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9 octobre 2013 3 09 /10 /octobre /2013 23:32

 

Etrange personnage que cet homme ordinaire, qui aurait dû, de par ses origines, passer inaperçu, anonyme, comme la plupart d’entre-nous, et qui s’est propulsé de ses propres forces sur le devant de la scène, allant même jusqu’à impressionner les plus célèbres artistes, comme Pablo Picasso, Max Ernst, Jean Tinguely, Niki de Saint Phalle, le poète André Breton et bien d’autres !

F.Cheval 01 

1836 : Naissance dans une petite commune voisine de Hauterives (Drôme), dans une famille de paysans pauvres. Il fréquente peu l’école, car les ressources de la famille sont insuffisantes. Il doit donc travailler avec son père. Sa vie paraît toute tracée.

Il a 19 ans à la mort de son père. Il se marie bientôt et devient artisan-boulanger. Il s’installe en ville pour six ans. A son retour, il perd sa femme, se remarie et devient facteur à 31 ans. Il occupera ce modeste poste de fonctionnaire pendant 25 ans.

1867, l’année où sa vie va changer, sa personnalité se forger. Une deuxième naissance, non ?

1879, c'est décidé, il commence le chantier de son Palais.

1896, il prend sa retraite.

1924, il meurt à 88 ans.

1969, le Palais Idéal est classé Monument Historique, par André Malraux, alors Ministre de la Culture. Il est considéré comme le seul exemple en architecture d’art naïf.

Le Palais est visité depuis, par des milliers de personnes venues du monde entier, chaque année.

 

 F.Cheval 02

 

 

Tout en parcourant les trente-deux kilomètres à pied quotidiens, portant la lourde sacoche de cuir, remplie de lettres et de revues, il observe la nature. On l’imagine aisément, tête baissée, regardant où il marche, fouillant du regard les ornières, les talus et relevant la tête de temps en temps, pour s’imprégner du panorama sans cesse renouvelé.

Un jour,

 « Mon pied avait accroché une pierre qui failli me faire tomber : j’ai voulu savoir ce que c’était. C’était une pierre d’achoppement d’une forme si bizarre que je l’ai mise dans ma poche pour l’admirer à mon aise. Le lendemain, je suis repassé au même endroit, j’en ai encore retrouvé de plus belles. Je me suis dit : Puisque la nature veut faire la sculpture, je ferai la maçonnerie et l’architecture. »

 

F.Cheval 03 Le Palais Idéal. 

De temps en temps, d’autres trésors, cette fois culturels, voisinent avec les lettres. Des revues ! Ferdinand va les lire, avidement, avant de les confier aux abonnés. Bienheureux abonnés, dirions-nous, bien inspirés aussi! Ils ne savaient pas que leur curiosité du monde serait décuplée chez leur bienaimé facteur !

Ferdinand dévore tout le savoir qui s’offre à lui et dont il a été privé dans sa jeunesse.

F.Cheval 06  Ici, il représente SOCRATE.

En cette fin de XIXème siècle, le monde change tellement ! La science lui paraît inépuisable, tant elle explique l’inconnu d’hier. La Révolution industrielle transforme les campagnes et les villes. Parfois, elle fait mal : au nord de la France, des coups de grisou tuent les mineurs… Le monde ne s’arrête plus au village. Là-bas, en Afrique, en Asie, des explorateurs européens se hasardent et racontent la vie des peuples, les mœurs et coutumes curieuses, décrivent les pays, les fleuves gigantesques, les animaux dangereux. Les civilisations s’offrent à l’étude. Ferdinand est fasciné. La concurrence des religions, les luttes fratricides le navrent. Elles influeront sur sa propre vision du monde, sa propre philosophie.

 

F.Cheval 05  Célébration de la SAGESSE.  

Mais surtout, les idées n’ont plus de frontières. Elles ne sont plus réservées à une élite sociale et instruite. La preuve ! Il les reçoit comme un Graal, religieusement. Elles lui viennent en désordre : il fera tout pour en chercher l’unité.

F.Cheval 09  Son idéal : la FRATERNITE.

Alors, il rêve, Ferdinand, tout en ramassant ses cailloux. Il rêve de trouver le fil qui reliera les hommes entre eux, les civilisations entre elles, les religions, les hommes célèbres, l’Orient et l’Occident… Il rêve de la sagesse pour tous et la force qu’il puise dans ses rêves, lui donne le courage, jour après jour, de réaliser son immense projet : construire un Palais idéal, témoignage de sa vie.

F.Cheval 12 

Lui qui n’a jamais lu le philosophe Jean-Paul Sartre, illustre parfaitement l’idée maîtresse de l’existentialisme : « L’homme n’est rien d’autre que ce qu’il se fait ». En effet, pour Sartre, l’homme n’est d’abord rien. Il est seulement  « ce qui se jette vers un avenir». L’homme est donc un projet. Mais que vaut un projet s’il n’est pas réalisé ? Sartre démontre que l’homme sera ce qu’il a projeté d’être, à la condition de le réaliser. En d’autres termes, ce n’est pas parce que je rêve d’être un grand artiste que je le suis, mais c’est parce que je réalise des œuvres que je « me » fais artiste. Ainsi Sartre définit la totale liberté et responsabilité de l’homme. « Il sera tel qu’il se sera fait ».   

 F.Cheval 04

 

Ferdinand Cheval, réfléchissant sur l’origine de ses pensées avait écrit dans ses cahiers :

« Que faire en marchant perpétuellement dans le même décor, à moins que l’on ne songe ? Pour distraire mes pensées, je construisais en rêve, un palais féerique. »

 F.Cheval 11

Il est clair qu'en décidant de consacrer 33 ans d’efforts à faire d’un rêve fou, une réalité, Ferdinand Cheval est tout à fait conforme à l’homme sartrien. Il aurait pu n’« être » qu’un paysan, un boulanger, un facteur, non que ce ne soit pas honorable bien sûr, mais lui a eu une autre idée de sa vie et il s’en est donné les moyens.

Il nous dit, par son œuvre gigantesque, originale – lui, seul représentant dans le monde de l’Art Naïf en architecture,

Moi, homme modeste, moi qu’« un génie a sorti de son obscurité », j’ai fait de ma vie un destin !        

 F.Cheval-10.JPG

 

En complément :  

«Qu’est-ce que le Palais Idéal ? C’est le seul exemple en architecture d’art naïf. L’art naïf est un phénomène banal, connu de tous, mais qui n’a pas d’architecture… En un temps ou l’art naïf est devenu une réalité considérable, il serait enfantin de ne pas classer, quand c’est nous, Français, qui avons cette chance de la posséder, la seule architecture naïve du monde, et attendre qu’elle se détruise». André Malraux.

 

« Nous entendons par Art Brut des ouvrages exécutés par des personnes indemnes de culture artistique (…) Nous y assistons à l’opération artistique toute pure, brute, réinventée dans l’entier de toutes ses phases par son auteur, à partir seulement de ses propres impulsions et de son désir de créer». Jean Dubuffet.

 

Livre de Jean Paul Sartre cité plus haut : il s’agit de « L’Existentialisme est un humanisme ». Il n’est pas inutile aux jeunes, à mon avis, et aux moins jeunes d’ailleurs, de lire ou relire ce petit ouvrage philosophique d’une centaine de pages, si riche d'enseignement.

 Merci de votre attention.

Si vous avez envie d'en savoir plus, le Net regorge de sites intéressants.

Quant à la visite, elle est vivement recommandée !

 

 

 

 

 

 

 

 

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commentaires

Gabray 03/11/2013 22:06


Voila un article très intéressant 


Quelle imagination créatrice !


Cordiales amitiés & à +

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  • : Une vraie dilettante ! Tout m'intéresse : les Lettres, les Arts, l'Histoire, les Sciences & les Techniques, les Sociétés & leurs Cultures, la Philosophie...Dilettante, oui, mais pas superficielle ! Car, sitôt qu'un sujet attire mon attention, j'ai envie de l'explorer et d'en savoir le plus. D'où mes recherches. Mais garder ses découvertes pour soi, est vain et égoïste. Aussi, j'aime les partager à travers ce blog. Enfin, j'ai la passion d'écrire. Je suis amoureuse de la langue française et elle me le rend bien par ses innombrables écrivains et poètes.
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