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9 novembre 2014 7 09 /11 /novembre /2014 00:21
Le soldat de Léomont
Le soldat de Léomont

Sur les traces des combattants de 1914-1918 : la nature répond à l’horreur des bombardements et des cris, par un silence assourdissant.

Je l’ai entendu ce silence. Il est lourd, il emplit la tête. Il fait qu’on a honte d’être là bien vivant, d’avoir seulement mal aux pieds parce qu’on a trop marché dans les sentiers touffus de la nature qui masque les tranchées, s’efforce de tout cacher comme si elle avait honte, elle aussi, de cette abomination qui eut lieu ici, des hurlements qu’elle entendit, des tirs, des explosions, des claquements qui fusaient partout, durant des mois et des mois, des écroulements d’arbres, de maisons, d’églises.

Un village détruit.
Un village détruit.

Et l’on se parle à voix basse, car il reste des morts, des milliers, qu’on n’a jamais retrouvés, là sous la terre et qui ont droit au respect. Puis, on remonte dans sa voiture, on continue le périple. Un peu plus loin, une flèche indique un site, parfois juste une ruine et on repart à fouiller la forêt. Mais où est-il donc cet abri du Kronprinz ? A 700 mètres ? Mais nous avons marché plus que cela !

Tout en marchant, on s'interroge. Des cartes postales de villages détruits, d'enfants emmenant un petit cercueil à travers la Grand-rue et jetant un regard curieux vers le photographe, d'habitants consternés, on en a tellement vues.

Comment ceux qui priaient dans leurs églises de l’autre côté de la frontière, ont-ils pu détruire, incendier celles de leurs voisins, les mêmes ? Comment ceux qui avaient peur de ne pas revoir leurs familles, ont pu refuser aux autres de le faire ? Comment ceux qui avaient vu leurs camarades tomber et mourir, ont pu oublier toute valeur humaniste et accepter de participer au carnage ?

Les témoignages des derniers poilus sont éclairants. Centenaires, ils en étaient encore abasourdis.

Sur les traces des Poilus de 14-18 en Lorraine. (I)

Je crois qu’on ne mesurera jamais assez la douleur, non plus physique, mais morale, le désespoir de ces hommes à la fois décidés à faire leur devoir, à défendre leur pays et parfaitement conscients de leur mort annoncée et de l’impossibilité d’échapper à leur sort.

Néanmoins, ce serait leur manquer de respect que d’oublier qu’ils étaient bien conscients de la barbarie absolue qui leur était imposée, à savoir tuer des hommes et que, somme toute, dans l’autre camp, les soldats ennemis vivaient la même horreur, la même peur, la même angoisse de ne pas rentrer chez eux, et mouraient comme eux, pour des intérêts économiques qui n’étaient pas les leurs. Parce qu'on ne peut pas, on ne doit pas expliquer la guerre par la "folie meurtrière" des hommes.

Les derniers poilus vivants que nous avons revus à la télévision, empreints de tristesse, de lucidité et révolte pour certains, parlaient sans exception de fraternité entre les peuples. Ils voulaient absolument que ce soit la « Der des der »…

La une du Petit Journal montre Marianne s'en prendre à Jean Jaurès. A l'Assemblée nationale, le député pacifiste, excellent orateur, s'opposait vivement à l'allongement de la durée du service militaire que le gouvernement voulait porter à 3 ans au lieu de 2. Elle agite la menace de la guerre que les Allemands font peser sur la France et rappelle qu'ils ont conquis une partie de notre territoire (l'Alsace-Lorraine) en 1870 et s'apprêtent à aller plus loin. Sa position, très menaçante, sa grandeur au-dessus du député, insistent sur le danger que représente le pacifisme et la nécessité d'en écraser l'idée. Jaurès sera assassiné le 14 juillet 1914, peu de temps avant la déclaration de la guerre.

Modernisation des uniformes de soldats
Modernisation des uniformes de soldats

L’intérêt majeur des cérémonies du Centenaire, c’est de mettre sous nos yeux l’immense tragédie vécue par les soldats, dans tous ses aspects, afin de leur rendre justice et nous rappeler notre appartenance à un pays, un peuple, qui s’est construit dans des luttes nombreuses et variées, dans la fraternité et la solidarité, autour de valeurs reconnues et partagées.

Nous sommes issus de leur sacrifice et, à l’heure où l’individualisme, l’égocentrisme, le cynisme même, exploités largement par les médias, hélas, se répand dans toutes les couches de la société, espérons que ces souvenirs nous aident à devenir plus lucides et à faire le tri des vraies et fausses valeurs.

Ci-dessous, une carte que l'on peut consulter au Musée lorrain de Nancy, pleine d'intérêt, car elle permet de visualiser simplement et justement la frontière de 1914 qui excluait l'Alsace et la Lorraine de la France. La légende est peu lisible, mais on y voit en jaune les forts destinés à protéger la France de la convoitise allemande. Ils sont situés en grande majorité à l'est.

Le système de défense français face à l'Alsace-Lorraine occupée.
Le système de défense français face à l'Alsace-Lorraine occupée.

Je n’avais, pour ma part, que des connaissances livresques de la Grande Guerre, «morceaux choisis » dans les programmes d’histoire enseignés au lycée, ainsi qu’un grand-oncle, mort à vingt ans et disparu, soldat « inconnu » comme des dizaines de milliers d’autres, dont on parlait peu en famille : cela faisait trop mal. Je revois mon arrière-grand-mère habillée de noir. Dans son grand âge, elle passait des heures, assise, le regard perdu, comme si elle cherchait toujours son fils, dans le néant de contrées qu’elle n’avait pas connues.

C’est pour elle, pour lui et toutes les autres que j’ai voulu entreprendre le voyage, cette année, sur les lieux des batailles et des cimetières, des forêts qui absorbent tout, des champs encore marqués par les stigmates de la guerre. Et bien sûr, pour ceux que la chanson de Craonne, interdite à l'époque, nommait "les sacrifiés".

Je vais vous raconter mon voyage, en plusieurs épisodes. Je n’ai pas tout vu, il aurait fallu beaucoup plus de temps, mais grâce à la carte IGN consacrée aux sites de 14-18, achetée à Nancy, j’ai découvert des lieux célèbres, certes, d’autres plus modestes, qui sans elle, me seraient restés inconnus.

Recherche personnelle de contact avec les traces d’une réalité de cent ans. J’y ai consacré le mois de septembre, venant du sud de la France et visitant quand même à droite à gauche sur le chemin, comme j’aime bien le faire, des sites pittoresques, des musées, des expositions, des friches industrielles, des lieux de tous âges où des hommes célèbres ou anonymes ont vécu.

J’ai beaucoup photographié, souvent dans de mauvaises conditions : beaucoup de monde, des reflets sur les documents sous vitres… J’ai fait de mon mieux. Je vous proposerai aussi des photos d’époque, prises dans les annales familiales, pas toujours de bonne qualité, hélas, mais authentiques.

Sur les traces des Poilus de 14-18 en Lorraine. (I)

Pour commencer, il est bon de se rappeler que, la guerre de 1870 menée par Napoléon III, s’était soldée par un échec cuisant pour la France. L’empereur avait été lui-même fait prisonnier à Sedan et la France dut, par le traité de Francfort (10 mai 1871) céder l’Alsace, sauf la ville de Mulhouse, et une partie de la Lorraine (le nord).

Soucieux de conserver leur culture, les Alsaciens résistaient au pangermanisme, notamment en préservant la langue française. Les Allemands voulaient empêcher toute communication avec les Français en imposant une seule langue, l’allemand, afin d’éviter que l’armée française puisse obtenir des renseignements de la population. C’est dire que l’Alsace-Lorraine peinait à supporter la dictature militaire, résistait et rêvait de rejoindre la France.

Mais, quand la guerre éclate, les populations sont contrôlées plus que jamais, comme l’attestent ces consignes imposées que l’on peut lire au Musée lorrain de Nancy :

Sur les traces des Poilus de 14-18 en Lorraine. (I)

Afin d'éviter toute résistance...

Sur les traces des Poilus de 14-18 en Lorraine. (I)

Dès 1970, pour empêcher les velléités de liberté des Alsaciens-Lorrains, l'armée prussienne, armée d'occupation, était très présente, ainsi que nous le voyons sur cette carte postale du début du XXème siècle. La scène se passait à Metz, sur le champ de Mars. En fait, nos deux provinces avaient subi une véritable colonisation, puisque de nombreuses familles allemandes s'y étaient installées.

Sur les traces des Poilus de 14-18 en Lorraine. (I)

Malheureusement, une fois la guerre déclarée, finie pour longtemps la douce quiétude des villages lorrains ! dont voici un exemple, Manonviller, près de Lunéville, région qui sera le théâtre de durs combats et dont je parlerai lors d'un prochain article.

Sur les traces des Poilus de 14-18 en Lorraine. (I)

Voici les costumes des soldats qui se sont trouvés en présence : Nous sommes frappés de la différence :

  • L’un, l’allemand, est résolument moderne. Il a été pensé pour être discret et efficace.
Sur les traces des Poilus de 14-18 en Lorraine. (I)
  • L’autre, le français, évoque plutôt les guerres napoléoniennes, où les armées se faisaient face, s’avançant l’une vers l’autre au son des tambours. Il est clair que l’armée française des premiers combats appartient au passé. Elle ne s’est pas modernisée et ce qui est grave, c’est que la stratégie militaire non plus. Voila pourquoi les premiers affrontements se sont montrés si meurtriers.
Sur les traces des Poilus de 14-18 en Lorraine. (I)

Le plan SCHLIEFFEN prévoyait de traverser la Belgique pour attaquer la France par le nord. Les cartes postales suivantes tournent en dérision l’empereur Guillaume II, mais aussi montrent l’optimisme d'abord des Belges, à cent lieues d’imaginer qu’il aurait l’audace de violer leur territoire… puis, celui des Français

Sur les traces des Poilus de 14-18 en Lorraine. (I)

A Paris, ils sont attendus, semble-t-il !

Néanmoins, ces cartes humoristiques ne doivent pas cacher les nombreuses exactions commises par les Allemands, aussi bien en Belgique qu’en France. Nous avons pu voir à la télévision un village des Ardennes que les Allemands avaient décidé de rayer de la carte : maisons, biens et population.

Les hommes furent attachés et couchés à plat ventre au sol. Face à eux, des mitrailleuses. Le curé voyant cela se précipita et proposa d’échanger sa vie contre celle de ces hommes. L’autorité militaire recula et l‘exécution n’eut pas lieu. Cependant les Allemands avaient fait défiler les femmes devant les hommes immobilisés et menacés d’être fusillés s’ils donnaient signe de vie, afin de leur faire croire à leur mort. Et pour pousser plus loin la cruauté morale, ils leur annoncèrent qu’elles pouvaient rentrer chez elles. Sauf que leurs maisons avaient brûlé !

Les habitants de ce village sont en train d'en faire un film.

Témoigner toujours, par devoir de mémoire, non pour ruminer rancœur et désir de vengeance, non pour imposer aux générations suivantes, innocentes de fait, une injuste culpabilité, mais pour pouvoir pardonner et reconstruire la paix.

Sur les traces des Poilus de 14-18 en Lorraine. (I)

Les Bruxellois n'en crurent pas leurs yeux. Il n'était plus question de caricature. Et pourtant, la guerre ne faisait que commencer !

Ainsi se termine cette première partie.

Exceptés la reproduction de la une du Petit Journal, de la carte et des avis qui proviennent du Musée lorrain de Nancy et des 2 costumes de soldats, tous les autres documents proviennent de ma famille (photographies et cartes postales).

Dans quelques jours, je publierai quelques aspects de la vie des soldats d’après les photographies de l’album de famille.

Puis, je vous emmènerai sur les lieux des combats dans la région de Lunéville, Verdun, Les Eparges, et Vauquois.

A celles et ceux qui m’ont parfois signalé leur difficulté à trouver mon blog sur le Net, je vous signale que j’ai depuis peu un nom de domaine qui permet d'arriver très facilement sur le blog. L’adresse est : www.morvane.fr

Pour me contacter : morvaneblog@hotmail.fr

A bientôt !

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Published by Morvane - dans Histoire
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8 octobre 2014 3 08 /10 /octobre /2014 13:09

Comment revoir Toulouse, sans penser à la musique de Claude qui continue d'habiter cette ville? Il a chanté aussi magnifiquement Paris, mais l'évocation de sa ville originelle réveille les souvenirs d'enfance...

"Mon cartable est bourré de coups de poing", dit-il,

...et la nostalgie du passé qui n'est plus. Sa ville bouillonnante, indomptable, rouge et noire. - passion et mort, révolution et anarchie... - agite en lui des émotions dévorantes qui ont fait de lui un artiste extrêmement touchant. Aujourd'hui encore, qui peut sans vibrer écouter ses textes et ses musiques ?

 

Il y a quelques mois, l'occasion m'a été donnée de déambuler dans la ville rose. Je l'ai abondamment photographiée, afin de continuer à l'admirer chez moi. Me promenant un soir, la long de la Garonne, j'ai assisté à la tombée de la nuit. J'en ai ramené ces paysages aux couleurs et atmosphères étonnantes.

Comme la musique de Claude Nougaro me revenait, j'ai eu envie de m'y replonger, ce qui m'a inspiré le poème qui suit.

Toulouse, ô Toulouse ! Hommage à Claude Nougaro.
Toulouse, ô Toulouse ! Hommage à Claude Nougaro.

Voici le Pont-Neuf. Le jour qui se retire nous serre un peu le cœur. Heureusement, la Garonne y coule sereinement. C'est rassurant.

Toulouse, ô Toulouse ! Hommage à Claude Nougaro.
Toulouse, ô Toulouse ! Hommage à Claude Nougaro.

Ici, des amoureux. Plus loin, des promeneurs qui ne tarderont pas à se croiser. Les uns rentrent chez eux, les autres prolongent le plaisir magique de la soirée. Qui sont-ils? Où vont-ils? Je me prends à rêver à leur destinée...

A peine quelques pas de plus, voici, encadrée par une arche et son reflet dans l'eau, une parcelle de ville que l'obscurité n'a pas encore gagnée.

Au loin, la Garonne est franchie par un pont métallique, le pont Saint-Pierre. Ce dernier précède le pont des Catalans.

Toulouse, ô Toulouse ! Hommage à Claude Nougaro.

Avant de passer sous le Pont-Neuf, on se cogne aux puissantes piles, impressionnants boucliers qui ont résisté jusqu'alors aux crues les plus violentes, grâce aux crêtes, que vous apercevez, fendant l'eau, conçues habilement pour dévier le courant des piles.

Toulouse, ô Toulouse ! Hommage à Claude Nougaro.

Nous voici de l'autre côté ! La perspective rend immense le premier "dégueuloir". Leur usage sauva plus d'une fois le pont et la ville en brisant la force des crues. Celui-ci ne veut pas renoncer à la lumière, semble-t-il..

 

La construction du pont date du XVIème siècle - 1542 plus exactement - elle s'acheva au siècle suivant.

D'une longueur de 220 mètres, il a été doté de sept arches irrégulières, qui contribuent à sa solidité. Il relie la cité à Saint-Cyprien que l'on devine au loin.

 

Il suffit de s'éloigner du pont pour le découvrir, dans la magnificence de l'éclairage du soir.

 

Toulouse, ô Toulouse ! Hommage à Claude Nougaro.
Toulouse, ô Toulouse ! Hommage à Claude Nougaro.

Quelques minutes après, tel un chant du cygne, le ciel jette un dernier voile bleu, sombre néanmoins, pendant que la jeunesse goûte la douceur du soir, avant d'aller danser peut-être, sur la péniche aménagée à cet effet.

Toulouse, ô Toulouse ! Hommage à Claude Nougaro.

Maintenant la nuit gagne. Le ciel et l'eau du fleuve se confondent.

Sur la Garonne, les ponts suivants barrent la vue, qui peine à reconnaître le dôme de la chapelle Saint-Joseph de l'hôpital de la Grave.

Toulouse, ô Toulouse ! Hommage à Claude Nougaro.

La nuit est là.

La chapelle s'est illuminée à son tour.

Son dôme dressé vers le ciel, certains diraient qu'elle affirme sa suprématie spirituelle, face à la matérialité du Pont-Neuf. Mais si elle protège les âmes de la ville, le pont lui en protège les vies !

Ma promenade s'achève ici, pour cette fois. Je songe à la nostalgie de revoir sa ville que le poète toulousain continue de chanter pour nous...

"Si l'un (des avions de Blagnac) me ramène sur cette ville

Pourrais-je encore y revoir ma pincée de tuiles?"

Toulouse, ô Toulouse ! Hommage à Claude Nougaro.
Toulouse, ô Toulouse ! Hommage à Claude Nougaro.

Pensée pour Claude Nougaro, à propos de Toulouse

 

Enivrée de soleil ,

Comme l’abeille qui chancelle et s’enfouit à l’ombre des lantanas

Comme le taureau révolté qui hait les hommes

Et se bât sans répit, malgré la sueur aveuglante qui lui brouille la vue

Et la vie

 

La voilà La ville !

L’unique, à vous serrer les tempes où coule

Le sang bouillonnant du Sud,

A vous précipiter dans le fleuve sacré, néanmoins, dévastateur-mirage,

Il vous tend les bras comme l’amante-sirène, incapable de chanter

Autre mélopée que la passion extrême ! 

Fascination qui vous mène au vertige à peine contenu,

 

La voilà Ta ville !

Les couleurs s’y déclinent en mode bleu et rose;

Les musiques ne vont aux graves que pour magnifier

Ces voix surhumaines, qui éclatent

En d’infinis opéras.

Morvane.

 

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Pardon à mes chers lecteurs et lectrices pour leur avoir fait subir des publicités non voulues, phénomène dû au fait que je n'ai pas pu publier d'articles pendant mes vacances -  je vous promets quelques bons moments ! - Que faire quand la 3G n'est pas encore arrivée dans les campagnes? Quand il n'y a pas l'espoir du smatphone, car le réseau est inexistant ou insuffisant? Quand l'accès à Internet a lieu à l'office de tourisme, au milieu du bruit et de l'agitation ?   

Merci de votre indulgence. Je tâcherai de veiller au grain, à l'avenir !

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12 août 2014 2 12 /08 /août /2014 16:20

~~A quelques kilomètres de la belle ville de BEZIERS, un ingénieux ouvrage atteste du bouillonnement intellectuel, scientifique, technique, artistique et politique du règne de LOUIS XIV.

Maitre absolu, pour le meilleur et pour le pire - Je m’en tiendrai, ici, au meilleur - ce mégalomane inspiré, sut détecter les talents dont la France avait besoin pour survivre, aux guerres, aux frondes, aux crises économiques et pour briller de tous ses éclats aux yeux du monde, grâce à ses artistes, ses philosophes, ses bâtisseurs d’ouvrages civils et militaires et ses ministres.

Les Ecluses de Fonserannes, une promenade Grand Siècle.

~~Faisons un peu d’histoire.

On reconnait un grand dirigeant à ce qu’il sait s’entourer - le mot est trop vague, trop réducteur - disons plutôt détecter les talents dont le pays a besoin. Cela veut dire faire confiance, déléguer une partie de ses pouvoirs, protéger également ces personnalités capables de rendre les meilleurs services et bien sûr, trouver les moyens nécessaires à ces réalisations.

LOUIS XIV, dont le pouvoir, dans sa jeunesse, avait été malmené par la fronde des grands Nobles, préféra s’entourer de bourgeois talentueux et dévoués. Il confia ainsi les affaires de la France à COLBERT.

Quand ce dernier devint ministre, le commerce était en crise. La production de vin avait chuté ainsi que le prix des céréales, ruinant les petits exploitants agricoles. Il est évident que le commerce est la condition du développement économique. Il doit donc circuler aisément. L’idée de relier les « Deux mers », l’Atlantique et la Méditerranée, prend corps. Le CANAL ROYAL reliant TOULOUSE à SETE se dessine dans les imaginations. A la Révolution, il prendra le nom de CANAL du MIDI.

Les Ecluses de Fonserannes, une promenade Grand Siècle.
Les Ecluses de Fonserannes, une promenade Grand Siècle.

~~COLBERT avait vu beaucoup plus loin :

Non seulement le commerce français allait créer des richesses, amener la prospérité (emplois, élévation du niveau de vie, enrichissements… sans oublier la gloutonnerie des caisses de l’Etat !), mais en permettant d’éviter aux marchandises de contourner l’Espagne pour passer par le détroit de Gibraltar, la nouvelle voie de communication ruinerait le commerce espagnol. Souvenez-vous de la rivalité séculaire entre la FRANCE et l’ESPAGNE et les nombreuses guerres que LOUIS XIV dut mener pendant son règne.

Notons que les Romains déjà, avec l’empereur AUGUSTE, puis plus tard, d'autres monarques comme CHARLEMAGNE, FRANCOIS Ier, HENRI IV … en avaient rêvé, dans la crainte des attaques de Barbaresques en Méditerranée.

Au XVIIème siècle, COLBERT fait appel à un riche autodidacte, visionnaire, ingénieux, dévoué – s’il tire profit du canal, il y consacrera une grande partie de sa fortune – Pierre Paul RIQUET, natif de BEZIERS.

~~Le coût est impressionnant, or les finances de l’Etat sont au plus bas. Le budget de 6 milliards de livres sera largement dépassé, pour atteindre 18 milliards de livres de l’époque.

Qui paie ? - Le Roi pour 40% - La province du Languedoc pour 40% - Pierre Paul RIQUET, lui-même, pour 20%. Il deviendra propriétaire du Canal et ses descendants continueront de payer 2 millions de livres pendant plus de 50 ans! A notre époque où des sportifs, des artistes, des grandes fortunes, quittent la France en crise, pour échapper à l’impôt démocratique, il y a de quoi rester songeur…

La réalisation : COLBERT autorise le creusement en 1666. L’immense chantier qui s’achèvera en 1681, est confié à Pierre Paul RIQUET. Celui-ci recrute les meilleures compétences. Il en faut, ainsi que de l’audace. Il s’agit d’abord de récupérer les eaux de la montagne Noire par un système de barrage-réservoirs. Les travaux connaissent de nombreux problèmes, parmi lesquels, le niveau. Nous ne sommes pas ici dans le « plat pays » cher à Jacques BREL. Sur une telle distance, 241 km, le dénivelé atteint 132 m. Les ingénieurs, techniciens et ouvriers creusent la voute de MALPAS et pour ce qui nous intéresse aujourd’hui, la fameuse enfilade des 8 écluses de FONTSERANNES (parfois écrit avec un seul « n »).

Les Ecluses de Fonserannes, une promenade Grand Siècle.
Les Ecluses de Fonserannes, une promenade Grand Siècle.

Voici l'ouvrage tel qu'on le voit d'en bas ainsi que le plan du site.

~~Il suffit de se retourner pour admirer la jonction des deux voies : l’une à droite où se trouve le point d’embarquement. Les bateaux, essentiellement de plaisance aujourd’hui, y stationnent en attendant de passer les écluses. A gauche, l’eau se dirige vers le Pont-Canal de l'Orb.

Les Ecluses de Fonserannes, une promenade Grand Siècle.
Les Ecluses de Fonserannes, une promenade Grand Siècle.

Ci-dessus, un premier bateau attend son tour.

Les Ecluses de Fonserannes, une promenade Grand Siècle.

~~L’originalité et la beauté de l’ouvrage résident dans la forme ovoïde des écluses.

Les Ecluses de Fonserannes, une promenade Grand Siècle.

~~Portes fermées. Elles attendent que les bateaux qui montent soient mis à niveau pour s’ouvrir, où que les bateaux qui viennent en sens inverse soient descendus au niveau de l’écluse en premier plan.

Les Ecluses de Fonserannes, une promenade Grand Siècle.

Cette fois, les choses deviennent sérieuses. Sous les regards curieux des promeneurs, les bateaux doivent manœuvrer pour se faire une place.

Les Ecluses de Fonserannes, une promenade Grand Siècle.

Ils doivent se serrer les uns contre les autres. A terre, un membre de leur équipage les guide parfois.

Les Ecluses de Fonserannes, une promenade Grand Siècle.

~~Maintenant, il faut attendre que l’eau monte dans l’écluse suivante pour être à niveau, afin de la franchir.

Les Ecluses de Fonserannes, une promenade Grand Siècle.

~~Déjà, les portes se ferment lentement.

Les Ecluses de Fonserannes, une promenade Grand Siècle.

~~Prêts à passer la dernière ! Attention aux chocs !

Les Ecluses de Fonserannes, une promenade Grand Siècle.

~~Bientôt les bateaux accèderont à la nonchalance du Canal et poursuivront leur périple tranquille. Ils auront monté le dénivelé de 21 mètres environ, sur une distance de 300mètres.

~~Bon voyage ! Ces photos ont été prises par mes soins, à l’automne 2013, d’où le ciel variable et le nombre limité de visiteurs. J’ai dû beaucoup les diminuer et les recadrer parfois de façon drastique, à mon grand regret, car les cieux mi sombres, mi bleus aux nuages de belles nuances de gris et blanc étaient magnifiques.

~~Bien sûr, je suis loin d’avoir traité de manière exhaustive le sujet. Nécessité oblige !

Néanmoins, et par bonheur, de nombreuses informations sont à la disposition de ceux qui veulent en savoir plus. En dehors des ouvrages historiques – le XVIIème siècle, vous imaginez ! – le travail effectué sur WIKIPEDIA, tant à propos de RIQUET & FONTSERRANES que du CANAL DU MIDI, permet de se faire une bonne idée de notre sujet.

En particulier, vous y découvrirez des détails techniques sur la construction du Canal, un portrait plus complet de Pierre Paul RIQUET, notamment les conditions de travail des 12 000 ouvriers, dont un tiers de femmes, à qui, M. RIQUET avait attribué :

- la mensualisation des payes

- des avantages sociaux inédits, comme le chômage des jours de pluie

- le paiement des dimanches et jours de fête

- et les congés de maladie.

C’était au XVIIème siècle, sous la monarchie !

Rendez-vous au XIXème siècle, au moment de la Révolution industrielle, qui vit le triomphe de la bourgeoisie, et comparez avec la condition des ouvriers dans les mines et le textile, entre autres !

Merci de votre attention et n’oubliez pas de vous inscrire pour être averti des prochains articles. Mes articles me demandent du travail, donc j’écris peu. Cela vous évitera de venir sur le blog pour rien ! Morvane.

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16 juillet 2014 3 16 /07 /juillet /2014 21:01


« Comme toujours, je dois beaucoup à bien des auteurs », écrit Pierre LEMAITRE, dans ce quatrième roman. Une façon de rendre hommage à ses prédécesseurs qui l’ont inspiré à divers titres et qu’il a contribué à faire connaître et surtout apprécier, du temps où il enseignait la littérature.

« Nous avons l’art pour ne pas désespérer » disait MALRAUX. Il est vrai que l’Art, tout comme la Littérature, accompagnent très heureusement beaucoup de leurs adeptes, sans quoi la vie manquerait réellement de consistance et de rêve, j’ai envie de dire de transcendance.

 

Alors, l’obstination, la froideur, la détermination qu’il y a dans le personnage principal Alex n’est pas sans rappeler Lisbeth Salander, l’héroïne de Stieg LARSON (Millenium).

De même le commandant Camille Verhoeven qui résout l’enquête, tout en se débattant dans ses propres problèmes, n’est pas sans rappeler les enquêteurs des romans scandinaves. Et ses problèmes sont de taille, puisqu’il se dessine en Sisyphe, condamné à remonter à perpétuité, un énorme rocher qui redescend aussitôt de la montagne. Par contre, sa mère était un peintre célèbre et lui, a besoin de dessiner pour penser.

 

Un enlèvement ! C'est une attraction, un peu comme un spectacle. Il manque la vedette principale, mais ça ne gène pas, rien que le décor c'est déjà magique.

ALEX, page 47. Livre de Poche

 

Un anonyme promeneur de chien, rue Falguière, à Paris, est témoin de la scène qu’il rapporte à la police. Témoin capital, puisque unique, quoique discret. Sans lui, pas d’histoire. Il s’est trouvé juste là au bon moment, et comme il sort son chien à une heure précise, déterminée par le programme de la télévision, pas de doute sur l’heure. L’auteur de l’enlèvement ? Un type balèze. La victime ? Une femme, plutôt jeune. Une camionnette blanche, d’artisan. La femme se débattait, l’homme l’a tabassée. C'est peu, c'est vague. Il faudra s'en contenter.

ALEX, un polar sulfureux de Pierre Lemaitre

 

Pendant que l’enquête peine à démarrer, Camille Verhoeven, qui a perdu sa femme dans les mêmes circonstances, doit gérer ses fortes émotions. Mais cela oriente positivement, on le verra, sa façon de procéder et ses conflits avec sa hiérarchie, plus incline à se satisfaire du premier coupable venu, par peur des rumeurs.

Camille, lui, leur tient tête et choisit de sauver la jeune femme. Pour ce faire, il cherche à l'imaginer et il la dessine comme pour lui donner corps et âme.

« En jean, cheveux courts, un sac en bandoulière. Non. Autre dessin, la voici en jupe droite, forte poitrine, il raye, agacé. »

 

Puis il se tourne vers le ravisseur, essaie de pénétrer son mental. Les ravisseurs sont la plupart du temps organisés. Ils planifient l’acte, mettent toutes les chances de leur côté :

« Les premières heures sont cruciales, les chances de vie diminuent rapidement. C’est encombrant, un otage, on a vite envie de s’en débarrasser. »

Au bout du compte, bien qu’il ait tenté de refuser cette enquête-là, elle lui a servi de thérapie, à la fois vis-à-vis de sa femme assassinée et de sa mère à qui il doit son infirmité.

La victime, elle, essaie désespérément de comprendre ce qui lui arrive. Pourquoi moi? Elle ne connait pas son agresseur. "Je vais te regarder crever, sale pute" seront ses derniers mots, jusqu'à ce que la police l'identifie et lui tende un piège. Mais, au moment d'être arrêté, il se suicide.

Malgré tout, l’enquête progresse par la découverte du domicile du ravisseur chez qui les enquêteurs retrouvent des photos de la victime en tragique posture…

 

ALEX, un polar sulfureux de Pierre Lemaitre

 

Quand enfin, ils arrivent à découvrir le lieu où se trouve la jeune femme, dans un grand bâtiment désaffecté, une friche industrielle, du côté de Clichy, à peu près comme celle-ci, elle a disparu !

Pour les enquêteurs, heureusement pas pour nous, lecteurs !

Coup de théâtre, une fois remise, elle se montre sous les traits d’une impitoyable tueuse en série…

Nouveau coup de théâtre : elle se suicide ! À la fin de la IIe partie.

Panique des lecteurs constatant qu’il leur reste un bon quart du livre à lire ! Le ravisseur sadique est mort. L’héroïne aussi, alors ?

Et pourtant l'enquête passionnante continue pendant les 96 dernières pages du roman.

 

Ce qui m’a plu dans ce roman policier, c’est le rythme basé sur l’alternance entre l’enquête, ses personnages à la psychologie complexe, le jeu des apparences : les faits sont là, mais ne dévoilent pas leurs secrets – pire ! Ils peuvent détourner les policiers de la vérité à cause des ressemblances avec l’expérience qu’ils ont de leur métier – le jeu des apparences, donc et l’imagination, la réflexion qui mènent certains (Camille Verhoeven) à échafauder des hypothèses, à essayer de se glisser dans le mental des protagonistes. L’originalité est ici l’usage du dessin comme aide à l’imagination.

 

Ce qui m'a plu, ce sont les mutations des victimes et des meurtriers, qui changent de statuts, devenant tour à tour victimes et/ou meurtriers.

 

Ce qui m’a plu, c’est enfin le trouble dans lequel Pierre Lemaitre jette ses lecteurs qui se précipitent dans chaque piste suggérée, pour aussitôt découvrir que non ! Ce n’est pas la bonne ! Il nous mène par le bout du nez et si le sujet est dur, le voyage n’en est pas moins jubilatoire.

 

Il va sans dire que je vous recommande cette lecture. Pour ma part, j'ai très envie de lire ses autres romans !

 

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16 juin 2014 1 16 /06 /juin /2014 17:07

Ils ne peuvent se résoudre aux ténèbres,

Narcisses amoureux de leur propre image

- Il faut dire que mers & océans leur sont d'infinis miroirs -

Comme s'ils craignaient que le Passé,

D'où ils viennent et qu'ils imaginent, embusqué

Dans l'ombre,

Ne les reprennent à jamais.

Alors, ils guettent les poètes,

Seuls capables de les accompagner,

Jusqu'au bout de la nuit.

Ces grands voiliers qui paradent la nuit...

Frégate ARA LIBERTAD.

Construit en 1953, ce navire-école de la marine argentine est un des plus grands voiliers du monde.

Il arbore une magnifique figure de proue, dont Jean-François DENIAU nous donne la définition, dans son Dictionnaire amoureux de la mer et de l'aventure (Ed. Plon)

 

« Représentation en bois sculpté d'une figure humaine, d'un personnage historique, d'un dieu, d'un animal fantastique, que l'usage plaçait à l'avant d'un navire, sous le beaupré, et qui souvent rappelait le nom du navire. Ce sont ces formes de sirènes qui entrainèrent pendant des siècles les bateaux à la découverte des continents et à l'abordage des adversaires. Elles furent supprimées, pourquoi? Mystères de l'Administration, par un décret de 1785. Comme déraisonnables. Erreur. Il n'y a pas de progrès sans une chimère en tête. »

Ces grands voiliers qui paradent la nuit...

Cependant, la sirène argentine, la tête encore éblouie,

Se dresse, provocante, toujours tendue vers l'avenir

Qu'elle espère sans fin,

Malgré l'obscurité fatale.

Sure d'elle, elle exhibe sa chevelure constellée.

Alors, elle peut confondre les étoiles

Qui, peu à peu se retirent.


Pierre LOTI raconte, dans Pêcheur d'Islande, comme sont malmenés les bâteaux et les hommes, dans les tempêtes :

" Elle fuyait devant le temps, la Marie, fuyait, toujours plus vite; et le temps fuyait aussi, devant je ne sais quoi de mystérieux et de terrible. (...)

Elle glissait comme à reculons, la montagne fuyante se dérobant sous elle pour continuer de courir, et alors elle était replongée dans un de ces grands creux qui couraient aussi; sans se meurtrir, elle en touchait le fond horrible, dans un éclaboussement d'eau qui ne la mouillait même pas, mais qui fuyait comme tout le reste, qui fuyait et s'évanouissait en avant comme de la fumée, comme rien...

Au fond de ces creux, il faisait plus noir, et après chaque lame passée, on regardait derrière soi arriver l'autre; l'autre encore plus grande, qui se dépêchait d'approcher, avec des contournements furieux, des volutes prêtes à se refermer, un air de dire : " Attends que je t'attrape, et que je t'engouffre "...

Mais non, elle vous soulevait seulement, comme d'un haussement d'épaule on enlèverait une plume, et, presque doucement, on la sentait passer sous soi, avec son écume bruissante, son fracas de cascade.

Et ainsi de suite, continuellement. Mais cela grossissait toujours. Ces lames se succédaient, plus énormes, en longues chaînes de montagnes dont les vallées commençaient à faire peur. Et toute cette folie de mouvements s'accélérait, sous un ciel de plus en plus sombre, au milieu d'un bruit plus immense."

Ces grands voiliers qui paradent la nuit...

Mais, revenons à Toulon, en ce mois de juillet 2007, où la TALL SHIPS' RICES, vint pour la première fois, faire escale dans un port français de la MEDITERRANEE. Et admirons l'un des voiliers les plus rapides dans sa catégorie : le STAD AMSTERDAM.

Ce clipper trois-mâts a été construit en 2000 par des chômeurs en réorientation et des lycéens qui avaient terminé leurs études secondaires, projet qui a dynamisé  la ville et dont les Hollandais sont fiers, à juste titre.

 

Ces grands voiliers qui paradent la nuit...

J'avais ce jour-là, pour tout appareil photographique, un modeste téléphone portable, bien loin des performances de ceux d'aujourd'hui. Craignant de ne pouvoir revenir le lendemain - ce qui s'est produit - j'avais pris quelques clichés, de qualité médiocres.

 

Voici plus loin, "L'AMERIGO VESPUCCI".

C'est un immense voilier-école de la marine militaire italienne, un des plus grand voiliers du monde. Construit en 1930, il est basé à GENES. Il sert à former des élèves-officiers. Mais ces dernières années, il conjugue également le rôle d'ambassadeur de la culture et de l'ingénierie italiennes.

Il est présent dans les grands rassemblements internationaux, comme la Tall Ships' Rices, en 2007, l'Armada de ROUEN, les Voiles de Légende, en 2013, à Toulon, que j'évoquerai bientôt.

Ces grands voiliers qui paradent la nuit...

Beaucoup plus petit, non moins élégant, le CALA MILLOR est un brick-goélette espagnol qui sert essentiellement à la croisière en Méditerranée. Construit en 1946, aux Iles Baléares, il a été utilisé pour le commerce et a plusieurs fois changé de propriétaire et de nom, avant d’être racheté par l’Espagne qui l’a entièrement restauré pour le consacrer à la croisière et lui a rendu son nom initial.

Ces voiliers prestigieux ont pu être visités par des centaines d’admirateurs durant toute l’escale. Le soir, une fois l’accueil des visiteurs terminé, les marins ont pu visiter la ville, avant le départ pour Gènes, le lendemain.

Ces grands voiliers qui paradent la nuit...

Le lendemain matin, de nombreux Toulonnais devaient investir les côtes afin de saluer les magnifiques voiliers, à défaut de les accompagner, privilège de ceux qui ont pu naviguer près d'eux.

Ces grands voiliers qui paradent la nuit...
Ces grands voiliers qui paradent la nuit...

Merci, chers lectrices et lecteurs, pour votre soutien.

A bientôt pour de nouvelles rêveries maritimes.

Morvane.

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26 mai 2014 1 26 /05 /mai /2014 02:24

L’artiste crée de la beauté avec les matières, les outils dont il dispose ou qu’il invente, selon l’aller-retour permanent, on dit aujourd’hui l’interaction, de sa main/outil et de la matière.

Que la matière soit inerte ou animée, l’homme cherche toujours à la modeler, la transformer. Son intelligence lui permet d’anticiper un monde plus confortable. Il y a de ce fait en lui, un appétit irrépressible d’invention, de création. Pour ce faire, il n’hésite pas à effectuer le grand détour de la science et de la technologie.

Il y a en lui, un démiurge qui sommeille, quelque chose d’un dieu déchu, jaloux de son ancien pouvoir et qui cherche incessamment à l’égaler. Les mythes et légendes foisonnent de récits fantastiques qui illustrent ce désir. Les Grecs avaient bien cerné l’essence de l’être humain, décrite dans le mythe de Prométhée.

 

Céramique antique représentant le supplice de Prométhée.

Céramique antique représentant le supplice de Prométhée.

Prométhée, osa se révolter, contre les Dieux, pour voler le feu sacré de l’Olympe, invention divine et symbole de la Connaissance, afin de l’offrir aux hommes et leur permettre d’accéder au savoir.

L'Ancien Testament, raconta qu'une certaine Eve avait fait à peu près la même chose...Désobéissance à Dieu pour faire accéder l'humanité au savoir. L'arbre interdit n'étant autre que celui de la Connaissance. Ce geste d'indépendance eut de terribles conséquences pour la gente féminine, comme l'affirme avec vigueur, le philosophe français Michel Onfray.

Zeus condamna Prométhée au supplice suivant : il devrait être enchainé nu à un rocher, et chaque nuit, un aigle viendrait lui dévorer le foie, qui repousserait le jour suivant.

Icare et Dédale, de Piotr Ivanivitch SOKOLOV

Icare et Dédale, de Piotr Ivanivitch SOKOLOV


Le mythe grec évoque également la tentation irrépressible de l’homme de rivaliser avec les Dieux, dans l’espoir de se dépasser, s’élever au-dessus de sa condition.

Le philosophe et scientifique Gaston BACHELARD (1884-1962) a donné le nom de "complexe de Prométhée", à "toutes les tendances qui nous poussent à savoir autant que nos pères, plus que nos pères, autant que nos maîtres, plus que nos maîtres." 

D’après lui, « le complexe de Prométhée est le complexe d'Œdipe de la vie intellectuelle. »

lcare et son père Dédale ne pouvaient s'enfuir du palais de Minos qui les retenait prisonniers, ni par la terre, ni par la mer. Dédale construisit des ailes avec des plumes et de la cire et recommanda à son fils de ne pas s'approcher du soleil. Icare désobéit, la cire fondit et il tomba dans la mer où il se noya. Le célèbre mythe illustre aussi les dangers qu'il y a à défier l'autorité et le réel.

Ce comportement de dépassement de soi, à des niveaux plus ou moins élaborés, se retrouve chez presque tous les êtres humains et dans tous les domaines.

La Tour de Babel, peinte au XVIIe siècle par Pieter BRUEGEL L'ANCIEN.

La Tour de Babel, peinte au XVIIe siècle par Pieter BRUEGEL L'ANCIEN.

Pour le sujet qui nous intéresse : Chacun se préoccupe du beau, mais seul l’artiste en atteint la perfection.

Et encore...Que de doutes confie-t-il dans le secret des journaux intimes, des lettres. Comment savoir que l’œuvre est achevée ? Quand est-on certain de donner le dernier coup de pinceau ? Le dernier coup de marteau ? Le point final ?...

Ce dépassement lui procure bonheur et angoisse.

Bonheur d’exprimer, de donner vie à ce qu’il a en lui, de communiquer avec autrui.

Angoisse de la solitude, de l’incompréhension.

Qui mieux que le poète Charles Baudelaire pour exprimer sa condition ?

L'Albatros

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

Charles BAUDELAIRE. Les Fleurs du Mal.

 

Cependant, il doit vivre.

S’il n’a pas de fortune personnelle, gagner sa vie.

Mais, est-il possible de mener conjointement travail « alimentaire » et travail artistique ?

S’il a du talent et de la chance, la société lui donne les moyens de s’exprimer. A travers sa famille, comme le soutien financier dont Vincent VAN GOGH bénéficia de son frère Théo, par le mécénat des entreprises, et celui des particuliers amateurs d’art, grâce aux Etats qui attribuent des aides, des prix, lui passe des commandes.

Amandier en fleurs, de Vincent Van Gogh. (détail)

Amandier en fleurs, de Vincent Van Gogh. (détail)

Voici ce qu'écrivait Vincent à son frère Théo. Sa correspondante a été publiée chez Grasset, en 1937, sous le titre : Lettres à son frère Théo.

Jusqu'à présent, j'ai dépensé plus pour mes couleurs, toiles, etc., que pour moi. J'ai encore un nouveau verger pour toi, mais au nom de Dieu fais-moi parvenir la couleur sans retard. La saison des vergers en fleurs est si passagère, et tu sais que ces motifs sont de ceux qui égaient tout le monde. Aussitôt que je pourrai payer caisse et affranchissement (le dernier sans doute meilleur marché ici à la petite station, que le résultat Gare de Lyon) je t'expédie les études.
Suis sans le sou pour le moment, comme déjà je te le disais.

Lettres à son frère Théo. p. 165

 

Il se peut qu’il ait du talent, et qu’en tant que créateur, il refuse de se plier à une volonté extérieure qui limiterait sa liberté d’expression, puisqu’il deviendrait dépendant de son protecteur – à plus forte raison si son œuvre se démarque, voire tourne le dos aux normes esthétiques officielles (par exemple, l’interdiction de représenter le visage humain par une autorité religieuse, l’interdiction faite aux femmes de jouer la comédie, etc.).

Incompris de son époque – il devient « artiste maudit » - On connait la suite, s’il n’arrive pas à vendre ses œuvres. Ce fut le cas de Vincent Van GOGH, de MODIGLIANI, et beaucoup d'autres .

Que seraient devenus les amis impressionnistes parmi les plus admirés aujourd’hui, sans l’aide du riche CAILLEBOTTE, peintre lui-même ?

Au cinéma, le thème du film « The Artist » n’est rien moins que le drame vécu par les acteurs du cinéma muet, dès l’invasion du « parlant ». Le grand Buster KEATON, « l’homme qui ne riait jamais », ne put s’adapter au cinéma parlant. Il est mort pauvre et oublié.

Buster Keaton

Buster Keaton

 

L’histoire des Arts et de la Littérature colle aux fluctuations de l’histoire, du progrès, du goût du public qui réclame du nouveau parfois, …ou le contraire : que rien ne change !

Par ailleurs, le goût de la beauté, la création des œuvres font partie de l’Histoire et sont marqués par ses fluctuations.

Il est remarquable de constater que tous les régimes autoritaires, qu’ils soient politiques (de droite et de gauche) ou religieux (intégrismes), briment voire répriment la création artistique, en même temps que la liberté de pensée et d’expression.

Regardez maintenant, comme l’art officiel, sous les dictatures hitlérienne et stalinienne, se ressemble ! Toutes deux ont condamné l’Impressionnisme, le Fauvisme, le Cubisme et autres courants modernes que nous admirons aujourd’hui, qu’ils qualifiaient d’« art bourgeois », « art décadent ».

De même, toute libération, toute reconquête des libertés, va de pair avec une révolution artistique.

L'Ouvrier et la Kolkhozienne (URSS) et Le Guerrier (IIIe Reich)
L'Ouvrier et la Kolkhozienne (URSS) et Le Guerrier (IIIe Reich)

L'Ouvrier et la Kolkhozienne (URSS) et Le Guerrier (IIIe Reich)

Voici deux sculptures qui se ressemblent.

 

Elles sont très réalistes grâce aux détails des corps qui évoquent les sculptures antiques, suggèrent avec force le mouvement, l’élan. Les personnages sont volontaires, décidés. Rien ne semble les arrêter. La verticalité des corps représente la force, la détermination pour un idéal. L’horizontalité des vêtements accentuée par la marche, signifie l’action en cours. La position des jambes est identique. Dans les deux cas, ce qui est donné à admirer, c’est l’héroïsme. Les personnages nous montrent le chemin pour réaliser l’idéal proposé. La différence vient justement de la nature de l’idéal.

 

Le couple qui brandit une faucille et un marteau, symbolise le travail, l’agriculture et l’industrie, les paysans et prolétaires qui ont pris le pouvoir et indiquent la voie à suivre. Cette statue monumentale (25 mètres de hauteur, 80 tonnes) intitulée : « L’Ouvrier et la Kolkhozienne », représenta l’U.R.S.S. de Staline à l’Exposition Internationale de Paris, en 1937. Elle est signée Véra Moukhine (1889-1953). Bel exemple de l’art officiel soviétique, autrement appelé « Réalisme socialiste ». Toute autre forme d’art contemporain fut rejetée, traitée de contre-révolutionnaire. Furent condamnés les Impressionnistes, les Nabis, les Cubistes, les Surréalistes et bien sûr l’Art Abstrait.

 

La seconde sculpture diffère par l’idéal, symbolisé par le glaive. D’autres signes insistent sur la valorisation des civilisations glorieuses du passé, fondatrices du présent : le visage est tourné vers l’arrière comme pour prendre son inspiration du passé, le profil grec du personnage, la coiffure, le drapé de la cape. L’homme est un conquérant. Il incarne le pouvoir, la domination. Il invite à le suivre. Il est le guide, le chef, le führer… Tout aussi essentiel que l’épée, la main droite, ouverte et dressée. Faites-la pivoter de 90°, voilà le salut nazi parfait ! Bel exemple d’art officiel sous le IIIème Reich, qui affiche ici sa croyance dans la supériorité de la race aryenne et sa volonté de conquérir les peuples inférieurs, pour en faire ses esclaves. L’œuvre intitulée « Der Kempfer » : le Guerrier, le Champion, émane du sculpteur Arno BREKER (1900-1991). Les nazis condamnèrent tout autant l’Impressionnisme, le Nabisme, le Cubisme, le Surréalisme et bien entendu l’Art Abstrait, puisque non figuratif. « Art dégénéré », dirent-ils. Je vous laisse imaginer ce qu'ils aurait pensé de la sculpture suivante !

Femme noire. Nicky de Saint-Phalle. Musée d'Art Moderne de Nice.

Femme noire. Nicky de Saint-Phalle. Musée d'Art Moderne de Nice.

Néanmoins, il ne faudrait pas tomber dans le piège qui consiste à lier art et morale, art et idéologie.

On peut désavouer les choix politiques des artistes, en tant que membre du corps social, cela n’enlève rien à leur talent d’artiste, ni à la beauté de leurs œuvres.

Le chef d’orchestre Herbert VON KARAJAN eut, parait-il, des sympathies nazies. Si c’est vrai, il a eu tort, mais un Etat peut tenter de détruire tous ses disques, en représailles, cela n’empêcherait en rien de détruire à jamais le danger de cette idéologie et priverait de joie, pour longtemps encore, tant de mélomanes !

C’est comme si on détruisait la « Pietà » de MICHEL ANGE (Saint-Pierre du Vatican), l’« Assomption de la Vierge » du peintre espagnol LE GRECO, la magnifique cathédrale gothique d’Amiens… sous le prétexte que les tribunaux de l’Inquisition envoyèrent au bucher des milliers de personnes accusées d’hérésie !

Rappelez-vous : le célèbre GOYA eut maille à partir avec l’Inquisition espagnole et dut s’enfuir en France où il mourut. Un comble pour l’auteur du « Tres de mayo » Il était pourtant le peintre officiel de la cour royale en Espagne !

Goya : Le "Tres de Mayo".

Goya : Le "Tres de Mayo".

C'est sur cette réflexion que je vous quitte à présent; mais...ce n'est pas fini !

Merci de votre attention. N'hésitez pas à me faire part de vos propres réflexions.

Si vous appréciez de me lire, je vous recommande de vous inscrire à la "newsletter", afin d'être prévenu (ue), lors de la parution du prochain article. A bientôt !

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21 avril 2014 1 21 /04 /avril /2014 17:02

Denis Brognard nous a présenté dimanche 13 avril, le magazine consacré à l’automobile, qu’il anime sur TF1 : AUTOMOTO. L’émission était diffusée de MONTBELIARD où se trouve l’entreprise Peugeot.

La ville voisine, SOCHAUX, abrite le

Musée de l’Aventure Peugeot

et notre journaliste en a profité pour faire découvrir quelques modèles anciens.

Comme je l’ai visité l’été dernier et que j'aime les voitures et les belles œuvres humaines, à mon tour de vous faire partager la célèbre aventure industrielle qui se confond avec une aventure sociale.

En effet, au cours des deux siècles passés,  le progrès technique a permis peu à peu une élévation du niveau de vie et de profonds changements dans les modes de vie.

Nous sommes passés des automobiles fabriquées quasiment de façon artisanale donc inaccessible au plus grand nombre – vous en verrez une qui fut construite en un unique exemplaire ! - à une production industrielle de masse, grâce aux chaînes de montage. Avec un travail mieux organisé et plus rapide, on fabriquait plus dans le même temps. De ce fait, la productivité augmentait et les ouvriers purent acheter les voitures qu'ils fabriquaient.

Si l' Aventure Peugeot nous était contée...

Pourquoi « Musée de l’Aventure Peugeot » et non Musée de l’Automobile ?

 

Envahis comme nous le sommes, du fait de la mondialisation, de produits étrangers en particulier chinois, nous oublions qu’autrefois, l’outillage, les ustensiles de cuisine, les bicyclettes, les machines à coudre et même les toutes premières machines à laver, ont arboré le « lion » de la célèbre entreprise française.

Par ailleurs, l’inventivité et la volonté de progrès de la firme franc-comtoise ont poussé le plus loin possible leurs investigations, dans de nombreux domaines de la vie, contribuant à dessiner l’image du bonheur matériel désormais indispensable.

On sait que la 2e partie du XXe siècle contestera (tout en en profitant) cette société de consommation et de gaspillage.

Mais, à la fin du XIXe siècle, on n’imagine pas cela. On pense surtout à améliorer le travail et la vie, qui sont durs.

 

Aujourd’hui, j’ai choisi de limiter mon évocation aux automobiles.

Je dédie cet article à celles et ceux qui aiment les aventures humaines, technologiques et scientifiques, ainsi que les voitures qui ne sont pas seulement des objets utiles, mais des œuvres issues de l’imagination humaine, de l’intelligence, de la foi en l’avenir.

Si l' Aventure Peugeot nous était contée...

Ce Type 3 Vis-à-vis de 1891 n’a pas encore de volant, encore moins de pare-brise. Il n’est pas éloigné, par sa forme et son esprit, des carrosses tirés par des chevaux !

Le Type 4 Vis-à-vis suivant, appelé « Marguerite » a été construit en un seul exemplaire en 1892, à la demande du Bey de Tunis, d’où ce décor inspiré de l’art mauresque.

Si l' Aventure Peugeot nous était contée...

Un peu d’histoire.

La famille Peugeot était implantée en Franche-Comté (région de Montbéliard), depuis le XVe siècle. Carrefour entre l’Allemagne, la France et la Suisse, cette région avait vocation à l’essor économique dû à la Révolution industrielle du XIXe. Elle permettait les échanges et bénéficiait d’une population travailleuse.

En 1810, deux héritiers décident de transformer le moulin familial en fonderie. Ce sera le début de « l’aventure Peugeot ». La fonderie produira de l’acier, de l’outillage et des articles ménagers.

Cela ne suffit pas à Armand Peugeot, jeune ingénieur et véritable "visionnaire". Il profite d'un stage en Angleterre pour s'initier au monde moderne en train de se faire sous ses yeux, et comprendre les immenses bouleversements qui se préparent.

Conquis par la bicyclette, il la fait produire dans une des usines du Doubs.

Cependant, il voit déjà plus loin et songe à produire des véhicules à moteur. Après un premier échec, il crée sa première automobile à moteur à explosion en 1891.

Son entreprise n’en est pas encore à une production de masse, car après quinze ans, quelques centaines de voitures seulement sont sorties sur le marché.

Si l' Aventure Peugeot nous était contée...

1894. Nommé ainsi, parce que la reine Victoria l’appréciait particulièrement, le Type 8 Victoria.

 

La famille avait été en désaccord sur l’évolution de l’usine initiale. Croire en l'avenir de l'automobile au point d'y investir une partie de sa fortune demandait beaucoup d'audace ! On était à l'ère du charbon, alors le pétrole... Heureusement, elle finit par comprendre la nécessité de travailler ensemble, sous la marque « Lion Peugeot ». Pour mémoire, le lion est l’emblème de la Franche-Comté.

Si l' Aventure Peugeot nous était contée...

Produit en 1902, le Type 3 Phaétonnet .

Depuis 1900, Peugeot est devenu le Premier producteur du monde avec 4800 automobiles, contre 4000 aux Etats-Unis, 800 en Allemagne et 175 en Grande Bretagne.

Type 56 Tonneau, 1904.

Type 56 Tonneau, 1904.

Si l' Aventure Peugeot nous était contée...
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En 1909, le Type 116 C Double Phaéton fut produit en 500 exemplaires. Notez le réservoir en cuivre sur le marchepied et la vraie « malle arrière » en cuir ! D’où le nom malle arrière encore employé pour désigner le coffre des voitures.

 

Ci-dessous, la fameuse 175 R Torpédo Grand Sport fut engagée dans de nombreuses courses. En 1925, elle gagna la Coupe des Alpes (environ 2900 km) et en 1926, le Tour de France Automobile, avec une vitesse maximum de 60 km/h.

Si l' Aventure Peugeot nous était contée...
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Voici la 181 B Conduite Intérieure. En 1926, le chassis et l’ossature sont encore en bois, avant d’être, comme celle-ci, habillés de cuir.

Si l' Aventure Peugeot nous était contée...
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Dix ans plus tard, Peugeot sortait cet élégant cabriolet décapotable  302 .

Si l' Aventure Peugeot nous était contée...

Une place à part est à réserver à deux véhicules pour le moins surprenants.

Le premier, la 402 B Limousine à Gazogène, fut produit de 1940 à 1944.

Une fois de plus, il montre l’extraordinaire capacité d’invention et d’adaptation de la firme, de ses dirigeants et concepteurs.

Nous sommes au début de la 2e Guerre Mondiale. La menace de pénurie de carburant est plus que réelle.

Depuis un an, les ingénieurs planchent sur le sujet : adapter les moteurs essence au gaz, à partir du charbon de bois. Le modèle de tourisme permet de ne pas trop modifier la carrosserie. La voiture aura une autonomie de 80 km. 2500 véhicules seront fabriqués.

Si l' Aventure Peugeot nous était contée...
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Le 2e véhicule, un mini cabriolet à 2 places, crée la surprise le 1e mai 1941 : la « VLV », Véhicule léger de Ville, à moteur électrique !

Seulement 377 VLV ont été produites de 1941 à 45.

Cette voiture urbaine a trouvé acquéreurs auprès des postiers et des médecins.

Elle avait une autonomie de 75 km/h, grâce à ses 4 batteries de 12 volts.

Si l' Aventure Peugeot nous était contée...
Si l' Aventure Peugeot nous était contée...
Si l' Aventure Peugeot nous était contée...

Souci de qualité, souci d’efficacité, souci d’emprise sur le monde moderne et recherche de la perfection. C’est dans cet esprit que la firme met au point ce curieux véhicule, destiné à tester l’endurance et les performances du moteur diesel de Peugeot.

La 404 Diesel Record d’endurance devait remporter 40 records internationaux à Montlhéry en juin 1965.

Si l' Aventure Peugeot nous était contée...

Peugeot, c’est aussi les courses sportives qui amènent les acteurs à se dépasser et donne au public des moments de plaisir et d’émotion inoubliables.

Armand Peugeot avait bien compris que les courses sportives seraient une vitrine à la fois pour l’automobile et pour son pays, lui qui possédait toujours, et plus tard ses héritiers, le goût de la compétition.

 

En 1925, il y avait eu la Torpédo Grand Sport, citée plus haut.

 

En 1937, Peugeot réalise avec la collaboration de Darl’Mat, concessionnaire parisien, la 302 Spécial Sport qui courut aux 24 Heures du Mans, avec une vitesse de 145 km/h.

Si l' Aventure Peugeot nous était contée...
Si l' Aventure Peugeot nous était contée...

Voici une 404 mythique : la 404 East Africa Safari. De 1961 à 1966, ses victoires donnèrent à la firme un immense prestige, en Afrique. Aujourd’hui encore, on y trouve nombre de ces anciens modèles, dont la longévité nous étonne.

1976 : sortie de la 104 Coupé ZS.

Voiture populaire, elle sera très prisée des amateurs de rallyes.

404 East Africa Safari & 104 Coupé ZS
404 East Africa Safari & 104 Coupé ZS

404 East Africa Safari & 104 Coupé ZS

Si l' Aventure Peugeot nous était contée...

La 405 T16 Pikes’Peak, pilotée par Ari VATANEN, remporta la fameuse course de côte de Pikes’Peak, au Colorado, en 1988. L’année suivante, Robby UNSER fut vainqueur de la course sur la même voiture.

C’est en 1990 que la 405 T6 Grand raid Paris-Dakar put afficher 8 victoires, dont 4 Paris-Dakar d’affilé.

Si l' Aventure Peugeot nous était contée...

Entre 2007 et 2010, Peugeot mit en course aux 24 Heures du mans, la voiture de type « Le Mans prototype », nommée 908 HDi FAP. Elle remporta 20 victoires sur les 31 courses. Malheureusement, Peugeot devait, peu après, se retirer définitivement de la compétition.

Si l' Aventure Peugeot nous était contée...

Pour terminer la visite, voici, une image d'un film chargé d'émotion. Il permet de pastager les sensations et la performance de Sébastien LOEB lors de la course de côte Pikes’Peak, que les Américains appellent « La course vers les nuages ».

Le trajet consiste en une montée de 20 km, de 2857 m d’altitude à 4290 m.

Non seulement il y a, au bout, un ravin de 600 m, mais les conditions climatiques changeantes, la poussière et la route glissante accentuent la difficulté. Sans compter sur la raréfaction de l'oxygène !

Le 30 juin 2013, le pilote français Sébastien LOEB battait l’ancien record de Rhys MILLEN, de plus d’une minute et demie, au volant de la PEUGEOT 208 T16 Pikes’Peak. Une caméra a filmé l’exploit de l’intérieur de la voiture. Cette vidéo est visible sur de nombreux sites.

Le grand espace de vidéo projection du Musée & notre pilote alsacien en pleine action.
Le grand espace de vidéo projection du Musée & notre pilote alsacien en pleine action.

Le grand espace de vidéo projection du Musée & notre pilote alsacien en pleine action.

Mes sources :

- Le Musée de l’Aventure Peugeot et ses explications précieuses pour un ou une non-spécialiste : www.museepeugeot.com

- Peugeot, une histoire de famille. Site de Caradisiac.com, consacré aux voitures. http://www.caradisiac.com/La-saga-Peugeot-50133.htm

- Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Pikes_Peak_International_Hill_Climb#Records_actuel -

Remerciements à « Matttrix » pour son intéressante monographie des modèles de la gamme Peugeot, qui m’a permis de rectifier des erreurs de dates et de noms de modèles. Elle est publiée dans le forum suivant :

http://www.forum-auto.com/automobiles-mythiques-exception/section5/sujet382746.htm

Je suis l'auteur des photographies et des textes et je vous remercie de votre fidélité.

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7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 15:28

De quoi parle-t-on au juste, quand on parle du BEAU ?

 

Dans les moindres détails de la vie, tout le monde éprouve une certaine sensibilité au beau. Il n’est qu’à regarder les intérieurs, même les plus modestes, pour découvrir bibelots, meubles, objets de décoration, autant  de parcelles d’intimité, auxquelles certains tiennent, comme « la prunelle de leurs yeux » ! Morceaux de mémoire, morceaux d’amour. Morceaux de vie. Présence de soi…

Tous ont été choisis un jour parce qu'ils donnent du plaisir, en s'offrant à la contemplation.

A travers le temps, comme partout dans le monde, la recherche du plaisir esthétique semble universelle. Néanmoins, la volonté de définir des critères de jugement, n’empêche pas tout un chacun, d’avoir sa propre idée de ce qui est beau !

Cette horloge de table date de Louis XIII. Elle fait partie des multiples joyaux du remarquable Musée de l'Horlogerie de Morteau,dans le Doubs.

Cette horloge de table date de Louis XIII. Elle fait partie des multiples joyaux du remarquable Musée de l'Horlogerie de Morteau,dans le Doubs.

Les colporteurs francs-comtois surent vendre leurs lumineuses horloges dans toute la France. Celle-ci se laisse admirer au Musée de l'Horlogerie de Morteau.

Les colporteurs francs-comtois surent vendre leurs lumineuses horloges dans toute la France. Celle-ci se laisse admirer au Musée de l'Horlogerie de Morteau.

Nous contemplons le beau à travers la nature. On peut imaginer que les hommes de la préhistoire ont été impressionnés à la vue des sites grandioses, océan, montagne, volcans, etc. Ils en ont ressenti un sentiment de peur et en même temps d’appartenance.

La beauté de la nature ne dépend pas de nous, quoique l’homme soit capable d’y apporter sa griffe par son travail.

Les couchers de soleil émerveillent, tout comme les montagnes enneigées, les animaux et les plantes.

Sans doute a-telle joué un rôle essentiel dans l’apparition d’activités artistiques chez l’homme. Je pense aux merveilleuses peintures rupestres de Lascaux ou de la grotte Chauvet, entre autres.

 

Ces bovidés sculptés dans la roche, peuvent être admirés au Musée National de la Préhistoire, aux Eyzies-de-Tayac, en Dordogne.

Ces bovidés sculptés dans la roche, peuvent être admirés au Musée National de la Préhistoire, aux Eyzies-de-Tayac, en Dordogne.

Quelques exemples de peintures rupestres, à Lascaux et à la grotte Chauvet.
Quelques exemples de peintures rupestres, à Lascaux et à la grotte Chauvet.
Quelques exemples de peintures rupestres, à Lascaux et à la grotte Chauvet.

Quelques exemples de peintures rupestres, à Lascaux et à la grotte Chauvet.

Ce qui nous fascine, c’est que ces hommes du paléolithique ne se sont pas contentés de représenter les animaux qu’ils chassaient, mais malgré le peu de moyens techniques dont ils disposaient, ont composé de véritables scènes comme des charges de rhinocéros ou de lionnes, des chevauchées sauvages, etc. avec de belles perspectives et des reliefs d’ombres, grâce au charbon de bois.

D’ailleurs, on parle des « artistes » du néolithique ou du paléolithique. On a dit aussi que ces peintures avaient sans doute un caractère religieux. Il est vrai que sitôt apparues les premières croyances, les hommes ont déterminé des lieux sacrés où exercer leurs rites.

Mais, il y a loin entre aimer ce qui est beau et créer soi-même des œuvres d’art, en dépit du souhait du poète LAUTREAMONT, qui avait écrit, au XIXe siècle :

 

La poésie doit être faite par tous. Non par un.

 

La nature est toujours la grande inspiratrice depuis lors. Cependant, l’homme n’admire pas seulement la beauté de la nature. Il ne se contente pas de rester spectateur. Manque de modestie ? A moins qu’elle n’exacerbe son instinct de conquérant !

Il se voit l’admirant et de ce fait, il va la représenter en s’y projetant.

Pas forcément en se représentant lui-même dans le paysage, mais en la recréant à la lumière de ce qu’il est profondément, qu’il en soit conscient ou non.

Ainsi, il veut traduire le monde non tel qu’il est, objectivement, mais tel qu’il le voit, lui, subjectivement. Tel qu’il le sent, tel qu’il se sent en lui.

D’où l’émotion que nous éprouvons devant les œuvres : elles nous parlent des émotions des autres traduites dans un langage esthétique.

Mais si la beauté est naturelle,donc antérieure à l'homme, l’art, lui, est humain. Essentiellement humain.

La montagne Sainte Victoire, peinte par Paul CEZANNE, puis photographiée par moi-même, d'un point de vue plus au sud.
La montagne Sainte Victoire, peinte par Paul CEZANNE, puis photographiée par moi-même, d'un point de vue plus au sud.

La montagne Sainte Victoire, peinte par Paul CEZANNE, puis photographiée par moi-même, d'un point de vue plus au sud.

Force est de constater que certains êtres ont plus de talent que d’autres. Le métier d’artiste peut s’apprendre : les techniques, les gestes, la culture qui est le ferment de l’imagination… pas le génie ! Voilà pourquoi n’est pas Rembrandt qui veut, ni Baudelaire, ni Wagner, ni Chaplin, etc.

 

Il n’est pas facile d’être artiste : il faut s’exprimer au moyen de l’imagination, de la culture, maitriser des techniques, se plier à des règles et se dépasser sans cesse, car, la répétition tue la création.

 

Les hommes peuvent être à peu près d’accord pour admettre la beauté de sites naturels, bien qu’une part de subjectivité demeure dans l’appréciation de cette beauté. Interviennent ici « les fameuses questions de goût » que nous voyons exacerbées dans l'Art. Fort heureusement, nous sommes différents les uns des autres, et nous n’apprécions pas les mêmes choses.

 

Cette subjectivité s’exprime tout particulièrement dans l’Art. Tel préfère la peinture figurative, tel autre l’art abstrait, une autre n’est bouleversée qu’au cinéma, certaines ne connaissent d’émotion esthétique qu’avec la musique…

 

Du beau, comment en parler ? Il nous amène à l’Art. Quoique...Toutes les oeuvres d'art sont-elles belles? Pas du tout évident !

 

Qu’est-ce que l’art ? Comment s’est-il distingué du « bien faire » ? Comment expliquer toutes ses formes et son évolution parfois si déroutante ?

… à suivre !

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24 mars 2014 1 24 /03 /mars /2014 21:54

 

Après sa création en 2012, à Berlin, au Deutsches Theater, la pièce a été jouée en France, pour la première fois, au Théâtre Liberté de Toulon, le 12 mars 2014.

Avec :   

  • Zabou Breitman : Nathalie Oppenheim, l’auteur.
  • Romain Cottard : Roland Boulanger, animateur.
  • Dominique Reymond : Rosanna, journaliste.
  • André Marcon : Le Maire

Dirigés par Yasmina Reza elle-même.

 

« Nathalie Oppenheim, écrivain et lauréate de plusieurs prix littéraires est invitée à parler de son dernier livre, Le Pays des lassitudes, à l’occasion des « Samedis littéraires » d’une petite ville : Vilan-en-Volène. Elle a accepté, bien qu’elle avoue ne pas aimer commenter ses propres œuvres. » Curieuse démarche, mais l’être humain n’est-il pas parfois et, incompréhensiblement, capable de s’engager dans une voie où d’ordinaire, il se garde d’aller ?

Personnellement, le sujet m’intéresse. Quels sont les rapports entre l’écrivain et son œuvre ? Qu’est-ce qui est à l’origine de l’œuvre ? Quelle est sa spécificité ? Son fonctionnement ? Son universalité ? Sa vie propre ?...

Comment ce sujet-là pouvait-il trouver sa place au théâtre ? Certes, je connaissais de Yasmina Reza « Art », pièce que j’avais adorée, et j’avais confiance dans le talent de l’auteur. Je savourais déjà le plaisir de voir « comment elle allait nous raconter la partie » ! Et comment les comédiens allaient la jouer !

 

Pourquoi ce titre étrange ? On s’attendrait plutôt à ce que l’auteur dise : « Comment vous raconter l’histoire », car on n’attend pas des spectateurs, qu’ils racontent eux-mêmes la partie. Et de quelle partie s’agit-il ? La partie de chasse ? La partie de campagne ? La partie de jeux d’échecs ? Partie de plaisir ? ...

La Place de la Liberté, à Toulon.

La Place de la Liberté, à Toulon.

En réalité, cette proposition est extraite d’une phrase de l’écrivain américain Michael HERR :

« Ce n’est pas tant que vous ayez gagné ou perdu, mais comment vous racontez la partie. » 

Nous sommes bien au cœur de ce qu’est la littérature, son essence, par rapport aux autres genres d’écrits. Même si elle ne se réduit pas à cela. La manière de dire, la manière d’écrire, connue sous le nom de style, facture, signature, auxquelles il faut ajouter la marque nécessaire de préoccupations esthétiques et créatrices : voilà le terrain de la littérature.

En effet, il n’y a pas de littérature sans la beauté de la langue, de la musique des mots, du rythme, sans l’intelligence du style, la manière de dire. Pas non plus de littérature sans la création renouvelée à chaque œuvre – d’où le travail des auteurs – c’est-à-dire l’imagination, l’audace dans la manière de dire, d’exprimer au risque de choquer les lecteurs parfois bousculés par ces innovations, englués dans les conventions et l’académisme.

Risque effrayant de les perdre ! (Qu’est-ce qu’un auteur sans son public ?) et pour finir, d’être incompris, voire « écrivain ou poète maudit ». Comment vous le dire en deux mots ? Le lecteur averti, l’amoureux de littérature, « exige » que les écrivains n’écrivent pas en 2014, comme Victor Hugo, Stendhal ou Flaubert, encore moins Jean-Jacques Rousseau ou Madame de La Fayette – même s’ils les lisent toujours avec un réel bonheur !

 

En résumé, c’est l’histoire d’une femme écrivain qui doit parler de son dernier livre et en lire quelques extraits, pour satisfaire la curiosité des lecteurs/lectrices –absents physiquement dans la pièce-  et se livrer à quelques dédicaces. Elle doit subir les questions conventionnelles d’une journaliste qui se prend très au sérieux, car elle croit briller aisément par sa culture, face au public et face à cette Nathalie qui semble bien empruntée. Celle-ci n’est pas sure d’avoir mis la bonne robe, un peu courte, elle essaie les chaises, préfèrera le pupitre pour lire, et finalement s’en passe. Son malaise est visible.

Comment ?... Mais, «Comment vous racontez la partie», vagabondages d’après la pièce de Yasmina REZA.

« Le Pays des lassitudes » pour lequel elle a obtenu un prix prestigieux  raconte l’histoire d’un couple en difficulté. Le mari Paul ne s’intéresse qu’à sa carrière, sa femme, l’écrivain Gabrielle Gorn, la narratrice et l’héroïne, vient de recevoir le dernier roman qu’elle a publié. Son titre : « Comment vous racontez la partie » ! Yasmina Reza est célèbre pour son goût des emboîtements et mises en abyme. Heureusement pour nous, le sujet va de l’une (la pièce) à l’autre (le roman), sans gène pour les spectateurs qui suivent la réflexion à travers les échanges de la journaliste et l’auteur, sur la scène de L’Espace polyvalent » de Vilan-en-Volène, laquelle se passait, sous mes yeux, sur la scène du Théâtre Liberté, à Toulon, dans le Var.

 

     Partie de chasse ? Pourquoi pas ?

D’emblée, nous repérons le chasseur : Rosanna, la journaliste. Physiquement déjà, elle est à l’aise. Elégante, tailleur pantalon, lunettes de soleil, cigarette. Elle chantonne, comme si la partie était gagnée pour elle. Elle est sure de ses notes, sure d’elle. Elle est rompue à la traque des auteurs, elle sait comment s’y prendre pour les faire parler…

Le gibier – le mot n’est pas joli – c’est Nathalie Oppenheim dont le malaise est aussi visible dans ses réponses minimalistes à Rosanna et Roland, l’animateur chargé du bien-être des acteurs de cet entretien littéraire. Roland, lui, s’avère, très attentionné et même protecteur avec son illustre invitée – il faut dire qu’il est poète à ses heures et a même osé offrir à Nathalie, un petit recueil de poèmes, Des portes sans serrures. Parfait… Je vous en prie... Non, non... Bien sûr… Heu… Trop… Ah oui ?... Un peu… On dirait…etc. Voilà quelques répliques de Nathalie.

Rosanna, elle, représente une vision ancienne, je dirais obsolète quoique bien vivace encore, selon laquelle les œuvres artistiques, ici littéraires, correspondent à la vie de leurs auteurs. Des sortes d’autobiographies. Ou bien, des sortes d’expressions de l’inconscient des auteurs (C’est bien pratique : on peut tout y mettre !) Ainsi, on a pu « expliquer » les plus grandes œuvres par les maitresses des poètes, les maladies des écrivains, les mariages ratés des femmes auteurs célèbres. De cette manière, les œuvres collaient aux basques de leurs créateurs, devenant des témoignages plus ou moins sociaux-historiques, heureusement bien écrits, mais quand même ! Une chose est certaine : aborder ainsi les œuvres revient à refuser de leur reconnaître toute spécificité. C’est contre cela que Nathalie s’insurge :

Les gens qu’on invente sur papier acquièrent très vite une autonomie, et une individualité . (...) Je ne suis pas à l’aise avec cette conception du roman qui se réduit à l’expression de soi.

Yasmina Reza : Comment...

 

Certes, ce qu’on écrit est lié à sa propre vie, mais :

ça commence à devenir de l’écriture quand vous prenez de la distance, quand il ne s’agit plus de votre expérience, mais de la vie tout court.

Yasmina Reza : Comment...

 

Heureusement, au XXème siècle, la naissance de nouvelles sciences humaines, comme la linguistique et ses dérivées, permettent, aujourd’hui, de mieux connaître et apprécier la littérature. Les vieilles méthodes ont la vie dure, telles les vieilles chaussures agonisantes que l’on garde comme des joyaux, car on craint de souffrir dans les neuves !

Nathalie pense que l’œuvre devrait s’imposer seule et que l’auteur n’est pas le mieux placé pour en parler.

     

     Partie d’échecs ?

Nous avons deux personnages qui deviennent adversaires. Si l’auteur Nathalie Oppenheim est mal à l’aise dès son arrivée et plus encore au début de l’entretien avec la journaliste, elle se bat bec et ongles très vite et finit par prendre le dessus et l’emporter. Rosanna, à bout d’arguments quitte la scène : « Dans la circonstance, j’ai fait le tour de ce qu’on peut attendre de moi. »

     

     Partie de plaisir ?

Le terme est exagéré. Néanmoins, nous retrouvons Nathalie dans la salle des fêtes de Vilan-en-Volène. Nous la voyons buvant de la sangria avec monsieur le Maire qui l’accapare, lui parle de son métier, lui demande de l’appeler Jean Luc et va jusqu’à lui proposer un sujet de livre tellement réaliste, qu’il sonnerait le glas de la littérature ! Nathalie avait précédemment dénoncé, non seulement l’assimilation entre l’auteur et le personnage, mais aussi entre le réel et la fiction. Elle a sans doute trop bu de sangria pour répondre, ou peut-être est-elle lasse de le faire. N’oublions pas que l’œuvre dont elle était venue parler portait justement le titre « Le Pays des lassitudes » ! Rosanna se joint à la réception. Roland se met au piano, le maire entraine dans une danse les deux femmes, et tous chantent la chanson de Gilbert Bécaud : « Nathalie ».

    

     Dernière scène.

Nathalie va partir. Il fait nuit, elle est seule. Quand Roland arrive, elle souhaite qu’il lui lise un de ses poèmes. Modeste, il refuse. Elle le lit et la pièce se termine sur ce poème plein d’émotion et de nostalgie.

***

Comment vous racontez la partie doit être joué à Nice, et dans d’autres villes de France.

Le public, à Toulon, a été enthousiaste. Malgré le sujet, que l’on pourrait croire réservé à un public intellectuel, la pièce est très accessible et divertissante. On rit souvent. Il faut dire que la performance des comédiens est exceptionnelle. Tout est réussi: les décors, les éclairages, la régie, etc.

 

  • Zabou BREITMAN interprète avec brio le mal être de l’auteur qui est convaincue que « si la vie était suffisante, on n’écrirait pas ».
  • Romain COTTARD joue parfaitement l’animateur sensible et généreux qu’est Roland.
  • Dominique RAYMOND incarne Rosanna, la journaliste littéraire avec brio.
  • André MARCON, que nous avions pu apprécier dans La Locandiera de Goldoni, aux côtés de la merveilleuse Dominique Blanc, joué également au Théâtre Liberté de Toulon, est plus vrai que nature dans le rôle du maire.

***

Si l’occasion vous est présentée, ne ratez pas ce spectacle !

La pièce de Yasmina Reza est publié chez Flammarion.

Merci de votre fidélité.

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25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 17:33

Cent ans de réalisations artistiques, certaines plus pragmatiques, quand il s’agit d’imaginer un concept automobile destiné à s’inscrire dans la vraie vie, d’autres résolument oniriques, toutes portant l’empreintes des visions, émotions, inquiétudes et espoirs de leurs concepteurs.

Quelle démarche plus appropriée que celle de Jean TINGUELY, pour explorer avec l’humour qu’on lui connait, l’univers quotidien et industriel pour le détourner de sa destination, de manière à ce que les objets perdent leur essence pour s’approprier de significations insoupçonnées et sans limites.

Chemin de fer, automobile. KM/H. Cent ans d'utopies en Franche-Comté. (2e partie)


Jean TINGELY / « Incitation à la création », 1981.

 

Une place à part est occupée par Paul ARZENS, designer et ingénieur de talent. Il laisse libre court à son imagination, à qui il impose, comme seules limites, celles de la technique. Il conçoit « La Baleine » ci-dessous, en 1938. Il brille particulièrement dans les formes arrondies, fuselées. De son propre aveu, les moteurs ne l’intéressent pas et il crée ses prototypes comme des habits à poser sur des voitures existantes

Chemin de fer, automobile. KM/H. Cent ans d'utopies en Franche-Comté. (2e partie)

Néanmoins, ses recherches esthétiques n'ont rien de farfelu, ne serait-ce que par l'aérodynamisme. Il va plus loin. En effet, en concevant "l'Oeuf électrique", en 1942 - en pleine guerre - il cherche comment contourner les restrictions imposées par les occupants, en matière de carburant.

"L'Electrique", conçue sur un chassis Fiat de 1924, avec une carrosserie très légère (25 kg pour 5 mètres de long), intéressait les Allemands. Manquant de pétrole, la voiture aurait permis à Hitler de réaliser son objectif : permettre au peuple allemand de posséder sa propre voiture.

Les Allemands souhaitaient donc la produire en série. Par patriotisme, Paul ARGENS, sut les en dissuader habilement.

Chemin de fer, automobile. KM/H. Cent ans d'utopies en Franche-Comté. (2e partie)
Chemin de fer, automobile. KM/H. Cent ans d'utopies en Franche-Comté. (2e partie)

Revenons aux artistes ! Les années Soixante voient s’épanouir la société de consommation et le rêve américain devient l’objectif à atteindre. La prospérité aidant, la voiture semble un rêve de plus en plus accessible. Elle est aussi de plus en plus belle et l’Europe occidentale, comme les Etats-Unis, se grisent de vitesse. Elle conquiert, au volant, un étonnant pouvoir et une autosatisfaction, que traduisent les artistes du Pop Art et du Nouveau Réalisme. Ceux-ci n’hésitent pas cependant, à critiquer les valeurs de la société de consommation.

ARMAN, expose, en 1967, « Le Murex, accumulation de Renault n°103 » une œuvre composée d’un assemblage d’ailes de voiture. (Coll. Du Musée d’art moderne de Paris)

Chemin de fer, automobile. KM/H. Cent ans d'utopies en Franche-Comté. (2e partie)

 

Autre vision du sujet, dans les années Soixante-dix, celle de Gudmundur GUDMUNDSSON, dit ERRO, qui par ses collages colorés, fondés sur des contrastes thématiques notamment, donne à voir et à rêver dans des assemblages résolument libres, à la manière de l’écriture automatique, en poésie.

Ainsi, dans «The cross train », (voir article précédent), où une scène mi-religieuse (les trains simulent la croix chrétienne), mi-champêtre, en tous cas, paisible et innocente, semblait menacée par l’arrivée de ces noires locomotives, (dont l’une, au moins, nous fait penser à « L’arrivée du train en gare de La Ciotat », des Frères Lumière). ERRO se plait ici à réunir, dans «Mongolia » deux symboles forts : celui de la tradition, incarnée par les Mongols et l’intérieur luxueux de la dernière Ford de l’époque. Deux oppositions aussi : la chaleur du cuir, symbole positif du progrès, et le froid de la neige mongole.

Chemin de fer, automobile. KM/H. Cent ans d'utopies en Franche-Comté. (2e partie)
Chemin de fer, automobile. KM/H. Cent ans d'utopies en Franche-Comté. (2e partie)

Thomas BAYRLE, lui, dans « Mr Big, braune Version », 1971, s’empare de la révolution culturelle chinoise pour livrer une vision personnelle et humoristique de l’uniformisation et l'endoctrinement du peuple, sous la dictature maoïste.

Il choisit de composer un pilote au volant de sa voiture, par la répétition de petits chinois : costumes bleus, casquettes et visages jaunes ! Cette sérigraphie est riche de symboles, car il obtient le nombre par la répétition d’un seul élément, l’uniformisation - on dirait aujourd’hui le « formatage » -, l’obéissance, l’esclavage, comme si tout un peuple marchait au pas ! Le pilote, lui, a un double sens : Mao Tsé Toung lui-même, suprême « dictateur du prolétariat » aux commandes ! Le deuxième sens nous renvoie à nous-mêmes, à notre civilisation occidentale, gorgée de ces objets de consommation qui, d’une certaine manière, font de nous une humanité de clones !

 

 

Chemin de fer, automobile. KM/H. Cent ans d'utopies en Franche-Comté. (2e partie)

Bel exemple du courant Hyperréaliste, né aux Etats-Unis au milieu des années soixante, avec ce tableau de Ralf GOINGS : « Georgie’s », 1973.

Il s’agit pour le peintre de traduire avec une extrême précision les couleurs, les lumières, les matières qui font la réalité qui nous entoure. S’appuyant sur la photographie, l’Hyperréalisme représente les scènes de la vie, les plus banales qui soient : parkings, avenues, centres commerciaux, magasins, cafeterias… et ce faisant, il les transcende. Désormais, la société de consommation, que certains détracteurs condamnent – voir le mouvement hippie – a conquis ses lettres de noblesse.

 

Dix ans plus tard, en France, le sculpteur CESAR compresse les voitures de la vicomtesse de Noailles. Le véhicule adulé par toute une société est en quelque sorte « défiguré », vidé de sa substance, néanmoins offert aux regards sous la forme d’œuvre d’art.

Chemin de fer, automobile. KM/H. Cent ans d'utopies en Franche-Comté. (2e partie)

CESAR : « Championne Argentine n°3 », compression de la Peugeot 205 turbo d’Ary VATANEN.

Suite à l’accident du pilote célèbre, la firme française cède la voiture au sculpteur qui en fait le symbole de l’héroïsme.

On aperçoit, derrière la sculpture, le tableau d’Hervé di ROSA : « Rue Gérando », 2009. Le peintre trace le portrait réaliste et pessimiste de l’urbanisation sans âme. Et pour cause ! Les centres anciens sont de plus en plus désertés, se paupérisent ; vieilles voitures cabossées, boutiques peu accueillantes, personnages sombres et indifférents.

 

Enfin, terminons ce voyage par un retour en arrière, avec la MATRA 530 « Simultanée », personnalisée par Sonia DELAUNAY.

(Collection Matra, Musée de Romorantin-Lanthenay)

Chemin de fer, automobile. KM/H. Cent ans d'utopies en Franche-Comté. (2e partie)

La démarche de l’artiste part de la signification des couleurs industrielles, qui stipulent que le bleu soit la couleur des fluides (l’eau, l’air) et le rouge la couleur de l’inflammable, du danger. D’autre part, la finalité des couleurs est de donner l’impression de vitesse et de puissance. Mais au lieu de les appliquer là où elles pourraient avoir du sens, elle les place de façon aléatoire et les détourne de leur finalité. En jouant avec les qualités de la résine Epoxy et les damiers de couleurs, elle donne à cette voiture novatrice et prestigieuse, une robe particulièrement originale et esthétique.

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