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6 novembre 2015 5 06 /11 /novembre /2015 06:00
Près du village de Domjevin, sur la C7, une invitation à se souvenir.
Près du village de Domjevin, sur la C7, une invitation à se souvenir.

« Pour haïr l’idée même de la guerre, il devrait suffire de voir une seule fois ce que j’ai vu tant de fois, durant toutes ces années, des hommes, certains presque encore des enfants, amenés aux ambulances de l’avant dans un mélange de boue et de sang. Beaucoup mouraient de leurs blessures et beaucoup d’autres en guérissaient, mais lentement, emprisonnés dans la douleur et la souffrance, des mois durant. »

Ainsi écrit dans son autobiographie Marie CURIE qui, dès la première heure a mis son savoir au service des chirurgiens, médecins, personnel médical débordés, désemparés, et par voie de conséquence aux soldats blessés. Malgré les lenteurs, la méfiance, voire l’opposition des autorités militaires, elle parvient à imposer la radiologie, si précieuse pour opérer les blessés touchés par les éclats d’obus.

Propos rapportés par Marie-Noëlle HIMBERT dans son livre publié chez Actes Sud :

Marie CURIE,

Portrait d’une femme engagée.

1914-1918.

Après avoir lu des quantités de témoignages de soldats, questionné à travers les souvenirs mes Anciens qui avaient eu la chance de revenir, pour autant qu'ils aient parlé eux-mêmes à leurs enfants, après m'être interrogée sur toutes ces femmes qui, à des degrés divers, apportèrent leur contribution à cette guerre - dans les hôpitaux, dans les usines et les champs, dans les écoles, partout où les hommes avaient dû abandonner leurs postes, et même comme "marraines " de guerre pour soutenir le moral des soldats - et que les politiques remercièrent en leur refusant le droit de vote, j'ai découvert l'engagement de Marie CURIE, dont je parlerai plus amplement une prochaine fois, son opiniâtreté à refuser l'innommable. Puis, le dévouement du Docteur Louis MAUFRAIS qui exerça son métier au front, dans les pires conditions et dont le témoignage est capital pour que les soldats morts ne soient pas

" qu'un mot d'or sur une place ",

comme l'a écrit le poète Louis ARAGON, qui fut aussi médecin pendant cette guerre.

Domjevin aujourd'hui. Le village fut au coeur de terribles combats. Il en reste l'hôpital, mais aussi l'abri du Kronprinz que je vous montrerai prochainement.

Domjevin aujourd'hui. Le village fut au coeur de terribles combats. Il en reste l'hôpital, mais aussi l'abri du Kronprinz que je vous montrerai prochainement.

La nature a repris ses droits, comme on dit, aussi la rencontre de cette "forteresse" est surprenante dans un paysage aussi tranquille.
La nature a repris ses droits, comme on dit, aussi la rencontre de cette "forteresse" est surprenante dans un paysage aussi tranquille.

« Il n’y a pas un quart d’heure qu’on nous a recommandé de nous mettre à l’abri qu’on vient m’avertir que l’adjudant infirmier a été blessé au carrefour de la route. Accouru sur place avec un brancardier, je trouve l’homme avec qui j’ai discuté le matin même, en train de se tordre de douleur sur le bas-côté de la route.

- Je viens d’être touché au ventre par un shrapnell, je suis foutu.

Le malheureux est livide, il fait grand pitié. Très vite, je vois un petit trou dans le flanc, pas loin de la hanche. Il a dû causer pas mal de dégâts à l’intérieur. Je ne peux que lui faire une piqûre de morphine. Vingt minutes plus tard, il sera rendu à La Harazée et, de là, il est transporté en voiture jusqu’à Sainte-Menehould. Hélas, rien à faire ; il mourra le soir même.

L’événement me laisse découragé jusqu’à la fin de la journée. Je viens de découvrir brutalement toute la bêtise et la cruauté de la guerre. »

Louis Maufrais

NB : Les obus à shrapnell éclataient en l’air en projetant sous eux des balles de plomb ou des billes métalliques très meurtrières. Il y avait aussi des explosifs qui n’explosaient qu’en touchant le sol, mais dont les éclats étaient tout aussi meurtriers.

L'entrée.
L'entrée.

Redonnons la parole à Louis MAUFRAIS, qui décrit "le poste de secours de Marie-Thérèse" :

« Ce poste de secours n’a rien d’un palace. Il est creusé à moitié dans la rocher. L’autre moitié, en avancée sur le boyau, est recouverte de rondins et d’un mélange de terre, de toile de tente et de gazon qui laisse passer l’eau. Les gens du 151e, cependant, ont pris la précaution de bien balayer leurs petites saletés avant notre arrivée. Mes bonshommes se précipitent pour accrocher leurs bidons, leurs musettes, etc., aux porte-manteaux constitués de baïonnettes enfoncées dans le mur jusqu’à la garde. Deux baïonnettes placées l’une à côté de l’autre et réunis par une planchette forment une étagère. Au fond une petite table de bois.

Le poste de secours est divisé en deux parties. L’une où l’on peut s’asseoir le jour et s’allonger la nuit, et l’autre destinée aux pansements pour les blessés. Les camarades du 151e, décidément bien élevés, nous ont laissé deux bougies allumées. L’une est fixée dans le goulot d’une bouteille, et l’autre dans une espèce de spirale en fil de fer accrochée au plafond. Elles dispensent peu de lumière, mais énormément de taches de cire. Les infirmiers habités à ce genre d’installation, mettent en moins de deux leur matériel à l’abri de la pluie, dans la partie étanche du fond, où sont entreposées des piles de pansements et des fioles. Après avoir aménagé, nous prenons un petit repas… »

L'Hôpital" de Domjevin est composé de galeries qui devaient s'enfoncer loin sous la colline, si l'on en juge par la solidité des murs et la trace des portes coulissantes.
L'Hôpital" de Domjevin est composé de galeries qui devaient s'enfoncer loin sous la colline, si l'on en juge par la solidité des murs et la trace des portes coulissantes.

Un an plus tard, au Mort-Homme, où le docteur Maufrais et son équipe sont envoyés. Il raconte :

« … nous commençons l’ascension, conduits par un agent de liaison. Je dis bien ascension, car il y a soixante-quinze mètres de dénivelé. A mi-chemin, pause de dix minutes et nous remettons ça. Enfin nous apercevons une petite tache noire un peu plus nette que les autres – l’entrée du poste de secours. Elle est précédée d’un petit boyau si peu creusé qu’il faut se mettre à quatre pattes pour être à l’abri. Sur le seuil, je vois Hurel (…)

  • Je t’attendais, me crie-t-il…
  • C’est ça le poste ?
  • De gros rondins calés avec des sacs de terre…. Un 77 pourrait l’ébouler. Là-dessus, mon vieux copain, je te souhaite bonne chance. »
Les galeries s'entrecroisent comme le transept d'une église.
Les galeries s'entrecroisent comme le transept d'une église.

Au front, la plupart du temps, l’exercice de la médecine s’est effectué « sur le tas », les postes de secours étant très sommaires, étroits, et plus destinés à des blessures légères. Les blessés les plus graves étaient envoyés à l’arrière dans les infirmeries ou hôpitaux plus ou moins improvisés. Les soignants n’étaient pas mieux lotis que les combattants comme le raconte le docteur Maufrais lors d’un combat acharné au Mort-Homme. Il avait déjà au cours de l’année précédente vécu l’angoisse créée par les coups sourds entendus la nuit et qui révélaient le creusement d’une galerie sous leur tranchée. Car la guerre a été aussi souterraine, c’était la guerre des mines, sujet que j’aborderai plus tard dans le détail avec le cas LEINTREY et celui de VAUQUOIS.

Je laisse encore la parole posthume à Louis Maufrais :

« Une explosion formidable nous réveille. Le poste de secours sursaute. Nous avons reçu un coup dans les reins qui nous meurtrit de partout. Immédiatement des blocs de terre tombent tout autour de nous. »
La cadence des bombardements allemands est telle que les blessés affluent et les soignants sont rapidement débordés.
« On ne sait plus où les mettre, ces malheureux. Nos trois abris sont rapidement remplis et la pente est très raide. Il faut caler la pente avec des pierres pour qu’ils ne roulent pas. C’est abominable. Et tout cela au milieu de la poussière et de la fumée. »

J'étais médecin dans les tranchées. Louis Maufrais.

Vingt et une heure. Autre explosion.

« Une demi-heure après, un obus énorme explose derrière nous et envoie des blocs de terre contre notre porte. Un infirmier est plaqué contre la paroi avec trois côtes enfoncées. Notre abri est presque entièrement bouché… »

Louis Maufrais. (idem)

La partie visitée est relativement petite. On voit que les galeries ont été bouchées, sans doute pour des raisons de sécurité car le site est en accès libre.
La partie visitée est relativement petite. On voit que les galeries ont été bouchées, sans doute pour des raisons de sécurité car le site est en accès libre.

Le lendemain, les conséquences des bombardements révèlent la perte de la moitié de la 1e compagnie. Sous l’éboulement des tranchées, une douzaine d’hommes ont été enfouis sous deux mètres de terre. Mais ce n’est pas fini. Les bombardements reprennent et le pilonnage rend les hommes fous, inconscients, cassés. En plus, ils sont couverts de poussière.

Il y eu de grandes différences dans le traitement des blessés, selon qu’ils étaient soignés sur place, c’est-à-dire avec les moyens du bord (avec le manque de médicaments, de pansements, de personnel, sans compter les lenteurs administratives – Marie Curie, par exemple, s’est souvent mise hors la loi pour sauver des vies, après avoir tout tenté pour mettre la radiologie au service des chirurgien.), ou dans les hôpitaux de l’arrière, selon qu’ils avaient affaire à des soignants civils ou militaires…

Au cours de l’été 1915, la Chambre des députés s’est réunie à huis clos pour débattre d’un rapport qui lui avait été adressé, au sujet du sort des blessés :

« Nul n’ignore que depuis le début des hostilités nos malheureux soldats sont morts par milliers faute de soins immédiats, les uns d’hémorragie, les autres de plaies viscérales, le plus grand nombre d’accidents infectieux. Pour ceux qui ont survécu et dont plusieurs centaines de milliers resteront infirmes, l’examen impartial des faits démontre que plus de 50% des amputations et des infirmités auraient pu être évitées. »

Marie Curie, de Marie-Noëlle Himbert (Actes Sud)

POUR HAÏR L’IDEE MEME DE LA GUERRE…VOYAGE AU COEUR DE LA GRANDE GUERRE.

On comprend mieux les lenteurs et l’immobilisme des mentalités du ministère des Armées de l’époque, quand on apprend que ces débats resteront secrets jusqu’en 1929.

POUR HAÏR L’IDEE MEME DE LA GUERRE…VOYAGE AU COEUR DE LA GRANDE GUERRE.

Je quitte l'Hôpital enfoui sous la terre, comme les soldats malchanceux et souvent sacrifiés "pour rien", "pour l'exemple" parfois. Ils ont néanmoins remporté la victoire, avec une abnégation surprenante. C'est grâce à leur sacrifice consenti - j'insiste sur ce mot, car tous disent vouloir aller jusqu'au bout de leur devoir si nécessaire. Nous leur devons notre liberté. Le moins que nous puissions faire est de leur en être reconnaissants.

Merci, chers lecteurs et lectrices pour votre attention fidèle et encourageante.

Je vous conseille ces deux livres qui ne vous décevront pas et je remercie leurs auteurs pour leur travail infiniment plus important que le mien et qui m'ont tant apporté.

Le 07 novembre, j'ai la désagréable surprise de constater que toutes mes photos ont disparu de cet article, sauf une, pour des raisons que j'ignore. Je vous prie de m'excuser de ce désagrément et souhaite que la publication se passe normalement, cette fois-ci.

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Published by morvane - dans Histoire
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