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27 septembre 2013 5 27 /09 /septembre /2013 22:32
   
Des rochers poussés à grands efforts devant l’entrée des grottes protectrices, aux cercles de feux attisés autour des campements de savane, nos lointains ancêtres,  ont construit par nécessité vitale des murs. Parfois avec l’aide de la nature, dans l’habitat troglodyte, parfois sans elle ou même contre elle, dès lors qu’il fallait s’en protéger. Ils ont ainsi bâti des abris, endigué des cours d’eau, accroché aux montagnes d’inaccessibles (presque) forteresses pour se protéger, d’inviolables cachots pour punir…  
Murs de pierres, de briques, de bois, de torchis ou tout à la fois, pour se mettre à l’abri des forces naturelles, mais aussi pour réfléchir, s’instruire, penser.
 
Rembrandt.-Philosophe-en-Meditation.jpg
Que nous suggère, entre autres interprétations possibles, le tableau de REMBRANDT appelé « Le Philosophe en méditation » ? –Qu’il faut pour réfléchir, étudier, écrire, méditer, se mettre à l’abri du monde extérieur, pour ne pas se laisser distraire par son agitation. Conception qui sera dénoncée plus tard par les philosophes dits « engagés », comme ce qualificatif l’indique, justement, concernés par le monde et les hommes. Notons que pour penser, le philosophe a besoin de l’ouvrier ou du domestique pour entretenir son feu ! Cela reste valable aujourd’hui et justifie une certaine division du travail.
 
Murs de verre, murs d’acier,
Salins-les-Bains-1.JPG
 Salins-les-Bains-2.JPG

Le casino de Salins-les-Bains (Jura) met ses murs de verre à l’abri du soleil derrière cet auvent de feuilles métalliques qui laissent passer la lumière.

Mais aussi murs d’eau, de glace, murs végétaux,

Murs austères, suscitant l’effroi, des forteresses et des prisons.

Italie-Exilles.JPG

Ici, le fort d’Exiles, dans le nord de l’Italie, en réponse sûrement aux constructions militaires stratégiques de Vauban, de l’autre côté de la frontière.

Tarascon-sur-Rhone-Chateau-.jpg

Là, des graffiti sur un mur du château de Tarascon sur Rhône, qui servit de prison pendant quelques siècles, après avoir connu une période fastueuse, du temps du Roi René, Comte de Provence.

 

Murs élégants des beaux quartiers :

Nice-1.JPG  Mairie de Nice et…

Nice-2.JPG ...Place Garibaldi, au printemps.

 

Murs obstacles qu’il faut franchir pour atteindre le lieu convoité, Murs protecteurs à défendre absolument sous peine d’y perdre la vie, quelquefois, selon le côté où l'on se place et selon les circonstances. En effet, contrairement à la porte, il n’est destiné à s’ouvrir que parcimonieusement.

Ainsi les anciens remparts des villes, ouverts de portes impressionnantes et sérieusement gardées, dont la finalité fut de contrôler les allées et venues des populations, mais aussi (c’est une raison non des moindres) à percevoir des taxes, ou droit de passage au profit des seigneurs ou des villes elles-mêmes, quand elles en avaient obtenu le droit.

Arles.JPG

Anciens remparts de la ville d’Arles magnifiquement ancrés dans la roche naturelle.

 

Monpazier.JPG

Une des portes de la bastide de Monpazier.

A côté des murs visibles, d’autres ne se voient pas et n’en sont pas moins présents et parfois plus impressionnants et tragiques. Ce sont les murs de l’esprit, parmi lesquels, nous trouvons tous les interdits d’origine morale, religieuse, mais également sociaux : les valeurs ne sont pas les mêmes pour tous les hommes – il n’est qu’à regarder le statut des femmes dans le monde, leur accès à l’instruction, leurs droits. Le conformisme, la bonne conscience, les préjugés, etc. L’intolérance, l’esclavage économique ou psychologique, la standardisation des individus  et des esprits qui tue l’originalité et la créativité…

Je termine cette exploration, sommaire par nécessité, en laissant la parole à la littérature, par goût, mais aussi pour donner corps et vie humaine à ces constructions matérielles :

Dans son roman, La Peste, Albert CAMUS met en scène les drames suscités par la ville mise en quarantaine, pour des raisons sanitaires, et se plait à observer les réactions de ses personnages. Il dresse le portrait de différents caractères et au cours des situations, en montre l’évolution, tout en nous faisant partager les valeurs humanistes auxquelles il était attaché. Le roman prend une réelle valeur symbolique extrêmement riche. C’est ce qui en fait une œuvre universelle.

« Ainsi, la première chose que la peste apporta à nos concitoyens fut l’exil. (…) Il venait toujours un moment où nous nous apercevions clairement que les trains n’arrivaient pas. Nous savions alors que notre séparation était destinée à durer et que nous devions essayer de nous arranger avec le temps. Dès lors, nous réintégrions en somme notre condition de prisonniers, nous étions réduits à notre passé, et si même quelques-uns d’entre nous avaient la tentation de vivre dans l’avenir, ils y renonçaient rapidement, autant du moins qu’il leur était possible, en éprouvant les blessures que finalement l’imagination inflige à ceux qui lui font confiance. » (p.60)

Salins-les-Bains-3.JPGPour le plaisir, cet enchevètrement de murs de pierres, de bois, de fer, dans le Musée du Sel de Salins (Jura)    

             

Pour construire un mur, il faut d’abord en délimiter les contours, creuser une tranchée pour asseoir les fondations, l’aplanir. Pas question que le mur glisse de son propre poids si le terrain est en pente ou que l’eau passe dessous ! Il faut arracher les racines qui se trouvent sur le chemin, extraire les pierres récalcitrantes à la barre à mine…

« Il leur fallu neuf jours pour venir à bout des préliminaires. Puis ils commencèrent le mur lui-même, et soudain leur univers bascula de nouveau. Comme Nashe et Pozzi s’en aperçurent, soulever un bloc de trente kilos était une chose, mais une fois qu’on avait soulevé ce bloc, c’en était une tout autre de soulever un deuxième bloc de trente kilos, et une tout autre encore de s’attaquer à un troisième après avoir soulevé le deuxième. (…) C’était ainsi. Chaque fois qu’ils travaillaient au mur, Nashe et Pozzi butaient contre le même infernal casse-tête : les pierres étaient toutes identiques, et pourtant chacune pesait plus lourd que la précédente. » (p.136)

Telle est la sinistre situation dans laquelle se trouvent deux joueurs de poker, Jim Nashe, le plus âgé, un ancien pompier abandonné par sa femme, qui a décidé après un héritage inattendu, de confier sa vie au hasard, en partant à l’aveuglette à travers les Etats-Unis,

« Nashe n’avait aucun projet particulier. Tout au plus envisageait-il  de se laisser flotter pendant un certain temps, de voyager d’un endroit à l’autre et de voir ce qui arriverait. » ;

et Jack Pozzi, jeune joueur de poker rencontré au bord de la route.

« Quand Nashe le vit se retourner, il comprit aussitôt que cet homme avait des ennuis. (…) Ses vêtements étaient déchirés, son visage couvert de bleus et d’ecchymoses et, à la façon dont il se tenait là tandis que la voiture approchait, il paraissait à peine savoir où il était. » (p.25).

Pozzi gagne sa vie en jouant aux cartes, mais cette vie n’est pas exempte de risques. Néanmoins, il est persuadé qu’il va un jour gagner gros. Justement, il a entendu parler de deux milliardaires fous dont il ne fera qu’une bouchée ! Nash est fasciné par le jeune homme et décide de le suivre. Mais la partie tourne mal, Nashe y perd tout ce qui lui restait, même sa voiture. C’est alors que les gagnants leur proposent de rembourser leurs dettes en construisant un mur. Ils acceptent le marché – en ont-ils le choix ?- alors commence pour eux une longue descente aux enfers, au bagne pourrait-on dire, car ils deviennent esclaves et l’espoir d’en finir s’efface au fil des semaines.

Tel est le magnifique roman de l’écrivain américain Paul AUSTER: La Musique du hasard. On pense au mythe de Sisyphe, condamné à hisser sur la montagne un rocher énorme qui redescend chaque soir, bien qu’ici, le mur ne se détruit pas, mais les personnages se démènent dans un piège inextricable orchestré par d’inhumaines créatures. Le mur, c’est la condition humaine tragique, irréversible où, malgré tout, l’héroïsme des personnages, leur humanité forcenée réside dans leur lucidité, leur courage, leur volonté de s’en sortir et par là, de dominer leur destin inéluctable.

Les deux romans cités sont publiés en Livre de Poche.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 

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commentaires

nicolerey81 30/09/2013 13:36


bel article photographjque et litteraire


je reviendrai pour relire tranquillement ces textes


merci pour cet enrichissement


amitiés


nicole81

ellerium 30/09/2013 09:37


Quel bel article, bravo ! et merci pour ta visite

Julian 28/09/2013 18:50


Superbe article : j'aime!


Cordiales amitiés  

Julian 28/09/2013 18:47


Un plaisir de découvrir ton article sur le thème des murs !


J'ai passé un bon moment...


Cordiales amitiés et bon w e

Gabray 28/09/2013 17:22


J'adore ton article sur les murs !


Tu nous offres un superbe festival : ancien, moderne, couleur, variété, ...


Un vrai régal pour nos yeux curieux de découvertes nouvelles !


Merci pour ton aimable participation à notre R D V 


Cordiales amitiés & à +   

melbeausiteweb 28/09/2013 08:50


Bravo pour la mise en scène du sujet du mois "Nature & patrimoine" sur les murs. L'article & les belles photos qui accompagnent l'ensemble en font une réussite !  Bonne journée

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  • : Une vraie dilettante ! Tout m'intéresse : les Lettres, les Arts, l'Histoire, les Sciences & les Techniques, les Sociétés & leurs Cultures, la Philosophie...Dilettante, oui, mais pas superficielle ! Car, sitôt qu'un sujet attire mon attention, j'ai envie de l'explorer et d'en savoir le plus. D'où mes recherches. Mais garder ses découvertes pour soi, est vain et égoïste. Aussi, j'aime les partager à travers ce blog. Enfin, j'ai la passion d'écrire. Je suis amoureuse de la langue française et elle me le rend bien par ses innombrables écrivains et poètes.
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