie le soleil implacable et la mer éblouissante. Cette mer qui guérit les blessures de l’enfant, et qui scelle aussi l’amitié. Dans le roman La Peste, Tarrou propose au docteur Rieux une pause dans la lutte harassante contre le fléau, un bain de mer, pour l’amitié.
       
« Peu avant d’y arriver, l’odeur de l’iode et des algues leur annonça la mer. Puis ils l’entendirent. Elle sifflait doucement aux pieds des grands blocs de la jetée et, comme ils les gravissaient, elle leur apparut, épaisse comme du velours, souple et lisse comme une bête. (…) Devant eux, la nuit était sans limites. Rieux, qui sentait sous ses doigts le visage grêlé des rochers, était plein d’un étrange bonheur. (…) Ils se déshabillèrent. Rieux plongea le premier. Froides d’abord, les eaux lui parurent tièdes quand il remonta. (…) Il nageait régulièrement. Le battement de ses pieds laissait derrière lui un bouillonnement d’écume, l’eau fuyait le long de ses bras pour se coller à ses jambes. Un lourd clapotement lui apprit que Tarrou avait plongé. Rieux se mit sur le dos et se tint immobile, face au ciel renversé, plein de lune et d’étoiles. Il respira longuement. Puis il perçut de plus en plus distinctement un bruit d’eau battue, étrangement clair dans le silence et la solitude de la nuit. Tarrou se rapprochait, on entendit bientôt sa respiration. Rieux se retourna, se mit au niveau de son ami et nagea dans le même rythme. (…) Pendant quelques minutes, ils avancèrent avec la même cadence et la même vigueur, solitaires, loin du monde, libérés enfin de la ville et de la peste. (…) Habillés de nouveau, ils repartirent sans avoir prononcé un mot. Mais ils avaient le même cœur et le souvenir de cette nuit leur était doux. Quand ils aperçurent de loin la sentinelle de la peste, Rieux savait que Tarrou se disait, comme lui, que la maladie venait de les oublier, que cela était bien, et qu’il fallait maintenant recommencer. »
 
 
En 1937, il écrit dans Noces à Tipasa :
« Au printemps, Tipasa est habitée par les dieux et les dieux parlent dans le soleil et l’odeur des absinthes, la mer cuirassée d’argent, le ciel bleu écru, les ruines couvertes de fleurs et la lumière à gros bouillons dans les amas de pierres. A certaines heures, la campagne est noire de soleil. Les yeux tentent vainement de saisir autre chose que des gouttes de lumière et de couleurs qui tremblent au bord des cils. L’odeur volumineuse des plantes aromatiques racle la gorge et suffoque dans la chaleur énorme. »
     
Albert Camus 4  Camus et deux grands comédiens : Jean-Louis Barault & Maria Casarès
     
Une autre de ses passions, le théâtre. Il fonde une troupe de théâtre avec laquelle il parcourt l’Algérie. Il se consacre à la mise en scène et écrit ses propres pièces : Caligula, Le Malentendu, Les Justes…Le grand comédien Jean-Louis Barrault, le comparera à :
« Un phare bâti sur des fondations infaillibles, un phare qui projetait avec une intensité croissante un rayonnement d’espérance. D’une espérance d’autant plus authentique et valable qu’elle partait de la conscience, du goût de la justice, du respect humain et de l’amour de la vie. »
La Nouvelle revue Française, mars 1960.
 
Très attaché à son pays natal, il exprime d’abord son accord parfait avec le monde, la nature, les éléments. Mais s’il en éprouve du bonheur, il en ressent aussi toute l’ambiguïté, à savoir que la nature nous plonge à la fois dans le plaisir et la solitude. Aussi, son œuvre qui se compose peu à peu de romans (L’Etranger, La Peste) et d’essais philosophiques (Le Mythe de Sisyphe, L’Homme révolté), de pièces de théâtre, exprime un thème qu’il partage avec d’autres écrivains et artistes de son temps : l’absurdité de la vie.
Qu’est-ce à dire ?
Un courant de la pensée du XXe siècle, avec des écrivains comme J.P. Sartre, A. Camus, F. Kafka… affirment que Dieu n’existe pas et que par conséquent la vie n’a aucun sens. En effet, l’existence de l’homme, présent sur terre depuis relativement peu d’années par rapport à l’âge de la terre, n’est pas au centre de la « création » pour reprendre un terme religieux, et aucun dieu n’a pu écrire son destin. C’est donc à lui, par ses actes, de donner un sens à sa vie. Camus ne considère pas que l’homme soit malheureux de cela, au contraire il est totalement libre et responsable. A chacun de s’engager dans la vie et d’agir au nom de valeurs librement choisies par lui.
 
Albert Camus 3     
Oeuvre inachevée où il raconte son enfance
     
Son engagement le conduit à prendre position contre l’injustice, contre les dictatures qu’elles soient de droite (Hitler, Franco), ou de gauche (Staline), contre les régimes totalitaires dont l’arme est le terrorisme qui sacrifie des innocents, contre toute forme d’asservissement, contre l’inhumain et la cruauté.  
Il est révolté que le gouvernement de Vichy, sur l’ordre de Hitler, ait livré au dictateur fasciste Franco, des républicains espagnols. Dans L’Etat de siège , il ose affirmer « qu’à la face du monde, le rôle de l’Eglise d’Espagne a été odieux. »
En 1939, le début de la guerre ne le laisse pas indifférent. Il veut s’engager, mais il est réformé pour raison de santé (tuberculose). Il doit quitter Paris, retourne en Algérie, enseigne et publie L’Etranger, un roman, et Le Mythe de Sisyphe, un essai philosophique. De retour à Paris, il rejoint le réseau de résistance Combat.
 
Une fois la guerre finie, d’autres combats s’imposent à lui. Il appelle à l’indépendance de la France vis-à-vis des Etats-Unis et de l’URSS. Quand éclate la guerre en Algérie, il réclame que les protagonistes se rencontrent pour trouver une solution politique, défend les Hongrois insurgés contre la dictature communiste à la solde de l’URSS.
 
Albert Camus. Lourmarin 1      Lourmarin, village du Lubéron où Camus avait acheté une maison.
     
Bien qu’homme de gauche, ses positions politiques déplaisent aux intellectuels français « engagés », notamment le plus célèbre d’entre eux, Jean-Paul Sartre. Dans L’Homme révolté, Camus se livre à une critique sans concession du marxisme et du communisme. C’est plus que les sartriens ne pouvaient tolérer. Ils exécutent l’œuvre et l’homme, remettant en cause son aptitude à comprendre la philosophie, considérant qu’il ne fait que « jouer à l’écrivain » et « n’exprimer plus, sous de trop belles phrases, que d’inconsistantes pensées »
Francis Jeanson, Les Temps modernes, mai 1952.
Camus répond :
« On ne décide pas de la vérité d’une pensée selon qu’elle est à droite ou à gauche et moins encore selon ce que la droite et la gauche décident d’en faire. »
Attaqué parce qu’il refuse de se prononcer pour l’indépendance de l’Algérie, persuadé qu’Arabes et Français peuvent vivre ensemble avec de profondes réformes, convaincu que la fraternité est possible, il dénonce le terrorisme algérien qui est, pour lui, l’expression de la "haine" et porteur de "racisme".
 
Albert Camus. Lourmarin 3Lourmarin, vu du château   
   
Il est récompensé pour son œuvre abondante et riche, véritable leçon de vie, par le Prix Nobel de Littérature, en 1957.
 
En 1960, il meurt prématurément, à 47 ans, dans un accident de voiture. Jean-Paul Sartre, oubliant sa querelle et regrettant sans doute l’ancien ami, écrit dans France Observateur, quelques jours après sa mort :
   
« Cet homme en marche nous mettait en question »
 
  Albert Camus. Lourmarin 4
  Camus repose au cimetière de Lourmarin   
   
J’ai écrit ce modeste hommage à Albert Camus, à l’occasion du centenaire de sa naissance et en mémoire du grand rayonnement qu’il exerça dans ma vie d’étudiante.
Pour celles et ceux qui souhaitent en savoir plus, je ne saurais recommander la consultation des nombreux sites, blogs et articles de presse, œuvres d’analyse, biographies et bibliographies, impossibles à citer ici. Le Hors-série du journal Le Monde, réédité : Albert Camus (1913-1960), La révolte et la liberté, donne une bonne idée de l'auteur et son oeuvre.    
 
 
 
 
 
 
 
 
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