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19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 15:29

 

Adaptation de la pièce de l'écrivain espagnol Juan Mayorga, "Le Garçon du dernier rang", le dernier film de François Ozon, sorti le 10 octobre 2012, a obtenu 2 prix et 11 nominations.


Dans-la-maison-affiche

Fabrice Lucchini y tient le rôle du professeur, Germain, Kristin Scott Thomas le rôle de son épouse Jeanne et Ernst Umhauer, celui de l'élève doué.


Un lycéen de seize ans, Claude, s'immisce dans la famille d'un élève de sa classe, soigneusement choisi pour sa normalité, après avoir gagné sa confiance. Claude fait de ses observations le sujet de ses rédactions qu'il termine par "à suivre..." Son professeur de Lettres, Germain, est fasciné par cet élève doué qui sort du lot et lui redonne goût à l'enseignement. Mais il se prend au jeu, malgré les mises en garde de sa femme, et déclenche des événements incontrôlables.

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Claude, observateur de la famille "Rapha": Raphaël, le père, Esther, la mère et Raphaël, le fils.

 

François Ozon confie avoir trouvé dans la pièce de Juan Mayorga un moyen de "parler indirectement de son travail, du cinéma, d'où vient l'inspiration, etc."

Il a donc transposé le travail du cinéaste à celui de l'écrivain. Il est vrai qu'il y a, dans l'un comme dans l'autre, le désir de création, la fascination du réel et de l'imaginaire, la maîtrise des techniques, le besoin de reconnaissance du public... L'écrivain est justement celui qui "rentre" dans les maisons, les chambres, les esprits, les coeurs, les secrets des personnages. Il affiche un point de vue généralement omniscient. Il voit tout, devine leurs pensées, leurs désirs.

Mais où trouve-t-il la matière de ses personnages, sinon dans l'humanité  elle-même ?

Soit à travers les autres, par l'observation et même le voyeurisme (un des thèmes du film, dont le cinéaste dit lui-même qu'il est de plus en plus fréquent dans nos sociétés : presse people, déballages médiatiques de vies privées, etc.).

Soit en lui-même, l'écriture étant cette activité magique où la main, guidée par l'esprit et l'inconscient trace le portrait de ce qu'il est fondamentalement et qu'il ignorait.

Ainsi, l'écrivain cherche à comprendre les autres, du moins à se persuader qu'il peut les connaître, et s'aventure en même temps dans la connaissance de soi.

Or, François Ozon a choisi un professeur de Lettres, déçu de l'abîme qui se creuse de plus en plus entre sa propre passion, la littérature, qu'il tente de faire partager à des élèves, dont il s'éloigne irréversiblement d'année en année. (Ils sont toujours adolescents et lui devient de plus en plus vieux!). Eux ont d'autres préoccupations.

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Un des entretiens après le cours entre Claude et son professeur.


Mais les professeurs de Lettres n'entrent pas dans les maisons de leurs élèves, ni dans l'intimité de leurs familles. Ils ne peuvent sentir, comme l'écrit Claude, "l'odeur si singulière des femmes de la classe moyenne"! Ils ne peuvent devenir cet enfant/ado que l'on accueille sans méfiance chez soi, avec la bienveillance des parents pour les copains de classe de leurs enfants.

Et M. Germain, qui connaît parfaitement les techniques de l'écriture, la conception des personnages, leur psychologie, les enjeux et la logique des situations... n'a pas su aller plus loin, c'est-à-dire devenir écrivain. (Il a écrit un livre autrefois, sans succès.) Il échange peu avec ses collègues . Sa femme, qui craint de perdre son travail de galériste et par conséquent recherche désespérément la nouveauté en art, est son auditrice unique. Elle le met néanmoins en garde contre la dangerosité de cet élève et les risques trop grands qu'il lui fait prendre.


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Jeanne trouve que Claude est un "type dangereux".


Que peut faire le professeur qui n'a pas réussi à être écrivain, face à ce jeune élève manipulateur, intelligent et doué de l'audace qu'il n'a pas eue, celle-là qui justement fait les artistes ?

Fascination du maître pour l'élève.

En face, nécessité pour l'élève, de s'approprier le savoir du maître,qui lui manque. Aussi, le relance-t-il sans cesse, jouant sur l'incapacité de son professeur à renoncer à aller jusqu'au bout. Le "bout" se trouvant dans les mains de Claude, qui ponctue chaque devoir par un irrésistible "à suivre..." Germain, tel un enfant qui a bravé l'interdit et comprend qu'il ne peut plus revenir en arrière,  esclave de son désir irrépressible, sait qu'il faut boire le calice jusqu'à la lie ! Risquer le tout pour le tout !  

Germain risque donc sa carrière, sa femme et lui-même...

Il se retrouve dans la situation du héros de Balzac, le Colonel Chabert, excepté qu'il n'est ni abattu, ni désespéré, lui ! Au contraire ! Claude n'abandonne pas son maître. Il vient le solliciter. Cette fois, Germain ne risque plus rien. Il est libre. Il résiste un peu pour la forme, mais il sait bien qu'il peut désormais donner libre cours à sa ... folie !

En conclusion, un excellent film qui se termine par un dernier plan savoureux et plein de promesses !

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commentaires

Christine Bedenne 21/11/2012 18:32


Bonjour Morvane


Oui c'est un trés bon film, qui vous tient en halleine jusqu'au bout.

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  • : Une vraie dilettante ! Tout m'intéresse : les Lettres, les Arts, l'Histoire, les Sciences & les Techniques, les Sociétés & leurs Cultures, la Philosophie...Dilettante, oui, mais pas superficielle ! Car, sitôt qu'un sujet attire mon attention, j'ai envie de l'explorer et d'en savoir le plus. D'où mes recherches. Mais garder ses découvertes pour soi, est vain et égoïste. Aussi, j'aime les partager à travers ce blog. Enfin, j'ai la passion d'écrire. Je suis amoureuse de la langue française et elle me le rend bien par ses innombrables écrivains et poètes.
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