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27 janvier 2017 5 27 /01 /janvier /2017 16:18

Lors de ma découverte des entonnoirs de Leintrey, par un jour d’automne si beau, si paisible dans la campagne lorraine – comment imaginer les terribles combats et la mort partout ? – J’ai eu envie de voir ce qui restait d’un abri du Kronpinz (prince héritier de Guillaume II, commandant des opérations destinées à percer le front sud-est dans le but de prendre à revers le fort stratégique de Verdun pour l’isoler et le maîtriser). 

 

Aujourd’hui, les bois sont retournés à la nature depuis presque cent ans et même entretenus par l’O.N.F. pour le plaisir des chasseurs, des promeneurs et des naturalistes. J’ai commencé par m’y perdre un peu, avant de revenir au village de Domjevin où des habitants m’ont indiqué le bon chemin.

Les bois aujourd'hui.
Les bois aujourd'hui.

Les bois aujourd'hui.

Ayant manqué faute de temps la visite de celui du Kronprinz aux EPARGES, j’étais bien décidée à voir celui-ci.

A quoi pouvait bien ressembler ce lieu prestigieux ? Qu’en restait-il ?

Une question posée par un de mes jeunes lecteurs qui avait un travail à faire sur l’armée allemande pendant la Grande Guerre (Vaste programme, s’il en est !) m’incita à rouvrir l’incontournable ouvrage de Jacques PERICARD par ses comptes rendus et témoignages, « VERDUN 1914-1918 ».

J’y ai trouvé quelques reproductions de photos d’époque que je vous propose ici.

Mais d’abord, qui était le Kronprinz ? Quelle était la personnalité du « prince de la Couronne » ?

 

Fils aîné de Guillaume II, empereur d’Allemagne, il était le prince héritier de la couronne et le commandant de la Vème armée. C’est lui qui dirigea la prise du fort de Vaux qui tomba malgré la résistance héroïque des soldats français commandés par le général Raynal.

Friedrich Wilhelm Victor von Hohenzollern, fervent partisan de la guerre à outrance se plaisait à porter le colback des Hussards, orné d’une tête de mort. Néanmoins, sur le plan personnel, il était un « mondain » frivole, collectionnant les maîtresses et un habile cavalier. Il inspirait peu le respect au point que Français comme Anglais lui attribuaient plusieurs sobriquets. Il devint rapidement un sujet privilégié pour les caricaturistes.

Voici quelques reproductions de vraies photographies :

Le Kronprinz sur le front d'Argonne, en chemin de fer à voie étroite.

Le Kronprinz sur le front d'Argonne, en chemin de fer à voie étroite.

Son quartier général était installé à Charleville, mais il visitait les troupes régulièrement et consultait les chefs de l’état-major dans plusieurs abris comme celui-là. En tant qu’héritier du trône de Prusse et d’Allemagne, destiné à succéder à son père, il a été protégé des dangers mortels des premières lignes. On raconte même qu’il fit creuser une tranchée très profonde et très abritée où il se fit photographier « pour la gloire » !

 

L’armée allemande, mieux préparée, mieux organisée, plus moderne, elle profita et abusa des régions conquises qui furent mises à sac et obligées d’entretenir les soldats. Aux vaincus (Belges, Français) de les nourrir. Les exactions commises par les Allemands furent dénoncées dans les journaux comme L’Illustration, des affiches, des images d’Epinal. Exécutions de civils pour effrayer la population. Les musées regorgent de témoignages.

 

Source : Musée d'YPRES (Belgique) "In Flanders Fields"

Source : Musée d'YPRES (Belgique) "In Flanders Fields"

Source : Musée d'YPRES (Belgique) "In Flanders Fields"

Source : Musée d'YPRES (Belgique) "In Flanders Fields"

Source : Musée d'YPRES (Belgique) "In Flanders Fields"

Source : Musée d'YPRES (Belgique) "In Flanders Fields"

Quant à l’armée allemande, si elle s’illustra dans des combats héroïques, si elle souffrit comme tous les autres soldats, si elle eut des déserteurs, si elle commit de graves exactions sur les populations des territoires occupés, en Belgique et en France, elle avait été galvanisée par une forte propagande, en particulier chez les jeunes qui ne rêvaient que de « Grande Allemagne », de gloire, tous ,au moins au début de la guerre, persuadés de leur supériorité, comme l’écrivit très bien l’officier-écrivain Ernst JUNGER dans son livre de souvenirs.

Nous avions quitté les salles de cours, les bancs de l'école, les établis, et les brèves semaines d'instruction nous avaient fondus en un grand corps brûlant d'enthousiasme. Élevés dans une ère de sécurité, nous avions tous la nostalgie de l'inhabituel, des grands périls. La guerre nous avait donc saisis comme une ivresse. C'est sous une pluie de fleurs que nous étions partis, grisés de roses et de sang. Nul doute que la guerre ne nous offrît la grandeur, la force, la gravité. Elle nous apparaissait comme l'action virile...

Ernst JUNGER : Orages d'acier. p.9. Livre de Poche.

Et ils avaient de quoi, car l’Allemagne industrialisée plus tard que l’Angleterre et la France, n’avait pas pu se constituer un empire colonial et en avait besoin, faute de matières premières en suffisance pour ses industries. Rivale de la France dont elle disputait le protectorat du Maroc, elle s’était donc préparée à la guerre matériellement et psychologiquement, modernisant son armée et persuadant son peuple de la nécessité de prendre « ce qui leur était dû »!

 

Il n’y aurait jamais de guerre sans une intense propagande auprès des peuples, des jeunes comme des vieux, bourgeois comme ouvriers, sans oublier les femmes. Car l’homme est naturellement hédoniste. Il ne rêve que de profiter de la vie ! Peu nombreux sont ceux qui rêvent de gloire militaire ! Toute l’idéologie, à savoir les religions, les idées politiques, la morale, l’éducation, a eu pour seule finalité de convaincre chacun que le devoir suprême est d’obéir jusqu’au sacrifice final.

Quant aux pays envahis, parfois au mépris de leur neutralité, comme le Belgique, il fallait aussi les motiver pour abandonner leurs champs, leurs usines, leurs villes et villages, mais aussi pour financer la guerre, comme nous pouvons le voir par les nombreuses affiches et cartes postales dont nous disposons encore.

Voici ce que l’écrivain allemand Erich-Maria REMARQUE, ardent pacifiste, écrit dans son roman « A l’ouest, rien de nouveau » :

« Kantorek était notre professeur : un petit homme sévère vêtu d’un habit gris à basques, avec une tête de musaraigne. (…) Kantorek, pendant les leçons de gymnastique, nous fit des discours jusqu’à ce que notre classe tout entière, se rendît en rang, sous sa conduite, au bureau de recrutement, pour demander à s’engager. Je le vois encore devant moi, avec ses lunettes qui jetaient des étincelles, tandis qu’il nous regardait et qu’il disait d’une voix pathétique :
- Vous y allez tous, n’est-ce pas, camarades ?
Toutefois, l’un de nous hésitait et ne voulait pas marcher. (…) Mais il finit par se laisser persuader. (…) Peut-être que d’autres encore pensaient tout comme lui ; mais personne ne pouvait facilement s’abstenir, car, en ce temps-là, même père et mère vous jetaient vite à la figure le mot de « lâche ». C’est qu’alors tous ces gens-là n’avaient aucune idée de ce qui allait se passer. A proprement parler, les plus raisonnables, c’étaient les gens simples et pauvres ; dès le début ils considérèrent la guerre comme un malheur, tandis que la bonne bourgeoisie ne se tenait pas de joie (…).

Erich-Maria Remarque : A l'Ouest ... p.15-16.

L’auteur et ses jeunes camarades  ont eu vite fait de comprendre l’abîme qui séparait les valeurs inculquées par le système scolaire, comme l’obéissance aveugle à l’autorité, la notion de sacrifice, de devoir, par des enseignants qui ne faisaient que « parler » et dont le manque de savoir humain, de perspicacité, d’esprit critique leur parut désespérément étranger à la réalité.

 

« Le premier bombardement nous montra notre erreur et fit écrouler la conception des choses qu’ils nous avaient inculquées. (…)
Malgré cela, nous ne devînmes ni émeutiers, ni déserteurs, ni lâches (tous ces mots-là leur venaient si vite à la bouche !), nous aimions notre patrie tout autant qu’eux et lors de chaque attaque, nous allions courageusement de l’avant. (…) Nous nous trouvâmes soudain épouvantablement seuls, - et c’est tout seul qu’il nous fallait nous tirer d’affaire. »

Erich-Maria Remarque : A l'Ouest ... p.17

Malgré tout, chez les Allemands qui s’étaient portés volontaires pour combattre les Français, certains déchantèrent, mirent en doute la finalité de cette guerre de conquête et il y eu des désertions qui donnèrent à l’état-major français, d’importants renseignements. Mais, l’armée française au début était obsolète : elle n’avait pas su anticiper, moderniser son armement, sa stratégie. Chez les officiers d’état-major, luttes d’influencer, mépris des soldats, méthodes encore un brin napoléoniennes avec des costumes inadaptés, très voyants et sans réelle protection. Quant aux politiques, la plupart se sont montrés hésitants, incapables de prendre les bonnes décisions, ils ont laissé le champ libre aux militaires. Les Français ne s’étaient pas préparés à la guerre, les Allemands, oui.

Le plus terrible est de constater que vingt ans après, tout recommencerait.

Voici ce que rapporte Jacques PERICARD d’après de nombreux carnets de route.

« Notre haut commandement se refuse toujours à croire à une attaque sur VERDUN. Cependant, pour ne pas sembler faire fi des avertissements qu’il reçoit, il envoie dans la région, à défaut de renforts, des ordres de réorganisation. (…) Le 9 février, on apprend que le Kronprinz vient chaque jour visiter les travaux de la région de Romagne. »

Jacques PERICARD : Verdun 1914-1918. Chapitre VI, p. 68 & 69.

Puis il ajoute :

« Ainsi donc, il a fallu attendre jusqu’au 9 février pour que nous consentions à admettre une grande offensive en direction de Verdun. Or, le 9 février, tous les préparatifs de notre adversaire sont achevés, la plus formidable machine de guerre que jamais le monde ait connue est à pied d’œuvre. Jamais le génie d’organisation des Allemands ne remporta pareille victoire ; jamais pareille défaite ne fut infligée à notre légèreté, à notre insouciance. »

Jacques PERICARD : Verdun 1914-1918. Chapitre VI, p. 68 & 69

L'abri du Kronprinz, à l'intérieur & ce que l'on voit d'une fenêtre depuis que la nature a réoccupé le terrain.
L'abri du Kronprinz, à l'intérieur & ce que l'on voit d'une fenêtre depuis que la nature a réoccupé le terrain.

L'abri du Kronprinz, à l'intérieur & ce que l'on voit d'une fenêtre depuis que la nature a réoccupé le terrain.

Et Jacques PERICARD de nous inviter à lire un extrait des SOUVENIRS de GUERRE du KRONPRINZ.

« Je fus complètement d’accord avec mon chef d’état-major que nous devions tout tenter pour amener rapidement la chute de Verdun et éviter une bataille de matériel de longue durée qui entraînerait une dépense de forces impossible à évaluer…
« Notre confiance se basait sur l’efficacité écrasante de notre artillerie lourde et très lourde, dont nous avions eu la preuve dans de nombreuses forteresses belges, françaises ou russes, confiance qui, en réalité, n’a pas été complètement justifiée devant Verdun. Si, grâce à des moyens accablants, par surprise, et sous la protection d’une artillerie très supérieure, on parvenait à conduire l’attaque, lancée du nord contre le saillant des côtes dominantes, d’un seul élan jusqu’à l’enlèvement des fortifications qui y sont installées, un tel succès amènerait la prise de la place. »

"Souvenirs de guerre" du Kronprinz, paru chez Payot.

Quelques vues d'abris et de tranchées dans les lignes allemandes, extraites du livre cité précédemment de J. Péricard.

Quelques vues d'abris et de tranchées dans les lignes allemandes, extraites du livre cité précédemment de J. Péricard.

Pour les Allemands, la prise de Verdun était essentielle pour la suite des opérations, le Kronprinz disant lui-même que conquérir « la plus puissante forteresse de France » serait une victoire morale et tactique. Il poursuit :

« La condition première du succès était la surprise. Nous devions terminer nos préparatifs à l’abri des brouillards de ces plateaux marécageux et de ces larges fonds de vallées. ».

Souvenir de guerre du Kronprinz.

Puisqu’un siège régulier, ajoute-t-il, aurait duré des mois, « il fallait , sous le mugissement d’une artillerie très supérieure, et en engageant des forces d’infanterie considérables, en partant du nord, s’enfoncer profondément en coin dans les lignes ennemies, puis les déborder…

Bien entendu, le Kronprinz ajoute que si la surprise était essentielle à la réussite de l’attaque, les Allemands avaient au préalable construits tranchées, abris, établit des réseaux de communications et des places d’armes pour 6000 hommes.

« C’est là que les troupes d’assaut, les troupes de pourvoyeurs, les réserves, devaient à l’abri du feu ennemi, attendre les effets de notre tir de préparation, afin qu’un tir de barrage ne put les empêcher, le moment venu d’atteindre la position de départ. »

Souvenir de guerre du Kronprinz.

Il précise que tous ces travaux devaient être exécutés à l’insu des observateurs terrestres et aériens de l’ennemi.

« On obtint ce résultat que l’ennemi n’eut véritablement aucun soupçon et que c’est, trop tard et à ses dépens, qu’il s’aperçut de nos préparatifs d’attaque. (…) Pendant toute la bataille pour la prise de la forteresse de Verdun, aussi bien en ce qui concerne le tir de l’artillerie que l’action de l’infanterie, il (était) indispensable que l’attaque ne s’arrête jamais, afin que les Français ne trouvent nulle occasion de se rétablir en arrière et de réorganiser leur résistance. (…)
« A la date du 8 février, la mise en place du matériel d’artillerie était terminée dans ses parties essentielles ; elle comportait en gros 160 batteries de gros et très gros calibres et avait nécessité le transport de deux millions et demi de projectiles en 1300 trains de munitions. Grâce à un travail de taupe qui avait duré des semaines, pendant les nuits d’hiver froides et pluvieuses, cette accumulation considérable des moyens d’attaque les plus puissants était restée complètement cachée à l’ennemi. »

Souvenir de guerre du Kronprinz.

Tranchées et abris allemands ainsi qu'un observatoire en forme de Tour Eiffel. L'essor de l'aviation qui donnera des renseignements plus fiables rendra obsolètes ce genre d'observatoire.

Tranchées et abris allemands ainsi qu'un observatoire en forme de Tour Eiffel. L'essor de l'aviation qui donnera des renseignements plus fiables rendra obsolètes ce genre d'observatoire.

Le 11 février, Guillaume II donnait l’ordre d’attaquer en ces termes :

« Sachons tous que la patrie attend de grandes choses de nous. Il faut montrer à nos ennemis que la volonté de vaincre est restée ferme comme l’acier chez les fils de l’Allemagne, et que l’armée allemande, là où elle passe à l’attaque, brise toute résistance. Plein de confiance que chacun à sa place s’y emploiera tout entier, je donne l’ordre d’attaque. Que Dieu soit avec nous. »

 

Les Français avaient fini par apprendre de déserteurs alsaciens (je rappelle que l’Allemagne avait conquis l’Alsace et une partie de la Lorraine en 1870, après la défaite de Napoléon III à Sedan et que les Alsaciens obligés de se battre avec les Allemands risquaient gros à rejoindre les troupes françaises), mais aussi de déserteurs allemands effrayés par la bataille qui se préparaient, et de déserteurs polonais également.

« Un Russe qui s’était rendu au bois des Caures raconta que 3000 prisonniers russes maçonnaient et cimentaient des plates-formes destinées à recevoir des pièces lourdes. », affirme Jacques PERICARD.

Les témoignages pouvaient être des ruses. Ils étaient parfois contradictoires. Il fallait donc s’en méfier. Malheureusement, il était trop tard pour exploiter les bons renseignements, car les armes manquaient pour neutraliser les terribles batteries.

Par ce boyau, l’état-major du Kronprinz a pu faire circuler les ordres et recevoir l'état des combats.
Par ce boyau, l’état-major du Kronprinz a pu faire circuler les ordres et recevoir l'état des combats.

Par ce boyau, l’état-major du Kronprinz a pu faire circuler les ordres et recevoir l'état des combats.

Le mauvais temps qui retarda l’attaque de dix jours, joua en faveur de l'armée française en lui permettant de se réorganiser plus efficacement, par l’arrivée de nouveaux généraux et l’acheminement de renforts d’hommes et d’armes. La bataille de Verdun fut engagée le 21 février. Maîtres sur le terrain, les Allemands ont pris l’avantage pendant plusieurs mois jusqu’au 2 septembre où ils ont dû stopper l’offensive. Les Français reprirent peu à peu, au prix de pertes terribles, les forts et terrains perdus. Le 18 décembre 1916, la bataille de Verdun était terminée.   

Mes sources :
-    Jacques PERICARD : VERDUN 1914-1918. Edition de 1933.
-    Ernst JÜNGER : Orages d’acier. Livre de poche.
-    Erich-Maria REMARQUE : A L’ouest rien de nouveau. Livre de poche.
-    Musée « Dans les champs de Flandre », consacré à la Grande Guerre, ancien Hôtel de ville d’Ypres (IEPER). www.inflandersfields.be
-    Les photographies anciennes viennent toutes du livre de Jacques Péricard « Verdun », édition de 1933.
-    Les photos en couleur ont été prises par moi-même. 

Merci de votre attention.

 

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Published by morvane - dans Histoire
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9 janvier 2017 1 09 /01 /janvier /2017 00:32
La petite place de l'église et la tour carrée

La petite place de l'église et la tour carrée

Dominant la vallée du RHONE, voisin de Villeneuve-Lès-Avignon, admirant sous le soleil d’automne le confluent de trois cours d’eau : le géant Rhône et ses deux affluents la Durance et le Gard, serré dans ses ruelles comme pour se garer du Mistral, voici le joli village des ANGLES, d’où j’ai souhaité, cette année, vous envoyer des vœux de bonne et heureuse année.

L’occupation du site sur lequel se trouve le village médiéval est des plus anciennes puisqu’elle date du néolithique, connut la présence romaine, puis gallo-romaine. C’est au XVe siècle que la population s’y est installée définitivement.

Plus près de nous, de nombreux peintres, la plupart provençaux, charmés par la beauté des lieux y ont séjourné et ont laissé de nombreuses œuvres. Le plus célèbre, de renommée internationale, André DERAIN, y a peint plusieurs tableaux lors de ses passages en Provence. L’amateur d’art peut suivre « le parcours des peintres » en déambulant dans les ruelles étroites, d’où on découvre par les traverses comme des balcons sur la vallée.

L'église gothique date du XVe siècle.
L'église gothique date du XVe siècle.

L'église gothique date du XVe siècle.

Quelques maisons de charme.
Quelques maisons de charme.

Quelques maisons de charme.

Harmonie douce.

Harmonie douce.

Là, une traverse débouche sur un escalier abrupt. Mieux vaut se tenir à une solide rampe, surtout quand le Mistral s'époumone ! On s'arrête pour apercevoir un petit coin du paysage.
Là, une traverse débouche sur un escalier abrupt. Mieux vaut se tenir à une solide rampe, surtout quand le Mistral s'époumone ! On s'arrête pour apercevoir un petit coin du paysage.

Là, une traverse débouche sur un escalier abrupt. Mieux vaut se tenir à une solide rampe, surtout quand le Mistral s'époumone ! On s'arrête pour apercevoir un petit coin du paysage.

La fontaine acrochée à la maison ressemble plus à une pierre à eau, mais quelle beauté rustique !

La fontaine acrochée à la maison ressemble plus à une pierre à eau, mais quelle beauté rustique !

Partout des escaliers prometteurs de découvertes. Ici, l'appareillage des pierres et galets donne au mur un air de chef d'oeuvre.
Partout des escaliers prometteurs de découvertes. Ici, l'appareillage des pierres et galets donne au mur un air de chef d'oeuvre.

Partout des escaliers prometteurs de découvertes. Ici, l'appareillage des pierres et galets donne au mur un air de chef d'oeuvre.

Il n'y a pas que de vieilles pierres ici ! Un original exemple de Yarl Bombing.

Il n'y a pas que de vieilles pierres ici ! Un original exemple de Yarl Bombing.

Du plateau, le village perché s'offre au regard. La montagne bleue que l'on aperçoit au fond est le Lubéron.

Du plateau, le village perché s'offre au regard. La montagne bleue que l'on aperçoit au fond est le Lubéron.

Le paysage est grandiose. On comprend mieux la passion des peintres à cause des couleurs, des volumes, des perspectives. Au loin, on peut voir le pont du TGV qui traverse le Rhône, les Alpilles et deviner là-bas, la Camargue.

Le paysage est grandiose. On comprend mieux la passion des peintres à cause des couleurs, des volumes, des perspectives. Au loin, on peut voir le pont du TGV qui traverse le Rhône, les Alpilles et deviner là-bas, la Camargue.

Meilleurs vœux d’un village médiéval du Gard : LES ANGLES.
Et comme les fins sont toujours tristes, emportons au moins l'image de cette magnifique vigne vierge !

Et comme les fins sont toujours tristes, emportons au moins l'image de cette magnifique vigne vierge !

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17 novembre 2016 4 17 /11 /novembre /2016 16:42
Automne en Lorraine le cœur serré : Cent ans après la « DER des DER ».

Plus j’avance dans mes contacts avec les souvenirs, mes lectures et recherches, mes découvertes  inespérées de traces de cette Grande Guerre, abandonnées dans de vieux albums de famille…

Plus je foule les sentiers des régions martyrisées, où subsistent encore des constructions méconnaissables, abris effondrés de canons, aujourd’hui en pleine forêt, des forts de Lorraine aux « creutes » de Picardie…

Plus j’interroge les monuments aux morts du Mémorial de Notre-Dame-de-Lorette jusqu’aux entonnoirs des Eparges…

Plus je côtoie de personnes comme moi, Français, Belges, Anglais, Allemands et d’autres, silencieuses et troublées devant l’inconcevable, à la recherche d’un ancêtre, parfois totalement inconnu ou même … disparu, pulvérisé, rayé de l’humanité, comme s’ils n’étaient jamais nés d’une mère et d’un père, et dont le nom n’est écrit nulle part - Ils dorment encore, entremêlés les uns aux autres avec parfois leurs chevaux également disloqués, leurs gamelles, ouvre-boîte, couteaux, rasoirs tordus,  chapelets, encriers, pipes, dominos, harmonicas, etc. enfouis sous des mètres de terre, certains debout et tout habillés, d’autres nus, agrippés à leur fusil, comme à la Tranchée des baïonnettes…

Plus j’ai mal au genre humain.

Automne en Lorraine le cœur serré : Cent ans après la « DER des DER ».

 

Néanmoins, si l’on a encore quelque espoir en l’avenir, il ne faut pas oublier ces millions de morts que l’on aurait pu éviter, si les décideurs de l’époque avaient eu plus de clairvoyance, plus de souci des peuples, au lieu de faire passer d’abord leurs intérêts égoïstes – je pense à leur carrière pour des politiques, à leur gloire pour des militaires, à l’outrecuidance des Etats à puiser dans la main d’œuvre de leurs colonies pour ensuite leur refuser des droits pourtant chèrement payés. 

Automne en Lorraine le cœur serré : Cent ans après la « DER des DER ».

Que nous reste-t-il sinon un devoir de mémoire ?  Mais, se souvenir ne veut pas dire ruminer le passé tragique, ni culpabiliser les générations suivantes qui, elles, ne peuvent en aucune manière être tenues pour responsables. La réconciliation et le pardon sont indispensables. Français & Allemands l’ont bien compris. Car certains, depuis pas mal d’années du reste, tentent  (et réussissent parfois) à faire peser sur les jeunes générations les fautes des générations précédentes. Ainsi, ceux qui naissent aujourd'hui, seraient responsables du colonialisme, de l’antisémitisme, du nazisme, du stalinisme, etc. comme s’il s’agissait d’une sorte de « péché originel ». 

Gardons leur le droit à l’innocence. Tâchons surtout de bien les instruire !  Leur apprendre à connaître le passé, à exercer leur esprit critique, à se tenir sur leurs gardes et garder toujours en tête les valeurs philosophiques et morales auxquelles ils ont adhéré, pour être capable de reconnaître les signes avant-coureurs de tragédie, quels qu’ils soient et d’où qu’ils viennent. Voilà, me semble-t-il, la nécessaire discipline afin d’œuvrer pour la paix.  Je ne dis là rien de nouveau, puisque après la IIème Guerre mondiale, la France et l'Allemagne ont réussi enfin à se réconcilier.  

Cette année, j’ai arpenté une partie des sites, musées et monuments de la Grande Guerre, depuis Ypres, en Belgique, jusqu’à Meaux. Je n’ai pas trouvé malheureusement de trace de mon grand-oncle « Mort pour la France » et disparu. Mais je ne renonce pas. J’ai fait quelques milliers de photos que je n’ai pas encore pu traiter. Aussi, pour apporter ma modeste pierre au souvenir, je vous propose de retourner en Lorraine, découvrir les entonnoirs de Leintrey et l’abri voisin du Kronprinz.

Voir les entonnoirs, c’est constater l’effet de l’explosion de mines. Grace à un schéma que j’ai photographié aux Eparges, auprès du Mémorial qui rend hommage aux soldats du Génie, on pourra se représenter le comment. 

Les entonnoirs ainsi nommés à cause de leur forme, sont des cratères dont le diamètre varie selon la charge d'explosifs, je présume, de 50 à 60 mètres et la profondeur de 15 à 20 mètres.

Cette forme d'opération a résulté de la guerre de tranchées où les armées face à face, mais à l'abri, finissaient par se neutraliser. Pour réussir à forcer les positions ennemies, la guerre est devenue souterraine. 

Le 10 juillet 1916, l'artillerie allemande avait pilonné les positions françaises toute la journée. A 22h30, d'intenses bombardements secouent la région, précédant une gigantesque explosion. Le bruit, la nuit, la poussière empêchent les communications de passer. Nos soldats encore en vie ne comprennent pas ce qu'il leur arrive. Il faudra attendre le jour pour voir le désastre. La tranchée de première ligne a disparu. Les pertes sont énormes. 

Schéma extrait de "La guerre de 1914-1918". Editions Fleurus. Réalisation RICHardCOMmunication Verdun.

Schéma extrait de "La guerre de 1914-1918". Editions Fleurus. Réalisation RICHardCOMmunication Verdun.

Le schéma représente la réalité des combats :

  • Au sol, un paysage ravagé : plus d'arbres, plus d'herbe et des corps abandonnés faute de pouvoir aller les chercher, opération trop périlleuse, par conséquent impossible sous le feu des mitrailleuses.
  • Au sous-sol, les positions allemandes, avec la tranchée de première ligne d'où les soldats s'élanceront à l'attaque quand l'ordre leur sera donné. Derrière, la deuxième ligne prête à intervenir, elle aussi, le moment venu. Enfin une salle de repos, de réunion pour les officiers qui reçoivent les informations et les ordres.
  • Plus bas, les soldats français creusent une sape. C'était un travail pénible, très dangereux à cause des effondrements possibles et délicat car il faut s'orienter au bruit des ennemis, souvent à l'intuition et surtout sans bruit pour ne pas être découvert.
Ici, malgré les souffrances, les soldats n'ont pas perdu le sens de l'humanité.

Ici, malgré les souffrances, les soldats n'ont pas perdu le sens de l'humanité.

La taille des entonnoirs, l'absence de végétation et les pluies des saisons hivernales ont constitué de véritables pièges. Malheur au soldat qui y tomberait ! La paroi glissante de boue empêchait de remonter. Au fond, l'eau mêlée à la terre argileuse vous aspirait littéralement.

J'ai rapporté dans un de mes premiers articles, le douloureux récit d'un soldat qui  voyant un camarade complètement enlisé, voulut l'aider à s'en sortir en le tirant avec son fusil. Malheureusement, après de vains efforts, il dut se résoudre à l'abandonner, sentant qu'il allait lui-même y laisser la vie.

Aujourd'hui, la nature a repris ses droits. Les arbres sont centenaires, l'herbe a poussé et cache à nos yeux les boyaux et tranchées de la guerre.

L'été indien ne résorbe pas toujours l'eau de pluie. Il est bien difficile de rendre compte de la profondeur des entonnoirs.
L'été indien ne résorbe pas toujours l'eau de pluie. Il est bien difficile de rendre compte de la profondeur des entonnoirs.
L'été indien ne résorbe pas toujours l'eau de pluie. Il est bien difficile de rendre compte de la profondeur des entonnoirs.

L'été indien ne résorbe pas toujours l'eau de pluie. Il est bien difficile de rendre compte de la profondeur des entonnoirs.

Voilà donc ce qui reste des malheureux hommes qui furent enfouis ici. Tous voulaient vivre. Tous aimaient leur patrie. Nous leur sommes pour toujours redevable de leur sacrifice qui nous rendit l'intégralité de notre pays. 

"Le 10 juillet 1916, une compagnie du 162 ème régiment d'infanterie a disparu dans l'explosion des mines qui ont ouvert ces entonnoirs"
"Le 10 juillet 1916, une compagnie du 162 ème régiment d'infanterie a disparu dans l'explosion des mines qui ont ouvert ces entonnoirs"

"Le 10 juillet 1916, une compagnie du 162 ème régiment d'infanterie a disparu dans l'explosion des mines qui ont ouvert ces entonnoirs"

Pour finir, je voudrais citer l'écrivain Georges Duhamel qui fut brancardier pendant la guerre et à ce titre côtoya quotidiennement la souffrance et la mort. Il écrivit pendant l'hiver de 1917 à 1918, dans son livre "La Possession du Monde", une réflexion qui allait bien au-delà du vécu proprement dit de la guerre.

Quelle que puisse être l'issue définitive de la guerre, elle marque et marquera une période de profond désespoir pour l'humanité. Si grand que soit l'orgueil de la victoire, si généreuse que se montre celle-ci, sous quelque jour qu'on nous en présente les conséquences lointaines, nous n'en vivons pas moins dans une époque flétrie, sur une terre dévastée pour longtemps, au sein d'une société décimée, ruinée, accablée de blessures.
Entre tous nos sujets de déception, s'il en est un qui nous demeure pénible, c'est l'espèce de faillite dont voici convaincue notre civilisation.

Georges Duhamel : La Possession du Monde (chap.X)

Merci de votre fidèle attention. Je vous donne rendez-vous dans quelques jours pour vous montrer ce qui reste de l'abri du Kronprinz.

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1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 22:49

En France, dans le département du Gard, exactement sur la commune de Saint-Jean-de-Maruéjols-et-Avéjan, l’extraction de l’asphalte naturel, a été une importante activité économique de 1859 à 2008. Roche calcaire imprégnée de bitume, elle donne une fois chauffée, un mastic utile pour l’étanchéité des bâtiments et des routes. On peut encore voir aujourd’hui deux puits se dresser : le puits Berry et le puits Goldney.

Cependant mon propos n’est pas de vous entretenir sur cette activité dont j’ignore à peu près tout. Chacun peut s’instruire en consultant le site du Patrimoine minier français. Je m’en tiendrai donc à un de mes centres d’intérêt de prédilection : l’ART et l’EXPRESSION de la BEAUTE.

 

Quelques bâtiments laissés à l’abandon, ont peu à peu été fréquentés par des personnes en mal d’expression avec plus ou moins de réussite, allant de simples tags généralement incompréhensibles, à de véritables tableaux. Néanmoins, l’Art urbain auquel s’apparentent ces créations est par définition un art éphémère dont les œuvres sont toujours susceptibles d’être recouvertes par l’inspiration des artistes suivants. J’ai pu le constater en consultant des photographies  antérieures aux miennes, publiées sur des sites dont je donnerai les noms à la fin de cet article.

 

 

Tout apprenti peintre peut s’exprimer dans ces lieux abandonnés qui, de ce fait, offrent des espaces grands et gratuits. On peut observer que tous n’ont pas le même talent, ni la même intention. Il se peut que certains éprouvent seulement l’envie de marquer leur passage, par contre d’autres font preuve d’acquisitions techniques : vraie maîtrise du dessin, des proportions, de la composition, accompagnées de beaucoup d’imagination et d’une vraie démarche esthétique.

Voyez vous-mêmes à travers quelques photos que j'ai faites, lors de ma promenade dans cette région.

« Street art » à la campagne : L'ancienne usine d’asphalte d’Avéjan, un nouveau lieu d’Art urbain.
« Street art » à la campagne : L'ancienne usine d’asphalte d’Avéjan, un nouveau lieu d’Art urbain.

 

La peinture suivante montre bien la démarche artistique, à mon avis. Il ne s'agit pas seulement de représenter l'objet imaginé, ici une "vraie" girafe, mais de se confronter avec la réalité crue, le mur, la porte, la présence du plafond qui oblige ou permet le noeud du cou, pour en tirer un nouvel objet chargé de fantaisie et d'humour qui existe bel et bien pour le plaisir de celui ou celle qui regarde !

 

 

Ici... "On est Charlie" et "on est le plus fort" semble dire l'auteur, qui pour une fois, abandonne son langage ésotérique peut-être connu de lui seul ! Pas sûr !

Serait-ce un autoportrait ?

 

Ici, la salle est mise en scène dans une composition digne de certains artistes modernes : un bidon peint, qui représente une sculpture (tête d'homme) a été placé au centre de la pièce. L'homme prénommé peut-être "Artur" semble se désintéresser du monde qui l'entoure. Il a de quoi se sentir mal à l'aise ! Il n'a pas l'air sensible à la beauté de la jolie jeune femme, à droite.  Les bombes de peinture abandonnées ça et là constituent, volontairement ou pas, un ensemble relativement harmonieux. On pourrait penser à une allégorie de la place de l'homme dans l'univers, telle que les Anciens se la représentaient. En tous cas, j'ai personnellement vu ce genre d'oeuvre dans plusieurs musées d'art moderne européens.

Univers inquiétant où l'homme, un peu plus réaliste dans la représentation, est totalement déstructuré.

Là, le personnage est vu de face à travers une ouverture plutôt qu'une porte.

L'ambiance devient menaçante... plutôt sortir !

Ambiance toute différente. Le ciel bleu, les palmiers, une aile d'oiseau... une gaité lumineuse.

Maintenant, pour dire au revoir ! je vous propose de revoir le détail d'un des premiers tableaux où vous reconnaissez sans doute un célèbre dessin animé pour les enfants des années 1980.

Merci de votre attention. Mon prochain article sera consacré à un aspect de la Grande Guerre.

Pour celles et ceux qui veulent en savoir plus sur l'asphalte, vous pouvez consulter :

les sites des communes concernées, dont

http://www.par-monts-et-par-vaux.eu/mines_asphalte_1html

et surtout, si vous voulez approfondir le sujet, consultez le site consacré à l'ensemble des mines en France, leurs caractéristiques et leur histoire :

http://www.patrimoine-minier.fr

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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 14:50

La première enquête policière de son personnage fétiche : Erlendur.

Il se passe toujours quelque chose dans les villes, la nuit.

A Reykjavik, chaque nuit, dans le dédale des rues et des quartiers aux noms imprononçables pour nous, patrouillent trois jeunes hommes : un jeune policier ERLENDUR âgé de 28 ans et deux étudiants en droit employés pour l’été dans la police, Gardar et Marteinn. Ils roulent dans une Chevrolet noire et blanche peu maniable, au gré des appels du central qui leur signale ici une dispute conjugale, là une empoignade entre voisins qui se termine dangereusement au couteau, là une femme salement amochée qu’ils envoient à l’hôpital…

Les hurlements des sirènes se rapprochaient. Une ambulance s'egagea dans la rue et se gara devant la maison, suivie par une voiture de police. Réveillés par le bruit, les voisins s'étaient mis aux fenêtres et certains avaient même ouvert leur porte. Ils regardèrent les ambulanciers emmener la femme sur une civière et le fourgon de police quitter le parking, le mari à son bord. Le calme revient bientôt dans la rue et tous retournèrent se coucher, étonnés de ces perturbations nocturnes.

Les nuits de Reykjavik, p.16, Ed. Points

L’aube se profile enfin, réduisant le tapage nocturne.

Erlendur rentre chez lui. Il se rappelle le clochard que des enfants avaient retrouvé noyé dans une mare l’année précédente et n’arrive pas à le chasser de son esprit. La police avait vite conclu à un accident. Erlendur avait rencontré l’homme peu avant sa mort. Il lui avait confié que quelqu’un avait tenté d’incendier la cave où il s’était réfugié. Mais personne ne l’avait écouté. Erlendur s’en voulait de lui avoir manifesté la même indifférence que les autres. Il est vrai que les clochards quémandent toujours un peu d’argent pour s’acheter de l’alcool et notre policier lui avait refusé.

Les nuits de REYKJAVIK, d’Arnaldur INDRIDASON

Portrait d’Erlendur :

Il n’avait pas grand-chose à faire quand il n’était pas de service. Il aimait flâner en ville autour de l’étang Tjörnin ou dans la baie de Nautholsvik et le fjord de Skerjafjördur. Parfois, il allait marcher dans les montagnes et dormait sous la tente si les prévisions météo le permettaient.

Il fréquentait peu les bars à cause du bruit et de la consommation d’alcool.

Quant aux femmes, il avait plus ou moins une liaison avec une jeune femme Halldora.

Il n’avait pas un parcours scolaire glorieux, ayant en tout et pour tout son certificat d’études. Issu d’une famille pauvre, il avait dû travailler tôt. Il se disait qu’il profiterait bien d’une section destinée aux adultes pour passer son bac et aller à l’université.

Un trait de caractère le définissait : son empathie. Il n’était pas indifférent aux autres et éprouvait une réelle compassion pour les êtres humains malmenés par la vie. Il avait fini par se demander si «  ce n’était pas sa passion pour les destins tragiques qui l’avait conduit à s’engager dans la police ».

Aussi s’intéressait-il particulièrement aux disparitions qui, dans un pays comme l’Islande, au climat rude et imprévisible, ne concernaient pas seulement des adolescents fugueurs ou des chasseurs qui ne rentraient pas à l’heure convenue, mais des voyageurs qu’une brusque tempête de neige retenait dans les montagnes pendant des jours, et dont on retrouvait les corps des mois plus tard, ou des chasseurs gagnés par des vagues de brouillard dans lequel ils s’égaraient en quelques minutes, ne pouvant trouver leur chemin, errant désespérément avec la peur de tomber dans une crevasse profonde de glacier, d’où nul sauveteur ne saurait les trouver.

On avait beau envoyer des brigades de sauveteurs ratisser méticuleusement le terrain des jours durant, les recherches demeuraient infructueuses. ne restaient plus alors que des questions sans réponses. (...)
Les disparitions n'étaient le plus souvent pas considérées comme suspectes. Poussé principalement par sa curiosité, Erlendur passait de longues heures à feuilleter de vieux rapports et à se documenter sur toutes sortes d'affaires, qu'il s'agisse de disparitions ou d'enquêtes non résolues, même si ces dernières le passionnaient moins. Il existait tout de même quelques exceptions à cette règle. Il en allait ainsi de la mort d'Hannibal, même si rien ne lui permettait de mettre en doute le caractère accidentel du décès. C'était avant tout parce qu'il avait connu la victime qu'il s'était intéressé à son histoire et qu'il s'était mis à explorer un certain nombre de pistes.

Les nuits de Reykjavik, p. 43/44

L’ « accident » d’Hannibal :

Pendant la Grande Guerre, les Islandais ont dû creuser des tourbières pour se chauffer, à cause de la pénurie de combustible. Une fois la guerre terminée, les importations de charbon et pétrole ont repris et les fosses se sont remplies d’eau et ont été laissées à l’abandon. Plus tard, elles sont devenues un terrain de jeux des enfants qui pouvaient y faire du vélo sur les pistes, construisaient des radeaux pour naviguer sur les mares et l’hiver y pratiquaient le patin à glace.

Le roman commence avec la découverte par des enfants d’un noyé. Le corps avait été retrouvé à l’endroit le plus profond. Il s’agissait d’un clochard connu sous le nom d’Hannibal. La police avait vite conclut à un accident à cause du taux d’alcoolémie, de l’absence de trace de lutte, de témoin, ou d’indices laissés sur les lieux comme des traces de pneus. Il faut dire que le lieu du drame avait été abondamment piétiné par les curieux et Erlendur, qui avait ressenti le peu de compassion de la société pour ces laissés-pour-compte, avait des doutes sur le sérieux de l’enquête.

La « culpabilité » d’Erlendur :

Le jeune policier avait eu affaire à ce clochard lors de ses débuts. Hannibal posait problème à la police qui dut intervenir pour des raisons diverses liées à son alcoolisme.

Ce soir-là, libre de service, il avait regagné les anciennes tourbières. Il se sentait attiré par ce lieu et ce drame. Et s’il s’était agi d’un meurtre ? Et si l’enquête avait été bâclée ? Et si l’accident avait été trop évident, au point de masquer la vérité ? Quelque chose lui disait qu’il devait chercher pour rendre justice à cet homme et à travers lui, à tous les exclus des sociétés modernes. Il se souvenait de leurs premières rencontres.

Leurs chemins s'étaient croisés pour la première fois en plein hiver. Assis sur un banc de la place Austurvöllur, courbé et apparemment endormi, Hannibal tenait entre ses doigts transis une bouteille d'alcool vide. Il gelait à pierre fendre et, après quelques hésitations, la patrouille avait décidé de l'emmener au commissariat afin de l'abriter pour la nuit dans une des cellules. Erlendur était certain qu'il mourrait de froid s'ils n'intervenaient pas et il avait dit à ses collègues qu'il refusait d'endosser une telle responsabilité. Ils avaient donc embarqué Hannibal dans la voiture où il était revenu à lui.

Les nuits de Reykjavik, p.22

Une autre fois, il l'avait découvert au pied de la clôture en tolle ondulée d'un lieu qui servait de refuge aux vagabonds contre le froid piquant du vent du nord. Assis, jambes repliées, vêtu d'un anorak vert troué, les pieds gagnés par la neige balayée par le vent, il était inerte et le policier avait eu du mal à le faire réagir. Il avait dû mobiliser toutes ses forces pour le mettre debout afin de l'accompagner "chez lui". Hannibal, ayant repris ses esprit, lui avait indiqué le chemin jusqu'à une petite maison. Un escalier étroit menait à une cave fermée par un simple loquet, dans laquelle régnait un capharnaum puant.

Voici mon refuge dans ce monde maudit, ironisa le clochard en trébuchant sur le seuil.

Les nuits de Reykjavik, p. 24

La vie du jeune policier avait continué son cours avec son lot de problèmes répétitifs : les interventions pour des cambriolages, des disputes, du tapage nocturne, des agressions…

Mais le clochard, lui, avait été mis à la porte de son abri, suite à un début d’incendie dans la cave qu’il occupait à titre gratuit. Il eut beau clamer son innocence, il se retrouva à la rue.

 

L'été de sa mort, on l'avait en effet expulsé de la cave qu'il occupait, à la suite d'un incendie. Le propriétaire avait affirmé que le feu avait pris par sa faute, mais Hannibal avait toujours refusé d'endosser cette responsabilité et s'était retrouvé à la rue. Son calvaire avait pris fin quand il avait déniché un refuge dans le caisson en ciment qui protégeait le pipeline d'eau chaude. Un morceau s'était détaché sur un côté de la maçonnerie, ménageant une brèche suffisamment large pour qu'un homme puisse se glisser à l'intérieur et se blottir contre la canalisation.
Cet endroit avait été le dernier domicile d'Hannibal avant qu'on ne le retrouve noyé dans les tourbières. Il avait vécu là avec quelques chats errants qui s'étaient rassemblés autour de lui comme l'avaient fait autrefois les oiseaux autour de Saint François d'Assise.

Les nuits de Reykjavik, p.26

L’enquête « clandestine » :

 Sur son temps libre, donc en civil et sans prévenir sa hiérarchie qui, on s’en doute, ne l’aurait pas autorisé à enquêter de sa propre initiative, le jeune policier espère que sa discrétion permettra aux langues de se délier plus facilement. Il entreprend la reconstruction de l’itinéraire d’Hannibal.

Du propriétaire qui l’a exclu aux voisins qui disent l’avoir sauvé, de l’asile de nuit à la famille du malheureux, car il en a une mais elle ignore, ou ne veut pas savoir ce qu’il est devenu, il va de rencontre en rencontre reconstituer son passé, découvrir une autre disparue, une femme cette fois-ci au destin parallèle quoique différent. Chaque personne questionnée, écoutée, lui permet de tisser un fil conducteur avec des hauts et des bas, des avancées et des reculs, des convictions et des doutes, des personnages apparemment sans liens réciproques et qui se croisent ou se sont croisés.

Au final, Ernendur n’avoue son enquête clandestine que lorsqu’il a, non seulement trouvé la vérité mais surtout les preuves de la vérité. Cela n’empêcha pas ses supérieurs de lui en faire reproche et il s’en est fallu de peu qu’il ne perde son emploi. Mais, il lui importait avant tout d’avoir fait triompher la vérité et rendu à un homme injustement traité le respect qui lui était dû.

 L’intérêt de ce roman :

Le roman policier a longtemps été considéré comme un genre mineur. Tout juste destiné à désennuyer les voyageurs dans les longs trajets en train, en métro, en avion. On attendait de lui qu’il soit assez intéressant pour ne pas voir le temps passer du départ à l’arrivée, ou pour ne pas être obligé de faire la conversation aux autres voyageurs dans les wagons, principalement lorsqu’on n’avait pas la chance d’occuper une place à côté de la fenêtre. Les halls de gare étaient largement pourvus de ces livres peu épais, faciles à lire et bon marché. Cela n’exclut pas que de bons auteurs s’y soit illustré. Cependant, ceux-ci restaient généralement cantonnés hors de la « littérature », au mieux, s’ils avaient du talent, leurs œuvres trouvaient leur accomplissement au cinéma. Ce fut le cas de Georges Simenon, par exemple.

Une deuxième génération d’auteurs, si je puis m’exprimer ainsi, devait renouveler le genre en refusant de s’en tenir uniquement au déroulement de l’intrigue pour s’intéresser de près aux contextes historique, géographique, psychologique, sociologique, idéologique et autres, avec un authentique souci de réalisme.

Les conséquences furent que le lecteur s’instruisait en même temps qu’il se distrayait, ne réfléchissait pas seulement pour deviner qui était l’assassin ou quelle serait la prochaine victime, devenait de plus en plus savant et exigeant.

Pareillement, les auteurs durent travailler davantage, faire de nombreuses recherches, vérifier leurs affirmations, construire des personnages de plus en plus complexes et réalistes (les inspecteurs ont rarement la sérénité et le conformisme d’un Maigret, par exemple, ils peuvent avoir raté leur vie personnelle comme Wallender chez Henning Mankell, voire être alcoolique). Les auteurs doivent aussi peaufiner leurs mises en scène, leur style, leur écriture.

Arnaldur INDRIDASON fait partie de cette nouvelle vague (plus si nouvelle que cela d’ailleurs, maintenant). Le lecteur peut découvrir l’Islande, des aspects insoupçonnés de sa nature belle et tumultueuse, où le brouillard soudain peut vous faire perdre définitivement l’enfant  qui aurait simplement lâché votre main, peut précipiter une voiture et ses occupants aveuglés dans un fjord. On découvre des aspects de l’histoire de ce petit pays, ses rapports compliqués avec les Etats-Unis dont ils dépendent et méditer sur le malheur de devoir se soumettre à d’autres puissances dissuasives. On s’aperçoit que nous partageons certains disfonctionnements sociaux, comme la pauvreté, la drogue et l’alcoolisme, la violence, l’égoïsme et le non-respect de ceux qui ont perdu leur dignité, l’abandon des laissés pour compte.  L’auteur montre la complexité psychologique des hommes. Hannibal se défend becs et ongles pour rester un homme malgré tout. Erlendur prend le risque de perdre son emploi en refaisant l’enquête de police bâclée pour rendre justice à ce sans-abri.

En conclusion, je vous recommande vivement la lecture de ce roman !

Reykjavik, dans les années soixante-dix, soit à peu près à l'époque du roman. La photographie vient d'une vieille encyclopédie "Alpha".

Reykjavik, dans les années soixante-dix, soit à peu près à l'époque du roman. La photographie vient d'une vieille encyclopédie "Alpha".

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31 juillet 2016 7 31 /07 /juillet /2016 13:37
Ici, la rivière NIAGARA se précipite vers le fer à cheval qu'elle a elle-même creusé.

Ici, la rivière NIAGARA se précipite vers le fer à cheval qu'elle a elle-même creusé.

C’est avant tout pour elles que le monde afflue ! Il fait beau en ce jour de printemps. La nature est si belle et si présente que chacun reste figé quelques temps à la regarder, à l’admirer en silence, dans son éternité – du moins, ce qu’il semble pour une vie d’homme.

Les visiteurs savent que quelque chose d'extraordinaire les attend.

Les visiteurs savent que quelque chose d'extraordinaire les attend.

Beauté de l’eau déchirée par les roches qu’elle entaille – sachez que des barrages ont été conçus pour freiner la rivière et garder plus longtemps le spectacle des chutes. Beauté du flux impétueux de la cascade qui éclate en milliards de fines gouttelettes.

Beauté des remous agités de turpitudes aussi belles que dangereuses. On peine à croire ceux qui disent qu’elle s’est arrêtée un jour, il y a longtemps – quel désarroi !- Heureusement, elles sont revenues et tout est rentré dans l’ordre.

A la violence des remous, il faut ajouter le bruit assourdissant.
A la violence des remous, il faut ajouter le bruit assourdissant.

A la violence des remous, il faut ajouter le bruit assourdissant.

Beauté des vols acrobatiques des oiseaux. Dans les embruns, ils tentent de happer les poissons malchanceux, qui n’ont pas trouvé de minuscules criques en amont, pour se reposer dans l’espoir de remonter le courant !

Un havre de paix pour les amateurs de sushis vivants, situé juste avant l'entrée dans le fer à cheval..
Un havre de paix pour les amateurs de sushis vivants, situé juste avant l'entrée dans le fer à cheval..
Un havre de paix pour les amateurs de sushis vivants, situé juste avant l'entrée dans le fer à cheval..

Un havre de paix pour les amateurs de sushis vivants, situé juste avant l'entrée dans le fer à cheval..

Pour les touristes, plus rien ne compte, hormis l'émotion et l'admiration. Ceux qui craignaient les remous oublient de s'agripper au bastingage, les groupes se défont au gré des tangages et, le déguisement obligé contre les embruns qui fait de tous d'incroyables chaperons rouges, suscite des rencontres inattendues vite oubliées. En effet, le charme est trop fort. Chacun sait qu'il ne durera pas et s'en retourne aussitôt à son irrésistible présent.

SOMPTUEUSES CHUTES du NIAGARA
SOMPTUEUSES CHUTES du NIAGARA

Quand le bateau fait demi-tour pour ramener sa joyeuse cargaison, les chutes sont si proches que l'on perd tout repère spatial. On voit en effet un mur d'eau se dresser devant soi, immaculé et humide vers lequel on semble se diriger inexorablement. La confusion dure quelques secondes très fortes, inoubliables. Puis, le bateau nous ramène vers le soleil et le ciel bleu.

SOMPTUEUSES CHUTES du NIAGARA

Après l'émotion, il y a tout ce qui se dit du site grandiose, toutes ces histoires que l’on raconte, vraies, déformées ou imaginées :

-de casse-cous qui les ont dévalées qui dans un tonneau, qui sur un tronc d’arbre, qui tout simplement portés par le courant au péril de leur vie. Eh ! bien, elle y est restée pour la plupart, 52 mètres plus bas pour les chutes canadiennes. En 1951, après la mort du casse-cou William Red Hill Junior, qui avait tenté un saut improbable dans un engin inadapté, les acrobaties du public furent définitivement interdites.

- d’inconscients pêcheurs, venus trop près s’amarrer et dont le moteur malheureusement, refusa de se mettre en route, laissant le bateau dériver au seul gré du courant. Le guide raconte aussi qu’un père voulut montrer à ses deux enfants la puissance de la rivière. Eh ! Bien, il réussit, mais y laissa la vie. Sa petite fille fut de justesse attrapée par des témoins. Quant au petit garçon, on le retrouva miraculeusement indemne, au bas de la chute.

La rivière vue du haut.

La rivière vue du haut.

Parmi les articles que j’ai consultés, je retiens celui de Wikipedia qui me parait assez complet pour une information générale, puisqu’il aborde aussi bien la géologie, l’histoire, l’économie que les arts, la littérature et le cinéma.

Si vous lisez la rubrique « Discussion », vous constaterez une polémique au sujet de la dénomination des chutes. En effet, les Français disent « les chutes du Niagara » alors que les Canadiens français disent « les chutes-Niagara », et en anglais « Niagara falls ». En grammaire française, l’appartenance est désignée par la préposition « de », « du » et « des » (les pommes de mon jardin). Faudra-t-il faire un procès aux Italiens qui appellent Paris « Pariggi » ? Les Anglais nous forceront-ils à dire « London » pour Londres ? Ce serait oublier que les langues dites « vivantes » ont une histoire, donc un passé, un présent et auront un futur. Heureusement, tant que les linguistes s’étriperont pour une préposition, la terre n’arrêtera pas de tourner !

Merci de votre attention.

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30 juin 2016 4 30 /06 /juin /2016 14:29
Les chutes américaines
Les chutes américaines

J’étais invitée chez des amis à Boston. Tant qu’à enjamber l’Atlantique, autant en profiter pour accomplir un périple, un peu inattendu au départ je dois dire, puisque dû au hasard de mes recherches.

En deux mots, il nous faut un avion, une période, des tarifs. Puis on réalise qu’on n’est pas assez aventurier pour voyager totalement par ses propres moyens, c’est-à-dire en assurer toute la logistique : Où dormir ? Où manger (le quoi, on évite) ? Comment se déplacer ? Quelles sont les règles ? Etc. Et tout cela dans un anglais rendu avec le temps très approximatif, voire désuet.

Jusqu’à ce qu’on se souvienne avoir fait il y a quelques années, un voyage organisé en Tunisie qui avait été très satisfaisant, au sens où il avait donné une image assez complète du pays, associant nature, culture, connaissance du passé et approche de la société contemporaine. Une bonne initiation pour qu’on y revienne plus longuement. D’après moi, c’est le rôle de tous les voyages organisés, indispensables pour un premier contact, mais pas suffisants.

Les recherches changent d’orientation. Saint Internet se déchaine. La Maison des Etats-Unis, à Paris, - Je cite le voyagiste, à travers notre interlocuteur Romain, car il a été très arrangeant, - nous propose un circuit allant de Toronto, Niagara, Ottawa, Montréal, Québec, puis Boston & New York. Génial !

Hélas ! Quelques jours plus tard, coup de téléphone : le voyage est annulé, nombre insuffisant de participants. Cependant, nous pouvons être associés à un autre voyage qui offre le même circuit avec en plus Philadelphie et Washington. Ces deux villes ne nous tentent pas, par contre plutôt qu’une visite éclair de New York, nous suggérons de passer deux jours de plus à New York. Accepté. Oui mais, nous voulons un hôtel à Manhattan (et pas à 48 km, ce qui implique embouteillages monstres matin et soir). Accepté contre un petit supplément. Tant que vous y êtes, pouvez-vous nous réserver des places pour visiter deux grands musées : le MOMA et le METROPOLITAN ? Accepté. Et bien entendu, le train compris pour Boston ainsi que l’avion pour le retour.

Nous avons fait des envieux parmi les voyageurs de notre nouveau groupe !

Les chutes canadiennes

Les chutes canadiennes

Départ pour TORONTO. Tout va bien à Roissy-Charles de Gaulle, pas de grève annoncée chez Air France. Le voyage commence à 13h55 et dure 8h15. Par contre, arrivée calamiteuse à 16h10 heure locale : six avions en même temps, trois douaniers seulement pour tout ce monde. Deux heures de queue ! Six heures de décalage horaire. Le guide a du mal à récupérer tout le monde, puis, notre bus nous emmène à Niagara Falls où se trouve l'hôtel. Le soir tombe.

Nous apercevons les chutes en passant. Je fais une photo à travers la vitre du bus. La voici. La vraie visite est pour demain.

Après notre installation à l’hôtel, nous avons un repas libre et nous nous mettons en quête d’un restaurant. Le guide québécois nous a conseillé une pizzeria, mais, en bons Français, nous ne sommes pas venus ici pour manger une pizza, plat napolitain qui a tant de succès en France, mais traité avec mépris dans l’Italie du nord ! Nous espérons naïvement trouver une cuisine… un peu locale…

Pour des frissons chez Frankenstein, prenez à droite !

Pour des frissons chez Frankenstein, prenez à droite !

Ici on ne sortira pas de table avec la faim, mais on risque de mal dormir.
Ici on ne sortira pas de table avec la faim, mais on risque de mal dormir.

Nous descendons l’avenue qui mène aux chutes et découvrons un spectacle digne d’un parc de loisirs : partout des petites boutiques de jeux, des châteaux kitchs qui ressemblent à de mauvais décors de films de série Z, avec parfois d’étranges constructions comme l’Empire State Building couché, une maison posée sur son toit ou un faux funambule qui traverse l’avenue Victoria… Quant aux restaurants : pizzeria et fast food. Je prends quelques photos à la nuit tombante et nous finissons par nous installer chez « Mamma Mia », une adresse très acceptable finalement.

Voilà un petit aperçu de la grande avenue des chutes ou « Falls avenue » en dialecte autochtone.

Mais que fait King Kong à cet endroit ?

Mais que fait King Kong à cet endroit ?

 "Falls avenue".

"Falls avenue".

Allez! Un dernier tour chez Dracula, pour mieux s'endormir !

Allez! Un dernier tour chez Dracula, pour mieux s'endormir !

Le meilleur pour la fin : l'Empire State Building !

Le meilleur pour la fin : l'Empire State Building !

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6 mai 2016 5 06 /05 /mai /2016 15:52
Au bord de la route, rencontre surprenante.
Au bord de la route, rencontre surprenante.

Certainement, avec un peu d’imagination… En tous cas, ils s’exposent à la vue de tous, le plus simplement du monde. Pas de danger qu’on les kidnappe, ils sont si encombrants. Le promeneur séduit par leur forme parfaite et l’évocation des mondes perdus qu’ils suggèrent, ne risque pas d’en dénicher le moindre. Tout au plus, les prendre en photographie.

Des œufs de dinosaure au bord de la route ?

En réalité, la forme et la taille ont dû jouer dans cette dénomination, car la réalité est tout autre.

Géologiquement parlant, il s’agit de boules de grès qui se sont formées il y a des millions d’années, dans un banc de grès, d’où elles tirent leur origine. D’après les scientifiques, c’est la présence de silice dans le calcaire qui les a cimentées à des degrés divers autour des grains de quartz, donnant ce relief étonnant.

Leur localisation géographique est précise. On les trouve sur un territoire qui va de Dieulefit au Rosanais, particulièrement dans la région du village médiéval de Saint-André-de-Rosans, sur la route qui mène au Mont Risou.

Le Rosanais se situe dans le Parc Naturel Régional des Baronnies Provençales. A mi-chemin entre les Alpes et la Provence, entre les villes de Nyons, à l’ouest et Serres, à l’est, il s’étale entre deux départements : la Drôme et les Hautes Alpes.

Pays de moyennes montagnes, nous sommes ici dans les Préalpes du Sud, avec comme point culminant le Mont Risou qui s’élève jusqu’à 1181 mètres d’altitude.

L'arête acérée du Mont Risou.

L'arête acérée du Mont Risou.

Ces montagnes au relief découpé se plaisent à égarer l’imagination du promeneur qui est souvent enclin à les confondre avec de vieux châteaux en ruines, vestiges des guerres de religion – c’est possible – du XVIe siècle.

Des œufs de dinosaure au bord de la route ?
Des œufs de dinosaure au bord de la route ?

Personne ne s’étonne qu’il soit attrayant pour les randonneurs, cyclistes et admirateurs de nature et de terroir authentique.

Cependant, il révèle d’autres richesses, patrimoniales celles-ci, par ses nombreux vestiges moyenâgeux, témoins d’un riche passé, que ses habitants s’efforcent de conserver voire de restaurer quand il y a lieu. Ce sera l’objet d’un prochain article.

Pour clore cette découverte un peu inattendue : je devais faire étape en me rendant en Italie par le Mont Genèvre, voici l’itinéraire que j’ai suivi, en venant de Provence.

D’abord la A51 jusqu’à la ville de Sisteron, abandonnée au nord (sortie 23) pour la D4075 ou route de Gap, jusqu’à Laragne-Montéglin. Là, j’ai suivi la D1075 jusqu’à Eyguians où j’ai pris la D949 qui mène tout droit (c’est une façon de parler, car la petite route est plutôt sinueuse) à Saint-André de Rosans.

A ceux qui veulent admirer les « œufs », je voudrais citer le site généreux du photographe et poète Jean-Marc Foulon :

http://www.foulonjm.com/img/img-oeufs-dinausores/slides/boules-gres-74web.html

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18 mars 2016 5 18 /03 /mars /2016 01:26

Souvent, je laisse le hasard décider de mes lectures. Pas toujours, mais j’aime bien acheter mes livres au gré de mes promenades, voyages, rencontres. Flâner aux Puces, chez les bouquinistes, chez les libraires et même sur le Net. Ce livre-là que je n’aurais pas obligatoirement élu, voilà qu’il me parle. Il m’appelle, que j’en connaisse ou non l’auteur dans le détail, que la quatrième de couverture m’intrigue ou l’ancienneté de la reliure, du papier, des caractères ou du sujet traité. Un médecin du XIXe raconte comment les paysans bourguignons se soignaient empiriquement, souvent avec succès, ne faisant appel à lui qu’en cas de nécessité absolue, je m’y transporte, je vis avec lui durant quelques semaines, quelques nuits ! Un vieux livre relié des Odes de Ronsard ? Je ne connaissais que le Lagarde et Michard ! Je me précipite.  

« Peu après les guerres, il arriva dans le canton un homme de haute taille qui dit s’appeler Gunnar Huttunen. Il ne demanda pas de travaux de pelletage à l’administration des Eaux, comme la plupart des vagabonds du Sud, mais acheta le vieux moulin des rapides de la Bouche, sur la rive de Kemijoki. L’opération fut jugée insensée, car le moulin était inutilisé depuis les années 30 et complètement délabré.
Huttunen paya le moulin et s’installa dans sa salle d’habitation. Les fermiers du voisinage et surtout les membres de la coopérative meunière de la Bouche rirent aux larmes de cette vente. On constata que le monde ne manquait apparemment pas de fous, même si la guerre en avait tué beaucoup. »

Arto Paasilinna : Le Meunier hurlant. Folio.

Ainsi raconte Arto PAASILINNA, écrivain finlandais, né en 1942, après avoir exercé les métiers de bûcheron, ouvrier agricole, journaliste et poète, aujourd’hui auteur d’une vingtaine de romans, traduits en plusieurs langues. Pas de danger que sa source d’inspiration se tarisse, car il dit lui-même, parlant de ses compatriotes : « Ils ne sont certes pas pires que les autres, mais ils restent suffisamment mauvais pour que j’aie de quoi écrire jusqu’à la fin de mes jours. »

L’histoire se situe au milieu du XXe siècle, au nord de la Finlande. Si elle ne commence pas par « Il était une fois… », l’auteur choisit d’emblée le style du conte aisément reconnaissable : « il arriva… un homme, etc. ». Néanmoins, il veille à préciser le lieu et bien que l’on ne trouve pas la position du village de « La Bouche » où se situe l’action, le fleuve KIMIJOLI existe bien, il prend sa source au nord du pays, près de la frontière russe et se jette dans  le golfe de Botnie à KEMI, soit une centaine de kilomètres de la ville d’OULU, actuellement deuxième ville de Finlande, où notre héros passera un séjour des plus déprimants. 

 

En FINLANDE, avec un meunier affublé d’une drôle de maladie.

 

Quant à la situation historique, Arto PAASILLINA l’évoque dès les premiers mots, je devrais dire « l’effleure » tellement il en dit peu. C’est sa traductrice française qui nous en apprend davantage, à savoir la double guerre contre l’URSS, en 1939 où la Finlande qui a refusé aux soviétiques l’installation de bases pour protéger Kronstadt et Leningrad (actuellement Saint-Pétersbourg), voit sa capitale Helsinki bombardée et perd des territoires au nord. Puis, contre l’armée allemande, après une coopération forcée ( ?) avec le IIIème Reich, jusqu’à ce que les revers de la Wermacht lui permettent en 1944 un armistice avec l’URSS, suivie de combats en Laponie contre les unités du Reich qui se poursuivent jusqu’en 1945.

Mais il délaisse assez rapidement la précision historique, qu’il rappelle de temps en temps, souci de vraisemblance oblige, car son objectif est surtout l’examen à la loupe des démêlés de son héros « hors norme » confronté à une petite société pas très accueillante.

Que peut faire un homme seul, un étranger venu d’un ailleurs relativement proche, le sud de la Finlande, donc entouré de mystère et méfiances face au microcosme orgueilleux, entêté, intolérant des villageois, barbotant sans vergogne dans leur sentiment de supériorité, car Eux, « sont nés quelque part ! » comme le chantait Georges BRASSENS, dans les années soixante ?

Par malheur pour notre meunier, il a l’allure et la force d’un personnage tout juste sorti d’un conte, un ogre peut-être, qui sait ? En tout cas, un type hors norme, un colosse aux enjambées immenses, avec en plus, des dons indiscutables et étranges pour se donner en spectacle et amuser la galerie. 

Mais quand il était joyeux, Huttunen était plus impayable que jamais : il paradait comme au cirque, son esprit était tranchant comme la lame étincelante de la scie à bardeaux; ses gestes étaient vifs et aisées, ses manières si allègres et imprévisibles qu'il enchantait ceux qui le voyait. A plus fort de sa gaieté, toutefois, il arrivait au meunier de se figer net, de laisser échapper de sa gorge un cri strident et de s'élancer en courant le long du canal d'amenée vermoulu, derrière le moulin, loin des yeux des hommes, de l'autre côté de la rivière, dans la forêt.

Arto Paasilinna: Le Meunier hurlant. Folio.

En FINLANDE, avec un meunier affublé d’une drôle de maladie.

Incontestablement, il anime la vie de la petite communauté par ses facéties. Il a gardé de l'enfance le goût du jeu, bien qu'il soit un travailleur courageux et efficace, et des qualités artistiques réelles. Au début, les villageois vont l'apprécier et en profiter, mais il a quelque chose de très dérangeant qui ne tarde pas à se retourner contre lui. 

Les jeunes du village avaient coutume de se réunir au moulin de la Bouche pour assister aux exhibitions du meunier déchaîné. On s'asseyait dans la salle du moulin comme aux anciens temps, on plaisantait, on racontait des blagues. Dans la pénombre tranquille et joyeuse, dans les sombres odeurs du vieux moulins, on était gai et heureux. Quelquefois, GUNNAR - Nanar - allumait dehors un grand feu alimenté de bardeaux secs, sur la braise duquel on faisait griller des lavarets du Kemijoli.

Le meunier était très doué pour imiter les habitants de la forêt et créer par gestes des énigmes animalières, tandis que les jeunes du village jouaient au premier qui devinerait quelle créature il personnifiait. Il pouvait se transformer tantôt en lièvre, tantôt en lemming ou en ours. Parfois, (...) il se mettait à hurler comme un loup, levant le nez au ciel et geignant à fendre l'âme au point que les jeunes, effrayés, se serraient plus près les uns des autres.

Huttunen mimait souvent les fermiers et les fermières du canton, et les spectateurs devinaient immédiatement de qui il était question

Arto Paasilinna: Le Meunier hurlant. Folio. p.17

A l’inverse, Gunnar Huttunen – Nanar – traversait parfois de longues périodes de dépression.Dans ces moments-là, les villageois évitaient de se rendre au moulin, car il était nerveux, agressif et personne n'obtenait rien de lui, pas même les bardeaux commandés et réalisés dont il disait avec mauvaise foi qu'ils n'étaient pas prêts.

Peu à peu l’idée s’imposa qu’Huttunen était fou. En effet,  il ne se contentait pas de jouer la comédie, il avait l’habitude, la nuit, de hurler comme une bête, de longs gémissements pendant une bonne partie de la nuit. Une vraie nuisance pour les villageois surtout que ses cris incitaient tous les chiens des hameaux voisins à lui répondre ! Certains se consolaient en reconnaissant ses compétences –« Il est fou, mais il scie de bonnes tuiles de bois pour pas cher. »- Jusqu’à quand ?

En FINLANDE, avec un meunier affublé d’une drôle de maladie.

Il vint un moment où excédés, les villageois entreprirent de s’en débarrasser. Le médecin du village consulta ses livres de psychiatrie et affirma qu’Huttunen souffrait de psychose maniaco-dépressive. Cette maladie mentale est aujourd’hui appelée psychose bipolaire à cause du passage du malade d’un état dépressif où il peut être dangereux pour lui-même, à l’état  opposé d’excitation et d’exaltation. Mais plus Huttunen s’acharnait à défendre ses droits ...

Je ne suis quand même pas si fou !

.... plus il dressait les habitants contre lui. Il est vrai qu’il accumulait les maladresses et ni l’amitié amoureuse de la conseillère horticole, Sanelma Käyrämö, ni le brave facteur  Piittisjärvi ne suffisaient à l’aider vraiment. On peut aller jusqu’à dire qu’incapables d’imaginer la malice et la perversion des « notables » du village, les conseils qu’ils lui donnaient aboutissaient à l’effet inverse. C’est ainsi que la conseillère le supplia d’aller voir le médecin, la pire idée qui soit.

En effet, le médecin d’abord intéressé par le meunier, car lui-même adorait la pêche et la nature, intéressé aussi par ses imitations d’animaux, se mit lui-même à imiter l’ours, avant de réaliser sans doute l’incongruité de la situation et jeta dehors notre héros, ébahi.

Gunnar fut donc pris, battu, mis aux fers et envoyé, ligoté, dès le lendemain à l’asile d’OUTU.

L’asile tient aussi de la caricature, du moins nous semble-t-il, bien qu’il soit assez conforme à  la réalité de l’époque. Il n’est qu’à voir comment furent traités les malheureux soldats de la Première Guerre mondiale qui avaient perdu la tête. Un lieu où le premier souci de la société était de se protéger en enfermant les malades, dans une grande promiscuité, avec des traitements barbares, d'incessantes atteintes à leur dignité et des conditions telles qu'ils s'enfonçaient davantage dans leur maladie. Il fallut attendre les années 1970 pour qu’une remise en question du savoir et des thérapies psychiatriques se fasse grâce au progrès des connaissances, faisant place à de nouvelles visions des malades mentaux, avec remise en question de la pertinence des traitements traditionnels et la mise en place de nouveaux traitements. Parmi elles, l’antipsychiatrie.

L’asile était un grand bâtiment sinistre en brique rouge. Il faisait plus penser à une caserne ou à une prison qu’à un hôpital. (…) Huttunen fut inscrit sur la liste des patients. On lui donna des vêtements d’hôpital : un pyjama usé, des pantoufles et un bonnet. Le pantalon était trop court, comme les manches de la veste. Il n’y avait pas de ceinture. On lui prit son argent ainsi que tous ses effets. On conduisit le meunier à travers des couloirs sonores jusque dans une grande chambre où il y avait déjà six autres hommes. On lui indiqua un lit (…) La porte du couloir claqua, la lourde clef tourna dans la serrure. Tout contact avec le monde extérieur était rompu.

Le Meunier hurlant. p. 87

Gunnar Huttunen finira par s’évader et reprendre son combat pour la liberté et le droit à la différence. L’affrontement sera terrible car les forces en présence inégales. A vous de découvrir la suite et fin de ce roman à la fois plein de bon sens, amer et ironique. Les personnages ont l’air de marionnettes qui virevoltent devant nous pour notre grand plaisir, tout en illustrant les qualités et défaut de la vraie vie des humains.

Le talent d’Arto Paasilinna est de nous parler de l’intolérance, l’orgueil, la mauvaise foi, également le courage, la volonté, l’amour tout en nous faisant rire. Pour citer un écrivain et cinéaste français encore proche de nous, qui a excellé dans le genre, je pense à Marcel Pagnol qui a su peindre avec humour et tendresse des petits villages de Provence en proie à de grandes passions et déchirées par le choc des rêves et des réalités, comme « Marius, Fanny, César », « La femme du boulanger », « Angèle », etc.   

 

Paysage de Laponie en été.

Paysage de Laponie en été.

Dans mes recherches à propos de ce roman et de cet auteur, j’ai découvert que le roman de Paasilinna a inspiré des artistes comme la Compagnie TRO-HEOL, qui a adapté l’œuvre  en 2007,  sous la forme d’un spectacle de marionnettes, à l’adresse des enfants à partir de 9 ans, et bien au-delà ! Bien qu’ils aient depuis créé d’autres spectacles, je crois qu’elle joue de temps en temps l’histoire du meunier. Voici ce qu’elle écrivait de l’œuvre : 

Ce roman d’Arto Paasilinna est certes plein d’humour, de cet humour rageur, grinçant, un brin désespéré propre à nombre d’écrivains du nord. Mais la fable n’est pas que fantaisiste, sous une fausse candeur, ce récit questionne sur la place de l’individu, l’enfermement visible ou invisible dans lequel la majorité silencieuse et bien-pensante tente à tous prix de maintenir le protagoniste.

Site de la Cie Tro-Heol

Pour finir, je vous livre une réflexion personnelle, en marge du roman :
 

Triant des documents relatifs aux formidables progrès scientifiques grâce aux travaux sur l’intelligence artificielle, documents que j’avais accumulé dans les années 90, à l’époque où j’étais chargée de former des équipes pédagogiques à la métacognition (traduisez « aux techniques d’apprentissage », autrement dit « apprendre à apprendre », je me suis amusée à imaginer ce qui aurait pu se passer si les habitants de La Bouche avaient mieux utilisé leur cerveau.

 

D’abord, ils  auraient contrôlé leur cerveau reptilien, le plus primitif chez l’homme, celui que nous partageons avec les animaux, et qui est le siège des instincts. Devant agir dans l’urgence généralement, il procède par réflexe devant des images et s’il peut nous sauver la vie, il nous induit très souvent en erreur sitôt que les situations sont complexes. Ici, ils auraient évité de rejeter cet homme différent qu’ils percevaient comme une personne dérangeante, inquiétante, incontrôlable selon leurs propres images et angoisses d’enfance.

Ensuite, ils auraient canalisé leur cerveau limbique. Celui-là gère nos émotions. Il est dur à contrôler. Nous avons tous fait l’expérience de la peur qui paralyse et empêche de répondre (rester sans voix), réagir à une situation où l’on se sent en danger(le cœur bat trop fort et l’on peut connaître la syncope). On a intérêt à se méfier de nos colères, de même que pour les émotions positives, on sait que la passion d’amour « rend aveugle ». Ici, les habitants se sont enfermés dans l’égoïsme, la phobie d’autrui.

Alors, me direz-vous, que pouvaient-ils d’autre ? – Justement, comme l’homme a reçu en cadeau de l’évolution, un troisième cerveau situé dans les zones frontales, appelé « le cortex », ils auraient pu s’en servir pour « réfléchir ». En effet, le cortex est le lieu de la pensée, de la réflexion, de la raison. Il permet la science, la philosophie, la morale. Il est le seul à pouvoir se décentrer pour s’analyser, s’autocritiquer, anticiper et déduire, comparer, se projeter, tirer des conclusions sensées, moyennant quoi nous pouvons juger (non avec nos tripes, mais avec notre tête), en fonction de la situation, ce qui est bon ou mauvais, ce qui est complexe et nécessite d’autres analyses, tout cela afin d’agir, de prendre les bonnes décisions. Heureusement, chez l’être humain, l’instinct joue beaucoup moins, au bénéfice du cortex.  Cependant, il reste beaucoup à faire pour le contrôle des émotions. Ici, nos habitants auraient été plus tolérants. Ils avaient besoin du meunier qui leur rendait de réels services. Accepter les troubles du meunier qui n’a pas l’air de comprendre la gêne qu’il occasionne au village, lors de ses crises, faire preuve de compassion, l’auraient vraisemblablement aidé à davantage se contrôler. Le drame est venu pour son malheur de ce que les plus instruits comme l’instituteur, le médecin, le banquier n’ont pas été du tout à la hauteur.

 

Bonne lecture !

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13 janvier 2016 3 13 /01 /janvier /2016 22:26
Le Pont d'Arc.

Le Pont d'Arc.

Qu’on soit tout près des victimes du fanatisme religieux, si près qu’on a l’impression, bien qu’épargné, d’avoir nous aussi pris une balle qui nous fait saigner quelque part, non le corps, mais l’âme… on voit chanceler, pour longtemps sans doute, nos espoirs de progrès humain, de tolérance, de fraternité et partage, enfin d’innocence !

Je vais néanmoins formuler à votre intention, quand bien même cela paraitrait dérisoire et peut-être surtout parce que le contexte rend cette sympathique tradition dérisoire, des vœux les meilleurs pour cette année 2016.

Je vous offre donc un petit voyage inattendu dans les gorges de l’Ardèche, à son réveil, dans le brouillard d’hiver.

Les hommes ont dû creuser l'impressionante paroi pour traverser, tandis que la rivière, elle, avait réussi à percer la roche calcaire, mais en beaucoup plus de temps !
Les hommes ont dû creuser l'impressionante paroi pour traverser, tandis que la rivière, elle, avait réussi à percer la roche calcaire, mais en beaucoup plus de temps !

Les hommes ont dû creuser l'impressionante paroi pour traverser, tandis que la rivière, elle, avait réussi à percer la roche calcaire, mais en beaucoup plus de temps !

Tournant la tête pour admirer la vallée blanche toute cotonneuse.

Tournant la tête pour admirer la vallée blanche toute cotonneuse.

Suivons le guide !

Suivons le guide !

Certains arbres se penchent comme s'ils voulaient voir, eux aussi, la rivière.

Certains arbres se penchent comme s'ils voulaient voir, eux aussi, la rivière.

L'érosion de l'eau de pluie dissout la pierre calcaire. Le plateau est percé d'ailleurs de plusieurs avens et grottes spectaculaires comme ceux de Marzal, d'Orgnac et la grottes des Demoiselles.

L'érosion de l'eau de pluie dissout la pierre calcaire. Le plateau est percé d'ailleurs de plusieurs avens et grottes spectaculaires comme ceux de Marzal, d'Orgnac et la grottes des Demoiselles.

Ici, des arbes jaillissent comme projettés d'un volcan. Là, de modestes fleurs sauvages.
Ici, des arbes jaillissent comme projettés d'un volcan. Là, de modestes fleurs sauvages.
Ici, des arbes jaillissent comme projettés d'un volcan. Là, de modestes fleurs sauvages.

Ici, des arbes jaillissent comme projettés d'un volcan. Là, de modestes fleurs sauvages.

Le brouillard peu à peu s'efface, un dernier méandre et déjà la sortie des gorges se profile.
Le brouillard peu à peu s'efface, un dernier méandre et déjà la sortie des gorges se profile.
Le brouillard peu à peu s'efface, un dernier méandre et déjà la sortie des gorges se profile.

Le brouillard peu à peu s'efface, un dernier méandre et déjà la sortie des gorges se profile.

2016 : Les lendemains chanteront-ils ?
Au pied du village, l'Ardèche s'est désormais assagie.

Au pied du village, l'Ardèche s'est désormais assagie.

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