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24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 18:05

 

Champs de morts inutiles, champs de ruines, champs de familles brisées, de part et d'autres

Lettres déchirantes de soldats tout juste sortis de l'enfance, d'époux, de pères

Paysans, poètes, instituteurs, ouvriers, médecins, étudiants,

Venus de toute la France, venus d'ailleurs, de l'Empire si grand,

Englués dans la boue et le désespoir de garder pour toujours les images des corps blessés,

Des cris de douleur, des odeurs terribles

Je viens modestement vous rendre l'hommage de ceux qui ont eu la chance de ne pas connaître çà !

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La France avait perdu l'Alsace et la Lorraine en 1870 et n'avait pas renoncé à les reprendre un jour à l'Allemagne.

Ce n'est pas la cause principale, bien sûr, mais mon propos n'est pas de faire un énième résumé de cette guerre. D'autres l'ont fait avant moi et beaucoup mieux, historiens, écrivains, et témoins directs. Je n'ai pas non plus l'ambition de traiter de tous ses aspects parce qu'il existe des milliers de cartes postales, et parmi celles que j'ai trouvées, il n'y a pas tout. 

Pour les hommes, tout a commencé par cela :

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Ils s'y attendait déjà...

Les grandes puissances européennes industrielles (Grande-Bretagne, France, Allemagne) rivalisaient pour la conquête des colonies. Leurs économies se concurrençaient durement. Certaines avaient du mal à faire taire les groupes nationalistes qui souhaitaient s'affranchir de leur tutelle (l'Autriche-Hongrie). Toutes voulaient occuper la première place, la plus glorieuse, la plus lucrative et diriger les autres.

Les pacifistes n'ont rien pu faire. Quand Jean Jaurès a été assassiné, ils ont été emportés dans la déferlante de la guerre. Alors, ils ont préparé leurs affaires, comme les autres, ils ont embrassé leurs familles en les rassurant, ils allaient bien vite revenir! Les quais des gares n'avaient jamais été foulés par autant de monde ! Ils n'ont pas tremblé. Si nombreux, que pouvaient-ils craindre ? Ils avaient la force et le courage issus du sentiment d'accomplir leur devoir.


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Un prétexte a servi à déclencher la guerre : l'assassinat de l'héritier du trône d'Autriche-Hongrie à Sarajevo, mais tout était déjà en place. Les pays s'étaient liés par des traités.

D'un côté, l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie, mieux préparées à la guerre, rejointes plus tard par la Turquie. De l'autre, la France, la Russie, la Grande-Bretagne, la Belgique et la Serbie.

Les États Unis n'entreront en guerre qu'en 1917.


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Les Russes. Pas tous. Une grande part des troupes se battront à l'est.

 

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Les Serbes.

 

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Les Sénégalais, pour la France. 

 

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Les Américains à partir de 1917.


Et tellement d'autres.


On s'attendait à une guerre éclair.

N'avait-on pas dit aux mères, aux fiancées, aux enfants chéris, en larmes sur les quais des gares, que l'on reviendrait vite ? Quelques jours, au pire quelques semaines et tout rentrerait dans l'ordre ?

Hélas ! Face à l'armée allemande moderne, les soldats français sont desservis par leurs uniformes bleus et rouges. Ils vont payer très chers l'incompétence de certains généraux (Le sinistre général Nivelle, Commandant en chef des armées françaises,  surnommé "le boucher", obtus et peu soucieux de la vie des hommes. Bien que limogé après le désastre du Chemin des Dames, où il sacrifia des milliers de soldats, il n'en devint pas moins maréchal !). Très vite, les effectifs sont insuffisants, d'où la mobilisation des troupes coloniales. Les stocks de matériel s'épuisent. Il faut de l'argent ! Les Etats interviennent alors dans les économies.


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Il faut des usines ! Pour cela, les femmes remplaceront les ouvriers au front. Nombreuses sont celles, de tous milieux sociaux, qui s'engagèrent comme infirmières pour soigner les blessés. Vous vous trompez si vous imaginez qu'on leur offrit le droit de vote en remerciement ! Elles devront attendre 1945 !

Il faut des matières premières ! L'Europe en manque. Qu'à cela ne tienne ! Les Etats-Unis lui en vendront !

Les combats sont acharnés, les pertes terribles, mais les forces s'équilibrent. Les armées s'enterrent : la guerre des tranchées commence.


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A la pause... un soldat russe joue avec un ourson.

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Dans les tranchées :

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Un fléau en plus de la boue, les rats, la vermine et les poux.  Il s'agit ici, d'une tranchée à l'arrière. A l'avant, les soldats sont sur le qui-vive. Quand ils reçoivent une dose d'alcool, ils savent que l'assaut est imminent...


"Mon lieutenant, dit-il, va falloir prendre des écopes et des pelles. La boue a coulé dans la sape 7. Si on n'dégage pas, les hommes du p'tit poste ne pourront plus passer... Tantôt déjà, ils ont cru y rester. Ils étaient pris jusqu'aux reins, et les Boches leur tiraient dessus; a fallu qu'ils se déséquipent, qu'ils se déshabillent à moitié. Richomme chialait. Gendre lui a foutu des claques." Maurice Genevoix, La Boue, 1921.


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On évalue à vingt millions le nombre de morts pour cette guerre.


" Il y avait toujours une trêve du petit matin, à l'heure où la terre sue sa fumée naturelle. La rosée brillait sur la capote des morts. Le vent de l'aube, léger et vert, s'en allait droit devant lui. Des bêtes d'eau pataugeaient au fond des trous d'obus. Des rats, aux yeux rouges, marchaient doucement le long de la tranchée. On avait enlevé de là-dessus toute la vie, sauf celle des rats et des vers. Il n'y avait plus d'arbres et plus d'herbe, plus de grands sillons, et les coteaux n'étaient que des os de craie, tout décharnés. (...)

Quand l'aube n'était pas encore bien débarrassée, les corbeaux arrivaient à larges coups d'ailes tranquilles. Ils cherchaient le long des pistes et des chemins les gros chevaux renversés. (...)

Là, toutes les corvées de la nuit laissaient des hommes. Ils étaient étendus, le seau de la soupe renversé sur leurs jambes, dans un mortier de sang et de vin. Le pain même qu'ils portaient était crevé des déchirures du fer et des balles, et on voyait sa mie humide et rouge gonflée du jus de l'homme, comme ces bouts de miche qu'on trempe dans le vin, pour se faire bon estomac au temps des moissons."

Jean Giono, Le Grand Troupeau.

 

Nature défigurée, champs ravagés qui seront longtemps impropres aux cultures... Pire ! Qui tueront pendant des années des paysans au labour, des enfants jouant avec des grenades oubliées, enfouies sous les feuilles... Villes en ruines, maisons dévastées parfois par les soldats eux-mêmes.


"L'état-major avait forcé la population civile à partir. Nous couchions dans les lits des propriétaires absents, nous mangions sur leurs tables et leurs nappes, à la lumière de leurs lampes, parfois consommant leurs provisions." écrit Marc Bloch, dans ses Carnets.

" On transportait dans les cagnas, toutes sortes de meubles "empruntés" dans les villages abandonnés. (...) Jetés en tas froissés, presque méconnaissables, chapeaux, robes, vêtements de femme, lettres anciennes jadis cachées sous les piles de linge. Tout ce qui était le secret, la fierté, le bonheur et le luxe des habitants de ces hameaux évacués. On imagine ce qu'y fut le retour", écrit Jacques Meyer.


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A Verdun.

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Malgré tout, il faut garder le moral. Et puis, la dérision, quel meilleur rempart contre l'horreur et l'absurdité ?

" Si tu es tué, je retiens tes bottes, me crie un camarade - Pardon, c'est moi qui les prends." Je reprends : "Une pour chacun, c'est entendu. Vous aurez bien une patte coupée si vous revenez de là ! " écrit encore Jacques Meyer.

 

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La Victoire : Espoir, soulagement...

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... et Amertume.

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  "Qui que tu sois passant, entre et salue bien bas, les restes des héros tombés pour ton salut."

 

Le poète français Louis Aragon, était médecin pendant la guerre. Dans son recueil : "Le Roman Inachevé", il évoque ainsi la Grande Guerre. Avec un réalisme bouleversant, il traduit l'émotion qui l'habite à l'évocation du destin terrible de ces soldats.

   
   

 

"Les ombres se mêlaient et battaient la semelle

Un convoi se formait en gare à Verberie

Les plates-formes se chargeaient d'artillerie

On hissait les chevaux les sacs et les gamelles.

 

On part Dieu sait pour où  Ça tient du mauvais rêve

On glissera le long de la ligne de feu

Quelque part ça commence à n'être plus du jeu

Les bonshommes là-bas attendent la relève.

 

Tu n'en reviendras pas toi qui courait les filles

Jeune homme dont j'ai vu battre le coeur à nu

Quand j'ai déchiré ta chemise et toi non plus

Tu n'en reviendras pas vieux joueur de manille

 

Qu'un obus a coupé par le travers en deux

Pour une fois qu'il avait un jeu du tonnerre

Et toi le tatoué l'ancien Légionnaire

Tu survivras longtemps sans visage et sans yeux.

 

Roule au loin roule train des dernières lueurs

Les soldats assoupis que ta danse secoue

Laissent pencher leur front et fléchissent le cou

Cela sent le tabac la laine la sueur.

 

Comment vous regarder sans voir vos destinées

Fiancés de la terre et promis des douleurs

La veilleuse vous fait de la couleur des pleurs

Vous bougez vaguement vos jambes condamnées.

 

Vous étirez vos bras vous retrouvez le jour

Arrêt brusque et quelqu'un crie  Au jus là-dedans

Vous baillez vous avez une bouche et des dents

Et le caporal chante Au pont de Minaucourt.

 

Déjà la pierre pense où votre nom s'inscrit

Déjà vous n'êtes plus qu'un mot d'or sur nos places

Déjà le souvenir de vos amours s'efface

Déjà vous n'êtes plus que pour avoir péri."


 

Quelques livres :

- Johnny s'en va t-en guerre, de Dalton Trumbo.

- La Chambre des officiers, de Marc Dugain. Sur les Gueules cassées.

- 1914-1919 Nous étions des hommes, du photographe  Jacques Moreau. Éditions de la Martinère.

- Fusillés pour l'exemple 1914-15, du Général André Bach. Sur les "désertions", les tribunaux militaires expéditifs (pas d'avocat pour les malheureux accusés) les exécutions. Éditions Taillandier.

- A l'Ouest rien de nouveau, d'Erich Maria Remarque. La guerre vue par un jeune soldat Allemand. Aussi terrible et désespérant.

- Les écrivains Roland Dorgelès, Henri Barbusse, Maurice Genevoix, ceux que j'oublie et tous les historiens que je ne peux citer.

Pour en savoir plus : d'innombrables sites et blogs sont riches d'informations sur ce sujet qui ne cesse de nous interpeller.

Merci de votre attention.

 

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Published by morvane - dans Histoire
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commentaires

duteil eric 30/08/2013 16:02


Bonjour , je travaille actuellement sur la quetion de la santé durant la grande guerre, je souhaiterais savoir savoir si pouvez m'adresser par retour la reproduction de la carte postale des
poilus chassnt les poux ( naturellemnt l'indiquation de la provenance sera stipulé)


cordialement


eric duteil


referent culturel du groupe hospitalier du havre

Martine Gilbert 02/02/2013 13:33


J'ai été littéralement charmée par les voyages littéraires,
cinématographiques et artistiques que proposent vos textes et vos illustrations, tissant, à la faveur de résonances secrètes, les heures palimpsestes de la mémoire et de l'instant. Présent
toujours nouveau, jaillissant dans une perpétuelle modernité. Souvenirs, précieux et dérisoires, comme est tragiquement dérisoire et infiniment précieuse, cette feuille d'automne endormie qui,
dans votre poème, se métamorphose en lettre d'alphabet, belle image de nos terres d'enfance et des saisons intimes de notre cœur. Histoires d'enfance dans une maison familiale, images
douloureuses et criantes de l'Age d'Homme, vies emportées ou glorifiées par le mouvement de l'Histoire. Emotion tremblée des paroles de Louis Aragon: "Tu n'en reviendras pas, toi qui courais les
filles, jeune homme dont j'ai vu ...". Les cartes postales de la Grande Guerre, les sommets enneigés éclaboussés de lumière, la douceur cuivrée des paysages d'automne, l'azur du Parc de la
Méditerranée ont été pour moi autant d'invitations à Regarder. Tandis que je parcourais votre blog, j'entendais, en écho, les paroles de la chanson Ma
France, et la voix profonde et chaude de Jean Ferrat. Il m'a été très agréable de retrouver, à vous lire, les richesses signifiantes d'une culture littéraire et artistique et cette façon si
pleine de regarder le monde, en prenant attention au symbolisme des images et des mots. Au bonheur de vous lire à nouveau.


Martine Gilbert

Geneviève 26/11/2012 09:25


Etant née 4 ans après la fin de la Grande guerre, j'en ai beaucoup entendu parler dans mon enfance, par mon père et par ma mère qui était lorraine...Comme je le disais dans mon article de blog,
j'ai visité les champs de bataille...Cette guerre meurtrière, on ne peut pas l'oublier....à moins qu'on ne supprime l'étude de l'Histoire dans les classes supérieures comme il en est vaguement
question ? Et pourtant...il serait bon que les jeunes connaissent notre passé...
Je reviendrai "relire" votre article...J'aime relire plusieurs fois livres et articles...je découvre toujours quelque chose de nouveau !


Bel article. Merci.

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  • : Une vraie dilettante ! Tout m'intéresse : les Lettres, les Arts, l'Histoire, les Sciences & les Techniques, les Sociétés & leurs Cultures, la Philosophie...Dilettante, oui, mais pas superficielle ! Car, sitôt qu'un sujet attire mon attention, j'ai envie de l'explorer et d'en savoir le plus. D'où mes recherches. Mais garder ses découvertes pour soi, est vain et égoïste. Aussi, j'aime les partager à travers ce blog. Enfin, j'ai la passion d'écrire. Je suis amoureuse de la langue française et elle me le rend bien par ses innombrables écrivains et poètes.
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