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17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 03:16

Deuxième partie.

En route vers la Lorraine, je traverse la Franche-Comté, cherche et trouve le site du château de Mahaut d’Artois, au village de La Châtelaine, près de la ville d’Arbois, célèbre par son vin et l’illustre inventeur du vaccin contre la rage : Louis Pasteur, qui y vit le jour.

En soirée, je suis à Besançon, capitale de Franche-Comté. Belle ville ! Animée. Restaurée avec goût. Le Doubs ceinture le cœur ancien que domine la citadelle construite par Vauban, au XVIIe siècle. Le tramway, nouvellement en service, longe le Doubs. J’y consacre une journée de visite et me promet d’y revenir. J’en reparlerai.

Le lendemain, avant de partir, un dernier tour, du côté du pont Battant. Et « », au coin d’une rue, comme une petite porte – terrifiante d’injustice et d’irréversibilité - par laquelle, je vais entrer dans ma Grande Guerre.

Sur les traces des Poilus en Lorraine : Du Grand Couronné à Lunéville par Léomont & Friscati-Mouton noir

Besançon.

Ils s’étaient peut-être seulement « perdus » dans le désordre des combats et du brouillard… Pourtant tous, même ceux qui avaient totalement perdu la raison, furent traités comme déserteurs.

Voilà ce que dit l’officier allemand Ernst Jünger, jeune officier valeureux et entièrement dévoué à son pays, dans son livre : « Orages d’acier », où il rend compte de son expérience de la guerre. Livre dérangeant, douloureux à lire, pour nous Français mais aussi pour nos alliés – tout comme je suppose les témoignages de nos officiers et soldats, pour les Allemands. Il se trouve ici dans la région de Guillemont.

« Dès la sortie du village, notre guide remarqua qu'il s'était égaré. Nous fûmes contraints de faire demi-tour, sous un tir violent de shrapnells. (...) Nous dûmes souvent nous arrêter, et aux pires endroits, quand le guide avait perdu la direction. (...)
Voilà pourtant que la première et la troisième section, tout d'un coup avaient disparu. En avant! Les troupes s'empilèrent dans un chemin creux où les obus pleuvaient dru. Planquez-vous! Une odeur d'une écœurante importunité nous apprit que ce passage avait déjà fait de nombreuses victimes. Nous courûmes, talonnés par la mort, et parvînmes ainsi à un second chemin creux , qui cachait l'abri du chef des troupes au combat, puis nous nous perdîmes et fîmes demi-tour dans une bousculade douloureuse de soldats énervés. (...) Le guide finit par retrouver sa route, grâce au repère que constituait un tas de cadavres.

Ernst Jünger : Orages d'acier. Livre de Poche. p.128

Certes, on comprend qu’à la guerre, on ne s’appartient plus, l’individu s’efface au profit de la patrie. Et même si l’on doute des compétences de certains officiers, on doit faire son devoir. Il est néanmoins vrai que les exécutions d’innocents avec simulacres de procès, ont privé l’armée d’hommes, comme si le prix du sang au combat n’était pas suffisant...

Sur les traces des Poilus en Lorraine : Du Grand Couronné à Lunéville par Léomont & Friscati-Mouton noir

Je monte vers le nord-est et je découvre qu’à leur manière, des quantités de villes de toutes tailles ont diversement rendu hommage aux soldats de la Grande Guerre.

Dans les Vosges, au Musée de l’Image d’Épinal, on pouvait voir les petites maquettes à découper à l’usage des enfants, images très édulcorées, certes, ainsi qu’un petit film sur des enfants parisiens jouant à la guerre, en toute innocence. Dans un prochain article, je vous présenterai le célèbre musée qui vaut assurément une visite.

Celle-ci représente les activités des soldats. Une vision bien angélique !

A Nancy, j’acquiers une carte IGN de la Grande Guerre. Document on ne peut plus précieux, car il est précis, même très détaillé, et donne des itinéraires à parcourir à pieds ou en voiture.

Je constate immédiatement que j’ai négligé à tort la région de Lunéville. Je vais donc passer quelques jours à Nancy, puis je suivrai le circuit proposé sur la carte : gagner Vitrimont par la D400, autrement dit traverser une terrible zone de combat pendant l’été 14. J’irai en particulier sur la colline du Léomont, où la campagne est si paisible aujourd’hui, au point qu’on peine à imaginer la guerre, sans l’œil averti capable de distinguer de-ci, de-là, des trous d’obus sous les verts pâturages. Je ne manquerai pas la nécropole de Friscati-Mouton noir, un hôpital militaire à Domjevin, les entonnoirs de Leintrey et l’abri du Kronprinz perdu dans les bois.

Sur les traces des Poilus en Lorraine : Du Grand Couronné à Lunéville par Léomont & Friscati-Mouton noir

Au Musée lorrain, un guide explique la bataille du Grand Couronné, où le général de Castelnau remporta une victoire chèrement payée, mais qui permit de sauver Nancy, ville convoitée par Guillaume II, de stopper l’offensive ennemie et de limiter leur pression sur la Marne, où les combats faisaient rage.

La ville de Nancy était restée française, en 1871. En effet, après la défaite de Napoléon III qui avait échoué devant les ambitions hégémoniques de la Prusse, la France avait perdu l’Alsace, les villes de Strasbourg, Metz, le Haut Rhin (sauf le territoire de Belfort), le Bas Rhin, une partie de la Moselle, de la Meurthe et une petite partie des Vosges. Ces territoires devinrent allemands. La France fut également obligée de payer une indemnité de 5 milliards de francs-or. Telles étaient les clauses du Traité de Francfort, le 10 mai 1871. Il faut imaginer que nos ennemis de longue date, étaient aux portes de cette ville (15 km) et qu’aucune frontière naturelle ne protégeait vraiment ces territoires et surtout la capitale, Paris, objet de convoitise pour l’empire allemand. Le roi de Prusse ne s’était-il pas fait couronner empereur le 18 juin 1971, au palais de Versailles ?

Sur les traces des Poilus en Lorraine : Du Grand Couronné à Lunéville par Léomont & Friscati-Mouton noir

Il s’agissait pour l’armée française de protéger Nancy qui l’était peu, à vrai dire. GUILLAUME II, sûr de sa domination, en matériel de guerre moderne, en hommes bien formés et galvanisés par la jeune unité allemande riche des 25 États qui composent l’Empire, pensait venir à bout rapidement des Français et se voyait déjà parader sur la place Stanislas. C’était sans compter sur l’intelligence, la clairvoyance et la parfaite connaissance du terrain du général de CASTELNAU et sur l’immense patriotisme des soldats venus de toute la France et de son empire colonial qui, malgré les énormes souffrances qu’ils devaient endurer, comme l’attestent les nombreux témoignages que nous possédons, acceptèrent de donner leur vie pour « faire leur devoir ».

 

 

La bataille allait mettre en présence :

- la VIe armée allemande, commandée par le prince RUPPRECHT de BAVIERE, fils de GUILLAUME II, et

- la IIe armée française, commandée par le général Edouard de CASTELNAU.

Sur les traces des Poilus en Lorraine : Du Grand Couronné à Lunéville par Léomont & Friscati-Mouton noir

Guillaume II

Sur les traces des Poilus en Lorraine : Du Grand Couronné à Lunéville par Léomont & Friscati-Mouton noir

Edouard de Castelnau

Composée de 100 régiments, elle avait reçu les corps d'armée de toute la France. Trois trains par heure arrivaient à la gare de Nancy. Pour se représenter l'ampleur de la mobilisation, il faut savoir qu'un train amenait un bataillon, de mille hommes, accompagnés du matériel nécessaire : armes, munitions, chevaux, charrettes, nourriture, etc.

Une fois arrivés, les soldats se déplaçaient à pieds, lestés de 30 à 40 kilos, d'où une source non négligeable d'épuisement. Il arrivait souvent qu'ils n'aient ni le temps de manger, ni de dormir, quand un ordre d'attaque arrivait précipitamment.

Il fallait une organisation exceptionnelle à cette armée, car s'ajoutaient aux mouvements l'évacuation de villages entiers. L'intendance devait également acheter de quoi nourrir ces centaines de milliers d'hommes.

Sur les traces des Poilus en Lorraine : Du Grand Couronné à Lunéville par Léomont & Friscati-Mouton noir

Extrait de la carte I.G.N. de la Grande Guerre.

Les combats acharnés se déroulèrent du 14 août 1914 au 19 septembre, le long d'une ligne qui va de Sainte-Geneviève à Friscati-Mouton noir. Mouton-noir, du nom de la ferme qui se trouvait là. L'empereur Guillaume II avait tenu à superviser lui-même l'engagement de ses troupes.

Dans un premier temps, les troupes françaises ont gagné du terrain. Néanmoins, la bataille était rude, elle coûtait très cher en hommes et le général de Castelnau prescrit au général Foch de ne plus avancer pour renforcer ses positions. Celui-ci prétendit ne pas avoir reçu l'ordre et attaqua le 20.

Malheureusement, les Allemands avaient acheminé des troupes fraiches et des canons de gros calibres. Ils lancèrent une puissante contre-attaque.

Si le XXe corps d'armée a résisté, le XVe céda. Le général de Castelnau décida de le faire reculer, pour ne pas le perdre, ainsi que le XVIe. Le XXe corps, "fer de lance de l'attaque", dut tenir coûte que coûte, afin que la retraite se passe dans le bon ordre, indispensable pour ramener armes, équipements et hommes. Ce fut l’échec de Morhange.

« Le 18, le corps d'armée tout entier, avance par le feu terrible d'une artillerie supérieure, tandis que, franchissant le canal de Salines au nord, débouchent de grandes forces d'infanterie.
Toutefois, durant deux jours, nous allons tenir fermement. On tente même de réagir et de progresser. Le 19, le régiment s'aventure à Rohrbach qu'il occupe malgré l'attitude inamicale de la population. Le soir de ce jour, il doit être relevé par le 15°. Mais dès le lendemain, la situation exige qu'il reste en action, et, à découvert, attaque de nouveau dans la direction de l'est, sur le canal des Houillères. Dans le même temps, au nord, quelques groupes parviennent à passer le canal des Salines, sous le feu des masses ennemies, et poussent avec une magnifique témérité jusque devant Cutting. Des mitrailleuses tapies sur la rive opposée de ces canaux, fauchent nos premiers éléments dès leur sortie des bois et les clouent sur place.
Ce soir même, l'ordre arrive, pour toute la division, de se replier sur Maizières et Moussey. La frontière, franchie avec tant d'ardeur est repassée le 21. Sous une torride chaleur, la retraite continue. La protection de notre artillerie est efficace: chaque unité du régiment se porte sur les emplacements et cantonnements assignés, par Réchicourt et Lunéville, sur Rehainvillier. Le colonel atteint ce dernier village le 22 à 3 heures du matin. »

Ex-caporal du 81e R.I. G. Boissy

Sur les traces des Poilus en Lorraine : Du Grand Couronné à Lunéville par Léomont & Friscati-Mouton noir

Les pertes furent considérables. Certaines unités avaient perdu le tiers de leurs effectifs. Beaucoup d'officiers moururent, dont le fils du général de Casternau. Le XVe corps dut se retirer sans combattre, la ville de Lunéville fut perdue. Seul, le XXe s’était maintenu sur les hauteurs du Grand Couronné.

Les Allemands, surpris néanmoins de la résistance française, décidèrent de descendre vers le sud pour prendre l'armée à revers. De Castelnau le pressentit, accorda une journée de repos et envoya l'ordre d'attaquer à outrance l'armée allemande, qui de fait s’était fragilisée sur son flanc droit.

Pendant une semaine, sous les obus, les mitrailleuses, l'artillerie, au cours de corps à corps sanglants, dans la région de Deuxville, Léomont, Vitrimont, Friscati, les combats particulièrement meurtriers laisseront 50 000 morts sur ces collines, aujourd'hui si paisibles.

Quelques croix le long du chemin qui conduit au monument de la colline du Léomont. Français et Allemands, identifiés ou inconnus, ils sont très nombreux à reposer encore sous cette terre.
Quelques croix le long du chemin qui conduit au monument de la colline du Léomont. Français et Allemands, identifiés ou inconnus, ils sont très nombreux à reposer encore sous cette terre.
Quelques croix le long du chemin qui conduit au monument de la colline du Léomont. Français et Allemands, identifiés ou inconnus, ils sont très nombreux à reposer encore sous cette terre.

Quelques croix le long du chemin qui conduit au monument de la colline du Léomont. Français et Allemands, identifiés ou inconnus, ils sont très nombreux à reposer encore sous cette terre.

Sur les traces des Poilus en Lorraine : Du Grand Couronné à Lunéville par Léomont & Friscati-Mouton noir

Ce fut l'enfer. On peut se demander pourquoi? Puisque rien n'était gagné, puisqu'on reprenait tout juste ce qui avait été perdu la veille. Et pourtant, les soldats français ont contenu leurs ennemis, les ont empêchés d'aller renforcer les leurs sur la Marne et de gagner Paris.

Explication de la bataille en français, anglais et allemand, affichée sur le site.

Explication de la bataille en français, anglais et allemand, affichée sur le site.

Nancy : Place Stanislas
Nancy : Place Stanislas

Le 12 septembre, les Allemands se retirent.

Guillaume II ne paradera pas, comme il l'avait promis à son épouse, sur la magnifique place Stanislas de Nancy.

Quant à la ville de Nancy que les habitants avaient refusé d'évacuer, pour soutenir le moral des soldats, elle leur réservera un triomphe.

La suite, demain.

Merci de votre attention.

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Published by morvane - dans Histoire
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