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21 février 2014 5 21 /02 /février /2014 17:26

 

Un haut lieu de la Franche-Comté est la cité des Utopies, à savoir la Saline Royale d’Arc et Sénans. Ne soyez pas étonnés que ce rêve, matérialisé par l’architecture remarquable d’un visionnaire du XVIIIe siècle, Nicolas LEDOUX, hante la région au point d’avoir inspiré au pays de l’automobile, les Musées de Belfort et de Montbéliard.

Ceux-ci ont offert tout l’été aux visiteurs, comblés entre plaisirs de la nature et gastronomie, d’abondantes nourritures spirituelles et sensibles, à travers une exposition, qui incarne des réalités et l’âme de cette région : « KM/H. Utopies automobiles et ferroviaires »

Cent ans de représentations de l’imaginaire d’artistes autour du thème. Imaginaire parfois enthousiaste, parfois critique, voire inquiet.

Chemin de fer, automobile. KM/H. Cent ans d'Utopies  en Franche-Comté.

 

Bouger, se déplacer, voyager. Depuis la nuit des temps. Aller chercher sa nourriture, se protéger, explorer de nouveaux territoires…Et pour se faire, inventer les outils pour suppléer à la faiblesse humaine : la roue ! Employer l’animal, sitôt domestiqué : le cheval, en l’occurrence. On s’en sert même, au Moyen Age, comme instrument de mesure : une demi-journée de traversée à cheval sert à délimiter le plus petit fief possible, au temps de la féodalité. L’épopée du cheval incontournable durera quelques siècles, avant que les considérables progrès, dus à la Révolution industrielle du XIXème siècle, n’ouvrent, pas seulement une ère de progrès technique, mais économique, sociale, intellectuelle et artistique.

"Le cheval" de Marcel DUCHAMP-VILLON, 1913 & "Le mécanicien" de Fernand LEGER, 1918."Le cheval" de Marcel DUCHAMP-VILLON, 1913 & "Le mécanicien" de Fernand LEGER, 1918.

"Le cheval" de Marcel DUCHAMP-VILLON, 1913 & "Le mécanicien" de Fernand LEGER, 1918.

 

On remplace l’antique malle-poste, inconfortable, contraignante à cause des changements de chevaux, et le nombre réduit de voyageurs. Le train, c’est autre chose ! Il fascine et il fait peur. Les détracteurs du progrès le font passer pour une invention du diable ! Néanmoins, qu’est-ce qu’il facilite la vie ! Les artistes, pourvoyeurs de rêves, s’en emparent. Les écrivains en font des personnages, comme Emile ZOLA dans « La Bête humaine » qui inspirera plus tard le cinéaste Jean RENOIR.

Chemin de fer, automobile. KM/H. Cent ans d'Utopies  en Franche-Comté.
Chemin de fer, automobile. KM/H. Cent ans d'Utopies  en Franche-Comté.

En 1918, Antoine Auguste DURANDEAU fixe sur la toile une scène inconcevable : «Intérieur de la nef des Jacobins de Toulouse, avec les voitures contenant les tableaux évacués du Louvre ». (Musée du Louvre)

Gundmundur Gudmundsson, dit ERRO : « The cross train », 1977. Collage.

 

Il y a un peu plus d’un an, je vous invitais à rêver avec œuvres d’artistes, inspirés par l’automobile. C’était à l’Hôtel des Arts de Toulon. L’exposition, dont j’ai rendu compte dans mon article 17, s’intitulait : « L’Automobile dans tous ses états ».

 

Aujourd’hui, c’est une autre rencontre d’artistes que je vous propose sur ce thème, grâce aux travaux complémentaires des responsables et acteurs des deux musées de Belfort et Montbéliard. Deux lieux remarquables et bien différents pour cette promenade à travers cent ans d’histoire, où les progrès techniques n’ont cessé d’inspirer les artistes et de faire rêver les hommes.

 

A la Tour 46 de Belfort, Félix AUBLET: "Etudes pour un panneau de la façade du pavillon des chemins de fer"

A la Tour 46 de Belfort, Félix AUBLET: "Etudes pour un panneau de la façade du pavillon des chemins de fer"

A Montbéliard, une partie du château des ducs de Wurtemberg.

A Montbéliard, une partie du château des ducs de Wurtemberg.

Deux lieux très différents. L’un, le Musée de Belfort a présenté dans la Tour 46, un des maillons des impressionnantes fortifications de Vauban, la période de 1913 à 1953. L’autre, dans le Musée du château des ducs de Wurtemberg, au style tout germanique - le Pays de Montbéliard fut une enclave germanique pendant quatre siècles et la ville doit son architecture particulière au règne des ducs de Wurtemberg - nous invite à découvrir la période de 1963 à 2013.

 

Œuvres très différentes aussi, puisqu’elles vont de la peinture, la sculpture, la photographie, le cinéma avec un court métrage de Claude Lelouch sur une folle traversée de Paris en voiture…

Chemin de fer, automobile. KM/H. Cent ans d'Utopies  en Franche-Comté.
Chemin de fer, automobile. KM/H. Cent ans d'Utopies  en Franche-Comté.

 

Côte à côte :

1984. Gérard BAQUIE : « Autrefois, il prenait souvent le train pour travestir son inquiétude en lassitude » (Centre Pompidou, Paris) 

2010. « Algorithme de l’immobilité ». Le peintre roumain, Serban SAVU, traduit une jeunesse solitaire qui cherche à tuer le temps, dans un décor d’abandon. (Musée des Beaux-arts de Dole)

 

« A ce moment, le train passait, dans sa violence d’orage, comme s’il eût tout balayé devant lui. La maison en trembla, enveloppée d’un coup de vent. Ce trains-là, qui allait au Havre, était chargé, car il y avait une fête pour le lendemain dimanche, le lancement d’un navire. Malgré la vitesse, par les vitres éclairées des portières, on avait eu la vision des compartiments pleins, les files de têtes rangées, serrées, chacune avec son profil. Elles se succédaient, disparaissaient. Que de monde ! encore la foule, la foule sans fin, au milieu du roulement des wagons, du sifflement des machines, du tintement du télégraphe, de la sonnerie des cloches ! C’était comme un grand corps, un être géant couché en travers de la terre, la tête à Paris, les vertèbres tout le long de la ligne, les membres s’élargissant avec les embranchements, les pieds et les mains au Havre et dans les autres villes d’arrivée. Et ça passait, ça passait, mécanique, triomphal, allant à l’avenir avec une rectitude mathématique, dans l’ignorance volontaire de ce qu’il restait de l’homme, aux deux bords, caché et toujours vivace, l’éternelle passion et l’éternel crime. »

Emile ZOLA : « La Bête humaine ».

Chemin de fer, automobile. KM/H. Cent ans d'Utopies  en Franche-Comté.

Et pour finir cette première partie, voici un collage sur papier, comme un ciin d'oeil malicieux, de Tomi UNGERER, issue de la "Série Horrible". 1960. (Musée de Strasbourg)

 

***

Deuxième partie dans le prochain article.

***

Merci aux responsables, acteurs, prêteurs des oeuvres et à tous ceux qui ont permis à cette magnifique exposition de nous enchanter et de nous faire découvrir deux belles villes de notre patrimoine !

A mes lecteurs & lectrices : Merci de votre fidélité !

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Published by morvane - dans Arts & Techniques
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