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16 juillet 2014 3 16 /07 /juillet /2014 21:01


« Comme toujours, je dois beaucoup à bien des auteurs », écrit Pierre LEMAITRE, dans ce quatrième roman. Une façon de rendre hommage à ses prédécesseurs qui l’ont inspiré à divers titres et qu’il a contribué à faire connaître et surtout apprécier, du temps où il enseignait la littérature.

« Nous avons l’art pour ne pas désespérer » disait MALRAUX. Il est vrai que l’Art, tout comme la Littérature, accompagnent très heureusement beaucoup de leurs adeptes, sans quoi la vie manquerait réellement de consistance et de rêve, j’ai envie de dire de transcendance.

 

Alors, l’obstination, la froideur, la détermination qu’il y a dans le personnage principal Alex n’est pas sans rappeler Lisbeth Salander, l’héroïne de Stieg LARSON (Millenium).

De même le commandant Camille Verhoeven qui résout l’enquête, tout en se débattant dans ses propres problèmes, n’est pas sans rappeler les enquêteurs des romans scandinaves. Et ses problèmes sont de taille, puisqu’il se dessine en Sisyphe, condamné à remonter à perpétuité, un énorme rocher qui redescend aussitôt de la montagne. Par contre, sa mère était un peintre célèbre et lui, a besoin de dessiner pour penser.

 

Un enlèvement ! C'est une attraction, un peu comme un spectacle. Il manque la vedette principale, mais ça ne gène pas, rien que le décor c'est déjà magique.

ALEX, page 47. Livre de Poche

 

Un anonyme promeneur de chien, rue Falguière, à Paris, est témoin de la scène qu’il rapporte à la police. Témoin capital, puisque unique, quoique discret. Sans lui, pas d’histoire. Il s’est trouvé juste là au bon moment, et comme il sort son chien à une heure précise, déterminée par le programme de la télévision, pas de doute sur l’heure. L’auteur de l’enlèvement ? Un type balèze. La victime ? Une femme, plutôt jeune. Une camionnette blanche, d’artisan. La femme se débattait, l’homme l’a tabassée. C'est peu, c'est vague. Il faudra s'en contenter.

ALEX, un polar sulfureux de Pierre Lemaitre

 

Pendant que l’enquête peine à démarrer, Camille Verhoeven, qui a perdu sa femme dans les mêmes circonstances, doit gérer ses fortes émotions. Mais cela oriente positivement, on le verra, sa façon de procéder et ses conflits avec sa hiérarchie, plus incline à se satisfaire du premier coupable venu, par peur des rumeurs.

Camille, lui, leur tient tête et choisit de sauver la jeune femme. Pour ce faire, il cherche à l'imaginer et il la dessine comme pour lui donner corps et âme.

« En jean, cheveux courts, un sac en bandoulière. Non. Autre dessin, la voici en jupe droite, forte poitrine, il raye, agacé. »

 

Puis il se tourne vers le ravisseur, essaie de pénétrer son mental. Les ravisseurs sont la plupart du temps organisés. Ils planifient l’acte, mettent toutes les chances de leur côté :

« Les premières heures sont cruciales, les chances de vie diminuent rapidement. C’est encombrant, un otage, on a vite envie de s’en débarrasser. »

Au bout du compte, bien qu’il ait tenté de refuser cette enquête-là, elle lui a servi de thérapie, à la fois vis-à-vis de sa femme assassinée et de sa mère à qui il doit son infirmité.

La victime, elle, essaie désespérément de comprendre ce qui lui arrive. Pourquoi moi? Elle ne connait pas son agresseur. "Je vais te regarder crever, sale pute" seront ses derniers mots, jusqu'à ce que la police l'identifie et lui tende un piège. Mais, au moment d'être arrêté, il se suicide.

Malgré tout, l’enquête progresse par la découverte du domicile du ravisseur chez qui les enquêteurs retrouvent des photos de la victime en tragique posture…

 

ALEX, un polar sulfureux de Pierre Lemaitre

 

Quand enfin, ils arrivent à découvrir le lieu où se trouve la jeune femme, dans un grand bâtiment désaffecté, une friche industrielle, du côté de Clichy, à peu près comme celle-ci, elle a disparu !

Pour les enquêteurs, heureusement pas pour nous, lecteurs !

Coup de théâtre, une fois remise, elle se montre sous les traits d’une impitoyable tueuse en série…

Nouveau coup de théâtre : elle se suicide ! À la fin de la IIe partie.

Panique des lecteurs constatant qu’il leur reste un bon quart du livre à lire ! Le ravisseur sadique est mort. L’héroïne aussi, alors ?

Et pourtant l'enquête passionnante continue pendant les 96 dernières pages du roman.

 

Ce qui m’a plu dans ce roman policier, c’est le rythme basé sur l’alternance entre l’enquête, ses personnages à la psychologie complexe, le jeu des apparences : les faits sont là, mais ne dévoilent pas leurs secrets – pire ! Ils peuvent détourner les policiers de la vérité à cause des ressemblances avec l’expérience qu’ils ont de leur métier – le jeu des apparences, donc et l’imagination, la réflexion qui mènent certains (Camille Verhoeven) à échafauder des hypothèses, à essayer de se glisser dans le mental des protagonistes. L’originalité est ici l’usage du dessin comme aide à l’imagination.

 

Ce qui m'a plu, ce sont les mutations des victimes et des meurtriers, qui changent de statuts, devenant tour à tour victimes et/ou meurtriers.

 

Ce qui m’a plu, c’est enfin le trouble dans lequel Pierre Lemaitre jette ses lecteurs qui se précipitent dans chaque piste suggérée, pour aussitôt découvrir que non ! Ce n’est pas la bonne ! Il nous mène par le bout du nez et si le sujet est dur, le voyage n’en est pas moins jubilatoire.

 

Il va sans dire que je vous recommande cette lecture. Pour ma part, j'ai très envie de lire ses autres romans !

 

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Published by morvane
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