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30 juin 2016 4 30 /06 /juin /2016 14:29
Les chutes américaines
Les chutes américaines

J’étais invitée chez des amis à Boston. Tant qu’à enjamber l’Atlantique, autant en profiter pour accomplir un périple, un peu inattendu au départ je dois dire, puisque dû au hasard de mes recherches.

En deux mots, il nous faut un avion, une période, des tarifs. Puis on réalise qu’on n’est pas assez aventurier pour voyager totalement par ses propres moyens, c’est-à-dire en assurer toute la logistique : Où dormir ? Où manger (le quoi, on évite) ? Comment se déplacer ? Quelles sont les règles ? Etc. Et tout cela dans un anglais rendu avec le temps très approximatif, voire désuet.

Jusqu’à ce qu’on se souvienne avoir fait il y a quelques années, un voyage organisé en Tunisie qui avait été très satisfaisant, au sens où il avait donné une image assez complète du pays, associant nature, culture, connaissance du passé et approche de la société contemporaine. Une bonne initiation pour qu’on y revienne plus longuement. D’après moi, c’est le rôle de tous les voyages organisés, indispensables pour un premier contact, mais pas suffisants.

Les recherches changent d’orientation. Saint Internet se déchaine. La Maison des Etats-Unis, à Paris, - Je cite le voyagiste, à travers notre interlocuteur Romain, car il a été très arrangeant, - nous propose un circuit allant de Toronto, Niagara, Ottawa, Montréal, Québec, puis Boston & New York. Génial !

Hélas ! Quelques jours plus tard, coup de téléphone : le voyage est annulé, nombre insuffisant de participants. Cependant, nous pouvons être associés à un autre voyage qui offre le même circuit avec en plus Philadelphie et Washington. Ces deux villes ne nous tentent pas, par contre plutôt qu’une visite éclair de New York, nous suggérons de passer deux jours de plus à New York. Accepté. Oui mais, nous voulons un hôtel à Manhattan (et pas à 48 km, ce qui implique embouteillages monstres matin et soir). Accepté contre un petit supplément. Tant que vous y êtes, pouvez-vous nous réserver des places pour visiter deux grands musées : le MOMA et le METROPOLITAN ? Accepté. Et bien entendu, le train compris pour Boston ainsi que l’avion pour le retour.

Nous avons fait des envieux parmi les voyageurs de notre nouveau groupe !

Les chutes canadiennes

Les chutes canadiennes

Départ pour TORONTO. Tout va bien à Roissy-Charles de Gaulle, pas de grève annoncée chez Air France. Le voyage commence à 13h55 et dure 8h15. Par contre, arrivée calamiteuse à 16h10 heure locale : six avions en même temps, trois douaniers seulement pour tout ce monde. Deux heures de queue ! Six heures de décalage horaire. Le guide a du mal à récupérer tout le monde, puis, notre bus nous emmène à Niagara Falls où se trouve l'hôtel. Le soir tombe.

Nous apercevons les chutes en passant. Je fais une photo à travers la vitre du bus. La voici. La vraie visite est pour demain.

Après notre installation à l’hôtel, nous avons un repas libre et nous nous mettons en quête d’un restaurant. Le guide québécois nous a conseillé une pizzeria, mais, en bons Français, nous ne sommes pas venus ici pour manger une pizza, plat napolitain qui a tant de succès en France, mais traité avec mépris dans l’Italie du nord ! Nous espérons naïvement trouver une cuisine… un peu locale…

Pour des frissons chez Frankenstein, prenez à droite !

Pour des frissons chez Frankenstein, prenez à droite !

Ici on ne sortira pas de table avec la faim, mais on risque de mal dormir.
Ici on ne sortira pas de table avec la faim, mais on risque de mal dormir.

Nous descendons l’avenue qui mène aux chutes et découvrons un spectacle digne d’un parc de loisirs : partout des petites boutiques de jeux, des châteaux kitchs qui ressemblent à de mauvais décors de films de série Z, avec parfois d’étranges constructions comme l’Empire State Building couché, une maison posée sur son toit ou un faux funambule qui traverse l’avenue Victoria… Quant aux restaurants : pizzeria et fast food. Je prends quelques photos à la nuit tombante et nous finissons par nous installer chez « Mamma Mia », une adresse très acceptable finalement.

Voilà un petit aperçu de la grande avenue des chutes ou « Falls avenue » en dialecte autochtone.

Mais que fait King Kong à cet endroit ?

Mais que fait King Kong à cet endroit ?

 "Falls avenue".

"Falls avenue".

Allez! Un dernier tour chez Dracula, pour mieux s'endormir !

Allez! Un dernier tour chez Dracula, pour mieux s'endormir !

Le meilleur pour la fin : l'Empire State Building !

Le meilleur pour la fin : l'Empire State Building !

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6 mai 2016 5 06 /05 /mai /2016 15:52
Au bord de la route, rencontre surprenante.
Au bord de la route, rencontre surprenante.

Certainement, avec un peu d’imagination… En tous cas, ils s’exposent à la vue de tous, le plus simplement du monde. Pas de danger qu’on les kidnappe, ils sont si encombrants. Le promeneur séduit par leur forme parfaite et l’évocation des mondes perdus qu’ils suggèrent, ne risque pas d’en dénicher le moindre. Tout au plus, les prendre en photographie.

Des œufs de dinosaure au bord de la route ?

En réalité, la forme et la taille ont dû jouer dans cette dénomination, car la réalité est tout autre.

Géologiquement parlant, il s’agit de boules de grès qui se sont formées il y a des millions d’années, dans un banc de grès, d’où elles tirent leur origine. D’après les scientifiques, c’est la présence de silice dans le calcaire qui les a cimentées à des degrés divers autour des grains de quartz, donnant ce relief étonnant.

Leur localisation géographique est précise. On les trouve sur un territoire qui va de Dieulefit au Rosanais, particulièrement dans la région du village médiéval de Saint-André-de-Rosans, sur la route qui mène au Mont Risou.

Le Rosanais se situe dans le Parc Naturel Régional des Baronnies Provençales. A mi-chemin entre les Alpes et la Provence, entre les villes de Nyons, à l’ouest et Serres, à l’est, il s’étale entre deux départements : la Drôme et les Hautes Alpes.

Pays de moyennes montagnes, nous sommes ici dans les Préalpes du Sud, avec comme point culminant le Mont Risou qui s’élève jusqu’à 1181 mètres d’altitude.

L'arête acérée du Mont Risou.

L'arête acérée du Mont Risou.

Ces montagnes au relief découpé se plaisent à égarer l’imagination du promeneur qui est souvent enclin à les confondre avec de vieux châteaux en ruines, vestiges des guerres de religion – c’est possible – du XVIe siècle.

Des œufs de dinosaure au bord de la route ?
Des œufs de dinosaure au bord de la route ?

Personne ne s’étonne qu’il soit attrayant pour les randonneurs, cyclistes et admirateurs de nature et de terroir authentique.

Cependant, il révèle d’autres richesses, patrimoniales celles-ci, par ses nombreux vestiges moyenâgeux, témoins d’un riche passé, que ses habitants s’efforcent de conserver voire de restaurer quand il y a lieu. Ce sera l’objet d’un prochain article.

Pour clore cette découverte un peu inattendue : je devais faire étape en me rendant en Italie par le Mont Genèvre, voici l’itinéraire que j’ai suivi, en venant de Provence.

D’abord la A51 jusqu’à la ville de Sisteron, abandonnée au nord (sortie 23) pour la D4075 ou route de Gap, jusqu’à Laragne-Montéglin. Là, j’ai suivi la D1075 jusqu’à Eyguians où j’ai pris la D949 qui mène tout droit (c’est une façon de parler, car la petite route est plutôt sinueuse) à Saint-André de Rosans.

A ceux qui veulent admirer les « œufs », je voudrais citer le site généreux du photographe et poète Jean-Marc Foulon :

http://www.foulonjm.com/img/img-oeufs-dinausores/slides/boules-gres-74web.html

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18 mars 2016 5 18 /03 /mars /2016 01:26

Souvent, je laisse le hasard décider de mes lectures. Pas toujours, mais j’aime bien acheter mes livres au gré de mes promenades, voyages, rencontres. Flâner aux Puces, chez les bouquinistes, chez les libraires et même sur le Net. Ce livre-là que je n’aurais pas obligatoirement élu, voilà qu’il me parle. Il m’appelle, que j’en connaisse ou non l’auteur dans le détail, que la quatrième de couverture m’intrigue ou l’ancienneté de la reliure, du papier, des caractères ou du sujet traité. Un médecin du XIXe raconte comment les paysans bourguignons se soignaient empiriquement, souvent avec succès, ne faisant appel à lui qu’en cas de nécessité absolue, je m’y transporte, je vis avec lui durant quelques semaines, quelques nuits ! Un vieux livre relié des Odes de Ronsard ? Je ne connaissais que le Lagarde et Michard ! Je me précipite.  

« Peu après les guerres, il arriva dans le canton un homme de haute taille qui dit s’appeler Gunnar Huttunen. Il ne demanda pas de travaux de pelletage à l’administration des Eaux, comme la plupart des vagabonds du Sud, mais acheta le vieux moulin des rapides de la Bouche, sur la rive de Kemijoki. L’opération fut jugée insensée, car le moulin était inutilisé depuis les années 30 et complètement délabré.
Huttunen paya le moulin et s’installa dans sa salle d’habitation. Les fermiers du voisinage et surtout les membres de la coopérative meunière de la Bouche rirent aux larmes de cette vente. On constata que le monde ne manquait apparemment pas de fous, même si la guerre en avait tué beaucoup. »

Arto Paasilinna : Le Meunier hurlant. Folio.

Ainsi raconte Arto PAASILINNA, écrivain finlandais, né en 1942, après avoir exercé les métiers de bûcheron, ouvrier agricole, journaliste et poète, aujourd’hui auteur d’une vingtaine de romans, traduits en plusieurs langues. Pas de danger que sa source d’inspiration se tarisse, car il dit lui-même, parlant de ses compatriotes : « Ils ne sont certes pas pires que les autres, mais ils restent suffisamment mauvais pour que j’aie de quoi écrire jusqu’à la fin de mes jours. »

L’histoire se situe au milieu du XXe siècle, au nord de la Finlande. Si elle ne commence pas par « Il était une fois… », l’auteur choisit d’emblée le style du conte aisément reconnaissable : « il arriva… un homme, etc. ». Néanmoins, il veille à préciser le lieu et bien que l’on ne trouve pas la position du village de « La Bouche » où se situe l’action, le fleuve KIMIJOLI existe bien, il prend sa source au nord du pays, près de la frontière russe et se jette dans  le golfe de Botnie à KEMI, soit une centaine de kilomètres de la ville d’OULU, actuellement deuxième ville de Finlande, où notre héros passera un séjour des plus déprimants. 

 

En FINLANDE, avec un meunier affublé d’une drôle de maladie.

 

Quant à la situation historique, Arto PAASILLINA l’évoque dès les premiers mots, je devrais dire « l’effleure » tellement il en dit peu. C’est sa traductrice française qui nous en apprend davantage, à savoir la double guerre contre l’URSS, en 1939 où la Finlande qui a refusé aux soviétiques l’installation de bases pour protéger Kronstadt et Leningrad (actuellement Saint-Pétersbourg), voit sa capitale Helsinki bombardée et perd des territoires au nord. Puis, contre l’armée allemande, après une coopération forcée ( ?) avec le IIIème Reich, jusqu’à ce que les revers de la Wermacht lui permettent en 1944 un armistice avec l’URSS, suivie de combats en Laponie contre les unités du Reich qui se poursuivent jusqu’en 1945.

Mais il délaisse assez rapidement la précision historique, qu’il rappelle de temps en temps, souci de vraisemblance oblige, car son objectif est surtout l’examen à la loupe des démêlés de son héros « hors norme » confronté à une petite société pas très accueillante.

Que peut faire un homme seul, un étranger venu d’un ailleurs relativement proche, le sud de la Finlande, donc entouré de mystère et méfiances face au microcosme orgueilleux, entêté, intolérant des villageois, barbotant sans vergogne dans leur sentiment de supériorité, car Eux, « sont nés quelque part ! » comme le chantait Georges BRASSENS, dans les années soixante ?

Par malheur pour notre meunier, il a l’allure et la force d’un personnage tout juste sorti d’un conte, un ogre peut-être, qui sait ? En tout cas, un type hors norme, un colosse aux enjambées immenses, avec en plus, des dons indiscutables et étranges pour se donner en spectacle et amuser la galerie. 

Mais quand il était joyeux, Huttunen était plus impayable que jamais : il paradait comme au cirque, son esprit était tranchant comme la lame étincelante de la scie à bardeaux; ses gestes étaient vifs et aisées, ses manières si allègres et imprévisibles qu'il enchantait ceux qui le voyait. A plus fort de sa gaieté, toutefois, il arrivait au meunier de se figer net, de laisser échapper de sa gorge un cri strident et de s'élancer en courant le long du canal d'amenée vermoulu, derrière le moulin, loin des yeux des hommes, de l'autre côté de la rivière, dans la forêt.

Arto Paasilinna: Le Meunier hurlant. Folio.

En FINLANDE, avec un meunier affublé d’une drôle de maladie.

Incontestablement, il anime la vie de la petite communauté par ses facéties. Il a gardé de l'enfance le goût du jeu, bien qu'il soit un travailleur courageux et efficace, et des qualités artistiques réelles. Au début, les villageois vont l'apprécier et en profiter, mais il a quelque chose de très dérangeant qui ne tarde pas à se retourner contre lui. 

Les jeunes du village avaient coutume de se réunir au moulin de la Bouche pour assister aux exhibitions du meunier déchaîné. On s'asseyait dans la salle du moulin comme aux anciens temps, on plaisantait, on racontait des blagues. Dans la pénombre tranquille et joyeuse, dans les sombres odeurs du vieux moulins, on était gai et heureux. Quelquefois, GUNNAR - Nanar - allumait dehors un grand feu alimenté de bardeaux secs, sur la braise duquel on faisait griller des lavarets du Kemijoli.

Le meunier était très doué pour imiter les habitants de la forêt et créer par gestes des énigmes animalières, tandis que les jeunes du village jouaient au premier qui devinerait quelle créature il personnifiait. Il pouvait se transformer tantôt en lièvre, tantôt en lemming ou en ours. Parfois, (...) il se mettait à hurler comme un loup, levant le nez au ciel et geignant à fendre l'âme au point que les jeunes, effrayés, se serraient plus près les uns des autres.

Huttunen mimait souvent les fermiers et les fermières du canton, et les spectateurs devinaient immédiatement de qui il était question

Arto Paasilinna: Le Meunier hurlant. Folio. p.17

A l’inverse, Gunnar Huttunen – Nanar – traversait parfois de longues périodes de dépression.Dans ces moments-là, les villageois évitaient de se rendre au moulin, car il était nerveux, agressif et personne n'obtenait rien de lui, pas même les bardeaux commandés et réalisés dont il disait avec mauvaise foi qu'ils n'étaient pas prêts.

Peu à peu l’idée s’imposa qu’Huttunen était fou. En effet,  il ne se contentait pas de jouer la comédie, il avait l’habitude, la nuit, de hurler comme une bête, de longs gémissements pendant une bonne partie de la nuit. Une vraie nuisance pour les villageois surtout que ses cris incitaient tous les chiens des hameaux voisins à lui répondre ! Certains se consolaient en reconnaissant ses compétences –« Il est fou, mais il scie de bonnes tuiles de bois pour pas cher. »- Jusqu’à quand ?

En FINLANDE, avec un meunier affublé d’une drôle de maladie.

Il vint un moment où excédés, les villageois entreprirent de s’en débarrasser. Le médecin du village consulta ses livres de psychiatrie et affirma qu’Huttunen souffrait de psychose maniaco-dépressive. Cette maladie mentale est aujourd’hui appelée psychose bipolaire à cause du passage du malade d’un état dépressif où il peut être dangereux pour lui-même, à l’état  opposé d’excitation et d’exaltation. Mais plus Huttunen s’acharnait à défendre ses droits ...

Je ne suis quand même pas si fou !

.... plus il dressait les habitants contre lui. Il est vrai qu’il accumulait les maladresses et ni l’amitié amoureuse de la conseillère horticole, Sanelma Käyrämö, ni le brave facteur  Piittisjärvi ne suffisaient à l’aider vraiment. On peut aller jusqu’à dire qu’incapables d’imaginer la malice et la perversion des « notables » du village, les conseils qu’ils lui donnaient aboutissaient à l’effet inverse. C’est ainsi que la conseillère le supplia d’aller voir le médecin, la pire idée qui soit.

En effet, le médecin d’abord intéressé par le meunier, car lui-même adorait la pêche et la nature, intéressé aussi par ses imitations d’animaux, se mit lui-même à imiter l’ours, avant de réaliser sans doute l’incongruité de la situation et jeta dehors notre héros, ébahi.

Gunnar fut donc pris, battu, mis aux fers et envoyé, ligoté, dès le lendemain à l’asile d’OUTU.

L’asile tient aussi de la caricature, du moins nous semble-t-il, bien qu’il soit assez conforme à  la réalité de l’époque. Il n’est qu’à voir comment furent traités les malheureux soldats de la Première Guerre mondiale qui avaient perdu la tête. Un lieu où le premier souci de la société était de se protéger en enfermant les malades, dans une grande promiscuité, avec des traitements barbares, d'incessantes atteintes à leur dignité et des conditions telles qu'ils s'enfonçaient davantage dans leur maladie. Il fallut attendre les années 1970 pour qu’une remise en question du savoir et des thérapies psychiatriques se fasse grâce au progrès des connaissances, faisant place à de nouvelles visions des malades mentaux, avec remise en question de la pertinence des traitements traditionnels et la mise en place de nouveaux traitements. Parmi elles, l’antipsychiatrie.

L’asile était un grand bâtiment sinistre en brique rouge. Il faisait plus penser à une caserne ou à une prison qu’à un hôpital. (…) Huttunen fut inscrit sur la liste des patients. On lui donna des vêtements d’hôpital : un pyjama usé, des pantoufles et un bonnet. Le pantalon était trop court, comme les manches de la veste. Il n’y avait pas de ceinture. On lui prit son argent ainsi que tous ses effets. On conduisit le meunier à travers des couloirs sonores jusque dans une grande chambre où il y avait déjà six autres hommes. On lui indiqua un lit (…) La porte du couloir claqua, la lourde clef tourna dans la serrure. Tout contact avec le monde extérieur était rompu.

Le Meunier hurlant. p. 87

Gunnar Huttunen finira par s’évader et reprendre son combat pour la liberté et le droit à la différence. L’affrontement sera terrible car les forces en présence inégales. A vous de découvrir la suite et fin de ce roman à la fois plein de bon sens, amer et ironique. Les personnages ont l’air de marionnettes qui virevoltent devant nous pour notre grand plaisir, tout en illustrant les qualités et défaut de la vraie vie des humains.

Le talent d’Arto Paasilinna est de nous parler de l’intolérance, l’orgueil, la mauvaise foi, également le courage, la volonté, l’amour tout en nous faisant rire. Pour citer un écrivain et cinéaste français encore proche de nous, qui a excellé dans le genre, je pense à Marcel Pagnol qui a su peindre avec humour et tendresse des petits villages de Provence en proie à de grandes passions et déchirées par le choc des rêves et des réalités, comme « Marius, Fanny, César », « La femme du boulanger », « Angèle », etc.   

 

Paysage de Laponie en été.

Paysage de Laponie en été.

Dans mes recherches à propos de ce roman et de cet auteur, j’ai découvert que le roman de Paasilinna a inspiré des artistes comme la Compagnie TRO-HEOL, qui a adapté l’œuvre  en 2007,  sous la forme d’un spectacle de marionnettes, à l’adresse des enfants à partir de 9 ans, et bien au-delà ! Bien qu’ils aient depuis créé d’autres spectacles, je crois qu’elle joue de temps en temps l’histoire du meunier. Voici ce qu’elle écrivait de l’œuvre : 

Ce roman d’Arto Paasilinna est certes plein d’humour, de cet humour rageur, grinçant, un brin désespéré propre à nombre d’écrivains du nord. Mais la fable n’est pas que fantaisiste, sous une fausse candeur, ce récit questionne sur la place de l’individu, l’enfermement visible ou invisible dans lequel la majorité silencieuse et bien-pensante tente à tous prix de maintenir le protagoniste.

Site de la Cie Tro-Heol

Pour finir, je vous livre une réflexion personnelle, en marge du roman :
 

Triant des documents relatifs aux formidables progrès scientifiques grâce aux travaux sur l’intelligence artificielle, documents que j’avais accumulé dans les années 90, à l’époque où j’étais chargée de former des équipes pédagogiques à la métacognition (traduisez « aux techniques d’apprentissage », autrement dit « apprendre à apprendre », je me suis amusée à imaginer ce qui aurait pu se passer si les habitants de La Bouche avaient mieux utilisé leur cerveau.

 

D’abord, ils  auraient contrôlé leur cerveau reptilien, le plus primitif chez l’homme, celui que nous partageons avec les animaux, et qui est le siège des instincts. Devant agir dans l’urgence généralement, il procède par réflexe devant des images et s’il peut nous sauver la vie, il nous induit très souvent en erreur sitôt que les situations sont complexes. Ici, ils auraient évité de rejeter cet homme différent qu’ils percevaient comme une personne dérangeante, inquiétante, incontrôlable selon leurs propres images et angoisses d’enfance.

Ensuite, ils auraient canalisé leur cerveau limbique. Celui-là gère nos émotions. Il est dur à contrôler. Nous avons tous fait l’expérience de la peur qui paralyse et empêche de répondre (rester sans voix), réagir à une situation où l’on se sent en danger(le cœur bat trop fort et l’on peut connaître la syncope). On a intérêt à se méfier de nos colères, de même que pour les émotions positives, on sait que la passion d’amour « rend aveugle ». Ici, les habitants se sont enfermés dans l’égoïsme, la phobie d’autrui.

Alors, me direz-vous, que pouvaient-ils d’autre ? – Justement, comme l’homme a reçu en cadeau de l’évolution, un troisième cerveau situé dans les zones frontales, appelé « le cortex », ils auraient pu s’en servir pour « réfléchir ». En effet, le cortex est le lieu de la pensée, de la réflexion, de la raison. Il permet la science, la philosophie, la morale. Il est le seul à pouvoir se décentrer pour s’analyser, s’autocritiquer, anticiper et déduire, comparer, se projeter, tirer des conclusions sensées, moyennant quoi nous pouvons juger (non avec nos tripes, mais avec notre tête), en fonction de la situation, ce qui est bon ou mauvais, ce qui est complexe et nécessite d’autres analyses, tout cela afin d’agir, de prendre les bonnes décisions. Heureusement, chez l’être humain, l’instinct joue beaucoup moins, au bénéfice du cortex.  Cependant, il reste beaucoup à faire pour le contrôle des émotions. Ici, nos habitants auraient été plus tolérants. Ils avaient besoin du meunier qui leur rendait de réels services. Accepter les troubles du meunier qui n’a pas l’air de comprendre la gêne qu’il occasionne au village, lors de ses crises, faire preuve de compassion, l’auraient vraisemblablement aidé à davantage se contrôler. Le drame est venu pour son malheur de ce que les plus instruits comme l’instituteur, le médecin, le banquier n’ont pas été du tout à la hauteur.

 

Bonne lecture !

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13 janvier 2016 3 13 /01 /janvier /2016 22:26
Le Pont d'Arc.

Le Pont d'Arc.

Qu’on soit tout près des victimes du fanatisme religieux, si près qu’on a l’impression, bien qu’épargné, d’avoir nous aussi pris une balle qui nous fait saigner quelque part, non le corps, mais l’âme… on voit chanceler, pour longtemps sans doute, nos espoirs de progrès humain, de tolérance, de fraternité et partage, enfin d’innocence !

Je vais néanmoins formuler à votre intention, quand bien même cela paraitrait dérisoire et peut-être surtout parce que le contexte rend cette sympathique tradition dérisoire, des vœux les meilleurs pour cette année 2016.

Je vous offre donc un petit voyage inattendu dans les gorges de l’Ardèche, à son réveil, dans le brouillard d’hiver.

Les hommes ont dû creuser l'impressionante paroi pour traverser, tandis que la rivière, elle, avait réussi à percer la roche calcaire, mais en beaucoup plus de temps !
Les hommes ont dû creuser l'impressionante paroi pour traverser, tandis que la rivière, elle, avait réussi à percer la roche calcaire, mais en beaucoup plus de temps !

Les hommes ont dû creuser l'impressionante paroi pour traverser, tandis que la rivière, elle, avait réussi à percer la roche calcaire, mais en beaucoup plus de temps !

Tournant la tête pour admirer la vallée blanche toute cotonneuse.

Tournant la tête pour admirer la vallée blanche toute cotonneuse.

Suivons le guide !

Suivons le guide !

Certains arbres se penchent comme s'ils voulaient voir, eux aussi, la rivière.

Certains arbres se penchent comme s'ils voulaient voir, eux aussi, la rivière.

L'érosion de l'eau de pluie dissout la pierre calcaire. Le plateau est percé d'ailleurs de plusieurs avens et grottes spectaculaires comme ceux de Marzal, d'Orgnac et la grottes des Demoiselles.

L'érosion de l'eau de pluie dissout la pierre calcaire. Le plateau est percé d'ailleurs de plusieurs avens et grottes spectaculaires comme ceux de Marzal, d'Orgnac et la grottes des Demoiselles.

Ici, des arbes jaillissent comme projettés d'un volcan. Là, de modestes fleurs sauvages.
Ici, des arbes jaillissent comme projettés d'un volcan. Là, de modestes fleurs sauvages.
Ici, des arbes jaillissent comme projettés d'un volcan. Là, de modestes fleurs sauvages.

Ici, des arbes jaillissent comme projettés d'un volcan. Là, de modestes fleurs sauvages.

Le brouillard peu à peu s'efface, un dernier méandre et déjà la sortie des gorges se profile.
Le brouillard peu à peu s'efface, un dernier méandre et déjà la sortie des gorges se profile.
Le brouillard peu à peu s'efface, un dernier méandre et déjà la sortie des gorges se profile.

Le brouillard peu à peu s'efface, un dernier méandre et déjà la sortie des gorges se profile.

2016 : Les lendemains chanteront-ils ?
Au pied du village, l'Ardèche s'est désormais assagie.

Au pied du village, l'Ardèche s'est désormais assagie.

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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 14:18
Une plongée au ralenti dans les ténèbres : Seul le silence… de Roger Jon ELLORY.

Six cent deux pages ! Même si l’on est un bon lecteur et qu’on vient justement d’en lire de suite plusieurs de cet acabit, ce qui implique un long moment de vie agitée par les méandres on-ne-peut-plus sinueux, aussi bien dans l’espace que dans le temps, à suivre l’auteur, le perdre parfois et le retrouver – ouf ! – à s’embrouiller les neurones à vouloir tout comprendre, tout deviner, de la progression des actions, récits, enquêtes, et des personnages plus vrais que nature, ou complètement loufoques, déjantés, dans lesquels perce un peu de soi quand même – on ne s’y attend pas toujours ! Tant pis ou tant mieux ! – après être passé par un tsunami d’émotions qui ne se calment qu’au moment où, d’épuisement, on s’endort, insatisfait – il reste encore 300 pages…200 pages… 100 pages… Mais va-t-on savoir à la fin qui est l’assassin ? – et que le livre s’échappe de nos mains inertes, tombe du lit et nous réveille ahuri…

Six cent soixante-deux pages, Monsieur Roger Jon ELLORY, c’est dur, mais quel plaisir ! Difficile quand on commence la lecture de votre roman policier de le quitter ! Page six cent deux… On voudrait déjà en savoir plus, que Joseph continue de nous parler.

SEUL LE SILENCE

Traduction française du titre original : A QUIET BELIEFS IN ANGELS

 

Si le titre anglais semble insister sur le fait que le narrateur / héros croyait aux anges gardiens dans son enfance, bien qu'ils ne l'aient jamais protégé, au contraire ! Pas plus que la trentaine de petites filles assassinées , ces anges paraissant plutôt avoir protégé leur assassin, la traduction française fait référence au silence qui répond à son angoisse, quand blessé, il se vide de son sang, se penche une dernière fois sur sa vie et s'attend à la perdre.

" Car personne n'a entendu les coups de feu. Personne n'a crié. pas de bruits de pas précipités dans le couloir. (...) Seul le silence dedans et dehors ".

... Mais aussi au silence permanent, implacable qui a accompagné toutes ses interrogations sur les drames de sa vie.

 

 

 

Le roman noir est dédié à Truman CAPOTE, l’auteur du terrible thriller : « De sang froid » …

L’auteur raconte l’histoire mouvementée d’un homme.

Tout commence le 12 juillet 1939, à AUGUSTA FALLS, Géorgie, avec la mort du père de Joseph Calvin VAUGHAN, alors âgé de 12 ans.

La Mort vint ce jour-là. Appliquée, méthodique, indifférente aux us et aux coutumes; ne respectant ni la Pâque, ni la Noël, ni aucune célébration ou tradition. La Mort vint, froide et insensible, pour prélever l'impôt de la vie, le prix à payer pour respirer. Et lorsqu'Elle vint je me tenais dans la cour sur la terre sèche parmi les mauvaises herbes, le mouron blanc et les gaulthéries. Elle arriva par la grand-route, je crois, longeant la démarcation entre les terres de mon père et celle des Kruger. Je crois qu'elle arriva à pied, car plus tard, lorsque j'en cherchai, je ne trouvai ni empreintes de cheval ni traces de bicyclette, et à moins que la Mort ne pût se déplacer sans toucher le sol, je supposai qu'Elle était venue à pied.
La Mort vint pour prendre mon père.

Seul le silence, de R.J. Ellory. Livre de Poche. (2008)

Le récit s’achève en 1967. On n’entendra plus parler de Joseph. Frustration complète… Néanmoins, dans le prologue, l’auteur revient sur son personnage.

Bien entendu, je ne vous en dirai pas plus.

La structure du roman s’organise autour de deux pôles : le présent du narrateur composé de quelques pages écrites en italique correspondant à sa confrontation avec l’assassin, et probablement ses derniers instants, son dernier jour.

Je suis assis calmement. je sens la chaleur de mon propre sang sur mes mains, et je me demande si je vais continuer à respirer longtemps. je regarde le corps d'un homme mort devant moi, et je sais qu'à quelque petite échelle justice a été rendue."

Idem.

Dans le deuxième pôle, soit la presque totalité du roman, Joseph VAUGHAN se penche sur son passé et prend le lecteur à témoin pour expliquer son geste. En effet, il raconte les événements qu’il a vécus, évoque le cadre historique (Hitler, la guerre en Europe puis la mobilisation des troupes américaines pour intervenir dans la guerre), ainsi que le cadre géographique qu’il décrit précisément (sa Géorgie natale, New-York et Brooklyn, son retour au pays, son errance sur les traces de l’assassin et de nouveau Brooklyn), y compris le cadre sociologique avec la description de ses camarades, leurs familles, les paysans, l’école, les shérifs en Géorgie, plus tard les milieux intellectuels et artistes de New York, l'épouvantable prison d’Auburn State et la vision de l'Amérique de cette époque.

Ces trois cadres par leur précision ancrent solidement le récit dans la réalité au point que l’on se surprend à imaginer que Joseph a « vraiment » existé et que le récit « fictif » n’est rien d’autre que ses « mémoires », tant la « vraisemblance » indispensable au roman, d'après Maupassant, est réelle.

Le personnage est riche de sensibilité, humanité. Ces deux qualités exacerbées chez lui font aussi son malheur, car il est dès l’enfance obsédé par ces crimes odieux qui l’empêchent d’être heureux quand l’occasion se présente.

Les personnages secondaires nous touchent également, qu'ils soient positifs, tragiques ou négatifs. Le destin de sa mère est bouleversant, l'institutrice Alexandra Weber joue un rôle clé dans sa vocation d'écrivain, ses amis de New York l'aident à se sortir d'un traquenard bien orchestré et même les deux frères condamnés dont il partage la cellule...

"Elle a été violée, entendis-je Reilly dire. une petite fille, jamais fait de mal à personne... et une espèce d'animal l'a violée, battue et étranglée, puis il l'a abandonnée dans le champ au bout de la grand-route.
- D'après moi, c'est un de ces Nègres", affirma Gunther Kruger.
Ma mère répliqua sur un ton ferme et implacable :
"Ça suffit, Gunther Kruger. A l'heure même o^nous parlons vos compatriotes se laissent entraîner par un tyran dans une guerre dont nous avons tous prié pour qu'elle n'ait jamais lieu. Le gouvernement polonais est exilé à Paris; j'ai même entendu une rumeur qui affirme que Roosevelt va devoir aider les Britanniques à acheter des canons et des bombes à l'Amérique. des milliers, des centaines de milliers, peut-être des millions de gens vont mourir... tout ça à cause des Allemands.
- Un tel point de vue est injuste, madame Vaughan... pas tous les Allemands...
Et pas tous les Noirs , monsieur Kruger."

idem.

Cette mort ne sera pas unique.

D’autres petites filles mourront, des camarades de classe, puis dans d'autres villes, d'autres États. Des crimes non élucidés, des familles qui s’enfoncent dans la douleur silencieuse, sauf Joseph qui refuse la fatalité et craint les réactions des habitants d’Augusta Falls.

Il confie à son institutrice ses angoisses face à l’injustice et sa propre impuissance.

Un jour que j'étais à nouveau resté après la classe pour nettoyer les chiffons du tableau, je fis part de mes angoisses à mademoiselle Weber. Elle sourit et secoua la tête.
- Alors écris ce que tu as sur le cœur, dit-elle. Écrire peut servir à exorciser la peur et la haine; ça peut être un moyen de surmonter les préjugés et la douleur. Au moins, si tu sais écrire, tu as une chance de t'exprimer... tu peux offrir tes pensées au monde, et même si personne ne les lit ou ne les comprend, elles ne sont plus piégées au fond de toi. Si tu les gardes... si tu les gardes en toi, Joseph Vaughan, un jour tu risques d'exploser."

idem.

Le jeune VAUGHAN va donc se mettre à chercher l’auteur des incompréhensibles meurtres qui l’obsèdent au point d’y consacrer la plus grande partie de sa vie, sacrifiant même plus tard sa carrière naissante d’écrivain, persuadé qu’il ne connaîtra la paix qu’avec la fin de sa traque, à travers cinq États durant trente ans.

« Peut-être me disais-je que si j'écrivais suffisamment sur la réalité alors je me viderais, et que de ce vide naîtrait les fruits de l'imagination et de l'inspiration. J'écrirais alors quelque chose comme Steinbeck ou Fenimore Cooper, une œuvre de fiction et non une œuvre autobiographique. Ce n'est que plus tard que je compris que les deux étaient liées : l'expérience façonnée par l'imagination, devenait de la fiction, et la vie, à travers le prisme de l'imagination, devenait une chose que l'on pouvait mieux tolérer et comprendre. »

Un mot de l’écriture qui est non seulement agréable, mais précise et belle. Et, puisqu’il s’agit d’un roman policier, le suspense est parfait. R.J. ELLORY a reçu le Prix du roman noir pour cette œuvre, que Michel Abescat, journaliste de TELERAMA décrira ainsi : « Un véritable piège, dévorant, parfaitement construit… une révélation. »

J’ai apprécié ce livre.

Si je vous ai convaincu (e), je vous souhaite une bonne lecture.

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29 novembre 2015 7 29 /11 /novembre /2015 22:51
La liberté doit être, c’est une évidence. Ou elle n’est pas. Dans ce cas, le mot lui-même meurt - il n’a pas toujours existé, il suffit de lire l’histoire de la philosophie - parce qu’il n’a plus de raison d’être.
Soit j’ai le droit de penser, d’exprimer, d’être ce que je veux, - je me situe sur le plan de la volonté de mes choix conscients, car, bien entendu je ne suis pas libre de choisir d’être ou non malade, de mes caractères physiques, de mes origines, et suis-je libre de penser ce que je pense ?, etc. - Il s’agit de ma liberté courante, observable, en tant que personne humaine. « Immanente », diraient les philosophes.
Soit je n’en ai pas le droit, parce que je suis opprimé, enfermé, terrorisé.
Il n’y a pas de demi-mesure. Dès l’instant que je m’impose le silence, pour ne pas choquer, pour plaire, pour être acceptée, élue ou autre raison, je ne suis pas libre.
Pourtant la vie en société m’impose des limites, sans quoi vivre ensemble est impossible. Ces limites je dois les reconnaitre comme valables, condition indispensable pour les accepter. Ainsi, je ne les ressens pas comme une entrave à ma liberté. Il y a une condition indispensable également, c’est que tout le monde les accepte avec moi. C’est le fameux « la liberté de chacun s’arrête où commence celle des autres ». C’est une forme de respect de l’autre et le ciment de toute vie sociale.
Lors de l’adoption par le Président de la République de l’état d’urgence, qui contraint les personnes, notamment par les fouilles à l’entrée des lieux à risque, des surveillances accrues, les trois-quarts des Français ont déclaré accepter des entorses à leur liberté pour la sécurité de tous, d’après les sondages d’opinions publiés par les chaines de télévision.
Nous devons cependant être très vigilants quant aux consentements que nous accordons à ces limites, car la frontière entre l’acceptable et l’inacceptable peut être franchie, du fait qu’elle dépend des gouvernants dont les intentions et promesses peuvent évoluer. L’Histoire est pleine de ces « débordements ». De plus, cette frontière dépend des cultures et des aléas de l’Histoire même des peuples. D’où la nécessité de la codifier dans des lois pour la garantir.
Le triomphe de la Liberté pour l'Alsace occupée depuis 1871 par l'Allemagne.

Le triomphe de la Liberté pour l'Alsace occupée depuis 1871 par l'Allemagne.

Néanmoins, nous avons besoin pour penser de nous raccrocher au concept absolu de liberté, de lui donner une certaine transcendance. Autrement dit la penser comme « idéale ».
En effet, nos valeurs – le bien, le vrai, le juste, le beau, la tolérance, etc. - héritées des premiers penseurs grecs, celles que l’on se plait à écrire avec des majuscules pour bien les différencier justement, sont des phares pour notre pensée. Nous les brandissons comme des drapeaux, même si les débats philosophiques, les simples discussions entre amis montrent que ces valeurs « communes » ne recouvrent pas les mêmes définitions. Toute société a besoin d’un certain consensus autour de ces valeurs. Malheureusement, la société humaine n’est pas universelle et comme l’écrivit Blaise PASCAL, mathématicien, philosophe, au XVIIe siècle, « Vérité en deçà des Pyrénées erreur au-delà ».
D’où l’origine des drames aujourd’hui. Notre civilisation occidentale, construite par d’innombrables efforts et sacrifices, découvre que nos valeurs, celles-là même que nous pensons universelles, que nous voulons partager avec l’humanité toute entière, que nous sommes prêts à défendre becs et ongles, non seulement ne sont pas partagées par tous les peuples, mais sont rejetées, bafouées, promises à la destruction et leurs adeptes avec. Nos détracteurs vont jusqu’à en prendre le contre-pied. Ils se font les champions de l’intolérance, de la cruauté, ils abhorrent la culture et détruisent les chefs-d’œuvre que les générations précédentes d’artistes et de mécènes nous ont laissés en héritage et comme tremplin afin que nous allions plus loin. Ils nient la science et la connaissance, la poésie, les arts, la philosophie ainsi que la culture physique. Ils considèrent le plaisir et la joie de vivre comme diaboliques et sont la plus formidable entreprise contre les femmes, ravalées au rang de sous-humanité.
L’exécution des dessinateurs de Charlie-hebdo, pour qui le rire et la dérision étaient les antidotes indispensables, parce que capables de rendre la réalité tragique du monde supportable, le massacre des jeunes, coupables d’avoir aimé le plaisir de la musique, le massacre heureusement avorté du public amoureux du sport au stade de France, montrent la volonté criminelle de gens assoiffés de pouvoir et désireux de conquérir le monde et notre civilisation dans ce qu’elle a de meilleur, par la terreur, au nom d’une caricature de religion.
Le dessinateur et caricaturiste alsacien HANSI célébra avec d'autant d'enthousiasme la libération de l'Alsace qu'en tant que résistant, il avait connu la prison sous l'occupation allemande. Rappelons qu'il a été interdit pendant cinquante ans de parler français en Alsace entre autres brimades !

Le dessinateur et caricaturiste alsacien HANSI célébra avec d'autant d'enthousiasme la libération de l'Alsace qu'en tant que résistant, il avait connu la prison sous l'occupation allemande. Rappelons qu'il a été interdit pendant cinquante ans de parler français en Alsace entre autres brimades !

Souvenez-vous du roman d’Umberto ECO, remarquablement mis en scène par le réalisateur Jean-Jacques ANNAUD : « Le Nom de la Rose ». Au nom de quoi le vieil abbé empoisonnait-il les jeunes moines copistes ? Parce qu’ils appréciaient les textes anciens qu’ils recopiaient, notamment la comédie grecque qui les faisait rire. On sait que le rire fait prendre de la distance par rapport à la condition humaine et permet de triompher de ses problèmes. Le vieux moine voulait, lui, conserver seulement les textes des Anciens dans la gigantesque bibliothèque, mais qu’on ne s’en serve pas, qu’on ne les apprécie pas, qu’on n’en tire pas de leçon. Pour cela, il disposait d’un outil de terreur : l’Inquisition.
Face aux terroristes islamiques, face à leurs menaces, à leur soif de pouvoir, pas de compromis possible. Nous devons lutter pour continuer d’être ce que nous sommes, pour notre culture et pour l’avenir des générations futures.
C’est incontestablement le message que nous ont laissé les victimes de Charlie-Hebdo. Malgré les menaces, ils avaient choisi de continuer de rire de ce qui est risible dans l’homme. Le drame de Charlie-Hebdo a suscité parfois des critiques. On a dit qu’ils étaient allés un peu fort dans la caricature, qu’ils auraient pu éviter de provoquer, voire blesser des gens… Mais s’ils s’étaient censurés, au nom du « religieusement correct », ils auraient donné raison aux ennemis de la liberté qui seraient, de ce fait, arrivés à leur fin.
Quand la nation, choquée, meurtrie, a besoin de faire front contre l'adversité, et pour cela de s'unir toute entière malgré les différences, sous la banière du drapeau, alors chacun arbore les couleurs nationales et entonne avec émotion la Marseillaise, comme on a pu le voir dans la France entière, depuis le le 13 novembre...

Quand la nation, choquée, meurtrie, a besoin de faire front contre l'adversité, et pour cela de s'unir toute entière malgré les différences, sous la banière du drapeau, alors chacun arbore les couleurs nationales et entonne avec émotion la Marseillaise, comme on a pu le voir dans la France entière, depuis le le 13 novembre...

Pour rendre hommage aux victimes innocentes des barbares, j’ai choisi de réveiller quelques poèmes que Paul ELUARD et Louis ARAGON écrivirent pour célébrer la fin d’une époque également barbare, celle de la Deuxième Guerre Mondiale.
Le plus connu est sans doute son Hymne à la Liberté, publié dans le recueil « Poésie et Vérité », en 1942. Eluard était alors engagé dans la Résistance. Qui ne l’a étudié en classe ? Aussi je vous en propose deux autres :

« Au nom du front parfait profond

Au nom des yeux que je regarde

Et de la bouche que j’embrasse

Pour aujourd’hui et pour toujours

Au nom de l’espoir enterré

Au nom des larmes dans le noir

Au nom des plaintes qui font rire

Au nom des rires qui font peur

Au nom des rires dans la rue

De la douceur qui lie nos mains

Au nom des fruits couvrant les fleurs

Sur une terre belle et bonne

Au nom des hommes en prison

Au nom des femmes déportées

Au nom de tous nos camarades

Martyrisés et massacrés

Pour n’avoir pas accepté l’ombre

Il nous faut drainer la colère

Et faire se lever le fer

Pour préserver l’image haute

Des innocents partout traqués

Et qui partout vont triompher. »

1943. Les sept Poèmes d’amour en guerre.

Gabriel Péri
Un homme est mort qui n’avait pour défense
Que ses bras ouverts à la vie
Un homme est mort qui n’avait d’autre route
Que celle où l’on hait les fusils
Un homme est mort qui continue la lutte
Contre la mort contre l’oubli

Car tout ce qu’il voulait
Nous le voulions aussi
Nous le voulons aujourd’hui
Que le bonheur soit la lumière
Au fond des yeux au fond du cœur
Et la justice sur la terre

Il y a des mots qui font vivre
Et ce sont des mots innocents
Le mot chaleur le mot confiance
Amour justice et le mot liberté
Le mot enfant et le mot gentillesse
Et certains noms de fleurs et certains noms de fruits
Le mot courage et le mot découvrir
Et le mot frère et le mot camarade
Et certains noms de pays de villages
Et certains noms de femmes et d’amis
Ajoutons-y Péri
Péri est mort pour ce qui nous fait vivre
Tutoyons-le sa poitrine est trouée
Mais grâce à lui nous nous connaissons mieux
Tutoyons-nous son espoir est vivant.

1944. Au Rendez-vous allemand.

Paul Eluard : Poèmes présenté par Alain Bosquet et publié chez Gallimard (Poche) en 1951.

Cette tapisserie de LURCAT est un hommage au poème d'Eluard "Liberté". On peut en lire quelques vers.

Cette tapisserie de LURCAT est un hommage au poème d'Eluard "Liberté". On peut en lire quelques vers.

Louis ARAGON publia clandestinement en 1943, le poème suivant intitulé « Je vous salue ma France », dont voici de larges extraits :

« …

Je vous salue ma France arrachée aux fantômes

O rendue à la paix Vaisseau sauvé des eaux

Pays qui chante Orléans Beaugency Vendôme

Cloches cloches sonnez l’angelus des oiseaux

Je vous salue ma France aux yeux de tourterelle

Jamais trop mon tourment mon amour jamais trop

Ma France mon ancienne et nouvelle querelle

Sol semé de héros ciel plein de passereaux

Je vous salue ma France où les vents se calmèrent

Ma France de toujours que la géographie

Ouvre comme une paume aux souffles de la mer

Pour que l’oiseau du large y vienne et se confie

Je vous salue ma France où l’oiseau de passage

De Lille à Roncevaux de Brest au Mont-Cenis

Pour la première fois a fait l’apprentissage

De ce qu’il peut coûter d’abandonner un nid

Patrie également à la colombe ou l’aigle

De l’audace et du chant doublement habitée

Je vous salue ma France ou les blés et les seigles

Mûrissent au soleil de la diversité

Je vous salue ma France où le peuple est habile

A ces travaux qui font les jours émerveillés

Et que l’on vient de loin saluer dans sa ville

Paris mon cœur trois ans vainement fusillé

Heureuse et forte enfin qui portez pour écharpe

Cet arc-en-ciel témoin qu’il ne tonnera plus

Liberté dont frémit le silence des harpes

Ma France d’au-delà le déluge salut »

(Août-Septembre 1943. Le Musée Grévin. Editions de Minuit)

A celles et ceux qui s’intéressent à la philosophie, qui ont envie de penser par eux-mêmes, soit en tant que lycéen étudiant, soit en tant qu’autodidacte, je conseille vivement le petit livre d’André COMTE-SPONVILLE publié au Livre de Poche :

« Présentations de la philosophie »,

Ce petit ouvrage de 180 pages très clair, très pédagogique, a été écrit pour aider nos premiers pas en philosophie. Il est composé de 12 leçons de quelques pages qui traitent des grands sujets : la morale, la politique, l’art, la liberté, la mort, l’homme, la sagesse …

Bonne lecture et merci de votre fidélité.

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6 novembre 2015 5 06 /11 /novembre /2015 06:00
Près du village de Domjevin, sur la C7, une invitation à se souvenir.
Près du village de Domjevin, sur la C7, une invitation à se souvenir.

« Pour haïr l’idée même de la guerre, il devrait suffire de voir une seule fois ce que j’ai vu tant de fois, durant toutes ces années, des hommes, certains presque encore des enfants, amenés aux ambulances de l’avant dans un mélange de boue et de sang. Beaucoup mouraient de leurs blessures et beaucoup d’autres en guérissaient, mais lentement, emprisonnés dans la douleur et la souffrance, des mois durant. »

Ainsi écrit dans son autobiographie Marie CURIE qui, dès la première heure a mis son savoir au service des chirurgiens, médecins, personnel médical débordés, désemparés, et par voie de conséquence aux soldats blessés. Malgré les lenteurs, la méfiance, voire l’opposition des autorités militaires, elle parvient à imposer la radiologie, si précieuse pour opérer les blessés touchés par les éclats d’obus.

Propos rapportés par Marie-Noëlle HIMBERT dans son livre publié chez Actes Sud :

Marie CURIE,

Portrait d’une femme engagée.

1914-1918.

Après avoir lu des quantités de témoignages de soldats, questionné à travers les souvenirs mes Anciens qui avaient eu la chance de revenir, pour autant qu'ils aient parlé eux-mêmes à leurs enfants, après m'être interrogée sur toutes ces femmes qui, à des degrés divers, apportèrent leur contribution à cette guerre - dans les hôpitaux, dans les usines et les champs, dans les écoles, partout où les hommes avaient dû abandonner leurs postes, et même comme "marraines " de guerre pour soutenir le moral des soldats - et que les politiques remercièrent en leur refusant le droit de vote, j'ai découvert l'engagement de Marie CURIE, dont je parlerai plus amplement une prochaine fois, son opiniâtreté à refuser l'innommable. Puis, le dévouement du Docteur Louis MAUFRAIS qui exerça son métier au front, dans les pires conditions et dont le témoignage est capital pour que les soldats morts ne soient pas

" qu'un mot d'or sur une place ",

comme l'a écrit le poète Louis ARAGON, qui fut aussi médecin pendant cette guerre.

Domjevin aujourd'hui. Le village fut au coeur de terribles combats. Il en reste l'hôpital, mais aussi l'abri du Kronprinz que je vous montrerai prochainement.

Domjevin aujourd'hui. Le village fut au coeur de terribles combats. Il en reste l'hôpital, mais aussi l'abri du Kronprinz que je vous montrerai prochainement.

La nature a repris ses droits, comme on dit, aussi la rencontre de cette "forteresse" est surprenante dans un paysage aussi tranquille.
La nature a repris ses droits, comme on dit, aussi la rencontre de cette "forteresse" est surprenante dans un paysage aussi tranquille.

« Il n’y a pas un quart d’heure qu’on nous a recommandé de nous mettre à l’abri qu’on vient m’avertir que l’adjudant infirmier a été blessé au carrefour de la route. Accouru sur place avec un brancardier, je trouve l’homme avec qui j’ai discuté le matin même, en train de se tordre de douleur sur le bas-côté de la route.

- Je viens d’être touché au ventre par un shrapnell, je suis foutu.

Le malheureux est livide, il fait grand pitié. Très vite, je vois un petit trou dans le flanc, pas loin de la hanche. Il a dû causer pas mal de dégâts à l’intérieur. Je ne peux que lui faire une piqûre de morphine. Vingt minutes plus tard, il sera rendu à La Harazée et, de là, il est transporté en voiture jusqu’à Sainte-Menehould. Hélas, rien à faire ; il mourra le soir même.

L’événement me laisse découragé jusqu’à la fin de la journée. Je viens de découvrir brutalement toute la bêtise et la cruauté de la guerre. »

Louis Maufrais

NB : Les obus à shrapnell éclataient en l’air en projetant sous eux des balles de plomb ou des billes métalliques très meurtrières. Il y avait aussi des explosifs qui n’explosaient qu’en touchant le sol, mais dont les éclats étaient tout aussi meurtriers.

L'entrée.
L'entrée.

Redonnons la parole à Louis MAUFRAIS, qui décrit "le poste de secours de Marie-Thérèse" :

« Ce poste de secours n’a rien d’un palace. Il est creusé à moitié dans la rocher. L’autre moitié, en avancée sur le boyau, est recouverte de rondins et d’un mélange de terre, de toile de tente et de gazon qui laisse passer l’eau. Les gens du 151e, cependant, ont pris la précaution de bien balayer leurs petites saletés avant notre arrivée. Mes bonshommes se précipitent pour accrocher leurs bidons, leurs musettes, etc., aux porte-manteaux constitués de baïonnettes enfoncées dans le mur jusqu’à la garde. Deux baïonnettes placées l’une à côté de l’autre et réunis par une planchette forment une étagère. Au fond une petite table de bois.

Le poste de secours est divisé en deux parties. L’une où l’on peut s’asseoir le jour et s’allonger la nuit, et l’autre destinée aux pansements pour les blessés. Les camarades du 151e, décidément bien élevés, nous ont laissé deux bougies allumées. L’une est fixée dans le goulot d’une bouteille, et l’autre dans une espèce de spirale en fil de fer accrochée au plafond. Elles dispensent peu de lumière, mais énormément de taches de cire. Les infirmiers habités à ce genre d’installation, mettent en moins de deux leur matériel à l’abri de la pluie, dans la partie étanche du fond, où sont entreposées des piles de pansements et des fioles. Après avoir aménagé, nous prenons un petit repas… »

L'Hôpital" de Domjevin est composé de galeries qui devaient s'enfoncer loin sous la colline, si l'on en juge par la solidité des murs et la trace des portes coulissantes.
L'Hôpital" de Domjevin est composé de galeries qui devaient s'enfoncer loin sous la colline, si l'on en juge par la solidité des murs et la trace des portes coulissantes.

Un an plus tard, au Mort-Homme, où le docteur Maufrais et son équipe sont envoyés. Il raconte :

« … nous commençons l’ascension, conduits par un agent de liaison. Je dis bien ascension, car il y a soixante-quinze mètres de dénivelé. A mi-chemin, pause de dix minutes et nous remettons ça. Enfin nous apercevons une petite tache noire un peu plus nette que les autres – l’entrée du poste de secours. Elle est précédée d’un petit boyau si peu creusé qu’il faut se mettre à quatre pattes pour être à l’abri. Sur le seuil, je vois Hurel (…)

  • Je t’attendais, me crie-t-il…
  • C’est ça le poste ?
  • De gros rondins calés avec des sacs de terre…. Un 77 pourrait l’ébouler. Là-dessus, mon vieux copain, je te souhaite bonne chance. »
Les galeries s'entrecroisent comme le transept d'une église.
Les galeries s'entrecroisent comme le transept d'une église.

Au front, la plupart du temps, l’exercice de la médecine s’est effectué « sur le tas », les postes de secours étant très sommaires, étroits, et plus destinés à des blessures légères. Les blessés les plus graves étaient envoyés à l’arrière dans les infirmeries ou hôpitaux plus ou moins improvisés. Les soignants n’étaient pas mieux lotis que les combattants comme le raconte le docteur Maufrais lors d’un combat acharné au Mort-Homme. Il avait déjà au cours de l’année précédente vécu l’angoisse créée par les coups sourds entendus la nuit et qui révélaient le creusement d’une galerie sous leur tranchée. Car la guerre a été aussi souterraine, c’était la guerre des mines, sujet que j’aborderai plus tard dans le détail avec le cas LEINTREY et celui de VAUQUOIS.

Je laisse encore la parole posthume à Louis Maufrais :

« Une explosion formidable nous réveille. Le poste de secours sursaute. Nous avons reçu un coup dans les reins qui nous meurtrit de partout. Immédiatement des blocs de terre tombent tout autour de nous. »
La cadence des bombardements allemands est telle que les blessés affluent et les soignants sont rapidement débordés.
« On ne sait plus où les mettre, ces malheureux. Nos trois abris sont rapidement remplis et la pente est très raide. Il faut caler la pente avec des pierres pour qu’ils ne roulent pas. C’est abominable. Et tout cela au milieu de la poussière et de la fumée. »

J'étais médecin dans les tranchées. Louis Maufrais.

Vingt et une heure. Autre explosion.

« Une demi-heure après, un obus énorme explose derrière nous et envoie des blocs de terre contre notre porte. Un infirmier est plaqué contre la paroi avec trois côtes enfoncées. Notre abri est presque entièrement bouché… »

Louis Maufrais. (idem)

La partie visitée est relativement petite. On voit que les galeries ont été bouchées, sans doute pour des raisons de sécurité car le site est en accès libre.
La partie visitée est relativement petite. On voit que les galeries ont été bouchées, sans doute pour des raisons de sécurité car le site est en accès libre.

Le lendemain, les conséquences des bombardements révèlent la perte de la moitié de la 1e compagnie. Sous l’éboulement des tranchées, une douzaine d’hommes ont été enfouis sous deux mètres de terre. Mais ce n’est pas fini. Les bombardements reprennent et le pilonnage rend les hommes fous, inconscients, cassés. En plus, ils sont couverts de poussière.

Il y eu de grandes différences dans le traitement des blessés, selon qu’ils étaient soignés sur place, c’est-à-dire avec les moyens du bord (avec le manque de médicaments, de pansements, de personnel, sans compter les lenteurs administratives – Marie Curie, par exemple, s’est souvent mise hors la loi pour sauver des vies, après avoir tout tenté pour mettre la radiologie au service des chirurgien.), ou dans les hôpitaux de l’arrière, selon qu’ils avaient affaire à des soignants civils ou militaires…

Au cours de l’été 1915, la Chambre des députés s’est réunie à huis clos pour débattre d’un rapport qui lui avait été adressé, au sujet du sort des blessés :

« Nul n’ignore que depuis le début des hostilités nos malheureux soldats sont morts par milliers faute de soins immédiats, les uns d’hémorragie, les autres de plaies viscérales, le plus grand nombre d’accidents infectieux. Pour ceux qui ont survécu et dont plusieurs centaines de milliers resteront infirmes, l’examen impartial des faits démontre que plus de 50% des amputations et des infirmités auraient pu être évitées. »

Marie Curie, de Marie-Noëlle Himbert (Actes Sud)

POUR HAÏR L’IDEE MEME DE LA GUERRE…VOYAGE AU COEUR DE LA GRANDE GUERRE.

On comprend mieux les lenteurs et l’immobilisme des mentalités du ministère des Armées de l’époque, quand on apprend que ces débats resteront secrets jusqu’en 1929.

POUR HAÏR L’IDEE MEME DE LA GUERRE…VOYAGE AU COEUR DE LA GRANDE GUERRE.

Je quitte l'Hôpital enfoui sous la terre, comme les soldats malchanceux et souvent sacrifiés "pour rien", "pour l'exemple" parfois. Ils ont néanmoins remporté la victoire, avec une abnégation surprenante. C'est grâce à leur sacrifice consenti - j'insiste sur ce mot, car tous disent vouloir aller jusqu'au bout de leur devoir si nécessaire. Nous leur devons notre liberté. Le moins que nous puissions faire est de leur en être reconnaissants.

Merci, chers lecteurs et lectrices pour votre attention fidèle et encourageante.

Je vous conseille ces deux livres qui ne vous décevront pas et je remercie leurs auteurs pour leur travail infiniment plus important que le mien et qui m'ont tant apporté.

Le 07 novembre, j'ai la désagréable surprise de constater que toutes mes photos ont disparu de cet article, sauf une, pour des raisons que j'ignore. Je vous prie de m'excuser de ce désagrément et souhaite que la publication se passe normalement, cette fois-ci.

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10 octobre 2015 6 10 /10 /octobre /2015 14:16

J'aime la nature. Non pas à la manière de ceux qui s'en servent de cadre à leurs défis sportifs dont je suis incapable. Plutôt à la manière d'un contemplateur, d'un rêveur, d'un poète.

La nature nous fascine parce qu'elle est belle et laide, douce et violente, puissante et faible.

Mais surtout elle nous renvoie à nous-mêmes, comme un miroir, un miroir qui serait devenu flou, ou piqué par l'usure du temps, donc difficile à déchiffrer, voire illisible, hélas !

 

 

 

Les CHUTES du RHIN

C'est, d'après moi, le sens des vers de Charles Baudelaire, qui su exprimer cette ambiguïté humaine faite de narcissisme et de doute :

« Homme libre, toujours tu chériras la mer

La mer est ton miroir. Tu contemples ton âme

Dans le déroulement infini de sa lame

Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer. »

Les Fleurs du Mal, 1857.

Les CHUTES du RHIN

Suivant les conseils d’amis, j’ai commencé récemment mon voyage en Allemagne par une petite incursion en Suisse, à Schaffhouse – vous avez deviné – à la découverte des chutes du RHIN. Le spectacle vaut mille coups. Le fleuve se donne à voir et à rêver, dans une débauche d’écume et d’émotion. Voici quelques-unes de mes photos.

Les CHUTES du RHIN

Une fois passé l'éblouissement du rideau d'écume, la ville de NEUHAUSEN sur la rive droite, attire le regard par ses formes géométriques et ses couleurs. Sur la rive gauche, encore à l'ombre, on distingue le château de LAUFEN, situé sur la commune de FLURLINGEN.

Sans cesse, des bateaux conduisent les touristes au belvédère. Il faut être bon capitaine !

Sans cesse, des bateaux conduisent les touristes au belvédère. Il faut être bon capitaine !

Le fleuve a creusé un méandre assez large ici, comme s'il voulait exhiber beauté et puissance. Les visiteurs ont tout le loisir de le contempler, en suivant le chemin qui longe la rive.

Le fleuve a creusé un méandre assez large ici, comme s'il voulait exhiber beauté et puissance. Les visiteurs ont tout le loisir de le contempler, en suivant le chemin qui longe la rive.

Sur le fil du rasoir !
Sur le fil du rasoir !

Un peu d’histoire :

  • Avant 200 000 ans, le fleuve coulait à l’ouest de SCHAFFHOUSE.
  • Dans la période suivante, son lit a été comblé par des dépôts glaciaires.
  • Il y a 120 000 ans, il s’est détourné vers le sud.
  • La dernière glaciation l’a encore repoussé vers le sud où il s’est mis à creuser son lit actuel.
  • Les chutes se sont formées entre 17 000 et 14 000 ans, entre les sédiments glaciaires et les roches calcaires du Jura.
Les CHUTES du RHIN

Entre les courants générés par les chutes, de part et d’autres des rochers, une seule voie d’accès au rocher, prisé des curieux et amateurs de sensations fortes.

Les CHUTES du RHIN

Le bateau laissera pour un moment sa cargaison joyeuse, avant d’embarquer les revenants.

Les CHUTES du RHIN

Au cours de la montée vers l’amont, des balcons permettent de laisser libre cours à la fascination qu’exerce la beauté des flots.

Les CHUTES du RHIN

« Les fleuves, comme d'immenses clairons, chantent à l'océan la beauté de la terre, la culture des champs, la splendeur des villes et la gloire des hommes. »

Victor Hugo, Le Rhin, 1842.

Les CHUTES du RHIN

Après s’être jouée de l’air sous la forme d’écume immaculée, l’eau retourne aux profondeurs émeraude et glauque, comme si elle regrettait déjà sa folle aventure.

Le fleuve a glissé le long des piles du pont qui relie les deux rives. La chute est imminente.
Le fleuve a glissé le long des piles du pont qui relie les deux rives. La chute est imminente.

" Roule libre et superbe entre tes larges rives
Rhin, Nil de l’Occident, coupe des nations !"

C'est ainsi que le poète Alphonse de Lamartine, mieux connu pour sa célébration du lac du Bourget, en Savoie, évoquait le fleuve.

Chacun veut admirer le fleuve sous toutes les coutures.
Chacun veut admirer le fleuve sous toutes les coutures.

Au XIXème siècle, Alexandre Dumas consacra un ouvrage au fleuve, intitulé : « Les bords du Rhin », dans lequel il s’interrogeait sur la vénération qu’ont les Allemands pour le Rhin, siège de leur mythologie peuplée de naïades, génies bienveillants ou retors, protecteur ou meurtrier.

« Pour eux le Rhin est l’emblème universel ; le Rhin c’est la force ; le Rhin c’est l’indépendance ; le Rhin c’est la liberté. Le Rhin a des passions comme un homme ou plutôt comme un Dieu. »

Avant les chutes.
Avant les chutes.

Vus d’ici, les rochers présentent une fragilité toute apparente, mais nul doute qu’un jour, excessivement lointain, c’est lui qui aura le dernier mot.

Les CHUTES du RHIN

Une petite partie des eaux a profité de cette avancée rocheuse modeste, néanmoins suffisante pour retenir troncs d’arbres et autres végétaux, arrachés on ne sait où, pour profiter du calme offert et se donner l’allure paisible.

Mais que l’on ne s’y trompe pas, elles glisseront aussi rejoindre les autres, quoique moins brutalement !

Les CHUTES du RHIN

Le Rhin a creusé ici un large méandre comme pour reprendre son souffle, avant d’aborder son plus grand voyage, qui le conduira vers la mer du Nord.

Merci de votre attention et de vos messages !

Je n'ai pas pu, du fait de mes lacunes techniques, vous offrir mes vidéos. N'hésitez pas à voyager avec Google Map, c'est comme si on y était !

Pour en savoir plus, je ne saurais vous conseiller le site du CRDP d'Alsace (crdp-strasbourg.fr), qui du fait de sa vocation est très pédagogique, bien documenté et complet.

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29 juillet 2015 3 29 /07 /juillet /2015 11:57
Marseille, le Panier. Une occasion d'évoquer l'écrivain M. Gouiran.

Chaque année, je me rends au Salon International d’Art Contemporain de Marseille, pour voir les cheminements des peintres et sculpteurs actuels. J’en profite pour visiter la ville aux mille contrastes, et cette fois, malgré le temps maussade, je me suis décidée pour le célèbre quartier du Panier, dans le vieux Marseille.

J’en ai ramené quelques images de l’Art des rues et comme j’aime toujours associer à mes articles, la littérature, cette magique métamorphose des mots en paysages intérieurs, je me suis mise à chercher dans ma bibliothèque les écrivains marseillais. Le premier qui m’est venu à l’esprit – à part Marcel PAGNOL - était Jean CONTRUCCI, écrivain de romans policiers historiques, mais principalement situés dans le quartier de la Belle de Mai. Puis, j’ai lu le roman de Maurice GOUIRAN, « Train bleu Train noir » qui m’a fait découvrir un aspect tragique de l’histoire d’une de nos plus anciennes  villes.

Je vous propose d’évoquer ce roman sombre dans la lumière jubilatoire d’un quartier rescapé des destructions nazies, dont le régime de Vichy s’était fait le bras armé.

Deux trains, deux voyages. A cinquante ans d’intervalle. Deux dates : 1943 – 1993.

Trois amis, liés par le même destin : l’exclusion, la déportation et la perte de leurs familles.

Une ville martyrisée, en plein cœur : le quartier du Vieux-Port, les quartiers populaires, cosmopolites, anciens, antiques, devrais-je dire !

Robert, l’un des trois amis et narrateur principal dit : « Ma plus grande frustration, en revenant à Marseille à la fin de la guerre, fut de ne découvrir qu’un gigantesque chantier de démolition là où j’avais vécu les meilleurs moments de mon existence. »

Lui qui n’a pas vécu le désastre, écoute le récit de Jo :  Deux mille six cents ans d’histoire ! Quatorze hectares de poussières, de débris de bois et gravats. Mille deux cent maisons abattues.

 

En fait, l’explosion a détruit les bâtiments situés entre les rues Radeau et Saint-Laurent. Six immeubles se sont écroulés sous la première charge. L’église Saint-Laurent (…) est restée intacte, mais la cathédrale de la Major a tremblé sur ses bases. Du quai de Rive-Neuve, on observait, ébahis, cet incroyable spectacle.

Train bleu Train noir, page 109.

La cathédrale de la Major.

La cathédrale de la Major.

Pendant vingt jours, le fracas des explosions et la poussière.

Pourquoi ?

Tous les Marseillais n’étaient pas ébahis et compatissants. Ils trouvaient que certains quartiers étaient sales, les maisons insalubres, lépreuses, « à l’image des voyous et des métèques du Vieux-Port ». Et l’auteur de citer, par la bouche de son personnage, la description que le prix Goncourt 1922, Henri Béraud, avait faite de Marseille :

« Par toutes nos routes d’accès transformées en grands collecteurs, coule sur nos terres une tourbe de plus en plus grouillante, de plus en plus fétide. C’est l’immense flot de la crasse napolitaine, de la guenille levantine, des tristes puanteurs slaves, de l’affreuse misère andalouse, de la semence d’Abraham et du bitume de Judée. »

Pas nouveau la modernisation ! Mais si les villes doivent nécessairement s’adapter aux besoins nouveaux de confort d’une population croissante, l’argument  a rarement été exempt d’arrière-pensées. De la même façon, le baron Haussmann avait au XIXe fait détruire bons nombres de quartiers populaires, propices aux émeutes et révolutions, pour percer Paris de magnifiques grands boulevards  adaptés aux défilés militaires, capables à la fois d’impressionner les opposants politiques et de rassurer les tenants de l’ordre social.

Quant aux populations, il est permis de douter qu’on ait prévu de les reloger, même si, à l’époque, le prétexte était l’insalubrité !

En 1943, la France vit sous la botte nazie, grâce à ce « bon » Philippe Pétain, héros de Verdun, certes, mais ce n’était plus qu’un souvenir… Un vieillard imbibé d’idéologie d’extrême-droite, antisémite, raciste. Il a quand même détruit la République  pour fonder l’Etat français et mettre le pays, sa population, ses travailleurs (STO), ses fonctionnaires, dont la police, au service du IIIe Reich. Dire que c’est la Chambre des députés de l’époque, à majorité socialiste (!) qui lui a voté les pleins pouvoirs !

 

Un attentat, à Marseille, contre un bus transportant des soldats allemands.

Les autorités nazies vont exiger plus que des sanctions. Il s’agit ni plus ni moins que de « purifier » la ville de toute sa population indésirable, parce que dangereuse. Détruire les vieux quartiers impossibles à contrôler.

Les habitants ? Ils vont être relogés, oui, mais pas ici ! Tout est déjà prêt : les arrestations, les déportations, les camps de concentration et d’extermination.

Marseille, le Panier. Une occasion d'évoquer l'écrivain M. Gouiran.

Juste avant, des contrôles policiers s’étaient multipliés, même en pleine nuit. Les rafles durèrent plusieurs jours et les gens, mille six cent quarante-deux personnes, emmenés sans ménagement. A la gare d’Arenc, un train noir, très long.

Les chefs de la Wehrmacht et des S.S. attendaient là, sur le quai. Ils venaient assister au chargement de la grande rafle
Sanglés dans leurs uniformes, le colonel SS Bernhardt Griese et le général de la Wehrmacht Felber papotaient avec Karl Oberg. Le chef suprême de la police d'occupation en France avait des allures de professeur d'histoire. (...) Mais Griese, Felder et Oberg disserteraient sur l'économie et la politique plus tard, les trois hommes parlaient simplement de la mort, de la mort programmée des mille six cent quarante deux personnes qui se serraient les unes contre les autres, comme des animaux apeurés. (...) Plus loin, les boches, uniformes feldgrau, baïonnettes aux fusils, veillaient. Ils ne participaient pas aux festivités. Ils étaient là, simples garants de la bonne parche des choses et de la bonne exécution des ordres venus de Berlin."

Train bleu Train noir, page 50.

Puis, un des officiers s’approcha des détenus, les examina et fit un signe de tête. Aussitôt, les flics en civil, arrachèrent les enfants des bras de leurs pères et séparèrent les femmes des hommes. 

 Ceux qui tentaient de s’interposer, étaient sauvagement frappés. Robert est séparé à jamais de sa femme et sa fille de quatre ans.

Ce sinistre train noir conduira sa triste cargaison jusqu’à Compiègne. La plus grande partie sera déportée dans les conditions que l’on sait, à Drancy, puis à Sobibor, avant d’atteindre d’autres camps, dont Auschwitz.

Cinquante ans plus tard, les trois amis qui sont revenus à Marseille après la libération, seuls, quittent Marseille pour se rendre à Munich. Le train bleu qui les emporte est bondé d’une foule joyeuse, des supporters marseillais tout à la joie d’assister au triomphe espéré de l’O.M. qui sera sacré champion d’Europe, après sa victoire contre Milan. Robert, Georges et Michel n’ont plus trop l’âge de participer à ces cris et chants collectifs. Pourquoi refaire le voyage terrible vers l’Allemagne, un demi-siècle plus tard ?

En fait, ils n’ont jamais pu oublier la perte de leurs familles. Aussi, quand ils ont découvert  leur bourreau nazi, Robert a aussitôt fomenté un plan. Je n’en dirai pas plus. Ah ! vous de découvrir  la suite du roman !

Leur histoire, racontée tour à tour par chacun des trois, concerne les deux années 1943 et 1993, symbolisées par les deux trains. Comme ils n’ont pas vécu ensemble la période de 43 à la fin de la guerre, ils reconstruisent d’après leurs récits ce qui est arrivé à leurs familles. Ce n’est donc pas seulement un roman historique, mais policier car il y a un assassin, une enquête.

Un livre à lire pour tous, y compris, je le dis, ceux qui « n’aiment pas trop lire » !

Une porte peu engageante !

Une porte peu engageante !

Le quartier du Panier a retrouvé ses habitants, son humour, et la chaleur de son accent chante plus que jamais le soleil, la mer et le bonheur de vivre. Aujourd’hui, il est même  devenu si célèbre par le feuilleton « Plus belle la vie », que les restaurateurs vous indiquent comment y aller, avant même de leur avoir demandé !

En voici quelques photos d'Art des rues.

Face au port.

Face au port.

Rue du Petit Puits.

Rue du Petit Puits.

Une note un peu moins optimiste, on dirait.

Une note un peu moins optimiste, on dirait.

Le roman de Maurice GOUIRAN est paru en 2010 aux Editions  JIGAL.

J’ai tiré le cadre historique du récit même de l’auteur, dont on connait l’engagement humaniste.

L'histoire du Train bleu est volontairement restée dans l'ombre, car il s'agit d'un roman "historico-policier", donc je laisse l'auteur vous guider (ou perdre!) dans l'enquête.

 

Merci de votre attention et bonne lecture !

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14 juillet 2015 2 14 /07 /juillet /2015 08:37
A ceux qui aiment un peu, beaucoup, passionnément, le cinéma & la jeunesse, ne manquez pas "Mustang"!

Pour ce premier long métrage, la réalisatrice franco-turque Deniz GAMZE ERGÜVEN, coscénariste avec Alice WINOCOUR, a obtenu la Caméra d’Or, au festival de Cannes en 2015 et quatre nominations à la Quinzaine des Réalisateurs, dont le Prix Label Europa Cinéma.

 

L’action se passe dans un petit village reculé, ENEBOLU, situé à 600 km au nord d’Istanbul.

Il parle de la condition des femmes dans la Turquie d’aujourd’hui. Plus particulièrement des jeunes filles, de leurs rêves, de leur émerveillement devant la nature qui transforme leur corps et leur ouvre le champ des possibles de la vie d’adulte. Pour elles, comme pour toutes les jeunes filles, cela signifie avant tout être libre. Leur enthousiasme va vite se heurter au conservatisme de la société turque, plus intransigeant dans les villages que dans les villes.

« L’année scolaire se termine. C’est le moment des adieux pour une professeure qui est mutée à Istanbul, au désespoir de LALE, adolescente de 12 ans et la plus jeune des cinq sœurs, élevées par leur grand-mère depuis la mort de leurs parents. Devant la déception de LALE, la professeure lui donne sa prochaine adresse à Istanbul, afin de garder le contact.

« Sur le chemin du retour, les cinq sœurs longent la mer et ne résistent pas à l’envie de s’amuser sur la plage où elles rencontrent des camarades de classe, avec qui elles chahutent innocemment dans les vagues. Juchées sur les épaules des garçons, elles improvisent une bataille et les uniformes des lycéens sont bientôt trempés.

 

A ceux qui aiment un peu, beaucoup, passionnément, le cinéma & la jeunesse, ne manquez pas "Mustang"!

« Malheureusement pour elles, elles sont vues, dénoncées, et pour mettre fin au scandale, la famille, en l’occurrence la grand-mère sous l’autorité de l’oncle, va tout faire pour les faire rentrer dans le rang. Finies les mini-jupes ! Finie l’école ! Elles apprendront à domicile, la cuisine et la couture, sous la férule de quelques matrones ! Finis les rêves d’amour et de liberté ! On prépare pour les plus âgées, des mariages forcés !..."

 

Je n’en dirai pas plus pour vous laisser le plaisir de la découverte. Le plaisir, vous en aurez, car le film est vraiment jubilatoire. Esthétiquement beau, Deniz GAMZE ERGÜVEN a eu elle-même du plaisir à filmer la beauté des corps, tant en mouvement que statiques, à diriger ses actrices – on sent qu’elle les aime, qu’elle connait bien la jeunesse, d’où des portraits justes, attendrissants et drôles. Et si elle montre l’absurdité, le ridicule du conservatisme  et la cruauté du sort imposé aux femmes, mises sous la tutelle de maris qu’elles n’ont pas choisis, elle n’est jamais dans le ressentiment, la haine ou le désir de vengeance. Elle aurait pourtant de bonnes raisons, ayant elle-même subi ce traitement dans sa jeunesse.

Dans un entretien recueilli et publié par Thomas PERILLON, le 17 juin 2015 pour Le Bleu du Miroir, elfe se confie :

 

« T. P. : Cette frénésie libératrice que vous évoquez vient-elle d’un besoin de vous exprimer suite à une adolescence teintée de culpabilisation face à votre féminité, votre part de sensualité ?

 

D. G. E. : J’ai ressenti quelque chose de très accusatoire. Je me souviens d’avoir ressenti une salve accusatrice très forte, que je n’ai pas relevée tout de suite. Je n’ai pas réagi comme mes personnages. J’ai beaucoup intériorisé ce qui m’était dit. C’est bien plus tard que j’ai retrouvé ces sentiments. Je me souviens d’un enterrement, en particulier. Les femmes sont censées rester en retrait. Elles n’ont pas le droit de toucher le corps car elles le souillent si elles le font ; elles ne peuvent même pas toucher le cercueil. Et je me souviens que lors du premier enterrement auquel j’ai assisté plus jeune, une proche du défunt a touché le cercueil et elle a été chassée de façon assez virulente. Je m’étais sentie très mal à l’aise. J’avais moi-même pris du recul et me suis prise en flagrant délit d’avoir cette pensée plutôt abjecte (que je pouvais effectivement souiller le corps du défunt car j’étais une fille). Ce fut une sorte de choc !
Dans Mustang, les filles, au contraire, ne baissent jamais la tête. Elles n’intériorisent jamais les discours les plus absurdes qu’on peut leur rabâcher. »

Le Bleu du Miroir; 17 juin 2015

A Istanbul, en se promenant, comme ici, dans un parc près de Sainte Sophie, on peut acheter un drapeau à l'effigie de Mustapha Kemal, fondateur de la Turquie moderne. Le peuple turc se souvient-il aujourd'hui de sa vision novatrice de la société inspirée des idées de la Révolution française, notamment l'égalité et la liberté ?A Istanbul, en se promenant, comme ici, dans un parc près de Sainte Sophie, on peut acheter un drapeau à l'effigie de Mustapha Kemal, fondateur de la Turquie moderne. Le peuple turc se souvient-il aujourd'hui de sa vision novatrice de la société inspirée des idées de la Révolution française, notamment l'égalité et la liberté ?

A Istanbul, en se promenant, comme ici, dans un parc près de Sainte Sophie, on peut acheter un drapeau à l'effigie de Mustapha Kemal, fondateur de la Turquie moderne. Le peuple turc se souvient-il aujourd'hui de sa vision novatrice de la société inspirée des idées de la Révolution française, notamment l'égalité et la liberté ?

S’agit-il donc d’un film féministe ?

 

Oui, par nécessité, mais pas militant.

Pour moi qui ai apprécié particulièrement le film et malheureusement constaté qu’en deux générations, la condition féminine en Turquie ne s’est guère arrangée – je suis allée fouiller dans les photos que j’ai prise à Istanbul, en 2010 – le moins que l’on puisse dire est peu encourageant. Il est même paradoxal de mettre bout à bout la photo que j’ai prise du vendeur de drapeau et la suivante, prise le même jour et dans le même quartier.

 

A ceux qui aiment un peu, beaucoup, passionnément, le cinéma & la jeunesse, ne manquez pas "Mustang"!

De gauche à droite, des femmes habillées de teintes ternes, portent le foulard, au centre une femme vêtue entièrement de noir, porte la burqa alors qu’à droite, une jeune femme moderne avec jean, baskets et les cheveux libres dans une attitude décontractée.

Un peu plus loin, voici l’allure courante que les fougueuses héroïnes de Deniz GAMZE ERGÜVEN refusent absolument, parce qu'elle symbolise pour elles l'aliénation et le renoncement à la liberté.

A ceux qui aiment un peu, beaucoup, passionnément, le cinéma & la jeunesse, ne manquez pas "Mustang"!

Pour ma part, Mustang est plus un film-plaidoyer pour le progrès, la liberté, l’égalité et le droit au bonheur. Il interroge sur l’identité des femmes turques, la place de la sexualité, l’éducation qu’on leur réserve : libérale à l’école et conservatrice dans la famille et la société, pouvant même aller jusqu’aux « crimes d’honneur », comme on l’a vu en Allemagne où vit une importante communauté turque. Cependant, l’auteur a l’honnêteté de montrer que le rôle dévolu aux jeunes hommes n’est guère enviable, non plus. Eux aussi sont mariés, eux aussi subissent la pression des coutumes (Ils sont déshonorés s’ils ne peuvent prouver la virginité de leur épouse et il leur revient de tuer leur femme ou leur sœur, en cas de crimes d’honneur… même s’ils l’aiment ou leur pardonnent). Il n’y a guère que le jeune livreur qui les aide sans contrepartie.

 

 

En fait, toutes les sociétés répressives, tous les Etats autoritaires s’efforcent de contrôler, voire museler la jeunesse et particulièrement les femmes, cantonnées au rang de reproductrices, ménagères, ouvrières (L’Afrique nous donnent de belles images de femmes cultivatrices, éleveuses, vendeuses, chargées d’enfants, pendant que les hommes palabrent et contrôlent rigoureusement l’argent qu’ils n’ont pas gagné…). Le paradoxe, encore un, c’est que l’aliénation se transmet par les femmes qui font subir à leurs filles, le sort cruel qu’elles ont enduré.

A ceux qui aiment un peu, beaucoup, passionnément, le cinéma & la jeunesse, ne manquez pas "Mustang"! A ceux qui aiment un peu, beaucoup, passionnément, le cinéma & la jeunesse, ne manquez pas "Mustang"! A ceux qui aiment un peu, beaucoup, passionnément, le cinéma & la jeunesse, ne manquez pas "Mustang"!

S’agit-il d’un film militant ?

 

Deniz GAMZE ERGÜVEN s’en défend. Pour elle, un film n’a rien à voir avec un discours politique.

En effet, un film est une fiction, les personnages n’existent pas, ils naissent de l’imagination d’un auteur avec lequel nous les partageons. Le cinéma est un art. Il exprime, un message réaliste ou non, divertissant ou non, ou les deux d’ailleurs, qui correspondent plus ou moins, au bout du compte, au questionnement de l’homme sur lui-même et sa place dans le monde. Il se caractérise par une recherche esthétique, c’est-à-dire qu’il invente son propre langage  aux moyens de techniques spécifiques dans la manière d’aborder les sujets. L’œuvre est par conséquent une création qui exprime la vision de son créateur et ses choix esthétiques, mais aussi sa touche personnelle, son style, son talent. Le cinéma étant une œuvre collective, d’autres acteurs peuvent apporter de leur talent, comme les comédiens bien sûr, les concepteurs des décors, les photographes, les musiciens, les costumiers, etc.

La réalisatrice entourée de ses jeunes actrices.

La réalisatrice entourée de ses jeunes actrices.

Ainsi, d’un même sujet, certains auteurs créeront une tragédie, d’autres une comédie, ou un mélange des deux. Le cinéma turc offre deux exemples pertinents sur le thème de l’oppression des femmes :

  • En 1982, le cinéaste Yilmaz GÜNEY remportait la Palme d’Or à Cannes avec son film « Yol ». A travers une pure fiction, il montrait le sort terrible réservé aux Turcs par une société aux traditions barbares (femme adultère enchaînée dans une cave) soumise à un régime politique totalitaire. L’auteur avait choisi la tragédie et l’œuvre était bouleversante.

 

  • En 2015, pour le film qui nous intéresse, si le thème est grave, Deniz GAMZE ERGÜVEN, elle, a choisi de mettre l’accent sur les situations drôles. Elle connait le pouvoir du rire, parfois plus efficace que les larmes. Le spectateur ressent pourtant tout autant l’oppression, s’émeut de l’injustice, néanmoins le rire met, lui, l’accent sur le ridicule des conservateurs, sur le propre de la jeunesse, à savoir son audace parfois aveugle. Ainsi, le rire n’empêche nullement l’interrogation, la réflexion et la prise de position.

Pour terminer, une question que chacun se pose : « Mustang » ! Pourquoi ce titre qui nous mène directement sur Google auprès des sites de la célèbre automobile Ford ?

Il faut se souvenir que le petit cheval du nord-ouest américain, domestique puis retourné à l’état sauvage, est réputé pour sa résistance au dressage, sa fougue et son indépendance.

Le symbolisme est clair !

Merci de votre attention !

Mises à part les photos personnelles d'Istanbul prises en 2010, toutes celles du film viennent du dossier de presse officiel.

Bande annonce du film.

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