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17 novembre 2016 4 17 /11 /novembre /2016 16:42
Automne en Lorraine le cœur serré : Cent ans après la « DER des DER ».

Plus j’avance dans mes contacts avec les souvenirs, mes lectures et recherches, mes découvertes  inespérées de traces de cette Grande Guerre, abandonnées dans de vieux albums de famille…

Plus je foule les sentiers des régions martyrisées, où subsistent encore des constructions méconnaissables, abris effondrés de canons, aujourd’hui en pleine forêt, des forts de Lorraine aux « creutes » de Picardie…

Plus j’interroge les monuments aux morts du Mémorial de Notre-Dame-de-Lorette jusqu’aux entonnoirs des Eparges…

Plus je côtoie de personnes comme moi, Français, Belges, Anglais, Allemands et d’autres, silencieuses et troublées devant l’inconcevable, à la recherche d’un ancêtre, parfois totalement inconnu ou même … disparu, pulvérisé, rayé de l’humanité, comme s’ils n’étaient jamais nés d’une mère et d’un père, et dont le nom n’est écrit nulle part - Ils dorment encore, entremêlés les uns aux autres avec parfois leurs chevaux également disloqués, leurs gamelles, ouvre-boîte, couteaux, rasoirs tordus,  chapelets, encriers, pipes, dominos, harmonicas, etc. enfouis sous des mètres de terre, certains debout et tout habillés, d’autres nus, agrippés à leur fusil, comme à la Tranchée des baïonnettes…

Plus j’ai mal au genre humain.

Automne en Lorraine le cœur serré : Cent ans après la « DER des DER ».

 

Néanmoins, si l’on a encore quelque espoir en l’avenir, il ne faut pas oublier ces millions de morts que l’on aurait pu éviter, si les décideurs de l’époque avaient eu plus de clairvoyance, plus de souci des peuples, au lieu de faire passer d’abord leurs intérêts égoïstes – je pense à leur carrière pour des politiques, à leur gloire pour des militaires, à l’outrecuidance des Etats à puiser dans la main d’œuvre de leurs colonies pour ensuite leur refuser des droits pourtant chèrement payés. 

Automne en Lorraine le cœur serré : Cent ans après la « DER des DER ».

Que nous reste-t-il sinon un devoir de mémoire ?  Mais, se souvenir ne veut pas dire ruminer le passé tragique, ni culpabiliser les générations suivantes qui, elles, ne peuvent en aucune manière être tenues pour responsables. La réconciliation et le pardon sont indispensables. Français & Allemands l’ont bien compris. Car certains, depuis pas mal d’années du reste, tentent  (et réussissent parfois) à faire peser sur les jeunes générations les fautes des générations précédentes. Ainsi, ceux qui naissent aujourd'hui, seraient responsables du colonialisme, de l’antisémitisme, du nazisme, du stalinisme, etc. comme s’il s’agissait d’une sorte de « péché originel ». 

Gardons leur le droit à l’innocence. Tâchons surtout de bien les instruire !  Leur apprendre à connaître le passé, à exercer leur esprit critique, à se tenir sur leurs gardes et garder toujours en tête les valeurs philosophiques et morales auxquelles ils ont adhéré, pour être capable de reconnaître les signes avant-coureurs de tragédie, quels qu’ils soient et d’où qu’ils viennent. Voilà, me semble-t-il, la nécessaire discipline afin d’œuvrer pour la paix.  Je ne dis là rien de nouveau, puisque après la IIème Guerre mondiale, la France et l'Allemagne ont réussi enfin à se réconcilier.  

Cette année, j’ai arpenté une partie des sites, musées et monuments de la Grande Guerre, depuis Ypres, en Belgique, jusqu’à Meaux. Je n’ai pas trouvé malheureusement de trace de mon grand-oncle « Mort pour la France » et disparu. Mais je ne renonce pas. J’ai fait quelques milliers de photos que je n’ai pas encore pu traiter. Aussi, pour apporter ma modeste pierre au souvenir, je vous propose de retourner en Lorraine, découvrir les entonnoirs de Leintrey et l’abri voisin du Kronprinz.

Voir les entonnoirs, c’est constater l’effet de l’explosion de mines. Grace à un schéma que j’ai photographié aux Eparges, auprès du Mémorial qui rend hommage aux soldats du Génie, on pourra se représenter le comment. 

Les entonnoirs ainsi nommés à cause de leur forme, sont des cratères dont le diamètre varie selon la charge d'explosifs, je présume, de 50 à 60 mètres et la profondeur de 15 à 20 mètres.

Cette forme d'opération a résulté de la guerre de tranchées où les armées face à face, mais à l'abri, finissaient par se neutraliser. Pour réussir à forcer les positions ennemies, la guerre est devenue souterraine. 

Le 10 juillet 1916, l'artillerie allemande avait pilonné les positions françaises toute la journée. A 22h30, d'intenses bombardements secouent la région, précédant une gigantesque explosion. Le bruit, la nuit, la poussière empêchent les communications de passer. Nos soldats encore en vie ne comprennent pas ce qu'il leur arrive. Il faudra attendre le jour pour voir le désastre. La tranchée de première ligne a disparu. Les pertes sont énormes. 

Schéma extrait de "La guerre de 1914-1918". Editions Fleurus. Réalisation RICHardCOMmunication Verdun.

Schéma extrait de "La guerre de 1914-1918". Editions Fleurus. Réalisation RICHardCOMmunication Verdun.

Le schéma représente la réalité des combats :

  • Au sol, un paysage ravagé : plus d'arbres, plus d'herbe et des corps abandonnés faute de pouvoir aller les chercher, opération trop périlleuse, par conséquent impossible sous le feu des mitrailleuses.
  • Au sous-sol, les positions allemandes, avec la tranchée de première ligne d'où les soldats s'élanceront à l'attaque quand l'ordre leur sera donné. Derrière, la deuxième ligne prête à intervenir, elle aussi, le moment venu. Enfin une salle de repos, de réunion pour les officiers qui reçoivent les informations et les ordres.
  • Plus bas, les soldats français creusent une sape. C'était un travail pénible, très dangereux à cause des effondrements possibles et délicat car il faut s'orienter au bruit des ennemis, souvent à l'intuition et surtout sans bruit pour ne pas être découvert.
Ici, malgré les souffrances, les soldats n'ont pas perdu le sens de l'humanité.

Ici, malgré les souffrances, les soldats n'ont pas perdu le sens de l'humanité.

La taille des entonnoirs, l'absence de végétation et les pluies des saisons hivernales ont constitué de véritables pièges. Malheur au soldat qui y tomberait ! La paroi glissante de boue empêchait de remonter. Au fond, l'eau mêlée à la terre argileuse vous aspirait littéralement.

J'ai rapporté dans un de mes premiers articles, le douloureux récit d'un soldat qui  voyant un camarade complètement enlisé, voulut l'aider à s'en sortir en le tirant avec son fusil. Malheureusement, après de vains efforts, il dut se résoudre à l'abandonner, sentant qu'il allait lui-même y laisser la vie.

Aujourd'hui, la nature a repris ses droits. Les arbres sont centenaires, l'herbe a poussé et cache à nos yeux les boyaux et tranchées de la guerre.

L'été indien ne résorbe pas toujours l'eau de pluie. Il est bien difficile de rendre compte de la profondeur des entonnoirs.
L'été indien ne résorbe pas toujours l'eau de pluie. Il est bien difficile de rendre compte de la profondeur des entonnoirs.
L'été indien ne résorbe pas toujours l'eau de pluie. Il est bien difficile de rendre compte de la profondeur des entonnoirs.

L'été indien ne résorbe pas toujours l'eau de pluie. Il est bien difficile de rendre compte de la profondeur des entonnoirs.

Voilà donc ce qui reste des malheureux hommes qui furent enfouis ici. Tous voulaient vivre. Tous aimaient leur patrie. Nous leur sommes pour toujours redevable de leur sacrifice qui nous rendit l'intégralité de notre pays. 

"Le 10 juillet 1916, une compagnie du 162 ème régiment d'infanterie a disparu dans l'explosion des mines qui ont ouvert ces entonnoirs"
"Le 10 juillet 1916, une compagnie du 162 ème régiment d'infanterie a disparu dans l'explosion des mines qui ont ouvert ces entonnoirs"

"Le 10 juillet 1916, une compagnie du 162 ème régiment d'infanterie a disparu dans l'explosion des mines qui ont ouvert ces entonnoirs"

Pour finir, je voudrais citer l'écrivain Georges Duhamel qui fut brancardier pendant la guerre et à ce titre côtoya quotidiennement la souffrance et la mort. Il écrivit pendant l'hiver de 1917 à 1918, dans son livre "La Possession du Monde", une réflexion qui allait bien au-delà du vécu proprement dit de la guerre.

Quelle que puisse être l'issue définitive de la guerre, elle marque et marquera une période de profond désespoir pour l'humanité. Si grand que soit l'orgueil de la victoire, si généreuse que se montre celle-ci, sous quelque jour qu'on nous en présente les conséquences lointaines, nous n'en vivons pas moins dans une époque flétrie, sur une terre dévastée pour longtemps, au sein d'une société décimée, ruinée, accablée de blessures.
Entre tous nos sujets de déception, s'il en est un qui nous demeure pénible, c'est l'espèce de faillite dont voici convaincue notre civilisation.

Georges Duhamel : La Possession du Monde (chap.X)

Merci de votre fidèle attention. Je vous donne rendez-vous dans quelques jours pour vous montrer ce qui reste de l'abri du Kronprinz.

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